| Ancien Testament | |
Pierre Guillemette, Mireille Brisebois, Introduction aux méthodes historico-critiques, éd. Fides, Louiseville, 1987. (Cet ouvrage est épuisé, nous avons reproduit pour vous les pages qui concernent les différentes partie du cours.) |
| Introduction générale du livre
pages 1-90 (lecture facultative de ce document qui résume l'histoire
de l'exégèse biblique)
Pages 91-111 Pages 162-163 Pages 164-169 Pages 238-245 Pages 415-417 Pages 443-445 Pages 91-111.
1. Le texte
a) Les langues L’AT a été écrit en hébreu, mais on trouve quelques passages en araméen (Ez 4,8-6,18; 7,12-26; Dn 2,4b-7,28; Jr 10,11 et deux mots en Gn 31,47). De plus certains livres ont été écrits en grec (Sagesse, Maccabées, Esther deutéro-canonique 10,4-16,24; Daniel 3,24-90; 13-14, etc.). L'hébreu est une langue attestée depuis trois millénaires. Elle fait partie des langues sémitiques qui présentent entre elles des ressemblances assez grandes pour qu'on puisse croire qu'elles sont issues d'une même souche. Ainsi, par exemple, l'araméen - langue des Targums, du Talmud palestinien et de certains documents de la Mer Morte - et le samaritain, langue d'une traduction de la Bible datant du IVe siècle av. J.-C. - font partie aussi des langues sémitiques. Le grec, lui, est une langue indo-européenne.
Le dialecte qui nous intéresse est l'ionien qui a donné naissance
au «grec classique». C'est de cette forme linguistique que
la «langue commune» appelée koinè est
née. Au IIIe siècle av. J.-C., la koinè était
devenue la langue officielle de tout l'empire d'Alexandre le Grand (356-323
av. J.-C.). C'est ainsi que les Juifs désireux de répandre
leur culte monothéiste ont décidé de traduire en grec
leurs livres saints, ce qui nous a valu la LXX.
b) Les types d'écriture hébraïque L'hébreu, puisque c'est la langue principale de l’AT, retiendra notre attention. Elle comporte 22 consonnes dont trois peuvent être appelées des demi-voyelles. En langage technique, les demi-voyelles portent le nom de matres lectionis; ce sont le wau, qui se prononce û ou u, le yod qui peut indiquer les voyelles i, e et le he final qui peut indiquer a, et e. A partir de 1000 av. J.-C., une écriture alphabétique liée au phénicien fait son apparition en Palestine: il s'agit de l'hébreu ancien ou du paléo-hébreu. Le terminus ad quem de l'usage de l'hébreu ancien est déterminé par le fait qu'on ne possède à l'heure actuelle aucune évidence antérieure à cette date. Le calendrier de Gezer (entre 1100 et 900 av. J.-C.), les ostracas de Samarie (VIIIe siècle av. J.-C.) et l'inscription du tunnel de Siloé (700 av. J.-C.) sont des exemples de l'utilisation de l'hébreu ancien. Les derniers témoins qu'on possède de l'utilisation de cette forme d'écriture datent de 132/135 ap. J.-C. L'écriture carrée fait son apparition probablement après l'exil à Babylone. Selon la tradition, elle aurait été introduite par Esdras, donc vers 400 av. J.-C.. On ignore complètement le moment où l’AT fut écrit pour la première fois selon cette forme d'écriture. Tous les textes de Qumrân (du IIIe siècle av. J.-C. au premier siècle ap. J.-C.), sauf quelques exceptions, sont écrits en écriture carrée. Comme pour le paléo-hébreu,
certains caractères de l'écriture se ressemblent et sont
une source de confusion et d'erreurs. Ainsi les consonnes b et k, d et
r, y et w se ressemblent et peuvent être prises l'une pour l'autre.
c) Histoire des points-voyelles du texte hébreu Lorsque la langue hébraïque est devenue langue morte au Moyen Âge, les rabbins ont travaillé à fixer la ponctuation du texte sacré. Ce travail s'est effectué vers le VIIe siècle mais n'a été terminé qu'au XIe siècle. Le système appelé massorah (transmission) protège le sens du texte. Il comprend: a) des points-voyelles autrement dit des signes diacritiques qui ont pour but d'indiquer les voyelles et les redoublements de certaines consonnes; b) des accents conjonctifs et disjonctifs. Plusieurs systèmes ont été développés: le système de Babylone qui est le plus ancien (les signes diacritiques se placent au dessus de la ligne ou au-dessus des consonnes); le système palestinien (les signes diacritiques se placent au même endroit que dans le système babylonien) et celui de Tibériade (les signes diacritiques se placent sous la ligne ou sous les consonnes). Dans le texte hébreu moderne, on retrouve plus particulièrement la vocalisation de Tibériade, mais parfois aussi la vocalisation palestinenne. On a déjà souligné l'utilisation des matres lectionis pour aider à la prononciation de certains mots. Dans le rouleau d'Isaïe découvert à Qumrân, les matres lectionis sont employées à profusion. Une façon de conserver la vocalisation du texte a aussi été utilisée par Origène dans ses Hexaples. Il s'agit de faire la translittération du texte hébreu dans la langue grecque (ou dans d'autres langues pour d'autres documents). Le système babylonien de vocalisation a été construit en lien avec celui des Syriens de l'Est. On a un excellent exemple de ce système dans les textes de la Guéniza de la synagogue d'Ezra au Caire. Cet ancien système a été supplanté au IXe siècle par un système plus complexe probablement lié à celui de la secte des Qaraïtes. On le retrouve dans certains manuscrits hébreux qui datent de la fin du Xe siècle (cf. le Codex Petersburg des prophètes qui date de 916). Le système palestinien connaît
lui aussi un double développement; a) l'ancien système de
vocalisation appelé «la ponctuation de la terre d'Israël»
; b) la vocalisation de Tibériade qui fait son apparition au Xe
siècle et qui supplante l'ancien système palestinien et même
relègue aux oubliettes le système babylonien. La vocalisation
de Tibériade est double: celle de la famille de ben Naphtali et
celle de la famille de ben Asher. Ces deux sortes de vocalisation comportent
de nombreuses différences, mais se ressemblent. Ce n'est que vers
la fin du XIIe siècle que les Maïmonides décident que
la vocalisation de ben Asher est la vocalisation-type. Cette dernière
est présentement utilisée dans les éditions critiques
modernes de l’AT hébreu. On trouve des exemples du système
de ben Naphtali dans le Codex Reuchlinianus (daté de 1105) et
dans un codex du British Museum (Add. 221161) qui date de 1150.Le
système de ben Asher se trouve dans le codex des prophètes
appartenant à la synagogue qaraïte du Caire (écrit en
895 par Moïse Ben Asher), dans le Ms Or. 4445 (Codex du Pentateuque
de Londres) et dans le Codex de Leningrad (le Codex B 19A écrit
en 1008).
2. Les témoins
directs du texte hébreu
a) Le texte proto-massorétique En fait, on se demande sérieusement s'il ne vaudrait pas mieux parler d'une pluralité de textes proto-massorétiques plutôt que d'un seul texte. On sait qu'au premier siècle av. J.-C., plusieurs formes différentes de textes circulaient en Palestine et on sait aussi que déjà, à cette époque, on tentait de remplacer ces divers textes par un texte normatif Le texte massorétique existait vers 100 ap. J.-C. et il circulait avec les autres formes de texte. Le texte proto-massorétique doit donc remonter au premier siècle av. J.-C. et peut-être même au IIe ou IIIe siècle. Des sources nous indiquent l'existence d'un tel texte protomassorétique: -le Pentateuque de Qumrân; -la traduction proto-théodotienne des
livres de Samuel et des livres des Rois;
-l'utilisation de l’AT dans le NT suppose des textes hébreux différents; -les manuscrits de Wadi Murrabba’at et
ceux qui ont été découverts à Nahal Hever.
Une chose est certaine: ce n'est qu'après une assez longue histoire de conflit entre les textes en circulation que le texte proto-massorétique est devenu le texte normatif ou le texte-type des massorètes (un groupe de docteurs juifs qui ont fait un travail critique sur le texte hébreu de la Bible). Frank Moore Cross (1921-) soutient que le
texte protomassorétique est un texte local préservé
à Babylone entre le IVe et le IIe siècle av. J.-C. qui fut
introduit à Jérusalem durant la période Asmonéenne
ou Hérodienne. Mais cela n'est qu'une hypothèse que certains
chercheurs contestent d'ailleurs.
b) Le texte massorétique (TM ou M) Durant le premier et le deuxième siècles, des rabbins juifs tentent d'établir un texte-type de la Bible hébraïque. Rabbi Aqiba (55-137), le plus célèbre d'entre eux, a compris l'importance d'avoir un texte fixe des Écritures. Pirque Abot 3, lui attribue cette parole: «La transmission du texte est une barrière pour la Torah». Le travail des massorètes consiste à transmettre le texte hébreu consonantique avec la plus grande fidélité possible en se fondant sur le principe que le texte hébreu est inviolable et chaque consonne sacrée. Assez tôt, on indique à l'aide de signes, les passages douteux ou difficiles: Sebirin [suppositions], Kéthib [ce qui est écrit] et Qéré [ce qu'il faut lire], les Tiqqune sopherim [corrections de scribe], les puncta extraordinaria [points spéciaux] et le nun inversum [le nun inversé]. On divise le texte en sections et en versets. Puis, surtout à partir du VIe siècle, on fournit des notes explicatives entre les lignes du texte, dans les marges ou bien en haut ou en bas des pages. C'est la naissance de la massorah. Si les notes sont écrites dans les marges, on parle maintenant de la massorah parva [petite massore] et si les notes sont écrites en haut ou en bas des pages, on parle de la massorah magna [grande massore]. Il est à peu près certain qu'avant d'être écrites, ces notes ont été pendant longtemps transmises oralement. A la fin d'un livre, les massorètes nous informent sur le nombre de versets, de mots et de lettres contenu dans ce livre; on établit de plus où se trouve le centre du livre et on note les particularités stylistiques de l'auteur. Ce genre de notes à la fin d'un livre a reçu le nom de massorah finalis [massore finale]. Au Xe siècle, on vocalise le texte hébreu consonantique et deux grandes familles préparent une copie officielle du texte massorétique, il s'agit des familles ben Asher et ben Naphtali. Cette dernière est assez peu connue puisque son texte n'a pas reçu la faveur de ses contemporains. D'ailleurs il a été préservé en partie seulement. Par contre la famille ben Asher est bien connue et son texte est celui de toutes les grandes éditions critiques actuelles de l’AT hébreu. Le TM se retrouve dans les manuscrits suivants: -le second rouleau d'Isaïe de la Cave 1 de Qumrân (1QIsah). C'est un manuscrit fragmentaire qui est très proche du TM. C'est aussi un des plus vieux manuscrits que nous possédions; - les restes de 14 rouleaux découverts à Massada en 1963-1965 qui présentent un texte semblable au TM (sauf pour Ez) et qui datent d'avant 73 ap. J.-C.; - certains textes bibliques de Murrabba’at (Mur) qui datent de la période de la révolte de Bar Kocheba (132-135 ap. J.-C.); -le Codex du Caire (C) qui contient les prophètes (de Josué à Malachie). Il appartient à la synagogue qaraïte du Caire et fut écrit en 895 par Moïse ben Asher; - le Codex des prophètes de Petersburg (P) qui contient Is, Jr, Ez et les douze petits prophètes. Il a été préparé en 916; -le Codex d'Alep qui contenait tout l’AT jusqu'en 1947. Maintenant, il manque le quart du texte. Il date de la première partie du Xe siècle. Salomon ben Buya'a l'a écrit et c'est Aaron ben Moïse ben Asher (mort vers 950) qui l'a vocalisé et qui a fait la massorah; - le Codex Or 4445 du British Museum qui est un codex quasi complet du Pentateuque écrit lui aussi dans la première partie du Xe siècle. Ce texte appartient à la famille de ben Asher; -le Codex de Léningrad (L ou B 19A) qui a été copié en 1008 par Samuel ben Jacob à partir d'exemplaires écrits par Aaron ben Moïse ben Asher; -les Codex d'Erfurt (El, E2, E3) qui appartiennent à la Bibliothèque d'État des propriétés cultuelles prussiennes de Berlin. E3 est le plus important des trois codex; il contient tout l’AT hébreu et date de 1100; E2 contient lui aussi tout l’AT et date probablement du XIIIe siècle; El est un manuscrit du XIVe siècle qui contient tout l’AT hébreu; -enfin, il faut mentionner les manuscrits
Or 2626-2628 et Or 2375 du British Museum écrits respectivement
en 1482 et entre1460 et 1480. Ces manuscrits font aussi partie de la famille
des ben Asher.
c) Les formes textuelles hébraïques non-massorétiques Plusieurs formes textuelles hébraïques
dites non-massorétiques, c'est-à-dire différentes
du TM, ont existé au temps de Jésus voire avant et après
lui. Il est impossible de fournir ici une description complète de
tous ces manuscrits; nous ne retenons que les plus importants.
Les manuscrits de Qumrân La publication systématique des textes de Qumrân a débuté en 1955 et se continue encore. On possède des sections de tous les livres de l’AT sauf pour Esther. Les textes de Qumrân ont révolutionné non seulement la critique textuelle de l’AT, mais aussi l'histoire du texte. Jusqu'en 1947, le plus vieux manuscrit hébreu assez complet datait de 900. Maintenant, avec Qumrân, on a fait un bond prodigieux de quelque 1100 ans: certains manuscrits de Qumrân datent du IIIe siècle av. J.-C.. C'est donc toute la période entre 200 av. J.-C. et 70 ap. J.-C. qui vient de recevoir un nouvel éclairage et qui oblige les chercheurs à récrire l'histoire du texte de l’AT. Les manuscrits de Qumrân démontrent qu'il existait, durant cette période, une pluralité de types distincts de textes. Lorsqu'on se réfère aux textes de Qumrân, on ne doit jamais oublier que les scribes ont pu introduire dans les textes des changements qui étaient délibérés: on devra tenir compte de cela lorsqu'on utilisera ces documents pour la critique textuelle. Malgré ces lacunes, les documents eux-mêmes demeurent une richesse. - 1QLév est écrit en paléo-hébreu et il ne reste que des fragments de Lév 19-23. - 4Qex4, est, lui aussi, écrit en paléo-hébreu. Il contient des textes de Ex 6,25 à 37,15. On a noté très tôt les affinités de ce manuscrit avec le Pentateuque samaritain (dorénavant PS) et la LXX. - 4Sama est bien conservé et il contient une bonne partie du texte. Il présente une tradition non-massorétique qu'on découvre aussi dans la traduction proto-lucianique. - 4QSamb est le plus vieux manuscrit découvert à cette date. Il est de la fin du IIIe siècle av. J.-C. - 1QIsa, est un des textes les plus complets qu'on ait découvert. Il contient le livre d'Isaïe en entier. Deux traditions d'écriture sont présentes dans le texte: une première couvre les chapitres 1-33; une seconde les chapitres 34-66. Le texte a été corrigé plus tard. Le scribe y a ajouté, entre les lignes ou dans la marge, une ou des consonnes et parfois de nombreux versets. On note des additions importantes en Is 12,15; 21,1; 34,17-35; 37,6-8 (additions faites dans la marge). Dans la plupart des cas, ces ajouts sont une correction faite à partir du TM semble-t-il. - 1QHab contient des phrases des deux premiers chapitres de Habaquq. - 11QPsa contient 41 psaumes canoniques placés dans un ordre différent de l'ordre du TM. - 1QIsa, 4QIsa et 4QJérb appartiennent à la tradition protomassorétique. 4QJérb est du même type que la traduction de la LXX. 4QNumb représente la tradition du PS. 4QSama, présente une tradition non-massorétique découverte aussi dans la traduction proto-lucianique alors que 4QExa semble être le texte hébreu utilisé en Egypte par les traducteurs de la LXX. A l'heure actuelle, les recherches sont loin d'être terminées et les conclusions auxquelles certains critiques sont parvenus sont loin de faire l'unanimité. Si l'image de l'histoire du texte hébreu est plus précise qu'auparavant, elle demeure encore vague et indéterminée. Une chose se dégage clairement de la
découverte des manuscrits de Qumrân: le TM utilisé
est un texte valable et il commande un respect qu'on ne lui a pas toujours
témoigné, du moins dans certains milieux.
Le Pentateuque samaritain (PS) Issus d'une population mélangée de Juifs et d'étrangers, les Samaritains habitaient la région du mont Garizim. A une date très incertaine, entre 400 et 60 av. J.-C. (mais plus probablement au IVe siècle av. J.-C.), la communauté samaritaine s'est séparée de la communauté juive. Les Samaritains se sont alors construit un sanctuaire sur le mont Garizim et ils n'ont accepté que le Pentateuque comme écrit inspiré de Yahvé. Le texte du PS est très ancien; certains le placent au premier siècle av. J.-C., mais beaucoup d'auteurs prennent position pour le IVe siècle av. J.-C. Il y a environ 6000 cas où le PS s'écarte du TM et dans 1900 cas, le PS et la LXX s'accordent contre le TM. C'est là l'indice de l'insouciance ou de l'incompétence des scribes dont la tâche était de conserver l'intégrité du texte. De plus, il apparaît certain qu'ils ont parfois transformé le texte pour rencontrer leurs propres intérêts historiques et théologiques: ainsi, par exemple, les longues interpolations après Ex 20,17 et Dt 5,21 à partir de matériaux provenant de Dt 11,29s et Dt 27,2-7 dans lesquels on a substitué «mont Garizim» au «mont Ebal». Il existe une traduction grecque du PS qui s'appelle le Samaritikon et des traductions araméenne et arabe. Les leçons particulières du PS doivent être examinées attentivement lorsqu'il s'agit de corriger le TM. Si, cependant, une leçon du PS coïncide avec celle de la LXX, elle est habituellement préférable à celle qui a été conservée dans le TM (si cette dernière diffère des deux autres bien entendu). Le plus vieux manuscrit connu du PS est un
codex de la bibliothèque de l'Université de Cambridge et
il date de 1149/ 1150.
Les fragments de la Guéniza du Caire Découverts par hasard en 1890, ces
fragments, au nombre de 200 000 environ, contiennent certains textes de
l’AT que Paul Kahle (1875-1964) a édités. Les plus vieux
manuscrits dateraient du cinquième siècle ap. J.-C. Leur
découverte a soulevé de très grands espoirs pour la
clarification de l'histoire du texte hébreu. Cependant, ils se sont
avérés d'une très faible utilité, car on note
une absence à peu près complète de variations par
rapport au TM. La grande utilité de ces fragments se situe au niveau
de l'histoire de la vocalisation du texte hébreu.
Le papyrus Nash Acquis par W.L. Nash en 1902, ce papyrus est le plus ancien que nous possédions et il date probablement du IIe siècle av. J.-C. Il est présentement à la bibliothèque de l'Université de Cambridge et il porte le numéro Or. 233. Ce papyrus contient: a) le décalogue
dans un texte proche de
Dt 5, 6-21 (sauf que les 6e et 7e commandements
sont transcrits comme en Lc 18,20); b) le Shema (une confession
de foi du judaïsme) qui débute par Dt 6,4.
3. Les témoins
indirects du texte hébreu
Par témoins indirects, il faut entendre
ici tous les manuscrits dont le texte original n'est pas l'hébreu.
Ce sont la plupart du temps des traductions plus ou moins fidèles
du texte de l’AT faites en différentes langues.
a) Les traductions grecques La Septante (G ou LXX) Pendant très longtemps la LXX fut le texte de l’AT utilisé par tous les chrétiens et même lorsque l'on commença à utiliser une traduction latine (La Vieille Latine) dans l'Église romaine, cette dernière fut faite à partir de la LXX. La traduction latine de Jérôme, faite à partir de l'hébreu, devint un texte plus reconnu que la Vieille Latine seulement au VIIIe et IXe siècles. La LXX fut donc considérée pendant 700 à 800 ans comme le texte inspiré et normatif de l’AT. Voilà ce qui explique en partie le grand respect qu'on lui a toujours porté. Mais ce respect prenait fondamentalement racine dans la lettre d'Aristée qui expliquait l'origine de la LXX. D'après cette lettre, Ptolémée II Philadelphe (308-246 av. J.-C.) aurait chargé 72 chercheurs juifs de préparer une traduction du Pentateuque. Cette traduction fut faite sur l'île de Pharos dans le port d'Alexandrie, en Égypte, en 72 jours. Le récit de cette lettre fut accepté comme véridique par les Juifs et ensuite par les chrétiens. Aujourd'hui on le considère comme une légende. À vrai dire, on ne sait rien des auteurs, de la date exacte de la traduction et encore moins des méthodes utilisées. La grande majorité des chercheurs croient que la traduction grecque de l’AT a débuté au IIIe siècle av. J.-C. et qu'il a fallu attendre un bon moment avant que la traduction de tous les livres ne soit complétée. La nature et la valeur de cette traduction varient de livre en livre comme l'ont montré de nombreuses études. Ainsi, la traduction du Pentateuque est bonne, celle d'Isaïe libre, alors que celle de Daniel est plutôt une paraphrase. La Septante n'est pas une traduction unique mais une collection de traductions faites par divers écrivains qui différaient grandement dans leurs méthodes, leur connaissance de l'hébreu et dans d'autres domaines. (ERNST WURTHWEIN The Text of the Old Testament, Grand Rapids, Eerdmans, 1979, p. 52). Alfred Rahlfs (1865-1935) possédait, déjà en 1914, 1500 manuscrits de la LXX. Il a produit une édition de ce texte grec en 1934 en se basant uniquement sur trois manuscrits importants: le Codex Vaticanus, le Codex Sinaïticus et le Codex Alexandrinus. Depuis 1914, le nombre de manuscrits de la LXX n'a cessé de croître et une première édition critique voit le jour depuis 1922; il s'agit de celle de Göttingen: Septuaginta, Vetus Testamentum Graecum auctoritate Societatis Litterarum Göttingensis editum [La Septante, l’Ancien Testament grec édité sous l'autorité de la Société littéraire de Göttingen]. Une vingtaine de volumes sont déjà parus. Le plus vieux manuscrit que nous possédons de la LXX est le papyrus grec 458 de la Bibliothèque John Rylands; il date du IIe siècle av. J.-C. et il contient des sections du Dt. D'autres manuscrits sont importants, notons les papyrus de Chester Beatty, les fragments de Berlin qui contiennent le texte de la Genèse, le Codex Vaticanus (la meilleure copie complète date du IVe siècle), le Codex Sinaïticus et le Codex Freer. On peut consulter une excellente description de l'état actuel des connaissances sur l'histoire de la transmission du texte de la LXX dans SIDNEY JELLICOE, The Septuagint and Modern Study, London, Oxford University Press, 1968, pp.1-171. Quelle est l'utilité de la LXX pour corriger un passage du TM imparfait, difficile ou impossible à traduire? Il suffit peut-être de retenir les points suivants: a) la LXX n'est pas et n'a pas voulu être une traduction scientifique comme on l'entend aujourd'hui; b) certains seraient peut-être tentés de considérer la LXX comme plus ancienne que le TM; alors il suffit de se rappeler les incertitudes et les difficultés de sa tradition textuelle; c) en utilisant la LXX, il faut la considérer non comme un tout uniforme, mais il faut plutôt s'attarder à chaque livre et parfois même à chaque section d'un livre puisque la traduction varie de livre en livre ou de section de livre en section de livre dans certains cas; d) l'utilisation de la LXX exige une grande prudence, beaucoup d'attention et surtout une bonne connaissance de son histoire. Il n'est peut-être pas inutile de rappeler
ici la conclusion à laquelle est parvenue Georg Bertram (1896-),
conclusion qui semble juste à plusieurs chercheurs: «La Septante
appartient plus à l'histoire de l'interprétation de l’Ancien
Testament qu'à l'histoire du texte de l’Ancien Testament. Elle peut
être utilisée comme texte-témoin seulement après
que sa propre compréhension du texte de l'Ancien Testament soit
claire» (BZAW 66 (1936) 109).
Textes grecs de Nahal Hever On a trouvé à Nahal Hever un
rouleau contenant des fragments de Jon, Mi, Na, Ha, So et Za.
Ce
texte est soit une traduction faite à partir de l'hébreu
ou de l'araméen ou de la révision de la LXX semblable à
celle qui est à la base de la traduction d’Aquila, de Théodotion
et de Symmaque. Cette révision aurait été faite à
l'ère pré-chrétienne même si le rouleau date
du premier siècle ap. J.-C. La situation de ces textes n'est pas
encore très claire et plusieurs thèses contradictoires continuent
de s'affronter. On a donné à cette traduction/recension le
nom de recension kaige - un mot grec qui signifie «aussi».
La traduction d’Aquila (A) La traduction d’Aquila n'est connue que par
des fragments trouvés dans la Guéniza de la synagogue qaraïte
au Caire, des citations des Pères et par des citations de quelques
rabbins célèbres. Elle date d'environ 130 ap. J.-C. Aquila
a voulu faire une traduction qui soit plus fidèle à l'original
hébreu que la LXX; de fait, son texte serre de très près
le texte hébreu, de tellement près que souvent c'est du littéralisme.
La traduction de Symmaque (å ) La traduction de Symmaque est une reproduction
littérale du texte hébreu. Elle se distingue par la pureté
de son grec et par son absence d'hébraïsmes. Elle a été
utilisée par Lucien et Jérôme. Il est malheureux que
seuls quelques fragments de cette traduction nous aient été
conservés dans des sections des Hexaples d'Origène, dans
certains écrits des Pères et chez quelques auteurs juifs.
La traduction de Théodotion (0) Qui était Théodotion? La tradition fournit plusieurs réponses à cette question. Où a-t-il fait sa traduction? Ici encore, on a le choix entre plusieurs lieux. Quoi qu'il en soit, c'est vers 175 ap. J.-C. que cette traduction grecque est apparue. Elle est en fait une révision d'une version grecque existante, version elle-même faite à partir du texte hébreu. Il est probable que cette révision
a remplacé la traduction ancienne de la LXX pour Esdras et Néhémie,
mais pour le livre de Daniel, on en est certain. On attribue habituellement
à l'influence d'Origène ce changement dans l'utilisation
d'une version de préférence à une autre. Théodotion
soulève un problème très intéressant, car plusieurs
citations de l’AT faites dans le NT diffèrent de la LXX et s'accordent
avec Théodotion. La réponse classique à ce problème
est que Théodotion aurait puisé dans des traductions grecques
antérieures lorsqu'il a fait sa révision.
Les Hexaples d'Origène (Orig hex) Nous avons déjà parlé de cette mise en page de plusieurs versions de la Bible produite vers 245 et malheureusement détruite au VIIe siècle. On n'en possède aujourd'hui que certaines sections qui nous sont parvenues par des auteurs qui ont eu la chance de l'utiliser ou de la copier. De plus, certains manuscrits représenteraient, avec plus ou moins de justesse, le texte d'Origène: on pense au Codex Colberto-Sarravianus et au Codex Ambrosianus Syrohexaplaris pour ne nommer que ceux-là. Deux principes ont guidé Origène
dans son travail de révision: a) choisir le meilleur manuscrit parmi
tous les manuscrits grecs disponibles; b) être le plus près
possible du texte hébreu.
La traduction de Lucien d’Antiocbe (GLUC) Préparée au début du
IVe siècle, la traduction de Lucien se caractérise par ses
leçons différentes. Elle proviendrait de Syrie ou d’Asie
Mineure. Certains chercheurs soutiennent que cette traduction a été
faite à partir d'un original hébreu autre que le TM et qu'elle
n'est pas seulement une révision du texte de la LXX contenu dans
les Hexaples d'Origène. Cette position est cependant loin
d'être soutenue par tous et la question demeure ouverte.
La traduction d’Hésychius d'Alexandrie Cette révision de la LXX est mentionnée
par Jérôme dans son Prologus galeatus [Prologue
des Chroniques]. On connaît peu de chose du réviseur
et de sa façon de procéder. On sait cependant que le travail
s'est effectué en Égypte au début du IVe siècle.
b) Les targums araméens ( T ) Les targums sont des paraphrases ou parfois des lectures interprétatives araméennes de l’AT hébreu, rendues nécessaires par le fait, qu'après l'exil à Babylone, l'hébreu avait cessé d'être la langue parlée par le peuple. On continuait de lire l’AT en hébreu à la synagogue, mais les auditeurs ne comprenaient plus cette langue. D'où la nécessité de «traduire» dans la langue de tous les jours, soit l'araméen. Il existe deux formes différentes de targums: ceux qui dérivent de la tradition targumique palestinienne et ceux qui ont été révisés à Babylone. Les targums que nous possédons actuellement ont été mis par écrit plusieurs siècles après J.-C.; toutefois, il est certain que de longs passages remontent à la période de leur origine et présentent une forme de texte qui est antérieure au TM. On sait qu'il y avait déjà des targums écrits au temps de Jésus même si on ne possède aucun original. Il est encore difficile de déterminer avec certitude la date et les procédés de composition et de transmission des targums. On commence à peine à étudier ces questions d'une façon scientifique. Il existe des targums plus ou moins complets de livres de l’AT hébreu sauf pour les livres de Daniel, d'Esdras et de Néhémie. Les principaux targums sont: - le Targum du Pentateuque, aussi appelé le Targum palestinien du Pentateuque; il est le plus ancien targum connu et on en possède maintenant un exemplaire complet dans le Codex Néofiti I du Vatican. il date du premier siècle ap. J.-C.; - le Targum de Jérusalem I du Pentateuque appelé aussi le Targum du Pseudo-Jonathan qui présente un texte dans lequel l'angélologie et la démonologie sont très développées; - le Targum Onkelos, targum officiel de la synagogue au IIe ou IIIe siècle ap. J.-C., a été établi à Babylone. Son texte de base semble être le TM; - le Targum de Jonathan bar-Uzziel des prophètes est célèbre. Son origine semble être la Palestine, mais il a reçu sa forme finale à Babylone; - il existe plusieurs targums des hagiographes et le plus vieux date du Ve siècle; - enfin, il faut souligner l'existence d'un targum du PS. Il faut procéder avec minutie lorsqu'on
utilise les targums pour corriger le TM, car, comme on l'a déjà
dit plus haut, les targums ne sont pas des traductions littérales
du texte hébreu, mais bien des gloses ou des explications du texte
hébreu faites en araméen.
c) Les traductions syriaques La Peshitta ( S ) Le nom Peshitta (qui signifie «la simple») est donné depuis le IXe siècle à la traduction syriaque de l’AT hébreu et du NT grec faite probablement au début ou au milieu du IIe siècle ap. J.-C., peut-être à Édesse en Mésopotamie ou encore dans les environs. La traduction n'est pas uniforme et elle a subi maintes fois l'influence de la LXX et des targums. Toutefois, elle est, après la LXX, la plus vieille et la plus importante traduction de tout l’AT hébreu. Le plus vieux manuscrit date de 464 ap. J.-C.
et le plus important est le Codex Ambrosianus. Depuis le milieu du Ve siècle,
date de la division entre les chrétiens syriens, on possède
deux formes de texte différentes de la Peshitta,
une de l'Ouest
et une de l'Est.
La traduction syriaque palestinienne On donne parfois ce nom à une traduction
qui tient beaucoup plus de l'araméen palestinien que du syriaque.
Cette traduction date du IVe siècle et seuls des fragments de l’AT
ont survécu. On a, par exemple, 42 psaumes complets. Il semble que
cette traduction a été faite à partir de la LXX.
La Syro-hexaple de Paul de Tella La Syro-hexaple de Paul de Tella (VIIe siècle)
est une Traduction complète de l’AT faite en Égypte (616-617)
à partir du texte de la LXX contenu dans la cinquième colonne
des Hexaples d'Origène. Ce travail colossal de Paul de Tella
contient des notes marginales qui font référence aux traductions
d’Aquila, de Symmaque et de Théodotion. On possède actuellement
le texte d'à peu près tous les livres de l’AT.
La traduction de Jacob d’Édesse Vers 705, un des plus brillants chercheurs
de la tradition syriaque, Jacob d'Édesse (640-708) entreprend une
révision de l’AT. Il veut d'une part améliorer la Peshitta
et
fournir d'autre part un texte de la syro-hexaple en meilleur syriaque.
Il est l'initiateur de la massorah syriaque. On trouve, dans sa révision,
des notes marginales sur la prononciation et sur les variantes.
d) Les traductions latines La Vieille Latine ( L ) La Vieille Latine est une traduction de l’AT faite à partir de divers textes de la LXX, probablement en Afrique, au IIe et au IIIe siècles ap. J.-C. Elle nous est parvenue uniquement en partie. La Vieille Latine a été préservée dans la Vulgate. Jérôme a copié 1 et 2 M, Ba, la lettre de Jérémie, Si et la Sagesse de Salomon croyant que ces livres n'étaient pas canoniques. Les Pères de l'Église latine, par exemple Cyprien (mort en 258) et Tertullien, nous ont conservé de nombreuses lectures de cette ancienne traduction dont on ne possède que quelques manuscrits. Il n'y a pas encore d'édition critique
complète de cette traduction et sa valeur pour la critique textuelle
du TM est très limitée.
La Vulgate La traduction latine faite par Jérôme est la plus célèbre. Elle date de 390-405 et elle a eu la préférence dans l'Église à partir du VIIe siècle par la sanction de Grégoire le Grand. Elle a été déclarée «texte autorisé en matière de foi et de vie» par le Concile de Trente en 1546. Cette traduction a été faite à partir de l'hébreu. Elle suit quand même très souvent la LXX, Aquila, Symmaque et Théodotion. Avant d'établir une traduction originale des Psaumes à partir de l'hébreu, Jérôme a fait une révision du psautier en partant de la LXX, révision qui a eu beaucoup plus d'influence que sa traduction originale. Par la suite il semble que Jérôme ait révisé d'autres livres de l’AT. La Württembergische Bibelanstalt a
fait paraître en 1969 une édition critique de la Vulgate.
Une autre édition critique est en cours de publication depuis 1926.
Le texte de la Vulgate ne peut être utilisé qu'avec beaucoup
de prudence pour corriger le TM.
e) Les traductions coptes Le copte est la forme tardive de l'égyptien et il comporte plusieurs dialectes: le sahidique dans les régions de Memphis, le boharique à Alexandrie, l'achmimique dans l'ancienne Panopolis, le fayyumique dans la Moyenne Égypte, l'exyrhychite autour de Exyrhynchus, le subachmimique autour de Sycopolis et le dialecte P à Thèbes. De tous ces dialectes les deux premiers sont les plus importants. La traduction de la Bible en copte date du
IVe siècle, peut-être du IIIe. La plupart des traductions
dépendent de la LXX.
f) La traduction gothique Voulant que le peuple barbare des Goths puisse
lire la Parole de Dieu, l'évêque Ulfilas (vers 311-383) a
traduit la Bible dans sa langue au milieu du IVe siècle. On ne possède
de cette traduction que six manuscrits, tous fragmentaires.
g) La traduction arménienne Cette traduction a été faite
par Maschtoz Mesrop (vers 360-440), inventeur de l'alphabet arménien
et par le patriarche Sahak (390-438). Elle a reçu le nom de «reine
des traductions» à cause de la beauté de son style
et de la rigueur de la traduction. Elle date du Ve siècle et seuls
quelques fragments ont été conservés.
h) La traduction géorgienne Le géorgien était la langue
parlée par un peuple vivant dans les Caucases. Il est certain que
les psaumes furent traduits dans la première partie du Ve siècle.
En ce qui regarde la totalité de l’AT, les manuscrits révèlent
que cette traduction a été faite par étapes successives
et à partir de divers textes.
i) La traduction éthiopienne Le plus ancien manuscrit de la traduction
éthiopienne date du XIIIe siècle, mais la traduction remonterait
semble-t-il au IVe siècle. D'après ce qu'indiquent les manuscrits,
on l'aurait faite à partir de la LXX. Il n'y a pas encore d'édition
critique de cette traduction.
4) L’histoire de la transmission
du texte de 1’AT
Faire l'histoire de la transmission du texte hébreu de l’AT n'est pas une tâche facile, car plusieurs données nous manquent et les hypothèses émises par les chercheurs sont légion. C'est donc très consciemment que nous serons imprécis. Voici quelle est à peu près la situation actuelle de cette histoire: a) nous ne possédons aucun original (aucune rédaction primitive d'un livre); b) tous les textes bibliques hébreux en notre possession sont des copies qui peuvent donc être plus ou moins conformes aux originaux; c) même les manuscrits les plus anciens que nous possédons, qu'ils soient en hébreu ou qu'ils aient été traduits, manifestent une date tardive, allant jusqu'à plus de cent ans par rapport à la date d'origine de la littérature qu'ils contiennent. Un exemple: le papyrus Nash, le plus ancien témoin que nous avons, a été écrit au IIe siècle av. J.-C.. Or, le texte qu'il contient date du VIIe siècle av. J.-C. au moins; d) aucun manuscrit ni aucune tradition manuscrite en notre possession ne sont exempts de fautes ou d'erreurs. Et ces erreurs sont inhérentes à la transmission d'un texte; e) pour la période antérieure à 300 av. J.-C., on ne possède à peu près aucune évidence historique et le chercheur en est réduit aux conjectures, aux déductions ou aux analogies. On sait qu'il y a eu tout d'abord la période de la tradition orale et que la mise par écrit des textes s'est faite beaucoup plus tard; f) de 300 à 50 av. J.-C., on a traduit l’AT en araméen et en grec; cependant, déjà à cette époque, comme nous l'ont montré les manuscrits de Qumrân, circulaient diverses traditions manuscrites du texte hébreu; g) de 50 av. J.-C. à 250 ap. J.-C., il existe plusieurs traductions et plusieurs éditions du texte hébreu. Le chercheur se retrouve devant une surabondance de variantes textuelles. Cette période est aussi celle de la normalisation du texte hébreu: devant la grande quantité des variantes, les rabbins ont uniformisé le texte ou favorisé une forme textuelle pour parvenir à un texte-type; h) de la seconde moitié du IIe siècle jusqu'au IXe siècle, notre connaissance de l'état des manuscrits est quasi nulle. Nous ne possédons aucun manuscrit hébreu de cette époque; i) du IXe siècle à la fin du XVe siècle (la première édition imprimée du texte hébreu de l’AT date de 1477), nous avons une foule de manuscrits qui ne sont toutefois d'aucune valeur pour reconstruire l'histoire de la transmission du texte biblique parce qu'ils appartiennent pratiquement tous à une seule tradition textuelle; j) la première édition complète du Textus receptus [le texte reçu] - ce texte a été établi au XIVe siècle en assimilant divers manuscrits les uns aux autres - est parue à Soncino en 1488. La deuxième, une édition rabbinique complète, date de 1524/1525 et elle a été faite à Venise sous la supervision de Jacob ben Chayyim (vers 1470-vers 1538). Ce texte est devenu le texte officiel utilisé par la suite; k) on édite le texte reçu jusqu'en 1936 alors que Rudolf Kittel (18531929) l'abandonne et édite, entre les années 1926 et 1937, un manuscrit de ben Asher , le Codex B 19A de Leningrad. L'édition critique de Stuttgart complétée en 1977 utilise le même manuscrit. Le tableau de la page suivante retrace l'histoire de la transmission du texte de l’AT et tente d'y inclure les principales connaissances acquises surtout avec la découverte des manuscrits de Qumrân. Ce schéma résume l'histoire
des manuscrits.
Pages 162-163 3) Les règles ou critères de la critique textuelle Après avoir localisé le lieu variant, l'exégète doit dresser une liste complète des variantes pour ensuite examiner les leçons dans le but de découvrir laquelle a le plus de chance de se rapprocher du texte original. Il utilise alors des règles ou critères. Pour présenter ces règles ou critères, nous nous sommes largement inspirés de l'ouvrage de DOMINIQUE BARTHÉLEMY Critique textuelle de l’Ancien Testament (Fribourg, Éditions Universitaires, 1982, pp. *71-*78) qui nous fournit la formulation du Comité de critique textuelle de l’ABU. Des raisons pédagogiques nous ont incités à simplifier cette présentation mais nous avons emprunté volontiers quelques formules bien frappées qu'on retrouvera entre guillemets dans notre texte. Nous avons aussi décidé de procéder
en trois temps: 1) nous nommons tout d'abord le cas à étudier;
2) nous faisons ensuite une brève description de ce cas; 3) enfin,
nous proposons une solution. Il est à noter que c'est surtout au
niveau de la solution qu'on retrouve les règles ou critères
qui guident la démarche de la critique textuelle.
a) L'attestation externe des leçons Critère 1. Des leçons peu appuyées Description. Il arrive que des leçons ne se rencontrent que dans une seule tradition textuelle, par exemple, dans la LXX, la Vieille Latine ou la Syriaque. On dit alors que ces leçons sont peu appuyées. Solution. On donnera moins de poids à
une leçon qui n'est appuyée que par une seule tradition textuelle
qu'à une leçon appuyée par plusieurs. Toutefois, il
ne faut pas oublier qu'en critique textuelle, on doit peser les traditions
textuelles et non les compter, autrement dit, ce qui importe ce n'est pas
le nombre de traditions textuelles qui appuient une leçon, mais
bien «l'indépendance de leur attestation».
Critère 2. Des leçons ont un appui solide, mais trompeur Description. Il arrive qu'une leçon s'appuie sur plusieurs traditions textuelles différentes. Le passage était obscur et on a voulu le rendre plus clair par un changement. Toutefois, un «examen plus attentif de la situation peut révéler que ces diverses traditions ont toutes cédé à une même tendance d'interprétation». Solution. Même si une leçon a
des appuis solides, il faut examiner la possibilité selon laquelle
les scribes ou les traducteurs ont pu échapper d'une «même
manière obvie, à une difficulté textuelle».
Critère 3. Les leçons présentent une grande diversité entre elles Description. Il arrive qu’une expression dans un texte primitif offre une difficulté particulière et que cette difficulté est due au texte lui-même ou encore à des scribes ou traducteurs qui ne sont plus en mesure d'en déchiffrer le sens. Alors scribes et traducteurs tentent de se tirer de l'impasse par différents moyens de sorte que les leçons présentent entre elles une grande diversité dont aucune forme textuelle ne fournit «un point de départ permettant de rendre compte avec aisance de la complexité des développements». Solution. Il faut alors essayer de trouver la clé qui éclairerait cette diversité. Une fois cette clé découverte, il est souvent possible d'expliquer la diversité des leçons.
b) Les altérations textuelles
Critère 4. Les leçons
difficiles
Description. Lorsqu'un passage est difficile
à comprendre, les scribes ou traducteurs ont tendance à le
simplifier, à le rendre plus coulant.
Solution. Une leçon plus difficile
a une meilleure chance d'être primitive; car s'il est aisé
de comprendre qu'on ait pu simplifier une forme compliquée, il est
difficile d'admettre qu'on ait pu délibérément obscurcir
un texte clair et simple.
Critère 5. Les leçons assimilées Description. D'anciens éditeurs, scribes ou traducteurs ont assimilé une leçon à la leçon d'un passage parallèle. On vise alors à en arriver à une plus grande cohérence dans le texte biblique. «Voici quelques types d'assimilation plus fréquents: assimiler un passage plus condensé à son parallèle plus détaillé, assimiler l'exécution d'une action à l'ordre donné ou au plan énoncé de cette action, assimiler un passage moins important à son parallèle littérairement et théologiquement plus important, assimiler les choix de mots ou les tournures grammaticales à celles des passages semblables». Solution. Une leçon qui n'est pas assimilée
à un passage parallèle a une meilleure chance d'être
primitive.
Critère 6. Les leçons traduites Description. Lorsqu'on traduit d'une langue à une autre, il est inacceptable de faire tout simplement une «transposition littérale et mot à mot», car chaque langue possède son génie propre. C'est pourquoi lorsqu'on a traduit la Bible en grec, en syriaque ou en latin.... il a fallu adapter le texte au génie propre de la langue de traduction. Solution. «Lorsqu'on relève des
différences entre le texte hébreu traditionnel et les versions
anciennes, il s'agit de déterminer (1) si elles relèvent
des adaptations requises par les langues dans lesquelles on devait traduire,
ou par les particularités de style propres à chaque traducteur,
ou bien (2) si elles supposent qu'un autre texte hébraïque
se trouvait sous les yeux des traducteurs».
Critère 7. Les leçons modifiées Description. Il arrive que d'anciens éditeurs, scribes ou traducteurs ont modifié le Texte reçu en le changeant ou en ajoutant des mots dans le but de faire passer une conception théologique particulière ou d'accentuer une conception théologique qui était marginale dans le texte. Solution. Les leçons modifiées
pour des principes théologiques, surtout si elles sont apparues
tardivement dans le développement textuel, ne doivent pas être
préférées aux leçons qui «ne trahissent
aucune préoccupation» de cet ordre.
Critère 8. Les leçons mal comprises à cause de données linguistiques Description. Il est arrivé, à des moments donnés de l’histoire, de «perdre la connaissance de certaines données de la grammaire et du vocabulaire ainsi que de certains procédés employés par les copistes des manuscrits». D'où certains textes sont devenus inintelligibles et on les a alors corrigés. Solution. «Les connaissances dont nous
disposons actuellement dans les domaines (1) de la langue hébraïque
en particulier, (2) des langues sémitiques apparentées en
général, et (3) de la langue, du style et des particularités
des traductions anciennes de la Bible, aident, dans maints cas, à
retrouver le sens original d'un texte difficile.»
Critère 9. Les leçons mal comprises à cause de données historiques Description. Au cours de l'histoire, les lois, les coutumes, les manières de vivre et de faire, les manières de dire changent. Or il arrive qu'on ne comprenne plus une leçon parce qu'elle se réfère à un monde historique et culturel qui n'est plus. Alors on tente de rendre le texte intelligible par des changements textuels. Solution. «Les découvertes faites depuis lors dans le domaine de la culture et de la civilisation du Proche-Orient et du Monde biblique permettent parfois de redécouvrir le sens original des textes obscurs». Critère 10. Les leçons contiennent des omissions Description. Lorsque les scribes copient les manuscrits, il peut leur arriver d'omettre des lettres, des syllabes, des mots ou des membres de phrases. Solution. Il s'agit d'identifier la sorte d'omission, ce peut être: -l'haplographie qui se rencontre lorsqu'on omet de répéter une lettre, une syllabe ou un mot qui sont identiques; ex.: ke 'ayal ta‘arog ‘al-’afîqê-mayim (Ps 42,2) comme un cerf languit après les vives eaux Avec la LXX, il faut lire à la place de ke 'ayal, ke 'ayelet qui se traduit par «comme une biche», car le verbe qui suit est au féminin. Le «t» final du mot hébreu 'ayelet aurait été omis, car il est suivi immédiatement par une autre «t» qui est la lettre initiale du mot suivant. - l'homéotéleuton qui est une erreur d'omission de lettres ou de mots causée par l'oeil sautant de la fin d'un mot à la fin d'un autre mot dont la fin est semblable ailleurs dans le texte; ex.: ba’û be‘abîm (Jr 4,29) on pénètre dans les taillis En suivant la LXX, il faudrait, semble-t-il, insérer après ba’û les mots suivants bame‘arôt wayehab'û (dans les cavernes et on se cache). L'oeil du copiste aurait sauté de la fin du premier mot à la fin du troisième mot qui se termine de la même façon en oubliant ainsi d'écrire deux mots. Il faudrait donc lire Jr 4,29cainsi: on pénètre dans les cavernes et on se cache dans les taillis. -l'homéoarcton qui est l'omission de lettres ou de mots causée par l'oeil qui saute du début d'un mot au début semblable d'un autre mot ailleurs dans le texte: ex.: Le TM, la Peshitta, les Targums et la Vulgate lisent en 1 Sm 10,1: Est-ce que ce n'est pas le Seigneur qui t'a oint comme chef de son héritage...». Toutefois, la LXX dit: «Est-ce que ce n'est pas le Seigneur qui t'a oint comme prince du peuple d'Israël? C'est toi qui commanderas au peuple du Seigneur et le libéreras des mains de ses ennemis. Et voici pour toi le signe que le Seigneur t'a oint comme chef de son héritage...». Des copistes du TM ont pu sauter du premier
«t'a oint» au second et ainsi omettre le texte qui existait
entre les deux. La LXX aurait donc préservé ce texte.
Critère 11. Les leçons contiennent des répétitions Description. Il arrive que par mégarde, un copiste répète une portion du texte qu'il est en train de copier. Solution. Il faut alors trouver la portion qui est de trop et qui rend le texte difficile. Le scribe a fait une dittographie qui consiste à écrire une lettre ou un mot ou encore plusieurs mots plus d'une fois, alors qu'on ne devait les écrire qu'une seule fois. ex.: Une traduction littérale du TM en Ez 1,23 donne ceci: «et sous la voûte, leurs ailes étaient dressées l'une vers l'autre; chacun en avait deux lui couvrant et chacun en avait deux lui couvrant le corps...». Plusieurs manuscrits, la LXX et la traduction
arabe n'ont pas le membre de phrase qui est souligné dans la traduction
du texte d'Ez fournie plus haut. Il semble clair ici que cette expression
a été écrite deux fois dans le TM.
Critère 12. Les leçons contiennent d'autres erreurs de scribes Description. Il existe plusieurs genres d'erreurs scribales dont nous n'avons pas encore traité: confusion de lettres, mauvaise division, métathèse, mauvaise vocalisation. Il faut toujours se demander si de telles erreurs ne seraient pas à l'origine des variantes à étudier. Solution. Il faut essayer de trouver ces erreurs: -la confusion des lettres soit graphique soit phonétique. Elle est particulièrement due à l'écriture paléo-hébraïque et à l'écriture carrée post-exilique. ex.: hadabar dibartî ’et-’ahad shibtê yisra'el la parole j'ai dit à une seule des tribus d'Israël (2 Sm 7,7) Il semble y avoir ici une confusion entre shibtê (tribus) et shoptê (juges, chefs) comme l'indique le texte parallèle en 1 Ch 17,6. Il y aurait donc ici confusion entre le «beth» et le «pé». -On a mal divisé un ou des mots. ex.: 1ahpor pérôt uela‘ata1efîm (Is 2,20) aux rats et aux chauves-souris Les deux premiers mots du texte hébreu devraient en former un seul 1ahaparparôt (aux taupes). On a dû, en coupant ce mot en deux, transformer la vocalisation. 1QIsa appuie la lecture des deux premiers mots du TM en un seul. -la métathèse consiste à intervertir ou à transposer une ou des lettres à l'intérieur d'un mot. ex.: qirbam batêmô (Ps 49,12) leurs intérieurs sont leurs maisons Il faudrait lire avec la LXX, les traductions syriaques et les targums qibram (leurs tombeaux) au lieu de qirbam: dans le TM, on a interverti le «r» et le «b». - Les manuscrits pré-massorétiques n'étaient pas vocalisés. Lorsqu'on les a vocalisés, on s'est tout simplement trompé parfois dans la vocalisation d'un ou de plusieurs mots. ex: 'abdah 'esah mibanîm (Jr 49,7) le conseil a disparu chez les fils Il faudrait lire, avec la LXX et les traductions
syriaques, mibênîm (chez les hommes intelligents) au
lieu de mibanîm.
Le TM a vocalisé les consonnes mbnm
en
i,
a, î alors que la vocalisation correcte était
i, ê,
î.
Critère 13. Les leçons gonflées Description. Il est arrivé parfois qu'un texte difficile «comportait dans certains manuscrits de brèves explications (gloses) ou des leçons concurrentes (variantes) inscrites sur les marges ou entre les lignes au-dessus du passage faisant difficulté». En cours de route, ces gloses ou variantes ont été incorporées au texte lui-même. On a eu alors une leçon gonflée ou un doublet. Solution. Une leçon gonflée
a peu de chance d'être une leçon primitive.
c) Les conjectures Critère 14. Les conjectures Description. Il arrive que la difficulté du TM est telle qu'on est incapable de le traduire et que toutes les variantes d'un lieu variant offrent des solutions plus ou moins satisfaisantes. Alors, dans le passé, on faisait une conjecture. Toutefois les exégètes actuels sont très prudents face aux conjectures et on les limite le plus possible comme on s'y est appliqué dans l'édition de la BHS. Mais le comité de critique textuelle de l’ABU va plus loin. Il a décidé d'éliminer les conjectures et de favoriser plutôt une forme textuelle trouvée dans les versions ou dans d'autres témoins du texte. Son argument principal est le suivant: «l'étude des 961 difficultés textuelles dont traite ce volume et de l'histoire du traitement «critique» des plus célèbres d'entre elles montrera, espérons-le, que les chances de succès qu'offre une conjecture pour reconstituer l'état littérairement original d'un texte sont souvent moindres que les chances que possède l'une des meilleures formes textuelles existantes d'apporter un témoignage plus immédiat à ce texte». Solution. Les arguments et les preuves apportées
par le comité de l'ABU sont tels qu'il vaudrait sûrement mieux
abandonner la pratique des conjectures en critique textuelle de l’AT.
Critère 15. La critique textuelle offre des résultats insatisfaisants Description. Il peut arriver qu'on soit incapable de remonter au-delà d'une forme textuelle dont le caractère altéré est évident. Solution. Il est alors préférable de conserver dans les traductions la forme altérée puisque c'est le stade le plus ancien qu'on peut rejoindre. Il faudrait alors indiquer sous forme de note la difficulté dans laquelle on se trouve et tenter de l'expliquer brièvement.
p. 238-245
2. La méthode Avant d'expliquer les critères qu'on doit utiliser en critique des sources de l’AT, il convient de clarifier notre position méthodologique car il n'y a ni consensus en ce domaine ni une seule façon de travailler puisque les exégètes en arrivent, à partir des mêmes textes et de l'utilisation des mêmes critères, à des positions diamétralement opposées parfois. Knierim a bien exprimé le problème et nous n'hésitons pas à le citer en le traduisant: Il semble toutefois que la diversité (des résultats) fasse encore référence au problème de la méthode elle-même, c'est-à-dire au problème du poids qu'ont dans un cas donné les critères spécifiques comme les tensions, les ruptures, les parenthèses, les doublets, le style et le contenu et sur quelle base, étroite ou large, on peut justifier les décisions prises. Ici, la méthode elle-même exigerait d'autres développements. Les affirmations de Barth et Steck sont d'un intérêt particulier à ce stade-ci; ils soutiennent que les doublets, les parallèles, les variations dans le vocabulaire, les différences rhétoriques et stylistiques, la thématique et les particularités phraséologiques distinctes, les trous ou les irrégularités d'un texte ne peuvent plus être considérés comme les seuls critères pour faire une analyse littéraire critique. Ils sont relatifs et ne peuvent devenir valides que lorsqu'ils sont confrontés aux observations sur la forme, le contenu et les traditions d'un texte. Cette évaluation des critères littéraires critiques est certainement différente de celle de Richter, Fohrer et autres qui croient que seuls ces critères doivent rester la base sur laquelle on détermine les couches littéraires d'un texte. Ces différentes positions appellent d'autres comparaisons critiques en conjonction avec l'essai de modèles méthodologiques fait sur des travaux exégétiques actuels, de préférence à partir des mêmes textes. (dans DOUGLAS A. KNIGHT et GENE M. TUCKER The Hebrew Bible and its Modern Interpreters, Philadelphia, Fortress, 1985, p. 133). Il n'est pas dans notre intention de débattre la question ou encore de proposer de nouveaux modèles méthodologiques qui n'ont pas fait leur preuve. Nous nous contenterons simplement de dire que nous croyons davantage à la position de Barth et Steck qu'à celle de Richter, Fohrer et autres pour la simple raison qu'il est très difficile d'établir une cloison étanche entre la critique des sources et les autres méthodes utilisées en historico-critique particulièrement l'histoire des formes, l'histoire de la tradition et de la rédaction du texte. Il y a souvent un va-et-vient entre ces diverses méthodes, va-et-vient qui existe dans la tête de l'exégète qui, qu'il le veuille ou non, a des pré-jugements sur un texte, pré-jugements sur sa forme, sur ses traditions et sur sa rédaction. Il ne faut pas oublier de plus que faire la critique des sources, l'histoire du genre ou des formes, des traditions et de la rédaction, c'est toujours faire de l'analyse littéraire, mais à partir de différents points de vue. Ces précisions étant faites,
nous envisageons maintenant les deux cas les plus fréquents qui
se présentent en critique des sources: 1) un texte n'a pas de parallèles;
2) un texte a un ou plusieurs parallèles.
Un texte n'a pas de parallèles Lorsqu'un texte n'a pas de parallèles
et c'est le cas d'un très grand nombre de récits dans l’AT,
on ne peut pas préjuger que ce texte est composite ou non. Il faut
toujours vérifier en utilisant les critères suivants:
Critère 1. Les répétitions La répétition est la reprise d'une affirmation dans les mêmes mots ou dans des mots semblables. Elle peut s'exprimer dans une suite de phrases, dans une partie de phrase ou dans certains mots. Ainsi, dans le récit du déluge, Dieu dit deux fois à Noé «Entre dans l'arche»(Gn 6,18 et 7,1); par deux fois, il est fait mention de l'obéissance de Noé (Gn 6,22 et 7,5); par deux fois, il est question d'un couple de tous les animaux (Gn 6,19 et 7,2). Toutefois, il faut se rappeler que «la
présence de répétitions n'indique pas nécessairement
que le texte est composite: les répétitions peuvent servir
à l'agencement du texte ou relever d'un procédé de
style (dans des cas de ce genre, elles sont ordinairement plus nombreuses)»
(FRANÇOIS LANGLAMET «Recensions», RB 79 (1972)278).
Critère 2. Les tensions, les différences ou les contradictions Il peut y avoir dans un texte des indications qui s'accordent mal entre elles, des différences ou mêmes des différences qui sont irréconciliables, c'est-à-dire des contradictions. On note alors souvent des ruptures ou des interruptions dans la suite logique du récit. On peut aussi parfois relever dans un texte des ruptures syntaxiques. Ainsi, dans le récit du déluge, Yahvé ordonne à Noé de faire entrer dans l'arche un couple de tout ce qui vit (Gn 6,19) alors que quelques versets plus loin, il lui ordonne cette fois d'y introduire sept couples d'animaux purs et un couple d'animaux impurs (Gn 7,2). On est ici en présence de deux ordres de Dieu qui sont différents. De plus, dans ce même récit, il y a une tension entre le fait que le déluge arrive (Gn 6,13.14) et le fait que Noé semble entrer dans l'arche uniquement après que les eaux eurent submergé la terre (Gn 7,13). Enfin, dans un cas le déluge dure un an et dix jours (Gn 8,14) et dans l'autre 40 jours (Gn 8,3-6). Parfois aussi, les noms de personnes ou les
noms de lieux ne coïncident pas. Ainsi, dans le récit du déluge,
Dieu porte deux noms soit Elohim (Gn
6,9.11...) et Yahvé
(Gn
6,3.5...). En 1R 5,7 on lit:«Chacun son mois, les
préfets ci-dessus ravitaillaient le roi Salomon...» Or, dans
les versets 1 à 6, il est surtout question de Salomon
et non des préfets. Il faut remonter jusqu'à 1R
4,19
pour entendre parler de ces derniers. Il y a donc une rupture due au
changement de personnage. Il semble bien que 1R 4,20-1R
5,6rapporte
des remarques introduites après coup dans le texte. Bien plus, en
1R 4,20, il est question de Juda et d'Israël; en 1R
5,1-4.6 de Salomon alors qu'en 5,5 il est encore
fait mention de Juda et d'Israël. Il pourrait donc y avoir deux sortes
d'observations qui auraient été ajoutées, l'une concernant
Juda et Israël et l'autre Salomon.
Critère 3. La présence ou l'absence de phrases structurées Il existe dans certains textes des phrases structurées de la même manière, à la mode d'un refrain. Cela est visible dans la liste des peuples en Gn 10.L'absence subite et non motivée d'une telle phrase en vient à poser un problème au niveau des sources. La présence tout aussi subite de phrases construites sur le même modèle dans un texte de caractère narratif pose le même problème. En Jg 1 apparaît tout à
coup une série de phrases construites de la même manière
à partir des versets 29ss. Il est certain que le rédacteur
final du texte ou son auteur ont emprunté ces versets probablement
à des listes qui énuméraient déjà les
hauts faits de guerre des diverses tribus suite à la conquête
du pays.
Critère 4. Les différences ou les contradictions théologiques Il est parfois possible de démontrer qu'un passage particulier ou certains versets contiennent des idées théologiques qui ne sont pas typiques de la théologie d'un livre ou d'un auteur. Parfois, elles sont même contradictoires. Dans ces cas, il peut s’agir d'une interpolation ou d'une source différente utilisée par l'auteur, source qu'il a fort mal insérée dans la trame de son texte. Dans le premier livre de Samuel, on note deux
attitudes diamétralement opposées face à la royauté:
1S 8 et 1S 10, 17-27alors que 1S 12,13 essaie
de réconcilier les deux visions. Il est certain que des positions
théologiques si différentes en regard de la royauté
font appel à des groupes différents et à des époques
différentes. Plusieurs sources seraient donc à l'origine
de 1S.
Critère 5. Le cadre d'un texte Il faut porter une attention spéciale à l'introduction et à la conclusion d'un récit. Il s'agit peut-être simplement de versets chevilles dont l'unique but est de lier le récit avec ce qui précède ou ce qui suit alors que le corps du texte n'est aucunement en rapport avec ce qui précède ou ce qui suit. Le cadre d'un texte trahit souvent le style de son auteur ou de son rédacteur. Il est clair que Jg 1,1 est en lien
avec la fin du livre de Josué où on raconte sa mort (Jos
24,29-33). Toutefois, ce verset entre en conflit avec Jg
2,8 où la mort de Josué est à nouveau racontée.
Jg
1,1 fait donc partie du cadre du texte.
Critère 6 Les termes utilisés dans un texte Il faut presque toujours faire une analyse des mots utilisés dans un passage pour découvrir si ces mots appartiennent au vocabulaire d'un auteur précis, d'un rédacteur connu ou d'une tradition. Ce travail est fait à l'aide d'une concordance - Lisowsky ou Mandelkern pour l’AT - et il est absolument nécessaire; toutefois, bien souvent, c'est le travail le plus mal fait au niveau de la critique des sources. Depuis longtemps, plusieurs chercheurs soutiennent
que les «Chants du Serviteur souffrant» en Isaïe sont
des poèmes ajoutés après coup dans la trame du Deutéro-Isaïe.
Pourtant, lorsqu'on fait une étude sérieuse des mots et des
expressions de ces chants, on est forcé de conclure qu'ils cadrent
très bien dans le contexte du Deutéro-Isaïe. A cause
de cela, il devient difficile de les regarder comme des récits interpolés
sans devoir considérer leur auteur comme un génie dans la
connaissance du vocabulaire deutéro-isaïen et comme un maître
dans l'art d'imiter un autre auteur, ce qui devient de plus en plus difficile
à croire.
Critère 7. Les incohérences dans un texte Il peut arriver qu'on remarque que quelque chose manque dans notre texte ou qu'on est en face d'une incohérence textuelle. Cela peut être dû à un oubli volontaire ou non de la part d'un auteur ou d'un rédacteur; à une correction de quelqu'un qui a retranché pour une raison ou pour une autre une partie du texte; à une source mal intégrée au texte. Za 10,1-2 est célèbre
pour ses incohérences. On sent qu'il manque quelque chose d'où
la difficulté de saisir vraiment ce passage. On voit mal la relation
entre le verset 1 et le verset 2a et encore plus mal la relation entre
les versets 1 et 2a et la conclusion en 2b. Ou bien nous avons affaire
ici à un texte plus long qui aurait été amputé
et dont le rédacteur ne nous aurait conservé que les quelques
versets qui lui paraissaient importants pour son propos, ou bien ce texte
fait référence à plusieurs textes dont le rédacteur
ne nous aurait conservé que de brèves sections.
Critère 8. Le style du texte est raboteux et irrégulier Habituellement un style raboteux et irrégulier
peut traduire des difficultés de composition. Cela peut aussi être
le cas dans l’AT. Mais un tel style peut aussi manifester l'emprunt, la
copie ou la référence à d'autres textes qui deviennent
alors des textes sources.
Il y a un ou des récits parallèles Il faut bien avouer que la recherche de sources possibles est beaucoup plus facile et surtout beaucoup moins subjective quand existent un ou des récits parallèles. Ce cas peut se produire pour une partie de texte, pour un texte en entier, pour plusieurs textes qui se suivent, voire pour un livre en entier comme c'est le cas pour les livres des Chroniques et les livres historiques. Le procédé à suivre dans le cas de récits parallèles est le suivant: 1) comparer les deux textes ou parties de textes pour en relever les ressemblances et les différences; 2) noter toutes les évidences utiles qui proviendraient de récits ou d'auteurs extérieurs au milieu biblique; 3) proposer et tenter des explications quant au texte qui serait à la source des textes parallèles; 4) fournir, si cela est possible, le texte de la source utilisée. L'explication des ressemblances ou des différences
entre des textes parallèles se fonde sur les critères suivants:
Critère 1. Les omissions, les doublets et les incompréhensions Lorsqu'on est en présence d'un texte,
l'auteur peut avoir omis certaines sections d'une source qu'il utilise.
Ce texte peut aussi être un doublet, c'est-à-dire une copie
pure et simple du précédent. Il se peut aussi que l'auteur
ou le rédacteur ait mal compris ce qu'affirmait le texte-source
et ait ainsi procédé à des changements dans le texte.
Il faut noter qu'il est toujours difficile de décider à partir
du seul critère 1 lequel des textes est secondaire par rapport à
un autre.
Critère 2. Les ajouts Un auteur ou un rédacteur a pu ajouter
des détails ou des informations à une source qu'il utilisait.
Toutefois, dans certains cas, il n'est pas toujours facile de déterminer
avec certitude si tel verset est un ajout dans un cas ou une omission dans
un autre.
Critère 3. Les termes utilisés Il faut encore porter une grande attention
au vocabulaire du récit pour voir si les changements introduits
ne seraient pas l'oeuvre d'un auteur ou d'un rédacteur particulier,
afin de voir si les mots qu'il a transformés ou ajoutés ne
le trahissent pas.
Critère 4. L'ordre Il peut se faire qu'un auteur ou rédacteur
transforme sans cesse l'ordre des récits ou même l'ordre du
déroulement de l'action dans un récit: par exemple, quelqu'un
attache beaucoup d'importance au temple, alors il décide de faire
apparaître en premier, dans le texte, tout ce qui se rapporte au
temple.
Critère 5. Les différences de style Il est parfois possible de faire appel au
critère du style d'un auteur pour déceler un changement.
Toutefois ce critère est très difficile à établir
avec certitude. Il s'agira donc d'essayer de déterminer la marque
distinctive d'un auteur ou rédacteur à travers ses tournures
de phrases, les particules qu'il répète invariablement, ses
constructions littéraires ou même les images qu'il affectionne
particulièrement.
Critère 6. Les tensions ou les contradictions Il pourra arriver qu'un texte bien construit
réutilisé par un autre auteur ou rédacteur présente
maintenant des tensions ou des contradictions ou qu'un texte construit
librement soit maintenant exempt de tensions ou contradictions. Ces tensions
ou ces contradictions peuvent exister au niveau même des passages
parallèles ou encore dans l'insertion de ces passages dans deux
récits différents dont ils deviennent partie intégrante.
Critère 7. Les idées et la théologie Autant il est parfois difficile de détecter
avec certitude les changements de point de vue, autant il est facile de
percevoir les changements d'idée ou de théologie qui seront
toujours dépendants d'une formulation différente.
Critère 8. Les récits parallèles extra-bibliques Parfois, les récits parallèles
extra-bibliques peuvent apporter une contribution importante à la
détermination de la source originale. Dans ces cas, la sémantique,
l'histoire et la méthode comparative jouent un rôle de premier
plan.
Histoire de la tradition
2. La méthode
Lorsqu'on fait l'histoire d'une tradition, on observe une entité qui a des liens avec le passé et qu'on peut retracer dans différents récits oraux ou écrits. Il s'agit, comme le dit si bien Knight dont nous nous inspirons dans tout ce qui va suivre, de «rendre lumineuse l'histoire de la précomposition d'un texte», prenant comme point de départ le texte tel qu'il se présente à nous maintenant. On trouve d'excellents exposés de la méthode de l'histoire des traditions dans divers ouvrages présentement sur le marché. Nous n'avons pas l'intention de reprendre en long et en large ces démonstrations. Nous renvoyons le lecteur à ces ouvrages dont il trouvera la référence exacte dans la bibliographie à la fin de cette section sous la rubrique «méthode». KLAUS KOCH, dans The Growth of the Biblical Tradition [La Croissance de la tradition biblique] expose la méthode aux pages 38 à 56. WALTER E. RAST dans Tradition History, and the Old Testament [L’Histoire de la tradition et l’Ancien Testament] (pp. 49-71) traite lui aussi avec brio de la méthode. Il y a enfin les livres de RICHTER (pp. 152-165) et de BARTH/STECK (pp. 37-47). Nous nous contenterons donc des remarques générales suivantes: a) Avant de traiter un texte du point de vue de l'histoire des traditions, il faut avoir successivement examiné ce texte sous les angles suivants: critique textuelle, analyse littéraire, critique des sources, critique du genre. Ces diverses étapes nous permettront de colliger des informations sur le texte à étudier, sur la composition du texte tel qu'on le lit maintenant, sur le fait qu'un texte soit composite ou non, sur sa structure, sur son genre et son milieu de vie. Toutes ces informations pourront à un moment ou l'autre être utiles dans l'étude de l'histoire d'une tradition. b) L'analyse critique d'une tradition essaie de «déterminer et de décrire chaque étape par laquelle une tradition est passée dans le processus de son développement». C'est la dimension analytique de la méthode. Il faut toujours essayer de remonter aussi loin que possible dans l'histoire d'une tradition donnée tout en étant conscient d'être rarement capable de remonter aux origines mêmes de la tradition. On assigne parfois le nom de «critique de la tradition» à cette recherche. c) Il s'agit ensuite de faire une synthèse historique, c'est-à-dire de considérer d'une manière diachronique les différentes trouvailles faites lors des recherches analytiques dans le but de présenter une chronologie relative de la croissance de la tradition depuis ses débuts jusqu'à son insertion dans un texte écrit. Ou pour le dire autrement, cette étape vise à faire une description du processus de croissance d'une tradition selon la chronologie, c'est-à-dire à partir de sa formation première dans la tradition orale jusqu'à sa rédaction finale sous une forme qui ne s'adapte plus ou qui ne se développe plus, c'est-à-dire sous une forme fixe. C'est l'aspect synthétique de la méthode et il se fait nécessairement après 1’analyse. On assigne parfois le nom d'histoire de la tradition à cette étape de la recherche. d) Enfin, il faut l'avouer sans fausse honte, l'histoire des traditions se meut dans un domaine où les hypothèses et les conjectures sont nombreuses. Comme on s’en rend compte ici et dans bien d'autres domaines, les certitudes sont souvent inaccessibles. Le caractère hypothétique du travail en histoire des traditions doit donc pousser le chercheur à être très vigilant lorsqu'il voudra utiliser les résultats de ses recherches pour construire des thèses historiques et théologiques. Il devra toujours se rappeler que de telles thèses n'auront pas plus de valeur que les hypothèses et les conjectures sur lesquelles elles se fondent et il devra surtout avoir le courage et l'honnêteté de le dire clairement à ceux qui le lisent ou l'écoutent. Ce courage et cette honnêteté intellectuelle ne courent malheureusement plus les rues de nos jours et c'est dommage. Comme on l'aura sans doute remarqué,
ce que nous venons de dire de la méthode de l'histoire des traditions
s'avère juste uniquement pour les tenants de l'approche allemande.
Il faudrait se référer aux chercheurs scandinaves, particulièrement
au livre de KNUD JEPPESEN et BENEDICKT OTZEN The Productions of Time
[Les
Productions du temps] pour une exposition de la méthode
scandinave telle qu'elle est pratiquée présentement.
Histoire de la rédaction
2. La méthode
L'histoire de la rédaction vise à expliquer un texte ou un livre de l’AT en s'occupant du texte ou du livre tel qu'ils se présentent à nous actuellement dans leur forme finale. Elle est, comme on l'a dit plus haut, en étroite relation avec la critique des sources, la critique du genre et l'histoire des traditions. Elles tient compte des résultats des recherches effectuées à ces autres niveaux. Toutefois l'histoire de la rédaction se fonde sur quelques propositions qu'il faut connaître: a) aucun livre de l’AT n'a conservé la forme qu'il avait reçue lors de sa première écriture; b) la plupart des livres ou même des textes de l’AT ne sont pas le résultat du travail d'un seul auteur, mais ils tirent leur origine d'écoles ou de groupes d'auteurs; c) le matériel de plusieurs textes ou récits n'a pas été créé, mais il existait déjà sous une forme orale ou écrite; d) les textes de l’AT furent souvent réécrits, modifiés et enrichis par de nouvelles idées selon l'intervention d'un ou de plusieurs rédacteurs successifs; e) les réécritures, modifications ou enrichissements des textes ont été faits dans un but particulier ou à l'aide d'une approche théologique spécifique; f) le ou les rédacteurs ont structuré leur matériel afin de le faire correspondre au but poursuivi ou à l'approche théologique soutenue; g) le ou les rédacteurs ont laissé leur empreinte stylistique dans le texte et il est possible de la découvrir à l'aide d'une étude littéraire; h) la plupart des rédacteurs ont manifesté un grand respect devant le matériel reçu; mais cela ne les a pas empêchés d'adopter par rapport à lui une certaine liberté en même temps, bien sûr, que de lui garder une certaine fidélité. Il ne suffit pas cependant de connaître les quelques propositions fondamentales de l'histoire de la rédaction pour prendre conscience du genre de travail à faire. Il ne suffit pas non plus de dire que l'histoire de la rédaction fait partie de l'analyse littéraire d'un texte. Aussi il nous a semblé utile de décrire brièvement divers types d'activité rédactionnelle qu'on rencontre dans l’AT. En voici donc une liste: a) Un rédacteur peut modifier un mot en modifiant les consonnes qui le composent ou sa vocalisation. L'exemple le plus frappant de la modification de la vocalisation d'un mot se rencontre à propos du mot Yahvé qu'on écrit dans la Bible hébraïque avec la vocalisation du mot adonai. b) Dans un texte entièrement reçu et transmis, un rédacteur peut déplacer des mots, des membres de phrase ou des phrases soit pour favoriser une meilleure compréhension soit pour répondre au but théologique qu'il poursuit (ex: Am 1,3-5; Gn 18,22b). c) Un rédacteur peut soustraire certaines choses du document-source dont il se sert, c'est-à-dire qu'il peut omettre des mots, des membres de phrases ou des phrases (ex: comparer Jg 1,13 à Jos 15,17). d) Un rédacteur peut changer le document-source qu'il utilise, c'est-à-dire qu'il peut remplacer un ou des mots, des membres de phrases ou des phrases par quelque chose d'autre (ex: comparer Jg 1,11 et Jos 15,15). e) Un rédacteur peut abréger le document-source dont il se sert, c'est-à-dire qu'il ne retient que ce qui lui semble être l'essentiel de ce document (ex: comparer 2Ch 33,21-25 et 2R 21,19-26). f) Un rédacteur peut allonger ou développer un document-source. On dit alors que le rédacteur glose ou qu'il fait une glose. Il existe divers types de glose dont voici les principaux: - la glose explicative: le rédacteur veut expliquer un mot, un geste ou une action; - la glose complémentaire: le rédacteur veut alors compléter un texte par une information qu'il tient d'ailleurs ou d'un autre texte; - la glose corrective: le rédacteur veut corriger une affirmation, un fait, un geste ou un mot pour diverses raisons; - la glose rédactionnelle: il s'agit ici d'un développement totalement personnel au rédacteur qui est habituellement en lien avec l'idée théologique qu'il soutient; - la glose répétitive:le rédacteur ne fait que répéter un membre de phrase ou une phrase qui se trouve déjà dans sa source dans le but d'en arriver à un texte qu'il juge sans doute meilleur. g) Un rédacteur ajoute des passages de transitions entre des unités originellement indépendantes. h) Un rédacteur peut ajouter des introductions ou des conclusions à un livre ou aux principales divisions d'un livre dans le but d'en faire une unité littéraire qui se tient ou encore dans le but de faire saisir la portée théologique de son travail (ex: Jg 1). i) Un rédacteur opère sur un document-source des corrections stylistiques. Il va sans dire que l'activité rédactionnelle est facilement repérable quand le document-source est déjà en notre possession, c'est-à-dire lorsqu'on possède un double ou même un triple récit d'un événement dans l’AT, ou si l'on veut, un ou des récits parallèles. Toutefois, cette même activité rédactionnelle est beaucoup plus difficile à repérer lorsque: 1) la critique des sources ne fournit pas un récit de base bien délimité - et c'est ainsi pour un très grand nombre de textes bibliques - même s'il apparaît évident qu'il y a une source à l'origine du texte actuel; 2) lorsqu'il est à peu près impossible de retracer la source du texte à l'étude parce qu'elle a été intégrée de façon parfaite par le rédacteur. Il arrive donc que les chercheurs en soient réduits à proposer des hypothèses. Le malheur de certains d'entre eux comme de certains lecteurs est de prendre ces hypothèses pour des démonstrations convaincantes et de les transformer par la suite en preuve irréfutable. |