Natalie Zemon Davis
HOMMAGE : Natalie Zemon Davis (1928-2023)
Samedi 21 octobre Natalie Zemon Davis, Henry Charles Lea Professor of History Emeritus à l’Université de Princeton et Adjunct Professor of History à l’Université de Toronto, est décédée à l’âge de 94 ans à Toronto, après une vie lumineuse et active, généreuse et engagée jusqu’à ses derniers jours. Éminente spécialiste des dynamiques socio-religieuses de l’époque moderne, notamment de la culture populaire et de l’histoire des femmes (tr. fr. : Juive, Catholique, Protestante. Trois femmes en marge au XVIIe siècle, 1997 ; avec Arlette Farge, co-direction de l’Histoire des femmes en Occident, 1991), ses études sur la diffusion de la Réforme en France et les métiers du livre à Lyon (tr. fr. : Les Cultures du peuple, 1979) demeurent un point de départ indispensable pour la recherche sur des questions telles l’agentivité des acteurs/trices historiques, notamment des incultes et marginalisé-es, les hiérarchies de genre et les relations de pouvoir, la violence dans la sphère religieuse.
Si elle a été parmi les historien-nes les plus connu-es de la fin du XXe siècle aussi bien en dehors du monde académique, notamment pour Le Retour de Martin Guerre (1983), elle a encore profondément marqué les chantiers de recherche d’au moins deux générations de chercheurs/euses d’histoire sociale de l’époque moderne, dont elle a accompagné et stimulé le tournant culturel (tr. fr. : Pour sauver sa vie. Les récits de pardon au XVIème siècle, 1988 ; Essai sur le don dans la France du XVIe siècle, 2003), et les orientations post-coloniales (tr. fr. : Léon l'Africain. Un voyageur entre deux mondes, 2007 ; Slaves on Screen: Film and Historical Vision, 2000).
En relisant aujourd’hui ses interventions plus récentes, son écriture réflexive et brillante, éloignée du jargon, sa générosité et bienveillance, son engagement vis-à-vis de la transmission du savoir entre générations – engagement qu’elle partageait avec son époux, le mathématicien et écrivain Chandler Davis (1928-2022) – tout comme sa véritable passion de l’histoire (L'histoire tout feu tout flamme. Entretiens avec Denis Crouzet, 2004), ne cesseront d’émouvoir et inspirer.