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Mardi 16 décembre 2025 18h15 : GRETU XVIIIe.s.: Discussion autour de «l'Histoire (dé)coloniale de la philosophie» avec Thierry Hoquet

Philosophe et professeur à l'Université Paris Nanterre, Thierry Hoquet nous parlera de son dernier livre Histoire (dé)coloniale de la philosophie française De la Renaissance à nos jours, PUF, 2025.
 

La conférence se tiendra en salle PHIL 004.

Texte extrait de: Cairn.info

La philosophie française n’a pas commencé par le « Je pense » de Descartes, soupçonnable d’ailleurs d’être un « Je conquiers », mais avec le chapitre « Des cannibales » de Michel de Montaigne, dans ses Essais (1580). L’ailleurs brise les cadres de la science héritée des Anciens. La rencontre avec les peuples du Nouveau Monde (Tupinambas du Brésil, Hurons du Canada) ébranle les cadres de l’anthropologie biblique et lance un défi épistémologique et moral avec le thème ambigu du « bon sauvage ». Thierry Hoquet, croisant événements et textes, restitue avec talent les débats religieux autour du Code noir, le silence sur la traite dans l’antiesclavagisme des Lumières, la question algérienne, la reconfiguration de la philosophie française autour du génocide, de la décolonisation et de la Guerre froide. Il propose moins une déconstruction décoloniale de la philosophie française que sa définition par l’épreuve critique du monde. Dans ce nouveau discours, (dé)coloniser la philosophie française signifie la décloisonner et suivre, dans les traces de l’histoire coloniale de la France, les tours et détours par lesquels elle a fait entendre, en langue française, les voix de ses autres extra-européens et produit en retour des discours dissonants, rappelant par exemple avec Montesquieu et Voltaire qu’on peut être persan et à quel prix l’Européen mange le sucre. Même pris dans l’impensé colonial, les très nombreux philosophes étudiés, de Montaigne à Derrida, ont fourni des moyens intellectuels de résistance. Cette démarche d’inquiétude qu’accompagne le souci de s’amender est peut-être le fidèle témoignage de ce que la philosophie doit être et de ce que fut assurément, selon l’auteur, la philosophie française.