Michée 6,1-8

Avant toute chose, traduisez cette péricope à partit du texte hébreu (BHS).


 

Problèmes textuels

Au v. 1, l'expression rîb 'æt (procès contre) a généralement un sens judiciaire : celui qui est désigné après le 'æt est celui contre qui l'on engage un procès. Ici, cette expression signifierait donc que l'on engage un procès contre les montagnes, ce qui semble un peu étrange. Certains exégètes ont donc proposé de remplacer 'æt par 'æl (sur), ce qui indiquerait que les montagnes sont le lieu du procès. Cette variante est appuyée par la LXX, mais le principe de la lectio difficilior probabilior nous amènerait plutôt à conserver le 'æt

Question 1 :

Quel est le problème textuel auquel renvoie la note a du verset 2 ?

Réponse 1.

Au v. 5, le verbe zkr introduit 2 choses. Ce qu'a fait Balaam (5a) et un autre événement (5b) qui ne peut être que la traversée du Jourdain vu la mention "de Shittim à Guilgal". Or, aucun verbe me figure avant le mot min. Le verbe disparu pourrait être wata"abor "il a traversé". Cependant, cette correction n'est pas nécessaire car la traversée peut être implicite (vu les deux lieux mentionnés).  


 

Structure et forme du texte

1) Procès contre les montagnes, le locuteur s'adresse au peuple.

2) Procès contre le peuple, le locuteur convoque les montagnes comme témoins.

3-5) Plaidoirie de Yhwh contre Israël

6-7) Réponse à la plaidoirie

8) Réponse de Yhwh

Ce texte décrit un dialogue entre Yhwh et son peuple. Les v. 3-5 rappellent une plaidoirie pour la défense de quelqu'un. Les v. 6-8 ressemblent à une liturgie d'entrée au sanctuaire. Le fidèle demande au prêtre quelle est l'exigence pour entrer dans le sanctuaire, le prêtre répond. 

Mais on peut également déceler, dans ce texte, la forme du réquisitoire d'alliance, qui a lieu lorsque qu'un suzerain convoque son vassal et lui reproche sa mauvaise conduite. Ces réquisitoires sont en général construits de la manière suivante :

  • Prologue 
  • Interrogatoire 
  • Réquisitoire historique 
  • Déclaration de culpabilité 
  • Condamnation et avertissement
Dans ces v. 1-8, on retrouve tous ces éléments, hormis la déclaration de culpabilité. L'auteur s'inspire donc du genre des réquisitoires d'alliance, pour montrer que Yhwh est le suzerain, et les êtres humains ses vassaux. Ceux-ci se sont comportés comme des mauvais vassaux, et ils reçoivent un avertissement.  


 

Exégèse de détail

Versets 1-2 :

Ces versets forment une double introduction, qui met en place les acteurs, Yhwh et Israël, dans une relation de dialogue. 

Question 2 :

Si l'on décide de conserver le TM, l'accusé du v. 1 n'est pas le même que celui du v. 2. Quelle peut être la raison de ce changement ? 

Reprenez ce que nous avions vu au sujet de Mi 1,2, cela vous donnera peut-être des idées...

Réponse 2

Avec le verset 1 et surtout 2, les acteurs du procés sont mis en évidence. Yhwh accuse, le peuple est accusé et les montagnes sont prises à témoin.  

Verset 3-5 :

Yhwh continue à s'adresser au peuple comme à son peuple choisi. Mais ici, il se présente comme l'accusateur, qui cherche à se justifier. Il se met lui-même en valeur, en montrant toutes les bonnes choses qu'il a accomplies pour le peuple. Par ce procédé, l'horreur de la faute du peuple est mise en évidence. 

Les versets 4-5 comportent un résumé de l'histoire du salut, de tout ce que Dieu a fait pour son peuple. 

Les v. 4-5 contiennet un jeu de mot entre hæle'etîkâ (v.3, je t'ai fatigué) et hæ"ælitîkâ (v.4 en te faisant monter). Yhwh montre qu'il n'a pas fatigué son peuple, mais que lui-même s'est fatigué en faisant monter son peuple d'Egypte. 

Le v. 5 prolonge la confession du v. 4. L'épisode de Balaam et l'entrée dans la terre promise par le passage du Jourdain sont désignés comme des autres signes de l'amour de Yhwh pour son peuple. 

Le verbe zkr signifie se souvenir, faire mémoire de génération en génération. Ce qu'a fait Yhwh devrait susciter la reconnaissance de la part du peuple, et le respect des clauses de l'alliance. 

Ainsi, les v. 4 et 5 présentent un sommaire de l'histoire d'Israël, à travers la triade Moïse, Aaron, Myriam. Cette triade ne se trouve nulle part ailleurs dans l'Ancien Testament. En Josué 24, on trouve un sommaire semblable, mais seuls Moïse et Aaron sont mentionnés. On peut donc se demander si l'auteur qui écrit cette triade connaît l'Ancien Testament sous la même forme que nous. En effet, trois éléments importants de l'histoire d'Israël, qui sont mentionnés en Josué 24, sont totalement absent de Mi 6,4-5 : l'épisode du Sinaï, l'histoire des Patriarches, et les récits de conquête. Mi 6 ne semble connaître que la tradition du désert. Quoi qu'il en soit, l'expérience du désert est perçue comme le noyau du salut. 

Versets 6-7 :

Ces versets contiennent la réponse d'Israël, sous forme de questions successives. Ces questions présentent toute une série d'actes liturgiques, toujours plus importants. Ces actes semblent marquer la repentance du peuple. Mais l'auteur fait appel à une rhétorique assez caricaturale : les exigences sont exagérées, pour souligner combien il est difficile d'accéder à un Dieu aussi grand. Tous les sacrifices mentionnés ne semblent jamais suffire. Le peuple critique Dieu pour se défendre des ses accusations (v. 3-5). 

Verset 8 :

Ce verset est un appel à la conversion, qui fait écho avec la plaidoirie de Yhwh. Le mot 'âdâm (homme) est un vocatif, il désigne un individu qui représente tout le peuple. 

Le bien dont on parle ici est mis en rapport avec les actes et la volonté de Yhwh, il ne s'agit pas d'une conception théorique du bien. 

On peut donc constater une progression dans les exigences indiquées ici. Il ne suffit pas d'accomplir le droit, mais il faut lui être fidèle, et même l'aimer. Le fait de marcher avec Dieu représente l'exigence la plus difficile. En effet, cela signifie qu'il faut se souvenir de ses commandements à chaque moment, Dieu étant toujours proche de l'être humain.

Ce que Yhwh demande ici, c'est donc une attitude du coeur, et non pas un grand nombre de sacrifices, ce que laisse entendre les versets 6-7. On trouve une exigence parallèle en Jr 31,33-34, ou en Ez 36. 

Ce texte montre la prédominance des exigences éthiques (v. 8) sur les sacrifices (v.6-7). Si aux versets 6-7 le peuple se défendait des accusations divines (v. 3-5) en disant que les sacrifices exigés étaient impossibles, le verset 8 précise que les vraies exigences divines sont bien différentes.


 

Datation

Ce texte contient des mots que l'on retrouve dans la littérature deutéronomiste, comme se souvenir, maison de servitude, racheter. Mais d'autres expressions sont formulées différemment : le deutéronomiste parle de marcher dans les voies de Dieu, et non pas de marcher avec Dieu, du bonheur plutôt que du bien

Certains exégètes pensent que la terminologie deutéronomiste présente en Mi 6,1-8 nous oblige à dater ce texte de la période pré-exilique. 

Mais ce texte parle d'une exigence fondamentale, très personnelle. L'auteur semble connaître certaines formules deutéronomistes, tout en s'en écartant sensiblement, notamment en faisant appel à une problématique très personnelle, absente du deutéronomisme. On retrouve ce genre de discours chez Esdras et Néhémie, ainsi que dans des textes post-exiliques. 

Mi 6,1-8 est donc probablement à dater de la période post-exilique. 


 

Réponse 1 :

Au v. 2, l'apparat-critique nous invite à remplacer wehâ'etânîm (stable, permanent) par weha'azînû (du verbe 'zn, écouter). Cette variante rétablit le parallélisme entre les deux parties du verset. Un scribe a pu commettre l'erreur de confondre le t et le z (en paléo-hébreu, ces deux lettres se ressemblent). Le m, à la fin du mot, peut provenir du fait qu'un scribe a copié deux fois la première lettre du mot suivant. Pour Renaud, il s'agit d'une correction intentionnelle : le texte original, en invitant par deux fois les montagnes à écouter, peut donner l'impression que ces montagnes sont des divinités que l'on prend à témoin dans le procès. Cette divinisation des montagnes n'aurait pas plu, et on a cherché à la corriger. 

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Réponse 2 :

Au v. 1, les accusées sont les montagnes, au v.2, c'est le peuple d'Israël. Il est possible que le v. 1 soit un ajout qui généralise la portée du v. 2, en accusant les montagnes, à savoir le cosmos tout entier, et plus seulement le peuple. Nous avions observé le même phénomène en Mi 1,2 : ce verset a pour fonction d'introduire les nations, donc d'universaliser le discours. De plus, le premier mot de ce verset 1.2, écoutez, est le même qu'en Mi 6,1. L'on peut donc penser que le v. 6,1 fait le lien avec les chapitres 1-3, qui remontent au Michée "historique". 

Retour à l'exégèse de détail versets 1-2.
 

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