Esaü - Edom - Séir |
|
Sur l'origine des noms d'Esaü, Edom et Séïr, ainsi que sur l'histoire d'Edom, cf. E. A. Knauf, art. "Se'ïr", Anchor Bible Dictionary (ABD), 5, p. 1072-1073; id., "Supplementa Ismaelitica. 13. Edom und Arabien", in Biblische Notozen (BN), 45, 1988, p. 62-81. Certains textes séparent les populations des deux régions. Ainsi Gn 36,30-31ss.: "Ce sont les chefs horites selon leurs clans dans le pays de Séïr (...) 40. Voici les noms des chefs d'Esaü selon leurs clans et leurs localités (...) 43. Ce sont les chefs d'Edom selon leurs habitats au pays dont ils avaient la propriété." Les "Horites" ? de hôr "trou", donc les "troglodytes", ou alors de l'arabe hurr "libre", les "incontrôlables" ? cette désignation, dans l'un ou l'autre sens, pourrait correspondre assez bien à la configuration de l'habitat dans la région de Séïr. Lors de la formation de l'Etat édomite, les deux régions et leurs populations sont réunies en une même entité politique. De quelle origine était cette population ? La langue édomite (dont on ne connaît que des noms et une inscription sur tesson) est, comme l'hébreu, d'origine cananéenne. Mais on trouve aussi des influences arabes certaines. Le nom d'Esaü, par exemple, pourrait provenir de la racine arabe Îys "vivre", "vivres". Le nom du dieu national édomite, Qaus ("l'arc"), pourrait trahir, lui aussi, une provenance de l'Arabie du nord-ouest, où se forme, à partir du début du 1er millénaire, la langue arabe (à ne pas confondre avec le sudarabique). Les noms propres édomites, comme Qauswahab, Qausgaut ou Qausnahar, attestés au 7e s., témoignent également des affinités arabes des Edomites. A partir du 4e s. av. J.-C., les Iduméens (héritiers des Edomites dans le sud palestinien) étaient considérés par les auteurs hellénistiques carrément comme des "Arabes". L'histoire d'Edom. a) Du 14e au 9e siècle. Séïr apparaît dès le 14e s. av. J.C. dans les sources égyptiennes. Cette région est revendiquée par Aménophis III (1391-1353) et Ramsès II (1279-1213) ? ils la qualifient de "pays de shasu", c'est-à-dire région habitée par des nomades (petits éleveurs-agriculteurs locaux sans organisation politique digne de ce nom) ? et Ramsès III (1184-1153) y lance des actions de police. Sous Merenptah (1220), on trouve la première mention d'Edom : un groupe de shasu d'Edom est admis en Egypte. Le pays est cependant très faiblement peuplé à cette époque. On trouve un peu de céramique des 13e/12e s., et les traces d'une occupation villagoise très limitée vers la fin du 11e s. Les indications de l'A.T. sur l'histoire d'Edom avant le 9e s. sont des reprojections sur le passé et ne peuvent pas être tenues pour historiques (ainsi Gn 36,31; Dt 2,12; Nb 20,14-21; Dt 2,4-8; 1S 14,47). David n'a certainement pas pu établir des "administrateurs" sur Edom (2 S 8,13s.) : il s'agit soit d'une confusion avec Aram, ou d'une reprojection d'une époque ultérieure (1 R 22,48). Mais à partir du 9e s., il y a eu probablement suprématie (ou tout au moins revendication de suprématie) de Juda sur Edom. C'est ce que révèlent Gn 25,22 et Nb 24,18 (on appelle cela des vaticinia ex eventu, c'est-à-dire des prophéties construites à partir de leur réalisation). Si le royaume de Juda a tenu à exercer un certain protectorat sur Edom, c'était afin de s'assurer le contrôle de la route d'Etzion-Géber, son port sur le golfe d'Aqaba (cf. 1 R 9,26-28; 22,49). Ce n'est qu'avec la conquête assyrienne qu'Edom a pu se soustraire à ce droit de regard judéen et que le rapport des forces s'est inversé (cf. 2 R 16,6). b) Du 9e au 8e siècle. La formation de l'Etat édomite. L'Etat édomite a commencé à se former au 9e s. et n'a atteint son épanouissement que sous la domination assyrienne vers la fin du 8e s. C'est à cette époque également que remonte le système généalogique tribal tel que nous le trouvons reflété en Gn 36,10-14.20-28 (7e s.). L'Etat édomite semble donc s'être organisé d'abord comme une fédération tribale, tombée dès le milieu du 9e s. sous la tutelle judéenne (Josaphat en 1 R 22,48). C'est sous le règne de Joram, fils de Josaphat, qu'Edom établit sa propre "royauté" (2 R 8,20-22), donc environ une génération après que Moab, son voisin du nord, ait établi sa royauté sous la conduite de Mésha. Dans ses débuts, la "royauté", tant en Edom et Moab, qu'en Israël (Saül) et Juda (David) au 10e s., doit être considérée comme une chefferie plutôt que comme un Etat administré à partir d'une capitale. Parmi les chefs de tribus, le roi est un primus inter pares. Il apparaît aussi que la royauté édomite n'atteignit jamais une réelle indépendance. En 802/796 av. J.C., Edom, qui entre temps est probablement devenu vassal du royaume araméen de Damas, paye en cette qualité pour la première fois un tribut à l'Assyrie dont l'expansion vers l'ouest a commencé. Mais quelques années plus tard, il subit à nouveau les interventions de Juda, sous les rois Amasias (811-782) (2 R 14,7) et Azarias (781-740)(2 R 14,22). Vers 750, Am 2,11 nous apprend qu'un tombeau royal édomite a été profané par les Moabites. En 734/33, comme effet de la campagne de Tiglat Piléser III, Juda perd non seulement son droit de regard sur Edom , mais perd aussi le contrôle d'Elat sur le golfe d'Aqaba, forteresse qui tombe aux mains des Edomites (2 R 16,6). C'en est donc fini de la suprématie judéenne sur son voisin oriental. c) Du 8e au 6e siècle : l'âge d'or du royaume d'Edom. Paradoxalement, c'est comme vassal de l'Assyrie, puis de la Babylonie (de 734 à 552 av. J.C.) que le royaume d'Edom va connaître sa période la plus prospère. Vers la fin du 8e, ou au début du 7e s. est enfin fondée une capitale : Bosra (aujourd'hui: Bseira, près de Tafileh; à ne pas confondre avec la Bosra dans le Haurân en Syrie). Il s'agit d'une grosse forteresse construite sur un éperon rocheux (cf. Es 34,5; 63,1; Jr 49,13.22; Am 1,11). Les fouilles ont révélé une influence assyrienne omniprésente. De Bosra, le roi d'Edom régnera sur un territoire de villages et de petits forts s'étendant vers le sud jusqu'à Râs en-Naqb. Sans doute l'un ou l'autre de ces petits forts ont-ils abrité des garnisons assyriennes (afin de protéger l'empire contre les incursions du désert). Contrairement à leurs voisins de l'ouest et du nord, les Edomites ne se sont pratiquement jamais soulevés contre leurs suzerains assyriens, puis babyloniens, et cette politique de loyauté leur a beaucoup profité. Certains textes de l'A.T. reprochent aux Edomites d'avoir participé au siège des Babyloniens contre Jérusalem en 586 (Ez 12,12s.; 35,1-15; Jl 4,19; Ab 10-14; Ps 137,7), mais il s'agit probablement d'une calomnie. Il est vrai, en revanche, que les Edomites ont profité de la chute du royaume de Juda pour s'approprier le sud palestinien (y compris Hébron) (cf. Ez 35,10). Et cela explique en grande partie la haine dont témoignent nombre de textes prophétiques contre Edom. En fait, l'expansion édomite vers le Néguev et le sud palestinien, certainement en passant par Elat, avait commencé dès la fin du 8e s., de sorte que l'établissement d'une hyparchie (district administratif) perse nommée Idumée au début du 4e siècle ne fit que confirmer la réalité de cette expansion. Ce qui explique la prospérité, l'influence et l'expansion d'Edom à partir de la fin du 8e s., c'est-à-dire à partir de sa soumission à l'empire assyrien, c'est que les Edomites avaient cessé de ne vivre que de l'agriculture de subsistance et de l'élevage comme leurs ancêtres shasu, mais qu'ils s'étaient lancés dans le commerce international et le transport caravanier. Ce qui fut déterminant par dessus tout, c'est qu'Edom acquit le contrôle de l'aboutissement nord de la route de l'encens (vers Damas) et contrôlait aussi la route menant d'Arabie à Gaza, route utilisée en sens inverse aussi pour le commerce d'esclaves (Am 1,6), de pierres précieuses et de textiles de luxe (Ez 27,16). La seconde source de la prospérité d'Edom était les mines de cuivre de Feinân dans la Araba (Peut-être "l'expertise" nécessaire à l'extraction du minerai est-elle à l'origine du motif de la "sagesse édomite" fréquemment mentionnée dans l'A.T. : cf. Jr 49,7; Ab 8; Jb 28,1-12). Il va sans dire que ces ressources économiques sont aussi la raison pour laquelle l'Assyrie et la Babylonie se sont intéressées de si près à Edom et pourquoi elles ont favorisé ses activités économiques. Sous la suzeraineté assyrienne et babylonienne, les Edomites ont pu établir leurs représentations commerciales non seulement dans le sud palestinien mais aussi jusque dans les grandes oasis du Hedjaz. Ils sont donc bien les dignes ancêtres des Nabatéens. d) Le déclin d'Edom. Le tournant de l'histoire d'Edom peut être situé en 552 av. J.C. C'est l'année où Nabonide, le successeur de Nabuchodonosor (604-562), s'établit à Teima, la principale oasis d'Arabie du nord. Les richesses d'Edom sont devenues trop importantes. Désirant organiser le commerce à son avantage et directement depuis l'Arabie, Nabonide mettra fin à la (relative) autonomie d'Edom. Les Perses aussi, qui prendront le contrôle de l'empire babylonien à partir de 539, tiendront à administrer Edom et ses routes commerciales à partir de l'Arabie. Dès la 2e moitié du 5e s., Edom dépendra des "rois-clients" de Qédar en Arabie. Les Perses perdent le contrôle de l'Arabie et d'Edom vers 400 av. J.C., époque qui coïncide aussi avec la fin de la vie villageoise en Edom (d'où une progressive désertification). En fait, les survivants d'Edom vont se fondre d'une part dans la puissante tribu arabe des Nabatéens qui, à partir du 4e s., va commencer à édifier son empire caravanier (Pétra!), d'autre part dans les Iduméens, la population, elle aussi fortement arabisée, du sud palestinien. En 127/126 av. J.C. l'Idumée est conquise par le roi hasmonéen Jean Hyrcan. Sa population est convertie de force au judaïsme. |