| Description |
Les présuppositions (PP) sont généralement caractérisées par leurs propriétés de "projection", c'est-à-dire par le fait qu'elle résistent aux opérateurs qui suspendent le contenu sémantique. A ~~> B note l'intuition que A présuppose B.
Paul a cessé de fumer~~> Paul a fumé
Paul n'a pas cessé de fumer ~~> Paul a fumé
Un certain nombre de travaux anciens et plus récents (Karttunen 1971, Zeevat 1992, Geurts 1995, Abusch 2002, 2010) montrent que les déclencheurs de PP (par exemple les verbes comme "cesser de" dans l'exemple précédent) ne sont pas uniformes par rapport à la projection. En gros, certains déclencheurs sont bel et bien affectés par des
opérateurs qui, dans l'optique traditionnelle, devraient les ignorer.
Si je découvre que je me suis trompé, je ferai amende honorable (< Karttunen)
~/~> le locuteur s'est trompé
Il est actuellement admis que certains déclencheurs, dits "forts" ("strong/hard triggers") montrent les propriétés habituelles de projection, alors que les autres (les "faibles") ont des comportements plus diversifiés. Parmi les déclencheurs forts, on compte des adverbes comme "aussi" ou "encore". La question est de savoir si on peut rendre compte de ces différences ou si on doit les considérer comme des particularités lexicales. Certains travaux (Abbott 2006, Cummins et al. 2013) mentionnent l'orthogonalité des informations pour les déclencheurs forts. Par exemple, dans "Marie aussi a réservé une chambre", les
propositions 'Marie a réservé une chambre' et 'Quelqu'un d'autre que Marie a réservé une chambre' sont indépendantes ("orthogonales" en langage probabiliste). D'autres approches font appel aux différences d'accommodation (Abusch 2002, 2010). Cummins et al. (2006) tentent de mettre en relation l'orthogonalité et l'accommodation.
En faisant le point sur la littérature existante et sur les (rares) travaux expérimentaux récents (Cummins et al 2013, Jayez & van Tiel 2012, Jayez & Mongelli 2013), je discuterai la question de savoir si l'orthogonalité est une propriété suffisante pour dériver les observations majeures.
Références
Abbott, B. (2006). Where are some of the presuppositions gone? dans B. Birner & G. Ward (éds), Drawing the Boundaries of Meaning, Amsterdam : John Benjamins, 1:20.
Abusch, D. (2002). Lexical alternatives as a source of pragmatic presuppositions. In SALT 12, pp. 1–19.
Abusch, D. (2010). Presupposition triggering from alternatives. Journal of Semantics 27, 37–80.
Cummins, C., Amaral, P. & Katsos, N. (2013). Backgrounding and accommodation of presuppositions: an experimental approach. dans E. Chemla, V. Homer & G. Winterstein (éds), Proceedings of Sinn und Bedeutung 17, 201-218.
Geurts, Bart, (1995). Presupposing, Ph.D. dissertation, Université de Stuttgart.
Jayez, J & van Tiel, B. (2012). Only 'only'? An experimental windows on exclusiveness. dans Aloni, M. et al (éds), Logic, Language and Meaning, Revised Selected Papers from the 18th Amsterdam Colloquium, LNCS 7218, Berlin : Springer, 391-400.
Jayez, J. & Mongelli, V. (2013). How hard are hard triggers? Dans E. Chemla, V. Homer & G. Winterstein (éds), Proceedings of Sinn und Bedeutung 17, 307-324.
Karttunen, L. (1971). Some observations on factivity. Papers in Linguistics 4, 55–69.
Zeevat, H. (1992). Presupposition and accommodation in update semantics. Journal of Semantics 9, 379–412.
|