L’exposition présente Bousbir, l’ancien quartier réservé de Casablanca, actif de 1923 à 1955. Il fut construit sur ordre de l’administration du Protectorat français, qui voulait par cette opération urbaine sans précédent «nettoyer» Casablanca et encadrer la prostitution, principalement au profit des troupes coloniales.
Le quartier était une immense maison close à ciel ouvert, où exerçaient dans des conditions proches du travail forcé jusqu’à 400 jeunes filles, maures pour la plupart. Conçu par des architectes français dans un spectaculaire style néo-mauresque, encadré par réglementation urbaine très contraignante pour les travailleuses du sexe, gardé par la police et surveillé par les médecins, le quartier résultait des rapports de pouvoir propres aux colonies et incarnait l’imaginaire exotique et érotique caractéristique de l’orientalisme.
Ce quartier unique au monde par sa taille et son décor des Mille et Une Nuits fut vite l’objet de nombreux reportages et cartes postales, devenant la principale attraction touristique de Casablanca.
L'exposition présente le quartier tel qu’il était dans les années 1930, aux moyens d’images, de films, d’une maquette et de divers documents historiques. Le quartier existe toujours. Les photographies récentes de Mélita Vangelatou montrent le paisible village urbain qu’il est devenu.
Raconter le passé de Bousbir, c’est écrire, dans une perspective évidemment critique, une histoire largement oubliée: celle de la France et celle du Maroc; celle des femmes qui ont vécu et officié à Bousbir et celle des clients ou des touristes qui l’ont visité. C’est aussi faire la géographie d’une forme urbaine, et réfléchir sur la place matérielle et symbolique des travailleuses du sexe dans les villes.
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Cette exposition bénéficie du soutien de:
- Centre Maurice Chalumeau en sciences des sexualités
- État de Genève – Département du territoire
- Fonds national suisse
Le projet se fonde sur des recherches académiques qui ont donné lieu à plusieurs publications scientifiques, au carrefour de l’histoire urbaine, de la géographie culturelle, des études visuelles et des études genre, notamment l'ouvrage «Quartier réservé: Bousbir, Casablanca» (Georg, 2020), publié sous la direction de Jean-François Staszak et Raphaël Pieroni.
CRÉDITS
Commissariat
Raphaël Pieroni
Jean-François Staszak
Scénographie et installation
Stefan Press
Vianney Fivel
Thomas Baud
Pieroni & Cie
Réalisation de la maquette
Leyla Darrage
Graphisme
Giganto.ch
Impressions
Atelier Richard
Centre d’impression UNIGE
Installations audiovisuelles
Jesus Gonzalez
Textes
Raphaël Pieroni
Voix
Emily Cottingham
Jean-François Staszak
Communication et technique
Alexandra Charvet
Jean-Luc Sudan