La causalitĂ© perceptive visuelle chez lâenfant et chez lâadulte (1958) a
par
Jean Piaget et Marc Lambercier
Le but de ce travail est double. Il sâagit dâabord et essentiellement de chercher si les faits dĂ©crits avec tant de prĂ©cision par A. Michotte sur les adultes se retrouvent chez lâenfant de 4-5 Ă 12-14 ans ou sâil existe des diffĂ©rences dâun niveau Ă lâautre du dĂ©veloppement, Ă partir du moment oĂč les expĂ©riences de laboratoire sont possibles. En dâautres termes, nous nous proposons de rĂ©examiner le problĂšme de la causalitĂ© perceptive visuelle sous une perspective gĂ©nĂ©tique (en prenant ce mot dans son acception ordinaire, relative au dĂ©veloppement mental, et non pas seulement dans le sens oĂč le prend parfois Michotte, qui est celui de lâanalyse des facteurs de formation actuelle de lâimpression causale).
Mais notre but est Ă©galement dâordre plus gĂ©nĂ©ral. Parmi les nombreux mĂ©rites des Ă©tudes de Michotte sur la causalitĂ© perceptive, lâun des plus frappants est sans doute dâavoir pris position au sujet des relations entre la perception et la notion de causalité : la perception de la causalitĂ© serait une « prĂ©figuration de la notion », en ce sens que celle-ci serait tirĂ©e par abstraction des donnĂ©es perceptives dĂ©jĂ toutes prĂ©parĂ©es. A ce propos, Michotte se livre Ă une rĂ©interprĂ©tation des travaux de lâun de nous, non seulement fort suggestive, mais encore empreinte dâun esprit de comprĂ©hension et dâune gĂ©nĂ©rositĂ© intellectuelle dont peu de contradicteurs savent sâinspirer. 11 est vrai quâil nây a entre nous aucune contradiction rĂ©elle sur le terrain des faits, mais une simple diffĂ©rence dâoptique, ce qui nous permettra de nous efforcer, en rĂ©pondant, dâatteindre cette conciliation qui correspond Ă nos vĆux autant quâĂ ceux du maĂźtre de Louvain.
Nous nous sommes donc demandĂ©s si la thĂšse de la prĂ©figuration de la notion de causalitĂ© dans la perception ne dĂ©pendait pas de lâinterprĂ©tation Ă donner Ă la causalitĂ© perceptive elle-mĂȘme et si celle-ci ne comportait quâune explication possible. Le second but que nous nous assignons est ainsi de reprendre la question du mĂ©canisme formateur de lâimpression causale perceptive. Or, lâanalyse de Michotte est si
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remarquable que, pour atteindre cette rĂ©interprĂ©tation, nous nâavons Ă©tĂ© conduits ni Ă mettre en doute la gĂ©nĂ©ralitĂ© des faits quâil a Ă©tablis, ni mĂȘme Ă contester la notion de 1â« ampliation du mouvement » au moyen de laquelle il synthĂ©tise ces faits. A supposer que lâon veuille Ă tout prix trouver une divergence entre Michotte et nous, nous dirions simplement que pour Michotte, cette « ampliation » suffit Ă expliquer la causalitĂ© perceptive, tandis que, pour nous, elle requiert elle-mĂȘme une explication, en ce sens quâil sâagit dâĂ©tablir quelle sorte de mĂ©canisme la rend possible et la produit, et si ce mĂ©canisme rend compte, par ailleurs, des quelques exceptions oĂč lâampliation du mouvement, valable en presque tous les cas, semble dĂ©bordĂ©e par certains faits de causalitĂ© perceptive authentique. Câest donc, si lâon veut, le mode dâĂ©laboration de lâampliation du mouvement que nous avons cherchĂ© Ă comprendre et câest de lui que nous paraĂźt dĂ©pendre principalement la solution du problĂšme des relations entre la perception et la notion. Mais, encore une fois, rien ne prouve quâil y ait lĂ un dĂ©saccord entre Michotte et nous et il se peut fort bien que le grand spĂ©cialiste de la causalitĂ© perceptive retienne tout ou partie de nos interprĂ©tations sans ĂȘtre pour autant conduit Ă se contredire lui-mĂȘme. Câest lĂ , en tout cas, notre espoir le plus sincĂšre et le plus amical.
N.B. â Nous citerons lâouvrage fondamental de A. Michotte, La perception de la causalitĂ©, dans lâĂ©dition de 1946 (Institut Sup. de Philos., Louvain).
Partie I.
Description des faits observés
Introduction et technique.
11 est fort difficile de fournir une description complĂšte et objective, sous forme de tableaux numĂ©riques, des faits de causalitĂ© perceptive visuelle, comme on peut y parvenir, par exemple, dans lâĂ©tude dâune illusion optico-gĂ©omĂ©trique. La raison principale en est que peu de rĂ©actions se laissent aisĂ©ment mesurer, en un tel domaine, et que la plupart dâentre elles sont simplement Ă estimer qualitativement et Ă classer. Cela ne nous empĂȘchera pas dâessayer de les prĂ©senter en tableaux, mais il conviendra dâaccompagner ceux-ci de quelques commentaires. Dâautre part, nous nâavons nullement travaillĂ© selon un plan fixe, mais longuement tĂątonné ; nous avons notamment repris de nombreuses fois lâĂ©tude de tel point central (les actions Ă distance, par exemple) en modifiant quelque peu les donnĂ©es du problĂšme, mais surtout
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en perfectionnant nos techniques dâinterrogation des enfants.1 Or, les faits ainsi recueillis selon des techniques modifiĂ©es dâune sĂ©rie dâexpĂ©riences Ă la suivante ne se laissent pas rĂ©unir en un seul tableau Ă cause de leur hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ©, mĂȘme lorsquâil sâagit dâun problĂšme identique. Et cependant les faits rĂ©unis selon les techniques initiales sont aussi instructifs que les derniers en dateâŠ
RĂ©flexion faite, nous croyons donc que la meilleure maniĂšre de communiquer objectivement les rĂ©sultats de notre investigation consiste Ă les prĂ©senter dans lâordre mĂȘme (Ă peu de choses prĂšs) oĂč ils ont Ă©tĂ© recueillis, de maniĂšre Ă ce que le lecteur puisse lui-mĂȘme dĂ©partager entre les produits des techniques successives et surtout comprendre les raisons, instructives Ă elles seules dĂ©jĂ , de ces changements de mĂ©thodes : il constatera, par exemple, comment le « lancement sans contact », dâabord trĂšs difficile Ă obtenir chez les petits, a pu ĂȘtre observĂ© sous une forme provoquĂ©e moyennant certaines prĂ©sentations prĂ©alables, etc. Il sera mieux Ă mĂȘme, de la sorte, de se faire une opinion sur la valeur des faits que nous chercherons Ă interprĂ©ter dans la suite.
La technique. â   Nous avons utilisĂ© exclusivement le procĂ©dĂ© des disques quâon trouvera dĂ©crit en dĂ©tail dans le livre de Michotte, notamment en ce qui concerne lâexĂ©cution des tracĂ©s qui doivent conduire Ă la prĂ©sentation dâune configuration cinĂ©tique de deux objets et dont la perception donne une impression causale. Nous rappellerons cependant briĂšvement le principe de ce procĂ©dĂ© pour les lecteurs qui nâen aurait pas la familiaritĂ© mais aussi pour mieux faire comprendre certaines particularitĂ©s spatio-temporelles de certaines des configurations que nous avons Ă©tudiĂ©es par le procĂ©dĂ© du dĂ©calage des disques auquel nous avons largement recouru. Nous dĂ©crirons ensuite le dispositif et la situation expĂ©rimentale tels que nous les avons rĂ©alisĂ©s.
Le procĂ©dĂ© consiste Ă dessiner et peindre sur un disque de papier Ă dessin rigide (de 60 cm de diamĂštre, ici) un ou plusieurs tracĂ©s et, en faisant tourner ce disque autour de son centre, de faire dĂ©filer ces tracĂ©s derriĂšre une fente latĂ©rale, radiale et horizontale dĂ©coupĂ©e dans un Ă©cran qui dissimule tout le reste du dispositif sauf pour la partie visible du tracĂ© dans la fente, qui prend lâaspect dâun petit carrĂ© ou rectangle immobile ou en mouvement. Ainsi, pour prendre un exemple trĂšs simple, dâun seul objet, on tracera sur le disque un arc de circonfĂ©rence dâun certain rayon et dâune largeur de 10mm, arc couvrant un certain angle au centre, suivi dâune courbe dont la forme Ă©pouse la diminution rĂ©guliĂšre du rayon pour une unitĂ© angulaire choisie et pour une diminution de rayon bien dĂ©terminĂ©e, appelĂ©e « chute », aprĂšs quoi le tracĂ© reprend sur un rayon plus petit un nouvel arc de circonfĂ©rence. PrĂ©sentĂ© Ă travers une fente de 5 mm de largeur et dâassez grande longueur ces tracĂ©s donneront alors lâimpression dâun objet dâabord immobile de 10Ă5 mm, puis se dĂ©plaçant Ă une certaine vitesse, sur un certain parcours, et reprenant ensuite son immobilitĂ©. La durĂ©e de ces trois phases, la longueur de la trajectoire, la vitesse linĂ©aire dans la fente, dĂ©pendent des angles couverts par les trois parties du tracĂ©, de la chute unitaire de la courbe ainsi que de la vitesse de rotation du disque. On trouvera les
1 Comme dâhabitude câest Lambercier qui sâest chargĂ© des expĂ©rimentations, tandis que lâautre auteur participait Ă la position des problĂšmes et Ă lâĂ©laboration thĂ©orique.
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formules qui lient ces valeurs dans le livre de Michotte. En combinant deux tracĂ©s sur un seul disque il est alors possible, sâils ont les caractĂ©ristiques correspondantes, de former des configurations cinĂ©tiques qui donnent les impressions causales de lancement, dâentraĂźnement ou de traction, câest-Ă -dire que lâun des objets « lance » lâautre, lâentraĂźne avec lui ou le tire derriĂšre lui, pour ne citer que les principales. Mais avec un seul disque on ne peut guĂšre varier que la vitesse ou Ă©ventuellement cacher au moyen dâun volet lâune ou lâautre phase. On obtient plus de possibilitĂ©s en recourant, comme le propose Michotte, Ă la superposition de deux disques de diamĂštres le plus souvent diffĂ©rents, dont chacun porte le tracĂ© de lâun des deux objets. En les dĂ©calant lâun par rapport Ă lâautre il est alors possible de varier, dans certaines limites, les conditions spatio-temporelles de la configuration Ă©tudiĂ©e. On Ă©vite ainsi dâavoir Ă confectionner de multiples disques tandis quâon Ă©conomise un temps prĂ©cieux lors des manipulations en sĂ©rie. Comme il y a deux fentes latĂ©rales, lâune Ă gauche et lâautre Ă droite, la configuration cinĂ©tique sây dĂ©roule identique mais dans deux directions opposĂ©es, convergentes ou divergentes suivant le sens de rotation du disque. De plus, si on inverse celui-ci la configuration se dĂ©roulera dans un ordre oĂč les rapports spatio-temporels se trouveront alors inversĂ©s. Dâun point de vue gĂ©nĂ©ral le facteur que nous avons cherchĂ© Ă introduire dans une configuration donnĂ©e est celui de la distance entre objets Ă lâimpact, câest-Ă -dire au moment oĂč lâobjet qui a le rĂŽle dâagent donne lâimpression de communiquer son mouvement au second, qui prend alors le rĂŽle de patient. Câest cette variation de la distance Ă lâimpact que nous avons rĂ©alisĂ© par le procĂ©dĂ© du dĂ©calage angulaire, variation qui peut cependant entraĂźner, pour une mĂȘme configuration et un mĂȘme sens de rotation, des altĂ©rations que, par souci dâobjectivitĂ©, nous allons prĂ©ciser en raison mĂȘme de leur intĂ©rĂȘt, pour les diffĂ©rentes configurations Ă©tudiĂ©es.
Le lancement. â Deux objets apparaissent immobiles,1 lâun B (rouge)2 au centre de la fente, qui sera le patient, lâautre A (noir) latĂ©ralement Ă quelque distance (gĂ©nĂ©ralement 45 mm) qui sera lâagent Lâobjet A se met en mouvement vers B et sâimmobilise dĂšs quâil entre en contact avec lui tandis que celui-ci se met en mouvement dans la mĂȘme direction et sâimmobilise Ă son tour aprĂšs un parcours du mĂȘme ordre de grandeur. Puis les deux objets disparaissent pendant un court temps pour rĂ©aparaĂźtre et recommencer le mĂȘme cycle. Un rapport des vitesses dĂ©croissant, par exemple A-.B â   3 :1, favorise lâimpression que A « lance » ou « pousse » B, tandis quâun rapport dĂ©croissant celle de dĂ©clenchement. Pour que le lecteur puisse mieux se reprĂ©senter ce qui se passe lors des dĂ©calages angulaires des tracĂ©s nous avons schĂ©matisĂ© quelques-unes dâentre les combinaisons Ă©tudiĂ©es dans la figure p. 84. Nous parlerons de dĂ©calage positif et de dĂ©calage nĂ©gatif, le signe se rapportant toujours Ă la configuration normale, mĂȘme quand il y a inversion de la configuration.
DurĂ©e du contact Ă lâimpact. â On se rend compte, par les schĂ©mas 1 et 2 quâun dĂ©calage positif du tracĂ© de lâobjet B augmentera la durĂ©e du
1 Le procĂ©dĂ© des disques entraĂźne un petit artefact, celui dâun mouvement dâapparition ou de disparition vertical du tracĂ© dans la fente. Ces brefs mouvements de montĂ©e et de descente sont souvent les seuls Ă ĂȘtre signalĂ©s, et reproduits, notamment par les petits enfants, au dĂ©but des prĂ©sentations ou accompagnent des fragments de la configuration des mouvements. Ces mouvements verticaux peuvent ĂȘtre aisĂ©ment suprimĂ©s par un volet qui suprime les phases dâimmobilisation aux extrĂ©mitĂ©s, mais non pas celle dâimmobilisation au centre.
2 Nous avons utilisĂ© des couleurs diffĂ©rentes pour les deux objets, essentiellement pour faciliter leur dĂ©signation par le sujet ou lâexpĂ©rimentateur.
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contact donc de la phase dâimmobilitĂ© des objets au centre, aprĂšs lâimpact. Plus le dĂ©calage est grand plus la durĂ©e augmentera, ce qui donnera tout dâabord lâimpression dâun lancement retardĂ©, puis de deux mouvements indĂ©pendants. PrĂ©cisons que dans le lancement simple, non retardĂ©, il y a toujours lieu dâintroduire un lĂ©ger dĂ©calage, donc une brĂšve durĂ©e de contact, pour assurer un contact complet et compenser le phĂ©nomĂšne de la « montĂ©e de lâexcitation » comme lâappelle Michotte, durĂ©e de lâordre de 20 ms mais qui peut ne pas suffire, ou ĂȘtre excessive. Dans les dĂ©calages qui seront indiquĂ©s cette correction se trouve comprise. Enfin, par inversion du sens de rotation, le rĂŽle des objets est Ă©changĂ© (A rouge, B noir) et le rapport des vitesses inversé : lâimpression de lancement est remplacĂ©e par celle de dĂ©clenchement.
Distance des objets Ă lâimpact. â   Nous distinguons deux possibilitĂ©s : celle dite de distance « fixe » et celle de distance « mobile », Ă lâimpact, les deux pouvant se combiner pour donner une distance fixe augmentĂ©e dâune distance mobile.
La distance mobile. â   DâaprĂšs ce qui vient dâĂȘtre dit plus haut, Ă propos du dĂ©calage positif, qui augmente la durĂ©e du contact, donc retarde le dĂ©part de B, on comprendra aisĂ©ment quâun dĂ©calage nĂ©gatif du tracĂ© de B, va, au contraire, entraĂźner un espace entre objets Ă lâimpact ainsi quâun dĂ©part anticipĂ© de B. Bien quâil se meuve Ă plus faible vitesse que A il ne sera jamais rejoint. Il reste un espace entre les deux objets, minimum Ă lâarrĂȘt de A, un peu plus grand un instant auparavant, au moment oĂč B se met en mouvement. Il y a donc lĂ un moyen commode de crĂ©er, par simple dĂ©calage, une distance entre objets, distance pouvant ĂȘtre finement graduĂ©e. Lâaspect particulier que prend lâimpact en raison de la phase intermĂ©diaire ou transitoire commune dans laquelle les deux objets sont en mouvement nous a fait dĂ©signer lâimpression de ce lancement Ă distance mobile par le terme de compression, utilisĂ© par ceux qui lâĂ©prouve. Mais comme cette distance mobile ne se laisse pas dĂ©finir briĂšvement nous utiliserons celle du dĂ©calage angulaire des disques (ou lâordre de numĂ©rotation) qui la dĂ©termine, les distances correspondant aux positions caractĂ©ristiques des mobiles Ă©tant consignĂ©es dans une table de transformation de ces valeurs. Cette table se lit de gauche Ă droite pour le lancement (rapport des vitesses dĂ©croissant) et de droite Ă gauche pour le dĂ©clenchement (rapport croissant). On y remarquera, comme aussi sur les schĂ©mas, que la distance minimum correspond au dĂ©part de B dans le dĂ©clenchement et non pas Ă celui de lâarrĂȘt de A (lancement). Lâobjet A « accompagne » donc B sur un certain parcours, bien quâĂ moindre vitesse. Bien que B fasse aussi un dĂ©part anticipĂ© il est beaucoup moins marquĂ© que dans le lancement. Pour le dĂ©calage maximum câest lâarrĂȘt qui se fait simultanĂ©ment pour les deux objets dans le dĂ©clenchement tandis que dans le lancement câest leur dĂ©part. Mais cĂ© dĂ©part fortement anticipĂ© de B, dans le lancement, nâest pas perçu dans son ampleur et, dâautre part, du fait dâune grande diffĂ©rence des vitesses, A va pouvoir encore donner son impact au dĂ©but du trajet de B, et produire un impression de « lancement au vol », du moins chez des sujets exercĂ©s ou chez certains de ceux Ă qui on pose la question. Dâautres pourront faire une restriction mentale de ce dĂ©part anticipĂ©. Pour pouvoir comparer leurs impressions avec celles dâun lancement Ă distance simple, ou fixe, ainsi que pour pouvoir encore augmenter la distance (qui pourra alors atteindre dans les 30 mm) nous avons recouru Ă deux disques supplĂ©mentaires qui viendront prendre la place de celui portant le tracĂ© de lâobjet B. Ce sont ceux dont la description suit.
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Table des distances (en mm) entre les objets A et B, aux divers moments de leurs parcours suivant le degré de décalage angulaire. Parcours constants de 45 mm. Type lancement. Rapports de vitesses 6 :1 et 3 :1.
1 Distances : I : entre A et B au dĂ©part. II : parcours de A avant le dĂ©part de B. III : distance entre A et B au dĂ©part de B. IV : distance Ă lâarrĂȘt de A. V : distance parcourue par B aprĂšs lâarrĂȘt de A. V. E. : variation de lâespace A-B pendant la phase commune de mouvement (III-IV).
Pour obtenir les distances fixes et mobiles des combinaisons avec distances fixes D 10 et D 20 il suffit dâajouter aux valeurs des colonnes I, III, IV et VI, de la combinaison 6Â :1, celles de 10 et 20 mm.
Pour les rapports Inverses des vitesses de la sĂ©rie II (1 :6 et 1 :3) lire lâordre de succession indiquĂ© au bas de la table. De plus B devient A et rĂ©ciproquement.
Distances fixes (D 10 et D 20). Nous dĂ©signerons ainsi la distance en millimĂštres qui existe entre objet au moment oĂč lâobjet A sâimmobilise alors que B se met en mouvement, distances de 10 et 20 mm pour un dĂ©calage nul. Les deux disques portant les tracĂ©s correspondant ont ceux-ci simplement dĂ©placĂ©s vers le centre du disque de la valeur correspondante. La dĂ©finition du disque ainsi que les rapports spatio-temporels sont simples comme dans la configuration du lancement avec contact, ou distance nulle (D 0), Ă laquelle on a vu que lâon pouvait ajouter une distance mobile, jusquâĂ 8 ou 15 mm, par dĂ©calage nĂ©gatif. Il en sera de mĂȘme pour les distances fixes, ce oui nous donnera la combinaison de distance fixe plus celle mobile, donc une augmentation progressive de la distance, suivant le nombre de degrĂ©s de dĂ©calage nĂ©gatif qui lui seront ajoutĂ©s, mais qui perdra alors son caractĂšre fixe pour prendre celui de distance mobile dĂ©jĂ dĂ©crit. Pour obtenir les distances il suffit dâajouter aux valeurs de la table, pour les colonnes indiquĂ©es, la distance fixe de 10 ou 20 mm. La variation de lâespace, dans la phase commune, reste la mĂȘme, mais sa variation relative diminue alors avec la distance fixe ajoutĂ©e. Ajoutons que ces distances fixes + mobiles nâont Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©es que pour le rapport des vitesses de 6 :1 et 1 :6. Tout ce qui a Ă©tĂ© dit plus haut, au sujet des modifications de la configuration apportĂ©es par lâinversion du rapport des vitesses, espace minimum, dĂ©part anticipĂ© de A, reste valable. Ajoutons que les relations spatio-temporelles du rapport croissant des vitesses, donc de lâimpression de dĂ©clenchement classique, se rapprochent davantage de celles dâune compression mĂ©canique que dans le cas du rapport dĂ©croissant des vitesses.
| Combinaison | |||||||||
| N° | Décalage | I | Distances Série I 6 :1 (20/120 d)1 | V. E. | |||||
| II | III | IV | V | VI | |||||
| Do | 1 | 0 | 45 | 45 | 0 | 0 | 45 | 45 | 0 |
| 2 | â 5 | 45 | 34 | 11 | 2 | 43 | 45 | 9 | |
| 3 | â 10 | 45 | 23 | 22 | 4 | 41 | 45 | 18 | |
| 4 | â 15 | 45 | 11 | 34 | 6 | 39 | 45 | 28 | |
| 5 | â 20 | 45 | 0 | 45 | 8 | 37 | 45 | 37 | |
| Série | I 3 :1 | (40/120 d) | |||||||
| Do | 16 | 0 | 45 | 45 | 0 | 0 | 45 | 45 | 0 |
| 17 | â 5 | 45 | 39 | 6 | 2 | 43 | 45 | 4 | |
| 18 | â 10 | 45 | 34 | 11 | 4 | 41 | 45 | 7 | |
| 19 | â 15 | 45 | 28 | 17 | 6 | 39 | 45 | 11 | |
| 20 | â 20 | 45 | 23 | 22 | 8 | 27 | 45 | 14 | |
| 21 | â 30 | 45 | 11 | 34 | 11 | 34 | 45 | 23 | |
| 22 | â 40 | 45 | 0 | 45 | 15 | 30 | 45 | 30 | |
| Ordre | série | II | VI | V | IV | III | II | 1 |
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Lancement sans Ă©lan. â La phase du mouvement de A est supprimĂ©e. Lâobjet B apparaĂźt immobile au centre de la fente et, peu aprĂšs, A Ă cĂŽtĂ© et en contact avec lui tandis que B se met en mouvement. Les mĂȘmes disques-tracĂ©s sont utilisĂ©s que pour le lancement, Ă rapport 6 :1, mais en recouvrant la courbe de A dâun secteur blanc intercalĂ© entre les deux disques, et non pas en plaçant un volet sur la phase de mouvement de A. Les objets A et B apparaissent donc comme deux rectangles juxtaposĂ©s, A (noir) et B (rouge), puisquâimmobiles, et non pas sous lâaspect de parallĂ©logramme, comme lorsquâils sont en mouvement, du fait de la courbure du tracĂ©. Câest dâailleurs ce qui fait que quand B quitte A il le fait en sâinclinant lĂ©gĂšrement, comme il le fait dans le lancement simple oĂč lâobjet A, par suite dâun tracĂ© Ă courbure accentuĂ©e, plus fortement inclinĂ©, atteint B par sa pointe avant de se redresser contre B immobile. Lâartefact dâinclinaison de A est donc supprimĂ©, dans le lancement sans Ă©lan, tandis que celui de B subsiste, dĂšs quâil se met en mouvement. On prend soin dâailleurs de compenser la « montĂ©e », comme il a Ă©tĂ© dit pour le lancement. Mais lâautre artefact subsiste, celui de la mise en place par mouvement vertical dâapparition du tracĂ© de A dans la fente, dĂ©jĂ signalĂ© (v. note p. 80). Mais lâinclinaison nâest en gĂ©nĂ©ral que trĂšs tardivement remarquĂ©e par les sujets, et porte surtout sur celle de B bien que plus faible que celle de A, dans le lancement simple, Ă cause de sa vitesse plus faible.
Par dĂ©calage nĂ©gatif du tracĂ© de B, il est Ă nouveau possible de crĂ©er un intervalle temporelle entre lâapparition verticale subite de A et le dĂ©part de B, ce qui entraĂźne Ă©galement une distance plus ou moins grande entre eux au moment oĂč A est prĂ©sent. Lâobjet B se met donc en mouvement anticipĂ©. Quant Ă la distance entre objets, elle est celle contenue dans la table, colonne IV, pour le rapport des vitesses de 6 :1.
Ajoutons quâil pourrait y avoir, Ă lâapparition de A, un mouvement apparent horizontal, câest-Ă -dire coaxial Ă celui de B, si A se trouvait devant un volet. Pour Ă©liminer cette impression A apparaĂźt Ă 55 mm de lâextrĂ©mitĂ© de la fente.
LâEntraĂźnement. â Lâobjet B est au centre de la fente, immobile, alors que lâobjet A est Ă quelques centimĂštres de distance et se met en mouvement vers B, lâatteint au moment oĂč B se met en mouvement Ă la mĂȘme vitesse que celle de A, qui continue son mouvement. Le rapport des vitesses est donc dans ce cas A1/B1 :A2/B2 = l/0 :l/l ou simplement 1 :1, mais dans les mĂȘmes conditions ce rapport pourrait ĂȘtre de 2/0 :1. â Lâimpression est que lâobjet A «   entraĂźne » B avec lui ou « le pousse devant lui ».
Pour pouvoir recourir utilement au dĂ©calage angulaire de lâun des disques, il faut dâabord que lâun des disques, celui de B, soit dĂ©coupĂ© spĂ©cialement. Ce disque est aussi plus petit que le disque de A (comme dans le lancement) et porte Ă sa pĂ©riphĂ©rie Ă©galement un arc de circonfĂ©rence correspondant Ă lâimmobilitĂ© de B, puis une courbe de chute qui doit suivre celle du tracĂ© de A. Mais, pour que le disque lui-mĂȘme ne cache pas le tracĂ© de A, la partie du disque comprise entre le tracĂ© de B et celle de A doit ĂȘtre enlevĂ©e. Lâajustement de ces deux courbures du tracĂ© doit ĂȘtre suffisamment exact pour que nulle part les deux tracĂ©s conjoints ne laissent entre eux le moindre intervalle susceptible dâĂȘtre perçu.
Ainsi rĂ©alisĂ© pour le rapport 1 :1 un dĂ©calage positif du tracĂ© de B fait que le tracĂ© courbe de B recouvre progressivement celui correspondant de A jusquâĂ le recouvrir entiĂšrement. Dans la fente ces tracĂ©s donneront alors lâimpression que lâobjet A glisse derriĂšre B, en partie ou complĂštement. Bien quâen partie ou totalement invisible lâobjet A reste entiĂšrement prĂ©sent et
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Représentation schématique
des combinaisons cinétiques
étudiées et de quelques-unes
de leurs variantes.
(Voir note page suivante.)



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donne lâimpression quâil entraĂźne B comme sâil Ă©tait visible : Câest lâimpression dâ« entrainement par Ă©cran ». Un dĂ©calage positif plus important ne fait que recouvrir davantage le tracĂ© de A et de le faire disparaĂźtre rapidement. Un dĂ©calage nĂ©gatif crĂ©e par contre un espace de grandeur constante entre les tracĂ©s, donc une distance entre les objets dans leur phase de mouvement commune. Lâimpression est celle dâun entraĂźnement Ă distance fixe, qui peut ĂȘtre facilement dĂ©signĂ©e et simplement mesurĂ©e, dans ce cas, en millimĂštres ou en nombre de degrĂ©s dĂ©calage angulaire correspondant, valeurs qui sont approximativement les mĂȘmes. Cette possibilitĂ© a le grand avantage de pouvoir introduire trĂšs facilement soit un certain espace, soit un espace Ă peine surliminaire, en gĂ©nĂ©ral dâun millimĂštre ou moins, qui sera facilement perçu du fait quâil peut ĂȘtre observĂ© tout au long de la phase de mouvement commune, celle de lâentraĂźnement, alors que dans le lancement simple, la phase dâimpact Ă©tant trĂšs brĂšve, le contact entre objets se trouve beaucoup moins bien dĂ©fini. On verra lâimportance de ce point, quand il sera question des t rĂ©sultats, Ă propos de la susceptibilitĂ© de certains sujets Ă une absence de contact.
Mais il y a un autre moyen que celui des disques en papier pour rĂ©aliser par dĂ©calage une distance entre objets et mĂȘme dâobtenir par dĂ©calage positif un effet de traction.
Traction et entraĂźnement. â Ces deux configurations cinĂ©tiques pour un mĂȘme rapport des vitesses 1 :1, se dĂ©rouleront identiquement Ă part que, dans la traction, le mobile A dĂ©passe B, immobile, qui se met en mouvement dĂšs
Les combinaisons se dĂ©roulent de haut en bas pour le temps (t), et de gauche Ă droite pour lâespace (e) mais de droite Ă gauche dans le dĂ©clenchement obtenu par simple inversion du sens dans lequel dĂ©file les tracĂ©s dans la fente ; les schĂ©mas en traduisent les relations spatio-temporelles. Les objets A et B sont chaque fois reprĂ©sentĂ©s, pour leurs positions caractĂ©ristiques, par de petits carrĂ©s, avec lâagent A noir, sauf pour le dĂ©clenchement (Nob 9 Ă 12) oĂč les rĂŽles des objets sont Ă©changĂ©s (A blanc). Les traits verticaux reprĂ©sentent lâimmobilitĂ©, les obliques les dĂ©placements plus ou moins rapides des objets. En plus des positions initiales et finales des objets certaines de leurs positions intermĂ©diaires au moment de lâimpact sont reprĂ©sentĂ©s par leurs carrĂ©s traversĂ©s par les lignes de dĂ©placement, pour A au dĂ©part de B, pour B Ă lâarrĂȘt de A, câest-Ă -dire, pour le lancement et dĂ©clenchement aux moments des distances III et IV de la table des distances. Mais seuls le rapport des vitesses 3 : 1 pour le lancement et 1 : 3 pour le dĂ©clenchement ont Ă©tĂ© illustrĂ©s.
Les diverses combinaisons de lancement (L) sont : (1) L. simple, (2) L. avec contact durable (par décalage positif, vers le bas, de B) (3) et (4) L. à distance mobile, moyen et maximum (par décalage négatif), (5) L. à distance fixe, (6) L. à distance fixe + mobile. (7) L. sans élan (contact) et (8) à distance et décalage temporel. Les numéros (9) à (12) sont des combinaisons déclenchements, inverses des lancements (1), (3), (5) et (6).
Pour les combinaisons entraĂźnement (E) et traction (T), rapport 1 : 1, on a : (13) E. simple, (14) E. en Ă©cran (par dĂ©calage positif de B) et (15) E. Ă distance (par dĂ©calage nĂ©gatif), ceci pour disque opaque, tandis quâun disque transparent permet de rĂ©aliser en plus de ces trois combinaisons celle de traction Ă distance (16). Pour le rapport des vitesses 2 : 1, Ă disque transparent, on a : (17) T. simple, normale, et, par dĂ©calage positif (18) T. Ă distance, tandis que par dĂ©calage nĂ©gatif : (19) E. avec contact (D o) et (20) E. Ă distance (ces derniers avec les anticipations de B signalĂ©es dans la technique). Enfin (21) est le ralentissement par lancement dont, par manque de place, seul le rapport 8/4 : 2 est illustrĂ©. Enfin (22) est la combinaison de lâarrĂȘt
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quâil a Ă©tĂ© dĂ©passĂ© ou Ă partir dâune certaine distance de dĂ©passement (traction Ă distance). Câest lâĂ©quivalent dâun dĂ©calage positif dans lâentraĂźnement mais qui, avec des disques en papier, cachait le tracĂ© de A. Pour que celui-ci continue Ă apparaĂźtre il suffit que le disque de B soit semi-transparent, et de grand diamĂštre. La matiĂšre utilisĂ©e est de lâacĂ©tate avec son cĂŽtĂ© mat apparent, afin dâĂ©viter des reflets gĂȘnants. CouplĂ© avec un grand disque en papier, portant le tracĂ© de B, on peut alors obtenir, par dĂ©calage nĂ©gatif Ă positif, lâentraĂźnement Ă distance, Ă contact, en Ă©cran (câest alors A qui passe devant), puis la traction Ă contact et Ă distance.
Pour essayer de renforcer les impressions obtenues avec le rapport 1 :1 on peut adopter, comme pour le lancement, un rapport dĂ©croissant des vitesses, tel que, par exemple, A1/B1 :A2/B2 soit Ă©gal Ă 2/0 :l/l ou simplement 2 :1. Mais pour chaque distance et chaque combinaison il faut un disque spĂ©cial. Nous avons cependant risquĂ© lâemploi de deux disques seulement, dont un semi-transparent, comme il vient ĂȘtre dĂ©crit. Mais les tracĂ©s ne sont valables que pour une des deux combinaisons et une distance dĂ©terminĂ©e, car leur dĂ©calage entraĂźne une altĂ©ration qui rappelle celle rencontrĂ©e dans le lancement. Ce sont ces altĂ©rations quâil nous faut prĂ©ciser puisquâelles peuvent rejaillir sur les impressions.
Les disques ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©s pour une traction 2 :1 avec contact. DĂšs que lâobjet A dĂ©passe B, immobile, il rĂ©duit sa vitesse de moitiĂ© en mĂȘme temps que B se met en mouvement Ă cette mĂȘme vitesse. Comme le ralentissement de A se fait toujours Ă ce mĂȘme moment du dĂ©passement il en rĂ©sultera que, dĂšs quâil y aura une distance entre eux, par dĂ©calage positif, B partira Ă la mĂȘme vitesse que A dans sa seconde phase, il semble quâon perde ainsi le gain attendu du rapport dĂ©croissant. Mais, ce ralentissement anticipĂ© se perd au cours de cette courte phase, facilement confondue quâelle est avec sa premiĂšre phase. Lâespace blanc qui sâĂ©tablit entre A et B, semble mĂȘme rendre plus nette lâimpression que B est « accroché » Ă distance par A qui le tire derriĂšre lui. Par contre, dans le cas de lâentraĂźnement, rĂ©alisĂ© par dĂ©calage nĂ©gatif, B se met en mouvement avant que A lâait atteint. Il fait donc un dĂ©part anticipĂ© (comme dans le lancement) mais plus apparent. Un dĂ©calage plus prononcĂ© Ă©tablira une distance entre objets mais avec renforcement du dĂ©part anticipĂ©, au point quâil peut aboutir Ă un dĂ©part simultanĂ© des deux objets, comme câĂ©tait le cas dans le lancement Ă distance pour un fort dĂ©calage. Mais ici, Ă lâimpact, lâobjet A continue sa course, le rapport des vitesses sây trouve moins dĂ©croissant, donc moins favorable. Lâimpression reste dĂ©pendante de la fixation.
Le lancement avec ralentissement et lâimpression dâarrĂȘt. â   Le procĂ©dĂ© du dĂ©calage nâĂ©tant intervenu quâexceptionnellement dans le cas de lâimpression dâarrĂȘt, et lâautre configuration ayant ses tracĂ©s sur un seul disque, nous nâen donnons quâun schĂ©ma.
Des prĂ©cisions numĂ©riques seront donnĂ©es lors de lâexposĂ© des rĂ©sultats.
Lâintervalle temporel dâabsence des objets entre prĂ©sentations. â   Lors de la rotation continue du disque, donc de prĂ©sentations successives continues dâune configuration, il doit sâĂ©couler un certain temps si lâon ne veut pas que se produisent des mouvements apparents entre prĂ©sentations, mouvements auxquels les enfants sont dâautant plus sensibles que, chez eux, la structuration de la configuration est en gĂ©nĂ©ral lente Ă se faire et moins stable. LâidĂ©al serait de disposer dâune commande de mise en rotation et dâun arrĂȘt du disque automatique. A dĂ©faut on peut recourir Ă un rideau commandĂ© Ă la main, pour autant cependant que lâintervalle temporel dâabsence est suffisant.
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Câest pourquoi nous avons introduit un secteur blanc couvrant un certain angle ou aussi deux secteurs permettant de varier la grandeur de lâangle total, gĂ©nĂ©ralement de 120 Ă 150 degrĂ©s, correspondant Ă un intervalle de lâordre dâune seconde. Ce secteur est aussi destinĂ© Ă couvrir les tracĂ©s qui exigent dâĂȘtre prolongĂ©s, avec le procĂ©dĂ© du dĂ©calage des disques. Mais le diamĂštre du disque impose des limites, celle de la grandeur angulaire occupĂ©e par les tracĂ©s des courbes. Une solution est de supprimer les phases dâimmobilisation initiale et finale et dâadopter aussi des tracĂ©s aux courbures plus accentuĂ©es, tout en rĂ©duisant la vitesse de rotation du disque, solutions dont nous nous sommes de plus en plus rapprochĂ©s en cours dâexpĂ©rimentation.
Le dispositif Ă disque rotatif et la situation. â Le disque rotatif, entraĂźneur, support des disques sur lesquels sont les tracĂ©s, est un disque en aluminium dur de 60 cm de diamĂštre et de 2 mm dâĂ©paisseur. On peut trĂšs bien en scier soi-mĂȘme le pourtour et pour autant quâon aura disposĂ© dâune feuille bien plane. Il est montĂ© par lâintermĂ©diaire dâun fort plateau sur un axe cylindrique percĂ© dâun trou qui laissera passer une broche de serrage de 6 mm de diamĂštre. Cette broche porte Ă son extrĂ©mitĂ© cĂŽtĂ© disque une bague de 20Ă10 mm faite pour recevoir les disques de papier percĂ©s dâun trou qui ne prĂ©sente aucun jeu de façon Ă ce que les disques soient parfaitement centrĂ©s entre eux ainsi que leurs tracĂ©s circulaires ou courbes. La bague elle-mĂȘme sâengage dans un Ă©videment du plateau et dâautre part porte une contreplaquĂ© de 16 cm de diamĂštre qui viendra par serrage de la broche, appliquer les disques de papier contre le disque support. Lâautre extrĂ©mitĂ© de la broche est filetĂ©e et munie dâun Ă©crou molletĂ© pour le serrage de la contreplaquĂ© et se termine par un petit accouplement qui la reliera, par lâintermĂ©diaire dâune rallonge cylindrique, Ă un compteur de tour qui permet une lecture au tour prĂšs par minute. Le disque est mis en rotation au moyen dâun moteur, dâun rĂ©ducteur Ă vis sans fin et dâune paire de poulies Ă 4 cĂŽnes reliĂ©es par une corde de nylon. Le moteur est du type Ă rĂ©pulsion, Ă collecteur et dĂ©placements de balais, permettant dâinverser le sens de rotation et une variation de vitesse dans le rapport de 3 Ă 1, au total un rapport de 25 Ă 1. Le moteur nâest pas silencieux sans cependant ĂȘtre bruyant, par contre sa vitesse est relativement constante.
En avant du disque rotatif et le plus prĂšs possible de lui, se trouve un Ă©cran peint en blanc mat, montĂ© Ă sa base sur des charniĂšres qui permettent de le rabattre sur la table oĂč se trouve le dispositif et ainsi de rendre les disques accessibles aux manipulations. LâĂ©cran est percĂ© de deux fentes radiales et horizontales de 180 mm de longueur et 5 mm de largeur, lâune dans la partie moyenne gauche du disque lâautre symĂ©triquement, ce qui permet de pouvoir prĂ©senter les configurations cinĂ©tiques dans une direction de mouvement et dans son sens contraire et de faire certaines comparaisons en suprimant une partie ou lâautre des phases de la configuration par lâemploi dâun volet qui coulisse derriĂšre lâune des fentes, au dos de lâĂ©cran. A ces deux fentes nous en avons ajoutĂ© deux autres semblables mais verticales afin de pouvoir faire comparer les impressions dans les deux directions orthogonales en mĂȘme temps que dans des directions opposĂ©es. Chaque fente peut ĂȘtre aussi entiĂšrement ouverte ou fermĂ©e par une simple bande de carton. LâĂ©cran est lui-mĂȘme Ă©clairĂ© indirectement par deux diffuseurs placĂ©s en arriĂšre du sujet et dirigĂ©s contre une paroi claire qui rĂ©flĂ©chit la lumiĂšre Ă©galement. Mais la prĂ©caution est nĂ©anmoins prise de les placer Ă hauteur de la fente derriĂšre lequel le disque se trouve un peu en retrait. Un transformateur variable permet dâajuster lâintensitĂ© de lâĂ©clairement (2Ă500 watts, survoltĂ©) au confort du sujet. Le sujet se trouve Ă 2 m de lâĂ©cran, devant une table oĂč se trouve aussi lâexpĂ©rimentateur. Un rideau vertical Ă rouleau
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se trouve entre la table et lâĂ©cran, son utilisation sâĂ©tant montrĂ©e nĂ©cessaire aprĂšs nos premiers essais. Il peut ĂȘtre commandĂ© aisĂ©ment par lâexpĂ©rimentateur, qui peut ainsi prĂ©senter une seule fois ou le nombre de fois dĂ©sirĂ© une configuration entiĂšre en ouvrant ou fermant le rideau pendant lâintervalle temporel qui sĂ©pare chaque prĂ©sentation (pour autant que cette durĂ©e le permet, ce qui parfois nâa pas Ă©tĂ© possible), afin de faciliter la structuration en minimisant lâintervention des mouvements apparents entre prĂ©sentations.
LâexpĂ©rimentateur prend la prĂ©caution de montrer dâavance, au sujet, la fente dans laquelle il va se passer quelque chose sur laquelle il devra nous donner son impression. Une fois celle-ci recueillie, Ă plusieurs reprises, il pose des questions indispensables pour sâinformer davantage sur ce que perçoit le sujet ou sur certains aspects particuliers qui ne sont pas contenus dans ses rĂ©ponses (caractĂ©ristiques telles que vitesses relatives, ordre chronologique des Ă©vĂ©nements, localisation des mobiles, contact ou distance Ă lâimpact, activitĂ© ou passivitĂ© des objets, etc. suivant lâinformation recherchĂ©e). En gĂ©nĂ©ral, il a Ă©tĂ© donnĂ©, au dĂ©but, des prĂ©sentations successives continues par groupe de 3 ou 4, jusquâĂ ce que la structuration soit Ă peu prĂšs achevĂ©e, puis en laissant la configuration sous les yeux pour que le sujet puisse continuellement sây rĂ©fĂ©rer et rĂ©pondre aux questions. Des aides perceptives sont donnĂ©es dans certains cas de difficultĂ© de structuration, tel quâun ralentissement des mouvements qui peut aller jusquâĂ la prĂ©sentation Ă la main. Quant Ă la fixation elle est laissĂ©e libre Ă moins que lâexpĂ©rimentateur juge quâil doit en demander une plus favorable que celle supposĂ©e adoptĂ©e.
Divers moyens cliniques peuvent ĂȘtre utilisĂ©s soit pour briser certaines structurations persistantes, soit pour dĂ©pister et lutter contre certaines stĂ©rĂ©otypies ou encore pour contrĂŽler une impression paraissant peu diffĂ©renciĂ©e. Câest ainsi quâen prĂ©sentant la configuration dans lâautre fente que celle habituelle, son dĂ©roulement cinĂ©tique de sens opposĂ© attirera lâattention sur la vigilance du sujet. De mĂȘme, par simple inversion du sens de rotation, la prĂ©sentation dâune configuration inversĂ©e. Ou encore, dans certains cas de lancement, lâintroduction dâune phase dâimmobilisation Ă lâimpact, qui doit supprimer lâimpression de poussĂ©e. Cela nâa pas pu ĂȘtre fait aussi souvent quâil aurait Ă©tĂ© dĂ©sirable.
Ajoutons que, sur la table, se trouve toujours quelques cubes de bois colorĂ©s en rouge, noir et bleu (beaucoup de sujets ont lâimpression que lâobjet noir est bleu), de 25 mm de cĂŽtĂ© (par commoditĂ© de manipulation) qui permettent au sujet dâexprimer par gestes les impressions quâil aurait de la difficultĂ© Ă exprimer verbalement, ou Ă lâexpĂ©rimentateur de demander de reproduire ce que font les mobiles afin de contrĂŽler dans une certaine mesure ce que le sujet dit avoir perçu. On se heurte ici dâune part au langage et de lâautre Ă une traduction habile dâune impression, surtout celle de lancement, qui nĂ©cessite beaucoup dâadresse si les relations spatiales ou temporelles veulent ĂȘtre respectĂ©es. Mais une information trĂšs utile a pu ĂȘtre ainsi recueillie qui nâaurait pu lâĂȘtre autrement. Il nây a quâĂ penser aux diverses significations que peut prendre le terme de « poussĂ©e », utilisĂ© frĂ©quemment aussi bien pour lâentraĂźnement que pour le lancement et Ă dâautres confusions possibles. Enfin ces cubes ont Ă©tĂ© trĂšs prĂ©cieux pour faire distinguer et si possible faire exprimer les impressions quâun mobile se dĂ©place par ses propres moyens (aspect dâactivitĂ©) ou quâil a reçu son mouvement dâun autre (aspect de passivitĂ©, de laisser faire). A ce matĂ©riel simple en a Ă©tĂ© ajoutĂ© un autre plus diffĂ©renciĂ© dont le dĂ©tail sera donnĂ© Ă propos des expĂ©riences dans lesquels il est intervenu.
Â
§ 1. Lancement simple et durée du contact
AprĂšs quelques sondages sur lesquels nous reviendrons Ă propos de la structuration, nous avons commencĂ© par une expĂ©rience systĂ©matique de lancement et de dĂ©clenchement simples. Les impressions causales obtenues se sont trouvĂ©es assez diverses pour les diffĂ©rents sujets et dans les diffĂ©rentes combinaisons. Lâimpression de lancement pour un contact bref (lancement direct) semble la plus nette et se prĂ©senter aussi bien chez les enfants que chez lâadulte ; elle se diffĂ©rencie de mĂȘme quand on augmente la durĂ©e de contact. Toutefois la limite oĂč lâon passe du lancement direct Ă un lancement retardĂ© ou Ă une succession de mouvements indĂ©pendants semble plus floue chez lâenfant que chez lâadulte, du moins en moyenne. Certains enfants diffĂ©rencient, il est vrai leurs impressions aussi bien que lâadulte, et certains adultes nây parviennent que mal : nous avons mĂȘme vu Ă plusieurs reprises des adultes percevoir des lancements retardĂ©s comme de simples ralentissements de vitesse ! Mais, dans les grandes lignes, le domaine correspondant Ă lâimpression de lancement semble cependant un peu moins bien dĂ©limitĂ© chez lâenfant.
Tabl. I. Impressions de contact pour les dĂ©calages â 10 Ă Â + 501.
| Rapport des vitesses | â 10(â 42 | ) 0(0) | + 10(+42) +20(+83j | ) +40 Ă 50(+167 Ă 208) | |
| 17 adultes 3Â :1 [27Â :9] | 0 | 8 | 13 | 16 | 17 |
| 1Â :1 [27Â :27] | 1 | 8 | 14 | 16 | 17 |
| 1Â :3 [9Â :27] | 1 | 9 | 11 | 17 | 17 |
|
24 enfants 3Â :1 [27Â :9] |
(5-8 ans) 4 | 14 | 24 | 24 | 24 |
| 1Â :1 [27Â :27] | 2 | 14 | 23 | 24 | 24 |
| 1Â :3 [9Â :27] | 5 | 14 | 22 | 24 | 24 |
Nous donnerons dans les tabl. II Ă V et VII des rĂ©sultats plus complets pour les contacts apparents aux dĂ©calages nĂ©gatifs, qui semblent dâores et dĂ©jĂ plus frĂ©quents chez lâenfant que chez lâadulte, ainsi dâailleurs quâĂ 0 et + 10.
Nous nâavons pas pu construire de tableau des rĂ©actions pour cette premiĂšre recherche (sauf pour les contacts dont il va ĂȘtre parlĂ©), parce que nous nâavons dâabord posĂ© aucune question de maniĂšre Ă atteindre
1 Entre parenthĂšses (aprĂšs les dĂ©calages â 10 Ă Â + 50) les dĂ©calages temporels correspondants (en ms). Entre crochets (aprĂšs les rapports de vitesses)
Â
les impressions les plus spontanĂ©es des sujets : or celles-ci ne sont naturellement exprimĂ©es verbalement que dâune façon trĂšs incomplĂšte et surtout trĂšs variable selon les individus. Lâexpression verbale la plus frĂ©quente nâest pas le choc-qui-lance mais la « poussĂ©e » (que Michotte a rencontrĂ© surtout pour lâentraĂźnement alors quâelle dĂ©signe ici le lancement). Le terme « chasser » est trĂšs peu frĂ©quent dans nos expĂ©riences. Le « noir pousse le rouge », est donc le terme le plus courant, mais le noir peut pousser plus ou moins « fort ». Les enfants utilisent souvent aussi les expressions de « tape », « cogne » et parfois « tamponne ». La tendance des sujets est dâailleurs de sâen tenir Ă un terme prĂ©fĂ©rĂ©, quelque soit la combinaison des vitesses prĂ©sentĂ©es.
Nous avons par contre toujours demandĂ©, dans la zone mĂ©diane, sâil y avait contact et si les objets se touchaient (tabl. I).
§ 2. Le lancement sans contact
Les sondages initiaux ayant montrĂ© surtout la parentĂ© des rĂ©actions enfantines et adultes sauf, semblait-il, en ce qui concerne les contacts et les impressions causales avec dĂ©calages nĂ©gatifs (absence de contact objectif), câest sur ce dernier point quâa portĂ© une recherche ultĂ©rieure, en la limitant dâabord au seul lancement Ă distance.
Mais nous avons introduit dans la marche de lâexpĂ©rience les modifications suivantes. La premiĂšre a Ă©tĂ© le recours Ă quelques questions. La tĂąche de lâexpĂ©rimentateur est, en effet, non seulement de recueillir lâimpression causale globale dĂ©clenchĂ©e par les diverses combinaisons cinĂ©tiques, mais, si possible, dâobtenir du sujet quâil dĂ©crive cette impression dans des aspects qui, plus ou moins secondaires pour lui, sont essentiels pour lâinterprĂ©tation. Or, ces aspects nâĂ©tant que rarement explicitĂ©s de façon spontanĂ©e, il faut nĂ©cessairement lui poser quelques questions, aussi peu suggestives que possible. Que cela entraĂźne un mode un peu diffĂ©rent de perception, cela est bien probable comme nous le verrons dans la suite. Cependant il semble que dans un grand nombre de cas les deux modes de perception ne se soient pas exclus mutuellement.
Une seconde modification a consistĂ©, Ă©tant donnĂ© le refus systĂ©matique dâun certain nombre dâenfants Ă percevoir une action causale sans contact apparent, Ă introduire, soit au milieu de lâexpĂ©rience, soit Ă la fin (avec reprise des combinaisons utiles), des prĂ©sentations de modĂšles rĂ©els de poussĂ©e par intermĂ©diaires Ă©lastiques. En effet, tandis que lâenfant nâa en gĂ©nĂ©ral plus lâimpression que « A lance B » dĂšs quâil ne perçoit plus de contact apparent (contact subjectif qui ne correspond pas toujours au contact objectif), lâadulte invoque souvent en cette situation lâimpression dâune poussĂ©e par intermĂ©diaire Ă©lastique (air,
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ressort, etc.) dâoĂč le terme de « lancement par compression » que nous employerons pour abrĂ©ger. Nous nous sommes donc demandĂ© si câĂ©tait le dĂ©faut de connaissances qui Ă©tait responsable de ce refus des enfants et leur avons montrĂ© les objets suivants, aprĂšs naturellement avoir constatĂ© au prĂ©alable lâabsence dâimpression causale spontanĂ©e Ă distance :
On suggĂšre tout dâabord lâemploi dâun moyen pour dĂ©placer un bout de papier pliĂ© reposant sur la table sans le pousser avec la main ou un instrument solide. Peu dâenfants pensent au soufle. On procĂšde ou les fait procĂ©der Ă la dĂ©monstration, de mĂȘme avec un plot, puis un tube de verre contenant un projectile. On utilise enfin une petite pompe Ă vĂ©lo (gĂ©nĂ©ralement connue dans son but), pose quelques questions sur le gonflage des pneus (qui rĂ©vĂšlent des connaissances trĂšs rudimentaires), puis on la fait essayer en faisant mettre le doigt sur lâorifice modifiĂ© de façon quâon puisse aussi y ajuster un petit obus que lâon peut lancer avec une pression plus ou moins forte. Enfin, on peut ajuster un tube de verre sur lâorifice et en plaçant deux objets cylindriques Ă lâintĂ©rieur faire que le premier choque le second et le lance, ou que le premier sâarrĂȘte Ă distance aprĂšs avoir poussĂ© le second par compression. AprĂšs ce jeu qui plait Ă lâenfant on reprend une des combinaisons typiques du lancement sans contact.
Une troisiĂšme modification, enfin, a consistĂ© Ă cacher, pour la plupart des prĂ©sentations, lâarrĂȘt de B dans lâune des fentes de lâĂ©cran. LâĂ©cran utilisĂ© prĂ©sente, en effet, deux fentes, lâune Ă gauche en gĂ©nĂ©ral employĂ©e pour les prĂ©sentations et celle de droite en gĂ©nĂ©ral bouchĂ©e. Dans les prĂ©sentes expĂ©riences, nous nous sommes servi de la fente droite pour prĂ©senter les combinaisons avec masquages de lâarrĂȘt de B, en laissant alors visible la fente gauche avec prĂ©sentation sans masquage, pour faciliter la comparaison.
Voici les combinaisons cinĂ©tiques Ă©tudiĂ©es, dans lâordre chronologique :
(1) Lancement (rapport des vitesses 3Â : 1 avec agent A (noir) et patient B (rouge).
DĂ©calages : +5 ; â 10 Ă â 40 par 10 degrĂ©s (ordre variable mais â 40 toujours en dernier).
AprÚs +5 on intercalle pour un instant la combinaison « déclenchement » en inversant simplement le sens de la rotation : A (rouge : B (noir) =1 :3.
(2) Déclenchement (rapport 1 : 3) A noir et B rouge.
AprĂšs le dĂ©clenchement on introduit les dĂ©monstrations de poussĂ©e par intermĂ©diaire Ă©lastique et lâon reprend lâune des combinaisons avec dĂ©calage nĂ©gatif.
Le dĂ©tail des combinaisons (valeurs angulaires des arcs et courbes) correspond Ă celui du § 1, sauf quâil intervient des distances entre objets Ă lâimpact, dont les valeurs sont donnĂ©es dans la table des distances
Â
pour le rapport des vitesses de 3 : 1 et 1 : 3 et dont les vitesses elles-mĂȘmes (par suite de la rĂ©duction de la vitesse du disque) sont de 20 : 6,7 et de 6,7 : 20 cm/5.
Si nous distinguons (1) la distance fixe, (2) la distance mobile et (3) la distance fixe plus le dĂ©calage (combinaison de 1 et 2), câest la distance mobile dont il est question dans le § 2, et câest pour savoir si la distance fixe donnait une autre impression quâelle a Ă©tĂ© considĂ©rĂ©e soit Ă lâĂ©tat pur, soit avec dĂ©calage. La distance mobile fournit en effet, un aspect plus souple, plus « élastique », que lâon aurait pu supposer favo-
Tabl. II. Tableau de la fréquence des effets observés
dans les combinaisons 3Â :1 et 1Â :3.
P = poussĂ©e (lancement) ; Ps = poussĂ©e par souffle (pas nĂ©cessairement compression) ; Pc = poussĂ©e par compression ; Pm = poussĂ©e par intermĂ©diaire ± solide (bĂąton, main, etc.) ; O = pas de poussĂ©e ; D = dĂ©clenchement et ses variĂ©tĂ©s ; influencer (en particulier chez les enfants ; I = mouvements indĂ©pendants. ( + ) â contact ; (â ) = absence de contact.
|
Enfants (17) Décalages |
+5 | Combinaison 40/120 (=3Â :1) | Total (51) (_10 Ă -40) | |
| â 10 â 20 | ^0 | |||
| +P | 17 | 4 | 4 | |
| â P | 1 | 1 | ||
| Ps(-) | 2 2 | 1 | 5 | |
| Pm(-) | 1 1 | 1 | 3 | |
| Q | 4 1 | 1 | 6 | |
| +0 | 1 | 1 | ||
| â D | 5 13 | 13 | 31 | |
| +D | 0 | |||
| + | 17 | 5 0 | 0 | 5 |
| â | 0 | 12 17 | 17 | 46 |
| Adultes (12) | (36) | |||
| + P | 10 | 0 | ||
| â P | 1 | 1 1 | 2 | |
| Pc(-) | 8 7 | 4 | 19 | |
| 0 | 1 | 1 | ||
| â D | 1 | 2 2 | 2 | 6 |
| +D | 0 | |||
| I | 1 1 | 6 | 8 | |
| + | 10 | 0 0 | 0 | 0 |
| â | 2 | 12 12 | 12 | 36 |
Â
riser lâimpression de compression. Mais il semble que ce soit la distance comme telle qui lâait emportĂ©, probablement parce que les sujets ne sont pas assez exercĂ©s pour percevoir de telles diffĂ©rences, et quâen gĂ©nĂ©ral, dans le lancement, il faut un assez grand dĂ©calage pour que le dĂ©part prĂ©coce de B soit perçu (dans le dĂ©clenchement les effets sont autres).
On trouvera au tabl. 11 la frĂ©quence des effets observĂ©s sur 12 adultes et, aprĂšs prĂ©sentation des modĂšles rĂ©els, sur 17 enfants de 6 Ă 7 ans œ.
De ce tableau ainsi que des observations recueillies au cours de ces expériences, on peut conclure ce qui suit :
1. On constate dâabord, comme dans la recherche antĂ©rieure (§ 1), que les enfants ont des impressions causales de lancement et de dĂ©clenchement semblables Ă celles de lâadulte, quand le contact est perçu, Ă cette
2
| Enfants (17) | Combinaison | 120/40 | (=1Â :3) | Total (51) | |
| DĂ©calages | .. +5 | â 10 | â 20 | â 40 (â | â 10 Ă â 40) |
| +P | 7 | 4 | 4 | ||
| â P | 1 | 1 | |||
| Ps(-) | 2 | 2 | 1 | 5 | |
| Pm(-) | 2 | 1 | 3 | ||
| Q | 2 | 1 | 3 | ||
| + 0 | 1 | 1 | 1 | ||
| â D | 1 | 8 | 11 | 11 | 30 |
| + D | 8 | 3 | 1 | 4 | |
| + | 16 | 10 | 2 | 1(?) | 9 |
| â | 1 | 7 | 15 | 16 | 42 |
| Adultes (\2) | (32) | ||||
| + P | 2 | 0 | |||
| â P | 2 | 2 | 4 | ||
| Pc(-) | 6 | 8 | 5 | 19 | |
| Q | o | ||||
| â D | 2 | 2 | 3 | 7 | |
| +D | 10 | 0 | |||
| I | 2 | 2 | |||
| + | 12 | 0 | 0 | 0 | 0 |
| 0 | 12 | 12 | 8 | 32 |
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rĂ©serve prĂšs que le contact apparent diffĂšre sensiblement du contact rĂ©el (comme nous lâavons dĂ©jĂ notĂ© au § 1). Par exemple, pour le dĂ©calage +5, 7 enfants sur 17 voient encore du lancement dans le rapport de vitesses (1 :3) lĂ oĂč 2 adultes seulement sur 12 ont cette mĂȘme impression.
2. Par contre oĂč les enfants se diffĂ©rencient des adultes câest dans la perception de lâabsence de contact entre les objets A et B tant que lâintervalle nâa pas acquis une certaine valeur. Câest ainsi que, dans le rapport (3 : 1), 5 enfants voient encore un contact pour â 10 contre 0 adulte et que, dans le rapport (1 :3), 10, 2 et peut-ĂȘtre 1 en perçoivent pour des dĂ©calages respectifs de â 10, â 20 et â 40 alors que ce nâest le cas dâaucun adulte.
3. Tant quâil y a contact apparent, le lancement subsiste pour lâenfant. La question se pose alors de savoir sâil y a dâabord perception authentique dâun contact, entraĂźnant Ă sa suite la perception dâune poussĂ©e (lancement), ou si câest la perception globale dâun lancement qui entraĂźne chez eux lâillusion dâun contact, sans analyse perceptive de ce dernier.
Il est dâailleurs possible quâil y ait mutuelle influence (ou cercle) entre ces deux facteurs de contact et de poussĂ©e ou encore quâun troisiĂšme facteur (points de centration, etc.) dĂ©termine les deux effets Ă la fois.
4. DĂšs que lâintervalle spatial atteint une valeur suffisante pour ĂȘtre perçu, lâenfant parle dâun dĂ©clenchement par influence, quelle que soit la combinaison des vitesses. La tentative de leur montrer physiquement la possibilitĂ© dâun lancement par intermĂ©diaire nâa eu dâeffet que sur 5 (Ps) et 3 (Pni) sujets sur 17.
5. Chez lâadulte, par contre la poussĂ©e par compression est invoquĂ©e en cas dâabsence de contact en 19 jugements sur 36, et, ce qui est Ă noter, aussi bien dans le rapport de vitesses 1 : 3 que 3 :1.
6. La prĂ©dominance des lancements sur les dĂ©clenchements dans le rapport 1 : 3 sans contact (alors que le dĂ©clenchement prime le lancement, en cas de contact, par 10 contre 2) constitue, en effet, un phĂ©nomĂšne intĂ©ressant qui peut sâexpliquer dans les 19 jugements prĂ©cĂ©dents (sous 5) par lâintervention de la compression, mais qui se manifeste Ă©galement dans 4 jugements sans rĂ©fĂ©rence explicite Ă la compression (mais lâexistence de lâintervalle vide peut Ă©voquer dâautres impressions parentes sans formulation verbale immĂ©diate).
7. La suppression de la phase dâarrĂȘt du deuxiĂšme objet semble entraĂźner une modification conjointe des impressions de vitesse et de poids (lĂ©gĂšretĂ© apparente), ainsi quâun renforcement du dĂ©clenchement. Nous y reviendrons, (voir plus loin tabl. VIII) Ă propos dâune autre recherche qui a explorĂ© systĂ©matiquement cette question (§ 6).
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§ 3. Autres essais sur le lancement a distance chez des enfants
de 4-6 et 6-8 ans et chez lâadulte
Les essais dont les rĂ©sultats suivent ont eu pour buts, dâune part, dâappliquer Ă des sujets de 4-6 ans la technique prĂ©cĂ©dente et, dâautre part, de reprendre des sujets de 6 Ă 8 ans avec des combinaisons en partie nouvelles.
Il nâa malheureusement pas Ă©tĂ© possible de prendre sur les sujets de 4-6 ans les mĂȘmes mesures que sur ceux de 6 Ă 7 ; 6 dont il a Ă©tĂ© question au § 2, et cela parce que ces petits Ă©prouvent une grande difficultĂ© Ă percevoir la configuration prĂ©sentĂ©e. Rares sont les sujets de cet Ăąge qui la perçoivent dâemblĂ©e correctement. Certes les enfants plus ĂągĂ©s ont aussi parfois quelques difficultĂ©s, mais en gĂ©nĂ©ral elles sont rapidement surmontĂ©es et les quelques cas qui nây parvenaient pas en peu de temps ont Ă©tĂ© Ă©liminĂ©s. Dans la prĂ©sente recherche, au contraire, cette difficultĂ© existant dans la majoritĂ© des cas, son intĂ©rĂȘt a passĂ© au premier plan, notre effort dâanalyse ayant portĂ© sur lâacquisition progressive de la structure correcte. En ces conditions, il Ă©tait difficile de prendre des mesures pour les diffĂ©rents dĂ©calages comme prĂ©cĂ©demment. Nous nous sommes donc contentĂ©s dâune statistique globale sur les questions de contact et de poussĂ©e et reviendrons sur les mĂȘmes sujets de 4-6 ans au § 10 en ce qui concerne leur structuration.
Tabl. III. Répartition de 21 sujets de 4-5 ans et de 21 sujets de 5-6 ans selon leur perception des contacts et des poussées :1
| 4-5 ans (21) | 5-6 ans (21) | |
| Ni contact ni poussée | 8 | 2 |
| Contact sans poussée | 2 | 3 |
| Contact et poussée | 6 | 10 |
| Poussée sans contact | 5 | 6 |
On trouvera donc sur le tabl. III la statistique des cas individuels selon les quatre possibilitĂ©s suivantes : (a) perception dâun contact et dâune poussĂ©e ; (b) perception dâun contact sans impression de poussĂ©e ; (c) impression de poussĂ©e mais sans contact et (d) ni contact ni poussĂ©e .
Commentaire :
(1) Le groupe des sujets sans contact ni poussĂ©e nâest pas Ă considĂ©rer comme nĂ©cessairement dĂ©nuĂ© dâimpressions causales mais comme nâayant pu aboutir Ă une structuration conforme : il y a bien des dĂ©placements
1 MĂȘmes conditions quâau § 2.
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et des contacts mais variables et dâapparence arbitraire. « Sans contact » signifie, donc, dans leur cas, sans contact stable. Quant aux deux sujets de cette rubrique Ă 5-6 ans ils sont parvenus Ă une structure presque correcte puis ont rĂ©gressĂ©.
(2) Les sujets à contact sans poussée sont ceux qui perçoivent des déclenchements (dans des situations de lancement).
(3) Les contacts et poussée caractérisent les lancements directs, avec contact objectif ou simplement apparent.
(4) Les 5 et 6 sujets sur 21 qui ont perçu des poussĂ©es sans contact, enfin sont ceux qui, sans ĂȘtre parvenus spontanĂ©ment Ă ce genre dâimpressions perceptives, sont les seuls Ă avoir cĂ©dĂ© aux exemples proposĂ©s lors des dĂ©monstrations de poussĂ©es par lâair, etc. (voir § 2). Certains dâentre eux retiennent la poussĂ©e par le souffle (dont un sujet qui, en reproduisant avec des plots ce quâil vient de percevoir sur le disque en rotation, intercale entre le plot reprĂ©sentant lâagent A et le plot reprĂ©sentant le patient B la petite feuille de papier quâon lui avait fait dĂ©placer par le souffle prĂ©cĂ©demment, comme si la causalitĂ© propre au souffle pouvait se retrouver dans le papier par dĂ©lĂ©gation !). Certains sujets cherchant Ă dĂ©crire ce quâils Ă©prouvent disent que les objets A et B (perçus sur le disque) « se touchent presque », « un petit peu », « pas beaucoup » ; lâun dâentre eux en reproduisant avec des cubes ce quâil a vu, fait toucher le cube patient par lâarĂȘte du cube agent pour symboliser le quasi-contact. Bref, le lancement sans contact, mĂȘme si certains cas exceptionnels lâacceptent momentanĂ©ment, crĂ©e visiblement une gĂȘne ou un conflit. (5) A noter enfin certaines impressions de rĂ©sistance « (B) est trop lourd, (A) ne peut pas le pousser » (chez un sujet rĂ©fractaire).
Venons-en maintenant aux nouveaux essais sur des sujets de 6-8 ans et sur des adultes, aux vitesses relatives de 40/120 (rapport 3 :1) et 120/40 (rapport 1 :3) dĂ©jĂ Ă©tudiĂ©es prĂ©cĂ©demment (§ 2) mais avec des dĂ©calages 1 de 0 ; â 5 ; â 10 ; â 15 ; â 20 ; â 30 et â 40, et aux vitesses relatives de 20/120 (rapport 6 : 1) et 120/20 (rapport 1 :6) avec dĂ©calages de 0 ; â 5 ; â 10 ; â 15 et â 20. En outre, on a pratiquĂ© pour ce dernier rapport de vitesses trois essais Ă des distances fixes (pour un dĂ©calage zĂ©ro) de D0 = 0 ; D10= 10 mm et de D20 = 20 mm entre le point atteint par A lorsquâil sâarrĂȘte et le point de dĂ©part de B.
Cette recherche a portĂ© sur 8 enfants de 6-7 ans, 8 enfants de 7-8 ans et 12 adultes. Les rĂ©actions des deux groupes dâenfants ne diffĂ©rant pas sensiblement les unes des autres, nous les bloquerons sur le tabl. IV ; deux dâentre eux ont dâailleurs prĂ©sentĂ© des difficultĂ©s de structuration.
1 Voir la table des distances, p. 82.
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Tabl. IV. Contacts (T), poussées (P) et compressions (Pc)
chez lâenfant de 6-8 ans et lâadulte :1
1 Les vitesses relatives sont de 13,5Â :4,5 et de 4,5Â : 13,5 cm/s pour 3Â : 1 et 1Â : 3Â ; et de 27,5Â :4,5 et 4,5Â : 27,5 cm/s pour 6Â :1 et 1Â : 6.
| DO | Série I vitesses 6 : 1 16 enfants 12 adultes | Série II vitesses 1 : 6 | |
| 16 enfants | 12 adultes | ||
| N0â DĂ©cal. | P T Pc P T Pc | P T Pc | P T Pc |
| 1 0 . . | 16 16 0 12 11 0 | 13 16 0 | 4 11 0 |
| 2 â 5 .. | 14 14 0 10 4 1 | 11 13 0 | 6 3 3 |
| 3 â 10 .. | 12 9 0 10 1 2 | 10 8 3 | 5 0 4 |
| 4 â 15 .. | 7 2 4 10 1 4 | 7 4 3 | 5 0 4 |
| 5 â 20 .. | 4 14 10 0 3 | 5 2 3 | 4 0 3 |
| D 10 | |||
| 6 0 . . | 6 3 3 10 0 3 | 4 4 1 | 3 0 2 |
| 7 â 5 . . | 6 2 3 10 0 3 | 4 3 2 | 5 0 4 |
| 8 â 10 .. | 6 14 10 0 3 | 4 1 3 | 7 0 4 |
| 9 â 15 .. | 2 0 2 9 0 2 | 2 1 1 | 7 0 5 |
| 10 â 20 .. | 2 0 2 9 0 1 | 1 0 1 | 6 0 5 |
| D20 | |||
| 11 0 .. | 2 0 2 8 0 1 | 1 0 1 | 4 0 3 |
| 12 â 5 .. | 2 0 2 8 0 1 | 0 0 0 | 4 0 3 |
| 13 â 10 .. | 2 0 2 8 0 1 | 0 0 0 | 4 0 3 |
| 14 â 15 .. | 2 0 2 7 0 2 | 0 0 0 | 5 0 4 |
| 15 â 20 .. | 2 0 2 7 0 2 | 0 0 0 | 5 0 4 |
| Série I vitesses 3 : 1 | Série II vitesses 1 : 3 | ||
| 16 0 . . | 15 16 0 12 12 0 | 14 16 0 | 3 12 13 |
| 17 â 5 . . | 14 15 0 11 5 0 | 13 14 0 | 4 4 2 |
| 18 â 10 . . | 9 7 2 10 1 3 | 10 9 2 | 4 2 3 |
| 19 â 15 .. | 6 3 2 10 0 3 | 7 5 2 | 5 0 3 |
| 20 â 20 .. | 5 3 2 9 0 3 | 4 3 1 | 6 0 4 |
| 21 â 30 .. | 2 0 2 9 0 3 | 3 1 1 | 5 0 3 |
| 22 â 40 .. | 2 0 2 6 0 1 | 2 1 1 | 4 0 2 |
| Tabl. IV bis. Totaux du | tabl. IVÂ ; | ||
| Sériel vitesses 6 :1 et 3 :1 | Série II vitesses 1 :6 et 1 :3 | ||
| 16 enfants 12 adultes | 16 enfants | 12 adultes | |
| P T Pc P T Pc | P T Pc | P T Pc | |
| N°, 1- 5 .. | 53 42 8 52 17 10 | 46 43 9 | 24 14 14 |
| 6-10 .. | 22 6 14 48 0 12 | 15 9 8 | 28 0 20 |
| 11-15 .. | 10 0 10 38 0 7 | 1 0 1 | 22 0 17 |
| 16-20 .. | 49 44 6 52 18 9 | 48 47 5 | 22 18 25 |
| 1-20 .. | 134 92 38 190 36 38 | 110 99 23 | 96 32 76 |
| 16-22 .. | 52 44 10 67 18 13 | 53 49 7 | 31 18 30 |
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De ces résultats, et des observations faites en les recueillant, on peut tirer les remarques suivantes :
(1) Chez les enfants il y a diminution rĂ©guliĂšre des contacts et des poussĂ©es avec la distance, les deux sortes dâimpression Ă©tant en Ă©troites relations : lâabsence de contact annihilĂ© la poussĂ©e, Ă un moment variable selon les individus.1
(2) On retrouve cette caractĂ©ristique chez les enfants pour certaines des combinaisons qui sont comparables entre elles quant Ă lespace minimum sĂ©parant les deux mobiles Ă lâimpact. Câest ainsi que dans la sĂ©rie I Ă Do le total des rĂ©ponses enfantines donne, pour les dĂ©calages 0 et â 5 une valeur de 30 sur 32 pour les n°â 1 et 2 et 29 sur 32 pour les n0â, 16 et 17. Pour les dĂ©calages de â 15 et â 20 la mĂȘme comparaison donne un total de 11 sur 32 pour les n0â 4 et 5 et 11 sur 32 pour les noâ 19 et 20. MĂȘme sâil y a lĂ une part de fortuit, il semble bien quâon se trouve en prĂ©sence dâun phĂ©nomĂšne spĂ©cifique liĂ© Ă la grandeur de lâespace Ă lâarrĂȘt de A qui est de 0 et 2 mm pour les nos 1, 2, 16 et 17 et de 6-8 mm pour les n0â 4, 5, 19 et 20. Des constatations analogues peuvent ĂȘtre faites pour la sĂ©rie II (oĂč alors câest la distance A-B au dĂ©part de B qui joue tandis quâen I câest plutĂŽt la distance A-B Ă lâarrĂȘt de A).
(3) Chez les adultes, la prĂ©sence ou lâabsence de contact joue un rĂŽle bien moindre que chez lâenfant. Câest ainsi que, dans la sĂ©rie 1, on trouve bien du n° 1 au n° 15 une diminution du nombre des poussĂ©es avec lâaugmentation de la distance, mais beaucoup plus lente que chez lâenfant. Quant Ă la sĂ©rie II, les poussĂ©es sont de valeurs plus Ă©gales entre elles, avec peut-ĂȘtre un lĂ©ger maximum pour les n°â 8 et 9, donc pour un impact mobile Ă distance moyenne, tandis que les valeurs minimum se trouvent pour lâimpact Ă distance nulle ou fixe. Nous reviendrons sous (6) sur cette prĂ©sence inattendue des poussĂ©es ou impressions de lancement dans une combinaison de vitesses qui, selon les lois de lâampliation du mouvement, ne devrait donner lieu quâĂ du dĂ©clenchement.
(4) Les impressions de compression sont nettement plus nombreuses chez lâadulte que chez les enfants, chez lesquels elle est cependant trĂšs marquĂ©e chez deux sujets. Mais, tandis que chez lâenfant, elle se rencontre surtout dans la sĂ©rie I (vitesses dĂ©croissantes des mobiles A et B), chez lâadulte elle est deux fois plus frĂ©quente dans la sĂ©rie II, câest-Ă -dire aux vitesses croissantes de rapport I : 3 et 1 :6. A consulter le tabl. IV bis, on constate en effet que chez lâenfant les rapports des com-
1 Rappelons que les rĂ©sultats des enfants auraient Ă©tĂ© assez diffĂ©rents si lâon ne sâĂ©tait attachĂ© quâĂ leur premiĂšre impression (il aurait dâailleurs fallu, en ce cas, un bien plus grand nombre de sujets). Dans un cas cependant il y a lancement Ă distance authentique : pas de contact, mais « (A) pousse quand mĂȘme (B).
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pressions dans les séries I à II sont de 38/23 ou 48/30 tandis que les rapports des adultes sont de 38/76 ou en tout de 51/106 (sur un total possible de 320 chez les enfants et de 240 chez les adultes).
(5) On voit que chez lâadulte la presque totalitĂ© des rĂ©ponses « poussĂ©e » de la sĂ©rie II (vitesses croissantes) sont due aux compressions, ce qui est un gage de lâauthenticitĂ© de ces derniĂšres impressions, puisquâalors la faible vitesse de lâagent A par rapport Ă celle du patient B est compensĂ©e par lâeffet de la compression dans lâespace intercalaire.
(6) En marge de ses expĂ©riences sur le lancement Ă distance, Yela1 a prĂ©sentĂ© aussi des rapports de vitesse croissants, mais, sans les Ă©tudier de prĂšs, semble nâavoir trouvĂ© que des effets de dĂ©clenchement Ă distance surtout pour le rapport 1 : 6. Les prĂ©sents rĂ©sultats fournissent un tableau assez diffĂ©rent : tandis que, chez lâenfant, le contact prime (apparent ou rĂ©el), relativement indiffĂ©rent aux rapports de vitesses (sauf dans les quelques cas de compression), chez lâadulte au contraire, il y a lancement authentique, malgrĂ© lâinversion des vitesses, qui est alors compensĂ©e par lâeffet de compression. Il est vrai que dans les situations de contact (no" 1 et 16) et bien que le contact soit perçu dans 23 cas sur 24, on trouve dĂ©jĂ 7 poussĂ©es, dont une seule avec compression explicite, mais comme il y a 45 mm dâespace vide parcourus par A entre son point de dĂ©part et celui de B, on ne sait quels effets implicites peuvent intervenir Ă cette occasion chez des sujets portĂ©s Ă la compression. Dans le cas du manque de contact, il est par contre clair que câest cette impression de compression qui est responsable de la transformation du dĂ©clenchement en lancement. Mais ce lancement prĂ©sente alors certains caractĂšres nouveaux par rapports Ă celui qui rĂ©sulte du rapport de vitesses dĂ©croissant : il sâagit dâune poussĂ©e explosive, comme par contrainte, qui fait penser Ă une masse cĂ©dant sous lâaction dâune force de plus en plus grande. Si lâon fixe B, au lieu de A ou de lâimpact, lâimpression sâattĂ©nue et le caractĂšre dâactivitĂ© de B sâaccentue : il semble fuir ou voler.
(7) Certains sujets parlent de lâimpulsion que A donne Ă B mais dâune impulsion ne sâĂ©tendant que sur un parcours de quelques millimĂštres (ce qui nâa pas Ă©tĂ© rangĂ© dans une vraie poussĂ©e : ce serait si lâon veut une poussĂ©e Ă rayon dâaction minime).
(8) 11 est intĂ©ressant de constater ce que provoque une distance ou un impact mobiles, le patient B partant donc objectivement avant lâagent A plus ou moins prĂ©cocement selon le dĂ©calage et le rapport des vitesseâs. On aurait pu sâattendre en ce cas Ă ce que la prioritĂ© du mouvement de B (dans la mesure, il est vrai, oĂč elle est perçueâŠ) exclue lâimpression causale de lancement. On obtient cependant un certain nombre de
1 M. Yela, Phénoménal causation at a Distance, Quaterl. ]ourn. of Exper. Psychol. t. IV, pp. 139-154.
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poussĂ©es, puisquâelles sont en proportion de 38/190 soit environ 1/5 en rapport dĂ©croissant et 76/96 soit 1/1,2 en rapport croissant (distance fixe comprise). Chez lâenfant la supĂ©rioritĂ© se manifeste inversĂ©ment pour les raisons quâon a vues : le caractĂšre plus global de lâimpression de poussĂ©e dĂšs quâil y a perception dâun contact (apparent ou rĂ©el).
(9) Le rĂŽle de la fixation du regard, enfin (dont il a dĂ©jĂ Ă©tĂ© question en 6) a pu ĂȘtre dĂ©terminĂ© chez un certain nombre de sujets adultes bons observateurs (malgrĂ© les difficultĂ©s de ce genre de constatations et lâabsence dâune technique prĂ©cise permettant de les contrĂŽler). La fixation de lâagent A est toujours plus favorable Ă lâimpression causale, sauf chez un sujet exceptionnel. Chez dâautres, mĂȘme une fixation trĂšs pĂ©riphĂ©rique (au-dessus de lâimpact) dans le cas oĂč les objets ne se touchent pas1 ne suffisait pas Ă crĂ©er dâimpressions causales sâils nâen avaient pas avec centration sur A ou sur lâimpact. La fixation sur lâimpact rend plus visible lâespace en cas de non-contact (mais lâinverse sâobserve aussi). On observe chez ceux qui ne perçoivent pas un lĂ©ger espace en pĂ©riphĂ©rie, alors quâils le perçoivent en le centrant, que, en ce dernier cas, ils ont lâimpression dâun dĂ©clenchement tandis quâavec fixation en pĂ©riphĂ©rie ils perçoivent une poussĂ©e. Le phĂ©nomĂšne le plus rĂ©gulier est, en bref, le renforcement de lâactivitĂ© du mobile qui est centrĂ© du regard.
§ 4. Les impressions provoquĂ©es dâaction causale a distance
Le rĂ©sultat des essais prĂ©cĂ©dents (§ 1 Ă 3) Ă©tant que le contact joue un rĂŽle beaucoup plus essentiel dans les impressions causales des enfants que des adultes, nous avons orientĂ© nos essais ultĂ©rieurs vers la recherche dâune explication de ce phĂ©nomĂšne. Un problĂšme prĂ©alable se posait alors : cette diffĂ©rence assez systĂ©matique entre enfants et adultes ne tiendrait-elle pas Ă une diffĂ©rence dâattitudes en prĂ©sence du dispositif et des figures perçues. Chacun sait, en effet, que lâattitude des enfants est « rĂ©aliste » en presque tous les domaines, en ce sens quâils diffĂ©rencient mal lâimpression reçue et la rĂ©alitĂ©. On pourrait appeler rĂ©ciproquement « impressionniste » lâattitude adulte, consistant Ă distinguer lâimpression (par exemple les effets de perspective dans le dessin) et la rĂ©alitĂ©. Nous ne dirons pas attitude « perceptive », car lâattitude rĂ©aliste peut ĂȘtre aussi perceptive que lâimpressionniste (nous ne pouvons dire non plus « phĂ©nomĂ©niste » qui se rĂ©fĂšre Ă la causalitĂ© selon Hume et Ă certaines formes notionnelles de causalitĂ© enfantine ; « phĂ©nomĂ©nologique » Ă©voquerait dâautre part, une philosophie : il ne reste
1 Il importe de noter ici que la fixation périphérique, luttant contre la ségrégation, est défavorable quand il y a contact, mais favorable quand il y a espace (ce que Yela aussi a constaté).
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donc quâ« impressionniste » malgrĂ© lâassociation de mots avec une Ă©cole de peinture, qui dâailleurs a justement dĂ©veloppĂ© cette attitude).
Or, en prĂ©sence du dispositif des disques, actionnĂ© par un moteur non silencieux (dans lâatmosphĂšre dâune salle de laboratoire), et percevant dans la fente de lâĂ©cran les petits objets noirs et rouges A et B, le sujet peut prĂ©cisĂ©ment prendre les deux attitudes, toutes deux perceptives, mais qui peuvent ĂȘtre sensiblement diffĂ©rentes en leurs effets.
Lâattitude rĂ©aliste des enfants consisterait Ă se comporter comme sâils percevaient non pas seulement des images reprĂ©sentant des objets rĂ©els mais des objets rĂ©els comme tels,1 avec leur corporĂ©itĂ©, leur masse et leur dynamisme propre, impression renforcĂ©e par lâidĂ©e que la machine mystĂ©rieuse dont on entend le moteur agit directement sur les objets. Cela nâexclut naturellement en rien une impression causale, puisque la causalitĂ© perceptive perçue sur les disques est censĂ©e nous renseigner sur les impressions causales dĂ©clenchĂ©es par les objets rĂ©els de la vie quotidienne, mais cela pourrait influencer les perceptions de situations non connues comme les actions Ă distance et il serait donc intĂ©ressant de savoir si, en modifiant lâattitude, on modifie la perception.
Lâattitude « impressionniste » des adultes consisterait au contraire Ă observer lâimpression reçue et Ă la dĂ©crire en termes de « comme si » (vocables presquâabsents des descriptions enfantines alors quâils sâen servent si souvent dans le jeu !) : dâoĂč une perception des images A et B de caractĂšre plus visuel (bien que les impressions de force et de masse, de choc, de poussĂ©e, etc. consistent encore Ă traduire visuellement des expĂ©riences tactilo-kinesthĂ©sique) et moins liĂ©e Ă la corporĂ©itĂ©. Entre les attitudes extrĂȘmes on trouve naturellement, chez lâadulte lui-mĂȘme, des intermĂ©diaires, quâon pourrait appeler « intellectualistes », par exemple chez les sujets qui cherchent des raisons dâordre mĂ©canique pour justifier leurs impressions.
Nous nous sommes donc demandĂ© si lâattitude rĂ©aliste des enfants, de nature plus polysensorielle et plus proche en particulier des facteurs tactilo-kinesthĂ©siques, nâĂ©tait pas responsable de leur refus de percevoir des actions causales sans contact (le contact Ă©tant indispensable Ă la causalitĂ© tactile), tandis que la diffĂ©renciation plus poussĂ©e des impressions visuelles dans lâattitude impressionniste des adultes rendrait possible la perception des actions Ă distance et serait favorable notamment aux actions de compression. Les impressions causales visuelles de lâadulte correspondent encore, cela va sans dire, Ă des impressions tactilo-kinesthĂ©siques connues, mĂȘme dans le cas de la compression, mais elles sont mieux diffĂ©renciĂ©es en deux claviers distincts, quoique correspondant lâun Ă lâautre que dans la perception syncrĂ©tique de lâenfant, oĂč il y a moins correspondance entre claviers distincts quâindiffĂ©renciation relative.
1 Sans pour autant croire à leur réalité matérielle.
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Le problĂšme Ă©tait donc de dĂ©terminer si, en modifiant dans la mesure du possible lâattitude du sujet, on parviendrait Ă modifier ses impressions causales perceptives. Nous nous sommes alors livrĂ©s Ă des essais un peu audacieux ou risquĂ©s, dans lesquels la suggestion joue assurĂ©ment son rĂŽle, mais qui ont exclusivement pour but de voir jusquâĂ quel point on peut provoquer, ou non, des impressions causales Ă distance Ă tout Ăąge, et si les impressions provoquĂ©es continuent de se diffĂ©rencier entre enfants et adultes ou si elles sont entiĂšrement homogĂšnes. Nous prions donc le lecteur de ne pas nous faire dire plus que nous nâaffirmons : nous considĂ©rons comme un fait acquis la diffĂ©rence entre enfants et adultes en ce qui concerne lâexigence dâun contact (apparent ou rĂ©el) pour Ă©prouver lâimpression de lancement et nous cherchons simplement ce que seront des impressions provoquĂ©es, Ă contre courant si lâon peut dire (en ce qui concerne lâenfant), par une situation comportant une sorte de suggestion ou de dressage prĂ©alables, par prĂ©sentation ou construction de modĂšles.
En ce qui concerne les adolescents et les adultes nous nous sommes contentĂ©s, dans les cas rĂ©fractaires aux impressions causales Ă distance, de rappeler la situation du cinĂ©ma oĂč lâon perçoit les objets « comme si » ils Ă©taient rĂ©els, ou de rappeler par quelques dĂ©monstrations rapides, les illusions perceptives telles que lâillusion de poids ou celle de MĂŒller-Lyer.
En ce qui concerne les enfants par contre, nous avons utilisĂ© un nouveau matĂ©riel pour la reproduction manuelle des impressions perçues 1 : des plots munis de trous dans lesquels on peut fixer des tiges mĂ©talliques et des crochets, ou munis de petites boucles permettant de les relier par des ficelles ; un camion avec une remorque Ă quatre roues et une autre Ă deux roues plus maniable, etc. Tous ces objets permettaient alors de faire simuler, mais avec intermĂ©diaire solide (tiges, crochets ou ficelles pour les plots, tringle pour le camion) les effets de traction, entraĂźnement et mĂȘme poussĂ©e Ă distance.
Lors dâun essai prĂ©liminaire il nâa pas encore Ă©tĂ© fait usage de ce dernier matĂ©riel chez les petits, et nous sommes bornĂ©s aux techniques des essais prĂ©cĂ©dents. Par contre un effort a portĂ© sur les sujets rĂ©fractaires de 12-14 ans ou dâĂąge adulte pour modifier leur attitude dans le sens « impressionniste ». Au lancement et Ă lâentraĂźnement Ă distance ont Ă©tĂ© ajoutĂ©es une expĂ©rience de lancement sans Ă©lan dont il sera question au § 5 et une expĂ©rience dâentraĂźnement en Ă©cran, dans laquelle lâobjet A se trouve recouvert partiellement (voir n° 18 du tabl. V) ou totalement (n° 19 du tabl. V) par lâobjet B aprĂšs le contact. Lâapparence est que A passe derriĂšre B et poursuit sa course avec lui bien que partiellement ou totalement invisible (dans lâexpĂ©rience de Yela câest A qui restait visible et B qui passait derriĂšre).
1 Divers essais préalables ont été également faits avec des aimants, etc.
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Tabl. V. Nombre des poussĂ©es dans le lancement et lâentrainement Ă distance1(
entre parenthÚses : contact apparent) :
| Lancement | Entraßnement | En écran | ||||||||||||
| N° | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 |
| DĂ©calages . | 0 | â 5 | â 10 | â 15 | â 20 | 0 | â 1 | â 2 | â 4 | â 6 | â 8 | â 10 | + 6 | + 12 |
| 20 enfants | ||||||||||||||
| (6-7)Â : | ||||||||||||||
| I | 9(9) | 6(6) | 3(3) | 2(2) | 2(2) | 10(10) | 2(2) | 0(0) | 0(0) | 0(0) | 0(0) | 0(0) | 4 | 0 |
| II | 7(7) | 6(4) | 2(1) | 1(1) | 1(0) | 7(7) | 5(3) | 4(2) | 3(1)? | 3(1)? 3Â ?(0) | 4Â ?(0) | 5 | 2 | |
| III | 3(3) | 3(3) | 3(2) | 3(1) | 3(0) | 3(3) | 3(1) | 3(0) | 3(0) | 3(0) | 2(0) | 2(0) | 2 | 2 |
| Total A . . . | 19(19) | 15(12) | 8(6) | 6(4) | Ξ(2) | 20(20) | 10(6) | 7 ?(2) | 6 ?(1) | 6 ?(1) | 5 ?(0) | 6 ?(0) | 11 | 4 |
| Ps.c | â | 3 | 2 | 2 | 4 | â | 4 | 5 ? | 5 ? | 5 ? | 5 ? | 6 ? | (H) | (4) |
| 12 garçons | ||||||||||||||
| (12-14)Â : | ||||||||||||||
| I | 3(3) | 0(0) | 0(0) | 0(0) | 0(0) | 3(3) | 0(0) | 0(0) | 0(0) | 0(0) | 0(0) | 0(0) | 2 | 2 |
| II A âŠ. | 5(5) | 1(1) | 0(0) | 0(0) | 0(0) | 5(5) | 0(0) | 0(0) | 0(0) | 0(0) | 0(0) | 0(0) | ? | ? |
| II B âŠ. | 5 | 5 | 5 | 5 | 4 | 5 | 5 | 5 | 5 | 5 | 5 | 5 | 2 | i |
| III | 4(4) | 4(0) | 3(0) | 3(0) | 3(0) | 4(4) | 4(0) | 4(0) | 4(0) | 3(0) | 3(0) | 3(0) | 2 | 2 |
| Total (A) .. | 12(12) | 5(1) | 3(0) | 3(0) | 3(0) | 12(12) | 4(0) | 4(0) | 4(0) | 3(0) | 3(0) | 3(0) | ? | ? |
| Total (B) . . | 12 | 9 | 8 | 8 | 7 | 12 | 9 | 9 | 9 | 8 | 8 | 8 | 6 | 5 |
| Ps.c. (A) .. | â | 4 | 3 | 3 | 3 | â | 4 | 4 | 4 | 3 | 3 | 3 | ? | ? |
| Ps.c. (B) . . | â | 8 | 8 | 8 | 7 | â | 9 | 9 | 9 | 8 | 8 | 8 | (6) | (5) |
| 14 adultes : | ||||||||||||||
| 1 | 0(1) | 0(0) | 0(0) | 0(0) | 0(0) | 0(1) | 0(0) | 0(0) | 0(0) | 0(0) | 0(0) | 0(0) | 0 | 0 |
| IIA âŠ. | 4(5) | 1(1) | 1(1) | 0(0) | 0(0) | 4(5) | 0(0) | 0(0) | 0(0) | 0(0) | 0(0) | 0(0) | ? | ? |
| IIB âŠ. | 5 | 5 | 5 | 5 | 5 | 5 | 5 | 5 | 4 | 4 | 4 | 4 | 3 | 3 |
| III | 7(8) | 7(1) | 8(0) | 8(0) | 8(0) | 7(8) | 7(0) | 8(0) | 8(0) | 8(0) | 8(0) | 8(0) | ||
| Total (A) . . | 11(14) | 8(2) | 8(1) | 5(0) | 5(0) | 11(14) | 7(0) | 8(0) | 8(0) | 8(0) | 8(0) | 8(0) | 7 | 7 |
| Total (B) . . | 12 | 12 | 13 | 13 | 13 | 12 | 12 | 13 | 12 | 12 | 12 | 12 | 10 | 10 |
| Ps.c. (A) .. | â | 6 | 7 | 8 | 8 | â | 7 | 8 | 8 | 8 | 8 | 8 | ? | ? |
| Ps.c. (B) . . | â | 10 | 12 | 13 | 13 | â | 12 | 13 | 12 | 12 | 12 | 12 | (10) | (10) |
AbbrĂ©viations : I, II, III = groupes de sujets (voir le texte) ; A et B â avant et aprĂšs le changement dâattitudes ; Ps.c. = poussĂ©e sans contact.
1 Ce tableau ne contient que les n"â 6 Ă 19 des expĂ©riences. Les n°ÎČ 1-5 (lancement sans Ă©lan) se trouvent au tabl. VII, § 5.
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Lâordre des prĂ©sentations a Ă©tĂ© (1) lancement sans Ă©lan (voir § 5) ; (2) lancement normal ; (3) entraĂźnement normal et Ă la fin avec Ă©cran.
Les conditions de lâexpĂ©rience sont les suivantes. â Le rapport des vitesses est, dans le lancement, de 6 : 1, correspondant Ă 20 : 3,4 cm/s. Les distances entre objets, correspondant aux divers dĂ©calages, se trouvent en leur dĂ©tail dans la table des distances 1. Pour le lancement sans Ă©lan, la vitesse du mobile est le mĂȘme que celle du lancement, soit 3,4 cm/s. Les distances, qui sont celles de la colonne IV de la table, sont reportĂ©es dans le tabl. VII, avec les intervalles temporels correspondants. Pour lâentraĂźnement, la distance entre objets au dĂ©part est de 55 mm au lieu de 45 mm dans le lancement. Les objets disparaissent en mouvement. Le rapport des vitesses Ă©tant de 1 : 1, les vitesses sont de 8 :8 cm/s. Les distances en mm. sont sensiblement Ă©gales au nombre de degrĂ©s des dĂ©calages.
Les sujets observĂ©s seront groupĂ©s comme suit sur le tabl. V. Un premier groupe de sujets (I) est celui qui ne prĂ©sente pas dâimpression causale sans contact ; le groupe II est celui des sujets qui Ă©prouvent une impression restrictive (dâoĂč II A et II B : rĂ©actions avant et aprĂšs le changement dâattitude. Le groupe III est celui des sujets qui prĂ©sentent une impression causale non restrictive. Le tabl. V fournit le nombre des « poussĂ©es » avec ou sans contact (entre parenthĂšses : avec contact apparent).
Commentaires :
(1) On retrouve la difficultĂ© gĂ©nĂ©rale des enfants de 6-8 ans Ă percevoir une absence de contact pour les dĂ©calages auxquels les grands et les adultes constatent dĂ©jĂ lâintervalle spatial. Cependant lâespace est mieux perçu dans lâentraĂźnement que dans le lancement (puisquâen ce dernier cas il sâagit dâun espace mobile, tandis que lâentraĂźnement comporte un intervalle maintenu constant durant tout le parcours, et donc nettement perçu dĂšs 3 Ă 1 mm ou mĂȘme moins).
(2) Avec contact tous les sujets ont une impression de poussĂ©e (lancement ou entraĂźnement), exceptĂ© un sujet expĂ©rimentĂ© qui nâen prĂ©sente aucune, sauf parfois Ă distance, et une jeune fille qui dĂ©clare le noir « mĂ©chant » et finit par dĂ©clarer quâon aurait pu faire toute sa psychanalyse avec ce quâelle a vu !
(3) Sans contact (apparent ou rĂ©el) on retrouve les rĂ©action habituelles des petits. Quant aux sujets de 12-14 ans et aux adultes on constate, dans les rangĂ©es Ps.c(A) et (B), les modifications dues au changement dâattitudes.
(4) Quant Ă lâentraĂźnement en Ă©cran on constate un lĂ©ger dĂ©ficit chez lâadulte par rapport aux sĂ©ries n0â 11-17, un dĂ©ficit plus marquĂ© Ă
i P. 82.
Â
12-14 ans (50 % environ), et plus fort encore chez les petits dans le cas oĂč le mobile A est entiĂšrement masquĂ©.
Il resterait Ă discuter le problĂšme, dĂ©jĂ soulevĂ© par Yela, de savoir, dans les impressions causales sans contact entre les mobiles A et B, comment le sujet perçoit lâintervalle vide situĂ© entre eux : comme un solide, comme un milieu Ă©lastique (air ou liquide) ou comme un vide proprement dit ? Nous y reviendrons dans la partie II, au § 14.
Venons en enfin Ă la derniĂšre recherche sur lâaction Ă distance, dans laquelle les enfants ont Ă©tĂ© soumis Ă lâessai dĂ©crit plus haut de modifier leur attitude grĂące Ă la prĂ©sentation de dispositifs matĂ©riels suggĂ©rant lâaction Ă distance mais par lâintermĂ©diaire de crochets, ficelles, etc.
11 convient dâajouter trois donnĂ©es essentielles pour comprendre le tableau des rĂ©sultats (VI). La premiĂšre est que, pour faciliter les impressions causales des petits nous avons commencĂ© cette fois par des essais de traction avec contact ou Ă distance (vitesses 1 : 1) et suivi en gĂ©nĂ©ral lâordre I II V III IV pour les cinq sĂ©ries suivantes dâexpĂ©riences 1 :
I Traction (1Â : 1), II EntraĂźnement (1Â : 1), III Traction (2Â : 1), IV EntraĂźnement (2Â : 1) et V Lancement (6Â :1).
Chez dâautres groupes de sujets lâordre a pu varier, mais avec toujours I au dĂ©but et IV Ă la fin. Or il va de soi que lâordre suivi peut influencer les rĂ©sultats, dans le sens dâune amĂ©lioration du lancement Ă distance aprĂšs la traction et lâentraĂźnement.
En second lieu, les essais de changements dâattitudes ont Ă©tĂ© pratiquĂ©s en cours de route Ă propos de chaque nouveau groupe de prĂ©sentations. Les colonnes A et B du tableau VI ne reprĂ©sentent donc pas les situations avant et aprĂšs les changements dâattitude pour lâensemble des sĂ©ries, mais pour chaque sĂ©rie particuliĂšre compte tenu des modifications dĂ©jĂ introduites Ă propos des sĂ©ries prĂ©cĂ©dentes. Cela explique donc lâamĂ©lioration des rĂ©sultats des petits par rapport Ă ceux des tableaux II Ă V en ce qui concerne les colonnes A.
En troisiĂšme lieu, les impressions causales Ă distance indiquĂ©es sur le tabl. VI sont presque toutes du type dĂ©signĂ© par Pm sur le tabl. 11, câest-Ă -dire des poussĂ©es par intermĂ©diaires solides (bĂątons, tiges,
1 Les configurations ayant dĂ©jĂ Ă©tĂ© dĂ©crites et schĂ©matisĂ©es dans la technique il reste Ă prĂ©ciser que dans la traction et lâentraĂźnement les vitesses sont pour le rapport I : I de 8 :8 cm/s et pour le rapport de 2 :1 de 16 : 8 cm/s. Leur distance Ă leur apparition est de 55 mm et leur disparition se fait en mouvement derriĂšre un volet. En ce qui concerne les distances Ă lâimpact, les valeurs en millimĂštres correspondent Ă celles de degrĂ© de dĂ©calage, approximativement, le dĂ©calage 0 correspond Ă un contact. Rappelons enfin que le rapport des vitesses de 2 : 1 entraĂźne quelque altĂ©ration, en particulier dans lâentraĂźnement, oĂč il y a un dĂ©part anticipĂ© du patient (voir lâintroduction technique). Pour le lancement la configuration est lâune prĂ©cĂ©demment utilisĂ©e, avec le rapport 6 :1 de 27 :4,5 cm/s.
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ficelles, etc.), avec quelques rares Ps (souffle, air). En dâautres termes, le changement dâattitude que lâon a essayĂ© de provoquer chez les petits a abouti essentiellement Ă leur faire percevoir des objets se comportant « comme si » des bĂątons, ficelles ou tiges les reliaient les uns aux autres ! Voir tabl. VI.
Tabl. VI. Fréquences1 des impressions causales à distance
provoquées (B):
+ = prĂ©sence ; 0 = absence ; â = inversion ; Ă = persĂ©vĂ©ration
A = avant le changement dâattitude pour la sĂ©rie considĂ©rĂ©e (I ou II, etc.) B = aprĂšs le changement dâattitude pour la sĂ©rie considĂ©rĂ©e (1 ou II, etc.)
| Série | Décalage | à | 18 enfants |
8 garçons 12 à 14 (A) |
10 adultes | ||||||
| 6 Ă | 8 (A) | â 0 | "b | ||||||||
| 0 | + | â 0 | 4- | ||||||||
| Tr I | 0 | 4 | 5 | 1 | 8 | 1 | 2 | 5 | 0 | 0 | 10 |
| â 10 | 1 | 1 | 9 | 7 | 0 | 2 | 6 | 0 | 2 | 8 | |
| â 20 | 0 | 2 | 9 | 7 | 0 | 3 | 5 | 0 | 3 | 7 | |
| E II | 0 | 4 | 0 | 0 | 14 | 0 | 0 | 8 | 0 | 0 | 10 |
| â 10 | 4 | 1 | 4 | 9 | 1 | 2 | 5 | 0 | 2 | 8 | |
| â 20 | 0 | 3 | 4 | 11 | 1 | 3 | 4 | 0 | 3 | 7 | |
| Tr III | 0 | 3 | 1 | 1 | 13 | 0 | 2 | 6 | 0 | 1 | 9 |
| â 10 | 1 | 1 | 1 | 15 | 0 | 2 | 6 | 0 | 2 | 8 | |
| â 20 | 1 | 1 | 3 | 13 | 0 | 2 | 6 | 0 | 3 | 7 | |
| E IV | 0 | 0 | 0 | 0 | 18 | 0 | 2 | 6 | 1 | 3 | 6 |
| â 10 | 0 | 2 | 0 | 16 | 1 | 4 | 3 | 1 | 5 | 4 | |
| â 20 | 0 | 2 | 4 | 12 | 1 | 4 | 3 | 1 | 7 | 2 | |
| L V | 0 | 1 | 0 | 1 | 16 | 0 | 1 | 7 | 0 | 1 | 9 |
| â 10 | 1 | 0 | 11 | 6 | 0 | 5 | 3 | 0 | 2 | 8 | |
| â 20 | 0 | 0 | 9 | 9 | 0 | 7 | 1 | 0 | 2 | 8 | |
| Totaux | 0 | 13 | 6 | 3 | 68 | 0 | 7 | 32 | 1 | 5 | 44 |
| 10 | 7 | 5 | 25 | 53 | 2 | 15 | 23 | 1 | 13 | 36 | |
| 20 | 1 | 8 | 29 | 52 | 2 | 19 | 19 | 1 | 18 | 31 | |
|
Total sur |
21 |
19 57 270 |
173 | 5 |
41 120 |
74 | 3 |
36 150 |
111 |
i Dans ce tableau les dĂ©calages angulaires portent tous le mĂȘme signe nĂ©gatif, qui doit symboliser la distance intercalaire Ă lâimpact. Si ce signe correspond bien Ă celui du dĂ©calage des disques (nĂ©gatif pour lâentraĂźnement) pour la traction, la distance se rĂ©alise par dĂ©calage positif (voir technique).
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On aboutit ainsi aux constatations suivantes :
(1) Il est possible, en employant les procĂ©dĂ©s dĂ©crits, de faire « percevoir » aux petits des objets agissant causalement Ă distance, mais comme sâil intervenait des intermĂ©diaires solides (bĂątons ou ficelles) analogues Ă ceux que les sujets viennent de manipuler effectivement pour relier les cubes de bois au moyen desquels ils imitent les mouvements des figures perçues dans la fente de lâĂ©cran. On ne peut donc nullement parler dâimpressions causales spontanĂ©es, mais dâimpressions provoquĂ©es prolongeant directement les modĂšles empiriques manipulĂ©s par les sujets.
(2) Mais il est frappant de constater que si ces procĂ©dĂ©s rĂ©ussissent sur les enfants de 6-8 ans ils rencontrent une rĂ©sistance plus grande chez ceux de 12-14 ans : le lancement Ă distance nâest ainsi perçu que par 5 et 2 sujets sur 12 (colonne B) aprĂšs les manipulations intervenues entre les colonnes A et B (gains 2 et 1 sujets) et alors que la sĂ©rie dâexpĂ©rience V intervient souvent aprĂšs I et II. Il est donc clair que la plasticitĂ© des petits a jouĂ© en faveur de lâimpression provoquĂ©e et quâil ne sâagit pas exclusivement dâun changement de lâattitude rĂ©aliste en
| Série | Décalage | 18 enfants 6 à 8 (B) | 8 garçons 12 à 14 (B) | ||||
| â 0 | + | â | 0 | + | |||
| Tr I | 0 | 2 | 0 | 16 | 1 | 2 | 6 |
| â 10 | 2 | 0 | 16 | 0 | 2 | 6 | |
| â 20 | 2 | 3 | 13 | 0 | 3 | 5 | |
| E II | 0 | 0 | 0 | 18 | 0 | 0 | 8 |
| â 10 | 0 | 0 | 18 | 1 | 1 | 6 | |
| â 20 | 3 | 0 | 15 | 1 | 1 | 6 | |
| Tr 111 | 0 | 1 | 0 | 17 | 1 | 1 | 6 |
| â 10 | 1 | 0 | 17 | 0 | 2 | 6 | |
| â 20 | 2 | 2 | 14 | 0 | 2 | 6 | |
| E IV | 0 | 0 | 0 | 18 | 0 | 2 | 6 |
| â 10 | 2 | 0 | 16 | 1 | 4 | 3 | |
| â 20 | 2 | 4 | 12 | 1 | 4 | 3 | |
| L V | 0 | 0 | 0 | 18 | 0 | 0 | 8 |
| â 10 | 0 | 0 | 18 | 0 | 3 | 5 | |
| â 20 | 0 | 0 | 18 | 0 | 6 | 2 | |
| Totaux | 0 | 3 | 0 | 87 | 2 | 5 | 53 |
| 10 | 5 | 0 | 85 | 2 | 12 | 26 | |
| 20 | 9 | 9 | 72 | 2 | 16 | 20 | |
| Total | 17 | 9 | 244 | 6 | 33 | 79 | |
| sur | 270 | 120 |
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une attitude impressionniste (bien que le facteur reste sans doute important).
(3) Les rĂ©ponses « persĂ©vĂ©ration » (X) reprĂ©sentent essentiellement des rĂ©ponses contraires Ă lâimpression causale attendue pour la configuration donnĂ©e et influencĂ©es par des rĂ©actions antĂ©rieures : notamment par influence des rĂ©ponses appelĂ©es « contraires ».
(4) Les rĂ©ponses « contraires » considĂ©rĂ©es comme authentiques (signe â ) se rencontrent Ă tous les Ăąges (mais un seul sujet adulte), et diminuent avec le dĂ©veloppement. On peut sâĂ©tonner de la frĂ©quence de ces inversions, dâautant plus que la distance dans le lancement reprĂ©sente une distance bien moindre que 20 dans lâentraĂźnement, en particulier dans la sĂ©rie II. Ces rĂ©actions tĂ©moignent dâune structuration incomplĂšte de la poussĂ©e et de la traction.
(5) On note lâaccroissement du nombre des lancements chez les petits du groupe B. Mais il est intĂ©ressant de constater le caractĂšre inadĂ©quat des procĂ©dĂ©s quâils utilisent pour reproduire ces lancements, une fois leurs rĂ©ponses donnĂ©es : par exemple des liaisons rĂ©ciproques entre lâagent A et le patient B (et non pas Ă sens unique AB), et des liaisons rigides, comme dans un entraĂźnement.
§ 5. Le lancement sans élan
Le rĂŽle fondamental que joue le contact dans les impressions causales spontanĂ©es des petits nous a conduits Ă faire un sondage sur lâĂ©ventualitĂ© dâune causalitĂ© par lancement, mais sans Ă©lan câest-Ă -dire dans des configurations telles que lâagent supposĂ© A apparaisse brusquement Ă cĂŽtĂ© du patient supposĂ© B, en contact avec lui. En ce cas, dĂ©jĂ Ă©tudiĂ© par Michotte (exp. 73, p. 222), il se produit naturellement des mouvements apparents. Dans le dispositif utilisĂ© par Michotte (projections de cercles lumineux) le mouvement apparent Ă©tait favorable Ă lâampliation axiale (le mouvement rĂ©el de B prolongeant donc le mouvement apparent de Î). Nous nous sommes efforcĂ©s au contraire de rĂ©aliser un mouvement dâarrivĂ©e de A perpendiculaire au mouvement rĂ©el de B en rĂ©alisant par la mĂ©thode des disques un mouvement de montĂ©e de A dans la fente (mouvement dâailleurs en partie visible surtout Ă la descente). Effectivement les sujets voient en gĂ©nĂ©ral A monter en faisant un angle de 90° avec la trajectoire de B, certains sujets voyant A surgir de la profondeur, mais de nouveau perpendiculairement au plan de la fente 1.
1 Toutes prĂ©cautions ont Ă©tĂ© prises (grĂące Ă un lĂ©ger dĂ©calage compensant la « montĂ©e ») pour que B se trouve dâemblĂ©e en bonne position et non pas en position inclinĂ©e avant de se redresser (il sâincline au contraire dans la suite aprĂšs avoir Ă©tĂ© correctement rectangulaire). Dâautres prĂ©cautions ont Ă©tĂ© prises pour Ă©viter le risque de mouvements coaxiaux. Pour ces divers points voir la technique (au dĂ©but de cette partie I) sous « Lancement sans Ă©lan ».
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Tabl. VIL Fréquence des poussées (avec ou sans contact) dans
le lancement sans élan (entre parenthÚses : contact apparent) :
| Nâ | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 |
| DĂ©calages | 0 | â 5 | â 10 | â 15 | â 20 |
| Espace1 | 0 (0) | 2 (56) | 4 (111) | 6 (167) | 8 (222) |
| 20 enfants (6-7) | |||||
| I | Ξ (6) | 6 (5) | 3 (3) | 2 (2) | 2 (2) |
| II | 6 (5) | 3 (2) | 1 (i) | 1 (0) | 1 (0) |
| 111 | 3 (3) | 3 (2) | 1 (O | 3 (0) | 3 (0) |
| Total | 15 (14) | 12 (10) | 7 (5) | 6 (2) | 6 (2) |
| Poussée sans contact | 1 | 2 | 2 | 4 | 4 |
| 12 garçons (12-14) | |||||
| I | 3 (3) | 0 (0) | 0 (0) | 0 (0) | 0 (0) |
| II | 2 (4) | 1 (0) | 1 (0) | 1 (0) | 1 (0) |
| III | 3 (3) | 3 (0) | 3 (0) | 2 (0) | 1 (0) |
| Total | 8 (10) | 4 (0) | 4 (0) | 3 (0) | 1 (0) |
| PoussĂ©e sans contact | â | 4 | 4 | 3 | 1 |
| 14 adultes | |||||
| I | 0 (1) | 0 (0) | 0 (0) | 0 (0) | 0 (0) |
| II | 3 (5) | 2 (1) | 0 (0) | 0 (0) | 0 (0) |
| III | 4 (8) | 4 (1) | 2 (0) | 2 (0) | 2 (0) |
| Total | 7 (14) | 6 (2) | 2 (0) | 2 (0) | 2 (0) |
| PoussĂ©e sans contact | â | 4 | 2 | 2 | 2 |
Les sujets Ă©tudiĂ©s sont ceux du tabl. V, les groupes de sujets I, Il et III Ă©tant les mĂȘmes que sur ce tableau.
Les résultats obtenus sont consignés au tabl. VIL
Commentaires :
(1) Dans la situation de contact objectif (1), 14 enfants de 6-7 ans sur 14 qui ont perçu le contact Ă©prouvent lâimpression de poussĂ©e ; Ă 12-14 ans le rapport des poussĂ©es et des contacts tombe Ă 8 sur 10 et chez les adultes Ă 7 sur 14. On assiste donc Ă une diminution de lâimpression avec lâĂąge : 100 % 80 % et 50 %.
(2) Chez lâadulte il demeure ainsi 1 cas sur 2 dâimpression causale malgrĂ© lâangle droit entre la trajectoire de B et le mouvement apparent de A. Lâimpression causale nâest donc pas coercitive et reste faible, mais existe. Un observateur exercĂ© a Ă©prouvĂ© une impression analogue Ă celle de deux boules de billard dont lâune chasserait lâautre Ă 90° en la touchant Ă peine (sans choc mais en la frĂŽlant).
1 Lâespace est indiquĂ© en mm. Entre parenthĂšses lâintervalle temporel en ms. La vitesse du mobile est de 3,4 cm/s.
3
Â
(3) Lorsque le sujet perçoit une absence de contact, on trouve pour les dĂ©calages de â 10, â 15 et â 20 encore 3 sujets de 6-7 ans, 3, 2 et 1 sujets de 12-14 ans et 2, 1 et 1 adultes qui ont une impression causale.
§ 6. Les caractĂšres dynamiques (poids, etc.) de lâobjet patient B
Le rĂŽle du contact dans la perception de la causalitĂ© chez les petits nous a donnĂ© Ă penser que les facteurs tactilo-kinesthĂ©siques occupent une place non nĂ©gligeable dans le mĂ©canisme des impressions causales mĂȘme visuelles. 11 est clair, dâautre part, que si le mouvement de lâagent A donne une impression dâactivitĂ© et pas seulement de dĂ©placement (comme y insiste avec raison Michotte), et si cette activitĂ© apparente se prolonge en chocs, poussĂ©es, etc., câest que les qualitĂ©s visuelles de A correspondent, mĂȘme chez lâadulte, Ă des propriĂ©tĂ©s normalement perçues par voie tactilo-kinesthĂ©sique. Nous nous sommes donc demandĂ©s jusquâoĂč allait cette correspondance et sâil existait Ă©galement des impressions visuelles de masse ou de poids, attribuables au patient B et pas seulement Ă lâagent A.
Quâil existe, en gĂ©nĂ©ral, des impressions visuelles de poids et surtout de densitĂ© liĂ©es soit au volume soit aux couleurs soit aux mouvements des objets, on ne saurait le nier. La fameuse illusion de poids suppose, par exemple, une anticipation du poids fondĂ©e sur le volume qui nâest sans doute pas exclusivement notionnelle mais aussi perceptive. La chute dâune feuille morte donne une impression de lĂ©gĂšretĂ© plus grande que celle dâun caillou, etc.
Or, dans les diffĂ©rentes combinaisons de lancement, il arrive, rarement il est vrai, mais il arrive que les sujets Ă©voquent spontanĂ©ment des impressions de poids et de masse qui peuvent ĂȘtre susceptibles dâexpliquer certaines rĂ©actions paradoxales (ou dont le caractĂšre serait paradoxal si les qualitĂ©s spatio-temporelles et cinĂ©tiques Ă©taient seules en jeu). Par exemple aprĂšs avoir perçu un lancement Ă rapport des vitesses 1 : 1, un de nos sujets adultes voit encore du lancement pour le rapport 1 :3 et non pas du dĂ©clenchement, mais avec lâimpression que lâagent A est plus lourd, frotte contre le sol et que le patient B est plus lĂ©ger. Le mĂȘme sujet pour le rapport 1 :1a lâimpression dâobjets « morts », tandis que le rapport 3 : 1 avec dĂ©calage +10, etc. entraĂźne lâimpression que « quelque chose dans B empĂȘche son dĂ©part » et quâil est plus « pesant ».
Un observateur occasionnel, aprĂšs avoir vu le lancement dans le sens habituel oĂč lâagent A est lâobjet noir et le patient B lâobjet rouge, se refuse Ă percevoir encore du lancement quand on inverse le sens de rotation du disque, parce que lâagent B est lĂ©ger et le patient A plus lourd (la couleur rouge Ă©tant en ce cas responsable de la lĂ©gĂšretĂ© apparente de B).
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Bien entendu, le problĂšme se pose alors, comme toujours en de tels domaines, de dĂ©partager lâimpression perceptive de lâinterprĂ©tation notionnelle, et lâon pourrait ĂȘtre tentĂ© dâinvoquer la raretĂ© de ces indications des sujets pour adopter la seconde solution. Mais cette raretĂ© ne constitue pas Ă elle seule un critĂšre dĂ©cisif car les sujets nâexpriment pas non plus spontanĂ©ment ce qui va de soi pour eux : presque jamais, par exemple, ils ne prĂ©cisent quâil attribuent une corporĂ©itĂ© aux objets A et B, ce qui se dĂ©duit pourtant du fait quâils perçoivent un choc et une poussĂ©e. Pourquoi exprimeraient-ils explicitement, en ce cas, que cette corporĂ©itĂ© comporte une masse ? Le fait mĂȘme de porter son attention sur les caractĂšres positifs et actifs de lâagent A nâentraĂźne-t-il pas un affaiblissement de la prise de conscience ou tout au moins du besoin de formulation verbale Ă lâendroit des caractĂšres nĂ©gatifs du patient B câest-Ă -dire de sa rĂ©sistance passive ?
Les expressions mĂȘmes utilisĂ©es par le sujet permettent cependant souvent de dĂ©gager ces qualitĂ©s diverses de rĂ©sistance attribuĂ©es au patient B. Quand, dans sa description type de lâentraĂźnement, Michotte nous dit de B que lâobjet A « le cueille au vol » il est clair quâil y a lĂ une rĂ©fĂ©rence au fait que B semble rĂ©sister moins dans lâentraĂźnement que dans le lancement. Et si, dans le lancement, lâimpression causale est plus belle pour le rapport 3 : 1 que pour le rapport 1 : 1, il est difficile de nây pas voir le rĂ©sultat du fait que la poussĂ©e attribuĂ©e Ă A semble plus grande pour 3 : 1 que pour 1 :1, autrement dit que B est plus rĂ©sistant 1. Il semble donc y avoir des degrĂ©s dans la passivitĂ© de B comme il y en a dans lâactivitĂ© de A : de la passivitĂ© pure (simple dĂ©placement) Ă lâimpression de rĂ©sistance active, il y a toute une gamme dâintermĂ©diaires quâil serait intĂ©ressant de connaĂźtre.
Nous avons donc cherché à analyser de telles impressions, si délicate que soit cette tùche, et, pour ce faire, avons fait comparer deux situations aussi proches que possible du point de vue des conditions cinématiques objectives pour voir si des modifications apparentes de vitesses entraßneraient des modifications correspondantes de poids apparent.
Or, la recherche dĂ©crite au § 2 et dont les rĂ©sultats sont consignĂ©s au tabl. II nous a fourni lâoccasion dâune telle comparaison. En masquant simplement par un volet lâarrĂȘt final du mobile B nous avons constatĂ©, en effet, que, pour la plupart des sujets, la vitesse de B. paraissait accrue, et, pour certains sujets sa lĂ©gĂšretĂ© Ă©galement. Nous avons donc essayĂ© de faire comparer aux sujets les deux situations prĂ©sentĂ©es simultanĂ©ment, un lancement sans masquer la phase dâimmobilisation finale et le mĂȘme lancement avec masquage. La comparaison
1 Rappelons quâen vertu de la loi de conservation de la quantitĂ© de mouvement m,v} = m2v2, si v2<v1 (ce qui est le cas pour 3 : 1, on a alors m2>m1. Mais cette loi ne vaut que dans le vide et il est dâun certain intĂ©rĂȘt de noter sa convergence avec le mĂ©canisme perceptif.
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sâĂ©tant montrĂ©e instructive nous lâavons reprise systĂ©matiquement dans une nouvelle recherche dont il sera question Ă lâinstant.
Tabl. VIII. Effets en fréquence de la suppression de la phase
dâimmobilisation finale (11 adultes)Â :
Commençons par dĂ©crire en deux mots les rĂ©actions des adultes dont on a dĂ©jĂ vu les impressions causales au tabl. II (§ 2). On peut grouper en un tableau les rĂ©actions observĂ©es sur ces sujets en ne retenant de ces rĂ©actions que ce qui concerne les modifications de lâimpression causale sans insister encore sur les impressions de vitesse et de poids (tabl. VIII).
Le sens gĂ©nĂ©ral de ces rĂ©ponses en est clair. La majoritĂ© des sujets Ă©prouve lâimpression que B va plus vite, est plus lĂ©ger, vole, va comme sur des roues, etc. Un sujet a incidemment portĂ© son jugement sur A et lâa trouvĂ© plus lourd. Dans lâentraĂźnement B semble acquĂ©rir une quasi autonomie et une lĂ©gĂšretĂ© qui renforce le caractĂšre entraĂźnement. Dans le lancement le mĂȘme effet renforce lâautonomie relative qui sâobserve dĂ©jĂ en fin de parcours normal, ce qui diminue lâapparence de lancement. Pour la mĂȘme raison le dĂ©clenchement est renforcĂ© ou transformĂ© en indĂ©pendance. Le seul cas net contraire Ă ces effets est celui du dĂ©clenchement transformĂ© en lancement, mais nous comptons contraires Ă©galement lâindĂ©pendance devenue influence et le lancement
| Effet lancement (3 :1). Décal. + 5 | Effet déclenchement (1 :3). Décal. +5 |
| 6 lancements diminuĂ©s (augmentation de lâautonomie de B) | 6 dĂ©clenchements renforcĂ©s (augmentation de lâautonomie de B) |
| 2 lancements sans modification | 1 déclenchement sans modification |
| 1 lancement « plus naturel » | 1 déclenchement transformé en lancement |
|
2 lancements transformĂ©s en dĂ©clenchement ou en indĂ©pendance. Idem. DĂ©calages â 10 et â 20 |
2 dĂ©clenchements transformĂ©s en indĂ©pendance Idem. DĂ©calages â 10 et â 20 |
| 3 lancements avec autonomie de B renforcée | 5 lancements avec autonomie de B renforcée |
|
3 lancements avec passivité de B accentuée 2 déclenchements accentués |
2 lancements sans modification 1 indépendance transformée en influence Entraßnement (1 :1) |
| 1 lancement transformé en chassé par influence |
9 entraßnements renforcés 2 sans modification |
| Total : 36 renforcements de B, 7 sans modification, 3 effets contraires et 3 équivoques. |
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« plus naturel ». Quant aux lancements avec passivité accrue de B on peut les interpréter dans les deux sens 1.
Les rĂ©actions des enfants sont trĂšs analogues, mais, Ă©tant moins sĂ»res, nâont pas Ă©tĂ© mises en tableau.
II reste maintenant Ă examiner pour elles-mĂȘmes les impressions de poids et de lĂ©gĂšretĂ©, ce que nous a permis une nouvelle recherche dont la technique va ĂȘtre donnĂ©e. La mĂ©thode a consistĂ© Ă poser des questions sur la vitesse et le poids apparent des mobiles, ce qui risquait naturellement de conduire Ă une interprĂ©tation notionnelle au lieu de ne traduire que lâimpression perceptive. Mais, dâune part, on vient de constater les diffĂ©rences notables dâimpressions gĂ©nĂ©rales que produit le masquage du point dâarrivĂ©e et, Ă ce propos, de nombreuses indications spontanĂ©es ont Ă©tĂ© donnĂ©es sur lâaugmentation de vitesse et de lĂ©gĂšretĂ© de B, ce qui permet de valider en partie les rĂ©ponses aux questions que nous avons posĂ©es. Dâautre part, nous savons que chez lâenfant de 5-8 ans « lourd » signifie en gĂ©nĂ©ral « fort » et peut souvent comporter une capacitĂ© de vitesse : Ă sâen tenir aux interprĂ©tations notionnelles il devrait donc y avoir Ă©quivoque dans les rĂ©ponses enfantines et hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© relative entre les rĂ©ponses des adultes et des enfants ; si nous trouvons une homogĂ©nĂ©itĂ© suffisante ce sera Ă nouveau un gage en faveur de lâimpression perceptive.
Il serait fastidieux de donner un tableau gĂ©nĂ©ral de toutes les combinaisons et de tous les rĂ©sultats Ă la fois. Nous les analyserons donc par groupes en indiquant chaque fois de quelles combinaisons il sâagit.
Technique :
Objets : 10Ă6 mm. A noir B rouge Phases dâimmobilisation de B : Rapport des vitesses 6 :1 initiale = 333 ms
= 27 : 9 cm/s finale = 666 ms
Parcours normal 45 mm. Intervalle (secteur blanc)Â =Â Is.
Deux couples Ă comparer, prĂ©sentĂ©s simultanĂ©ment, lâun dans la fente de droite (arrĂȘt non masquĂ©), lâautre dans celle de gauche (masquage). La direction des mobiles est concentrique pour chaque configuration, ce qui produit une lĂ©gĂšre opposition de lâobliquitĂ© des mobiles, due au dispositif. La comparaison a Ă©tĂ© faite Ă©galement sur deux mobiles uniques, lâun Ă droite Ă arrĂȘt non masquĂ©, lâautre Ă gauche (masquage). On a comparĂ© Ă©galement des couples avec masquage du point de dĂ©part de A. Nous avons fait varier enfin la largeur du volet, donc la longueur du trajet visible toutes choses Ă©gales dâailleurs.
La recherche a porté sur 26 enfants et 10 adultes.
1 En ce qui concerne la variabilitĂ© des rĂ©actions, il convient de rappeler que la fixation du regard qui est malaisĂ©e Ă Ă©valuer, joue toujours un grand rĂŽle : si le sujet fixe, par exemple, le mobile B pour estimer sa vitesse, il est par cela mĂȘme empĂȘchĂ© de fixer A, ou lâimpact, dâoĂč une modification de ses impressions.
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Tabl. IX. Modification des impressions de vitesse et de lĂ©gĂšretĂ© pour un couple Ă©talon et un couple variable (suppression de lâarrĂȘt de B) et pour un couple Ă©talon et un seul mobile variable :
| Enfants | ||||||
|
Couple variable Parcours |
Nb" de Vitesse jugements + = |
â | + | LĂ©gĂšretĂ© | â | |
| 45 | (24) 6 | 17 | 1 | 3 | 19 | 2 |
| 35 | (24) 15 | 8 | 1 | 9 | 9 | 6 |
| 25 | (20) 16 | 3 | 1 | 13 | 2 | 5 |
| 15 | (24) 17 | 5 | 2 | 14 | 6 | 4 |
| 5 | (14) 12 | 0 | 2 | 9 | 0 | 5 |
| Total (35 à 5) ⊠| (82) 60 | 16 | 6 | 45 | 17 | 20 |
| Un seul mobile | (variable) | |||||
| Parcours | ||||||
| 45 | (18) 6 | 10 | 2 | 4 | 10 | 4 |
| 35 | (19) 11 | 4 | 4 | 11 | 5 | 3 |
| 25 | (5) 4 | 1 | 0 | 5 | 0 | 0 |
| 15 | (11) 6 | 3 | 2 | 7 | 2 | 2 |
| Total (35 Ă 15) . | (35) 21 | 8 | 6 | 23 | 7 | 5 |
| Couple variable Parcours |
Adultes Nbr, de Vitesse jugements + = |
+ | LégÚreté | |||
| 45 | (10) 2 8 | 0 | 2 | 8 | 0 | |
| 35 | (10) 4 6 | 0 | 5 | 4 | 1 | |
| 25 | (10) 5 5 | 0 | 6 | 4 | 0 | |
| 15 | (10) 7 3 | 0 | 6 | 3 | 1 | |
| 5 | (5) 3 2 | 0 | (7) | 5 | 2 | 0 |
| Total (35 Ă 5) .. | (35) 19 16 | 0 | (37) | 22 | 13 | 2 |
| Un seul mobile | (variable) | |||||
| Parcours | ||||||
| 45 | (7) 0 7 | 0 | 1 | 5 | 1 | |
| 35 | (9) 4 4 | 1 | 4 | 4 | 1 | |
| 25 | (6) 5 1 | 0 | 4 | 2 | 0 | |
| 15 | (9) 8 0 | 1 | 4 | 4 | 1 | |
| Total (35 Ă 15) | (24) 17 5 | 2 | 12 | 10 | 2 |
Commençons par les rĂ©sultats des huit premiĂšres sĂ©ries Ă©tudiĂ©es, quatre avec un couple Ă©talon A et B dâobjets et un couple variable (suppression de lâimmobilisation finale sur lâobjet B de la variable et variation de la longueur du parcours) et quatre sĂ©ries avec un couple Ă©talon
Â
dâobjets A et B et un seul mobile pour la variable (avec suppression du point dâarrivĂ©e et mĂȘmes variations du parcours). Le tabl, IX fournira ces rĂ©sultats sous forme de modification (en +, = ou â ) des impressions de vitesse et de lĂ©gĂšretĂ© (+ en ce dernier cas signifie donc plus lĂ©ger et non pas plus lourd).
ComparĂ©s aux sĂ©ries de parcours 45, oĂč lâarrĂȘt de la variable est visible (la seule diffĂ©rence avec lâĂ©talon Ă©tant alors la prĂ©sence dâun volet devant lequel sâarrĂȘte le mobile) les sĂ©ries de parcours 35 Ă 5 donnent ainsi une nette majoritĂ© de jugements affirmant un augmentation de vitesse et de lĂ©gĂšretĂ© chez le mobile dont lâarrĂȘt nâest plus visible.
Cherchons alors Ă dĂ©terminer si, lorsque le masquage du point dâarrivĂ©e de B modifie la vitesse apparente de B, il existe une relation entre cette modification de la vitesse apparente et les impressions Ă©ventuelles de poids. Ces premiers rĂ©sultats sont ceux de quatre sĂ©ries 2 Ă 5 du tabl. IX (couple variable 35 Ă 5) dans lesquelles lâarrĂȘt de B est seul cachĂ©, son parcours variant donc de 35 Ă 5 (contre 45 Ă A). Nous reviendrons plus bas sur ce facteur longueur de parcours et ne donnons ici que les rĂ©sultats globaux des quatre sĂ©ries (tabl. X).
Tabl. X. Relations entre la vitesse et le poids apparents
(en % du nombre des comparaisons)1
Pour Ă©tablir si cette relation entre les augmentations apparentes de les donnĂ©es de cette table de 9 casiers Ă une table Ă 4 casiers,2 α(++), b (+â ), c(â +) et d( ), en admettant que (=) vaut œ (+) et lĂ©gĂšretĂ© et de vitesse est significative, calculons le Ï2. RĂ©duisons dâabord œ (â ). On aura :
1 Nombres absolus entre parenthĂšses.
2 Ceci pour Ă©viter les casiers nuis ou trop sensiblement infĂ©rieurs Ă 5, sans quoi le Ï2 ne serait plus utilisable.
| + | 26 enfants | + | 10 adultes | â | |
| + 48,6(34) | 1.4(1) | 20 (14) | + 43,6(17) | 17,8 (5) | 0 |
| = 1,4(1) | 21,5(15) | 0 | = 12,8(5) | 25,6(10) | 5,1 (2) |
| - 4,2(3) | 0 | 2,9 (2) | â 0 | 0 | 0 |
| Léger | Rapide | Valeur | soit : | ||
| = | = | â a + â d | adultes : | enfants | |
| + | = | â a + â c | a | 27 | 42,5 |
| â | = | â b + â d | b | 3,5 | 14,5 |
| = | â a + â b | c | 2,5 | 3,5 | |
| = | â | â c + â d | d | 6 | 9,5 |
Â
En employant alors la formule dâassociation
(ad â bc) â (N : 2)
q =Â
â (a+b)(c+d)(a+c)(b+d)
dont le caractĂšre significatif est donnĂ© par Ï2=Nq2, on trouve, pour les adultes </=0,49 avec un Ï2 de 9,63 pour v=l (« trĂšs significatif »). Pour les enfants on a ç=0,35, mais cette association reste « trĂšs significative » avec un Ï2=8,66 (la formule cĂ©lĂšbre de contingence de Yule, usuelle mais un peu fallacieuse, donnerait q=0,89 et 0,77 au lieu de 0,49 et 0,35).
Bien entendu, ces expressions numĂ©riques nâajoutent rien Ă ce que contient le tabl. X sinon quâelles permettent un calcul de la signification. Et cette signification elle-mĂȘme nâa de sens que si lâon accorde une valeur suffisante aux rĂ©ponses des sujets 2 mais ne confĂšre aucune valeur supplĂ©mentaire Ă ces rĂ©ponses. Or, on sait tout ce quâil y a dâalĂ©atoire dans le fait de poser des questions « plus lourd ? » ou « plus vite ? » etc. NĂ©anmoins, une fois admis ces tableaux IX et X avec les rĂ©serves nĂ©cessaires, il reste intĂ©ressant de savoir que les rĂ©ponses donnĂ©es sont reliĂ©es entre elles par une relation significative.
Nous concluerons donc que :
(1) Le fait de masquer la phase dâimmobilisation finale du patient B en diminuant la longueur de son parcours augmente sa vitesse apparente, ce qui rĂ©sulte dĂ©jĂ des rĂ©actions du tabl. VIII observĂ©es sur dâautres sujets.
(2) Cette augmentation de vitesse semble aux sujets sâaccompagner dâune diminution de poids. La perception dâun mobile animĂ© dâun mouvement plus ou moins rapide donne donc lieu Ă des impressions visuelles de poids ou de lĂ©gĂšretĂ©, liĂ©es Ă la vitesse elle-mĂȘme.
(3) Cette relation est moins uniforme chez les enfants oĂč 20 oâo des cas ont lâimpression que le poids augmente avec la vitesse (ce qui ne sâest pas produit chez les adultes pour le mobile B mais a Ă©tĂ© exprimĂ© parfois pour le mobile A sans que nous ayons fait de recherche sur ce point).
Examinons maintenant les impressions causales des adultes et des enfants des cinq premiĂšres sĂ©ries du tabl. IX en leur demandant sâils Ă©prouvent une impression de poussĂ©e plus forte, Ă©gale ou plus faible quand lâarrĂȘt de B est masquĂ© (tabl. XI).
Sur 10 sujets adultes 4 nâont vu que du dĂ©clenchement (et impressions Ă©vanescentes malgrĂ© ou Ă cause de lâattitude dâexploration continue) tandis que tous les enfants ont vu de la poussĂ©e. Mais sur les 6 adultes qui ont perçu une poussĂ©e (lancement), 3 voient lâeffet augmenter avec la suppression de lâarrĂȘt, tandis que sur 73 jugements enfantins (pour 35 et 5), 17 ont vu la poussĂ©e diminuer contre 27 augmentations.
2 Ce calcul implique en outre que les réactions des sujets soient indépendantes les unes des autres, ce qui est possible mais naturellement non certain.
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Tabl. XI. Modification des impressions de poussée
avec point dâarrĂȘt cachĂ© de B :
| Enfants | Adultes | ||||||||
| Parcours | Jugements | + | = | â | Jugements | + | = | â | |
| 45 | (2) | 3 | 20 | 0 | (6) | 1 | 4 | 1 | |
| 35 | (22) | 8 | 11 | 3 | (6) | 3 | 3 | 0 | |
| 25 | (17) | 9 | 5 | 3 | (Ξ) | 3 | 3 | 0 | |
| 15 | (21) | 6 | 10 | 5 | (6) | 3 | 3 | 0 | |
| (5) | (13) | 4 | 3 | 6 | (6) | 3 | 3 | 0 | |
| Total (35-5) | (73) | 27 | 29 | 17 | (24) | 12 | 12 | 0 | |
| Enfants | 10 / | idultes | |||||||
| Parcours | Jugt | s + | = | â | Parcours | Jugti | S + | = | â |
| 35 | 8 | 1(0) | 6(6) | 1(2) | 35 | 6 | 0(0) | 5(6) | 1(0) |
| 25 | 4 | 1(1) | 3(3) | 0(0) | 25 | 6 | 0(1) | 6(4) | 0(1) |
| 15 | 12 | 5(3) | 5(6) | 2(3) | 15 | 5 | 1(2) | 3(2) | 1(2) |
| 5 | 5 | 3(2) | 2(3) | 0(0) | 5 | 2 | 1(1) | 1(1) | 0(0) |
| Total 25 Ă 5 | 21 | 9(6) | 10(12) | 2(3) | Total 25 Ă 5 | 13 | 2(4) | 10(7) | 1(2) |
Pour dissocier le facteur longueur de parcours de celui du masquage Ă lâarrĂȘt, supprimons lâarrĂȘt de lâobjet B du couple Ă©talon comme celui de lâobjet B du couple variable et faisons alors varier la longueur du trajet en ce dernier cas. Les questions porteront Ă nouveau sur les impressions de vitesse et de poids (tabl. XII).
Tabl. XII. Modification des impressions de vitesse et de lĂ©gĂšretĂ© (entre parenthĂšses) lors des variations du parcours avec masquage du point dâarrivĂ©e de lâobjet B sur le couple Ă©talon comme sur le couple variable (parcours Ă©talon = 35 mm).
Les parcours de 35 mm Ă©tant de mĂȘme longueur que ceux de lâĂ©talon, seules les sĂ©ries 25 Ă 5 prĂ©sentent donc une signification : on voit alors que lâeffet se manifeste dans 9 jugements enfantins contre 10 Ă©galitĂ©s et deux effets contraires. Il est possible que chez lâadulte, lâesprit critique joue un rĂŽle malgrĂ© les prĂ©cautions prises pour rappeler la nĂ©cessitĂ© dâune attitude impressionniste. Quant aux impressions corrĂ©latives de poids elles sont moins influencĂ©es par cette diminution des parcours. Il est Ă noter que, du point de vue de lâimpression causale on trouve chez lâenfant des augmentations de poussĂ©e avec augmentation de lĂ©gĂšretĂ© comme lâinverse (4 augmentations de poussĂ©e, 3 diminutions et 7 Ă©galitĂ©s). Chez lâadulte on trouve une augmentation de poussĂ©e (et de poids), une diminution de poussĂ©e (avec augmentation de lĂ©gĂšretĂ©),
Â
cinq déclenchements (avec augmentation ou diminution de légÚreté) et neuf égalités.
Examinons maintenant, ce qui sera plus dĂ©cisif pour cette question de la variation du parcours, cette variation pour un seul mobile pour la variable et un seul aussi pour lâĂ©talon. En ce cas Ă©galement, mais avec une nettetĂ© plus grande, la diminution du parcours entraĂźne chez lâenfant une augmentation apparente de vitesse et de lĂ©gĂšretĂ© tandis quâon nâobserve pas dâeffet sur lâadulte (tabl. XIII).
Tabl. XIII. Modification des impressions de vitesse et de lĂ©gĂšretĂ©, due. aux variations du parcours, avec un seul objet variable (point dâarrivĂ©e masquĂ©) et un seul objet Ă©talon.
Ces rĂ©sultats confirment donc clairement ceux du tabl. Xll qui, Ă eux seuls auraient laissĂ© subsister un doute. La perception de la vitesse et celle du poids sont donc modifiĂ©es chez lâenfant par la longueur du trajet indĂ©pendamment de toute impression causale, tandis quâil nâen est rien chez lâadulte, Ă configurations causales Ă©gales (tabl. XII) ou en dehors dâune configuration causale (tabl. XIII). Par contre nous avons constatĂ© quâil nâen est plus de mĂȘme lorsquâune variable unique est comparĂ©e Ă lâobjet B dâun couple Ă©talon Ă configuration causale (tabl. IX, 4 derniĂšres sĂ©ries).
Analysons enfin le rĂŽle de la suppression de lâimmobilisation au dĂ©part, suppression qui ne paraĂźt pas jouer de rĂŽle chez lâadulte, sauf quand lâarrivĂ©e et le dĂ©part sont masquĂ©s simultanĂ©ment. Mais elle semble influencer lĂ©gĂšrement les jugements des enfants ce qui constituerait
|
Parcours 45 35 25 15 Total (35-15) |
Enfants |
LégÚreté 3 1 2 |
0 1 0 |
||||
|
Jugements (7) (12) (H) (4) |
+ 0 9 5 3 |
Vitesse 7 3 1 1 |
0 0 5 0 |
+ 9 9 2 |
|||
| Parcours | Jugements |
Adultes Vitesse + |
+ | LégÚreté | |||
| 35 | (4) | 0 | 4 | 0 | 1 | 3 | 0 |
| 25 | (1) | 0 | 1 | 0 | 0 | 1 | 0 |
|
15 Total (35-15) |
(2) | 0 | 2 | 0 | 1 | 1 | 0 |
Â
une troisiĂšme diffĂ©rence possible entre enfants et adultes. La configuration est la mĂȘme que pour le tabl. XIII, lâĂ©talon et la variable ne comportant quâun mobile, mais le dĂ©part de la variable est masquĂ©, et, pour les trois derniĂšres sĂ©ries du tableau, lâarrivĂ©e comme le dĂ©part sont tous deux cachĂ©s (tabl. XIV).
Tabl. XIV. Suppression des points de départ (1), puis des points
de dĂ©part et dâarrivĂ©e (2) :
| Enfants | |||||||
| Parcours (/) | Jugements | Vitesse | LégÚreté | ||||
| + | = | â | + | = | â | ||
| 35 | (9) | 1 | 7 | 1 | 4 | 5 | 0 |
| 25 | (4) | 2 | 2 | 0 | 3 | 1 | 0 |
| 15 | (3) | 2 | 0 | 1 | 1 | 2 | 0 |
| Total 1 | (16) | 5 | 9 | 2 | 8 | 8 | 0 |
| Parcours (2) | |||||||
| 25 | (32) | 20 | 4 | 8 | 25 | 6 | 1 |
| Adultes | |||||||
| Parcours (1) | Jugements | Vitesse | LégÚreté | ||||
| + | = | â | + | = | â | ||
| 35 | (7) | 0 | 6 | 1 | 1 | 6 | 0 |
| 25 | (1) | 0 | 1 | 0 | 0 | 1 | 0 |
| 15 | (2) | 1 | 1 | 0 | 0 | 2 | 0 |
| Total 1 | (10) | 1 | 8 | 1 | 1 | 9 | 0 |
| Parcours (2) | |||||||
| 25 | (22) | 12 | 8 | 2 | 13 | 7 | 2 |
La conclusion de ce § 6 est donc que lâobjet patient B prĂ©sente bien des caractĂšres dynamiques comme lâobjet agent A, et liĂ©s comme les siens aux conditions spatio-temporelles et cinĂ©tiques. Mais, tandis que le dynamisme de lâagent A est surtout actif et se traduit ainsi par des impressions de force et de poussĂ©e les caractĂšres dynamiques du patient B sont surtout passifs et se manifestent par des impressions de poids orientĂ©es vers la rĂ©sistance et non plus vers la poussĂ©e.
§ 7. Lancement et entrainement en présentation verticale
Avant de terminer cet examen des faits par lâĂ©tude des impressions de lancement avec ralentissement de lâobjet patient B aprĂšs lâimpact (§ 8) et par celle des impressions liĂ©es Ă lâarrĂȘt de B (§ 9), il convient
Â
de complĂ©ter les donnĂ©es prĂ©cĂ©dentes sur les caractĂšres dynamiques de ce mĂȘme objet B par un bref sondage relatif aux impressions quâil produit en prĂ©sentation verticale. Si vraiment le poids ou la masse du patient B jouent un rĂŽle dans le mĂ©canisme de la causalitĂ© perceptive, câest en prĂ©sentation verticale que lâon a le plus de chances de sâen apercevoir, en comparant le processus orientĂ© du bas vers le haut au processus orientĂ© en sens inverse : selon la direction vers le haut ou vers le bas du mouvement du patient B on modifie, en effet, du tout au tout dans la causalitĂ© physique objective les conditions dynamiques correspondant au lancement ou Ă lâentraĂźnement et il peut ĂȘtre dâun certain intĂ©rĂȘt de se demander si lâon « perçoit » quelque chose dâanalogue sur le terrain de la causalitĂ© perceptive.
Nous nous sommes contentĂ©s Ă cet Ă©gard dâun court sondage, pour ne pas allonger une recherche dĂ©jĂ trop multiforme, mais les rĂ©sultats en sont assez cohĂ©rents pour conclure Ă lâexistence dâun effet (et pour servir de base de dĂ©part pour une Ă©tude plus systĂ©matique).
Nous avons commencĂ© par un examen attentif sur nous-mĂȘmes des diffĂ©rences observĂ©es en prĂ©sentations verticale et horizontale. En effet, pour dĂ©crire une telle diffĂ©rence, il faut recourir Ă des sujets exercĂ©s plus encore que pour comparer les directions vers le haut et vers le bas, sinon on laisse Ă©chapper bien des nuances. Voici lâune des observations prises (sur M.L.) :
1. Lancement Ăą rapports de vitesse 6 :1, direction vers le haut. Lâobjet B donne lâimpression dâun ascenseur qui monte, du moins peu aprĂšs quâil a reçu une impulsion de A. Donc impression que B est plus autonome que dans le lancement horizontal, quâil a repris sa propre Ă©nergie (ou Ă©trangĂšre, mais pas celle que lui a transmise A) comme pour vaincre sa propre pesanteur.
Direction vers le bas : lancement net, mais B est comme freinĂ© par le milieu, comme sâil ne se dĂ©plaçait pas librement dans lâair, mais dans un liquide. Son mouvement lui vient de A et ce nâest ni A ni lui-mĂȘme qui freinent. 11 devrait aller plus vite (peut-ĂȘtre parce quâon sâattend Ă ce que son propre poids sâajoute Ă la poussĂ©e, mais sâil allait plus vite, il ne donnerait sans doute pas lâimpression dâĂȘtre poussĂ©âŠ)
II. Lancement inverse 1 :6. Pas de diffĂ©rence avec lâhorizontale. Partout on a lâimpression dâun dĂ©clenchement.
III. Lancement direct (6 :1) mais avec distance fixe de 10 mm (Ă lâimpact). Direction de bas en haut : Ă nouveau lâimpression dâascenseur, mais la petite impulsion de dĂ©part que donnerait le A a presquâentiĂšrement disparue.
Idem, mais avec une durĂ©e apparente Ă lâimpact (dĂ©calage +10d). B quitte A ; la poussĂ©e disparaĂźt dans les trajets verticaux comme horizontaux.
Idem, mais avec dĂ©calage de â âlOd (type compression). La poussĂ©e rĂ©apparaĂźt partout, et en vertical comme en I (ascenseur, etc.)
IV. Lancement inversé (1 :6) avec les combinaisons III : déclenchement partout comme en II.
V. Entrainement 1 :1. En horizontal : poussée active de B par A, le B demeurant passif.
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En vertical de bas en haut : poussĂ©e nette de B par A, ressemble Ă lâeffet ascenseur, mais le B apparaĂźt comme une charge rouge posĂ©e sur lâascenseur, comme si A Ă©tait un monte-charge.
De haut en bas : A et B « tombent » ensemble comme un bloc, câest-Ă -dire que lâun nâest pas plus actif que lâautre, du moins si câest le bloc qui est fixĂ©. Si la fixation porte sur le A, le R est poussĂ© mais pas trĂšs activement. Pas dâimpression que le milieu agisse comme dans le lancement de haut en bas.
Tabl. XV. Impressions causales en présentations verticales1 :
1â 7 = situations dĂ©crites dans le texte ; HB = direction vers le bas ; BH = direction vers le haut ; E = pas de diffĂ©rence entre horizontal et vertical ; A = activitĂ© de B (dĂ©clenchement) ; P (passivitĂ© de B, donc poussĂ©e par A) ; R = freinage de B (par lui-mĂȘme) ; RM = freinage de B par le milieu ; L = impression que B est plus lourd ; V = vitesse de B plus lente ; entre parenthĂšses passage de P Ă A.
Ces observations prises (lâautre dâentre nous Ă©prouve les mĂȘmes impressions), nous avons examinĂ© 10 sujets adultes au moyen de la technique suivante. On commence par familiariser le sujet avec les diffĂ©rentes impressions de lancement et dâentraĂźnement, mais en horizontal, et pour fixer la terminologie, en insistant pour obtenir de vraies impressions et non pas des interprĂ©tations. Les principales nuances quâil sâagit de faire dĂ©crire (et si elles sont dĂ©jĂ subtiles en prĂ©sentation horizontale elles le sont davantage encore en vertical) sont lâaspect dâagent ou de patient, ou dâactivitĂ© et de passivitĂ© avec leurs variations et corrĂ©latifs. Au besoin on fait manier des cubes pour prĂ©ciser les nuances Ă indiquer.
1 9 sujets pour la situation (1), 6 pour (2), 4 pour (3), 10 pour (4), 6 pour (5) et (6), et 4 pour (7).
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | |
| HBÂ : E | 1 | 0 | 0 | 1 | 0 | 0 | |
| A | 1 | 0 | 4 | 1Â ? | 1Â ? | 1(1) | 0 |
| P | 7 | 6 | 0 | 8 | 4 | 3 | 4 |
| R | 1 | 1 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 |
| RM | 4 | 3 | 0 | 6 | 2 | 3 | 3 |
| L | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 |
| V | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 |
| BHÂ : E | 1 | 0 | 0 | 1 | 0 | 0 | 0 |
| A | 6 | 4 | 4 | 1(1) | (1) | 1(2) | 1(1) |
| P | 2 | 2 | 0 | 7 | 6 | 2 | 2 |
| R | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 |
| RM | 1 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 |
| L | 1 | 1 | 1 | 2 | 0 | 0 | 1 |
| V | 1 | 1 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 |
Â
La prĂ©sentation horizontale est maintenue pendant la prĂ©sentation verticale, Ă moins que cela empĂȘche le sujet de se concentrer. Trois des tentes du dispositif prĂ©sentent successivement la configuration, une horizontale latĂ©rale et deux verticales opposĂ©es, lâune au dessus de lâautre dans le plan mĂ©dian.
Les configurations Ă©tudiĂ©es sont de celles qui ont Ă©tĂ© dĂ©crites prĂ©cĂ©demment : (1) le lancement (6 : 1) avec contact apparent des mobiles ; (2) id. avec distance 5 Ă 10 mm entre les mobiles ; (3) id. avec contact prolongĂ© entre les mobiles ; (4) lâentraĂźnement (1 : 1) avec contact apparent ; (5) id. avec distance de 5 Ă 10 mm ; (6) id. avec Ă©cran sur A ; (7) la traction (1 : 1) avec contact.
Les résultats obtenus sur ces 7 situations sont résumés par le tabl. XV.
De ces chiffres et de lâanalyse des cas individuels, on peut tirer les commentaires suivants :
(1) Tous les sujets sauf un voient des diffĂ©rences entre les prĂ©sentations verticales et horizontales, ce sujet ne parvenant dâailleurs pas Ă dissocier ses impressions de ses interprĂ©tations.
(2) Des neuf sujets restants, tous Ă©prouvent des impressions diffĂ©rentes dans le sens de la descente et dans celui de la montĂ©e. Un dâentre eux il est vrai donne pour la situation 1 une impression « passivité » dans les deux directions, mais avec freinage dĂ» au mobile lui-mĂȘme dans le sens de la descente (impression qui semble authentique) et avec ralentissement de B Ă la montĂ©e (dans une proportion dâun demi).1 II est Ă noter en outre que plusieurs sujets, sur lesquels nous reviendrons Ă la remarque (5), donnent pour les situations 3, 6 et 7 la mĂȘme impression qualitative (activitĂ© ou passivitĂ©) dans les deux sens, mais sensiblement renforcĂ©s Ă la montĂ©e.
(3) La situation 1 (lancement avec contact) donne 7 impressions de passivitĂ© de B Ă la descente contre 1 dâactivitĂ© et 6 impressions dâactivitĂ© Ă la montĂ©e contre 2 de passivitĂ©, diffĂ©rence essentielle quâon retrouve dans la situation 2.
(4) Cette passivitĂ© de B Ă la descente sâaccompagne en gĂ©nĂ©ral (et si ce nâest pas toujours câest probablement par mĂ©garde du sujet ou de lâexpĂ©rimentateur) de lâimpression dâun freinage qui nâappartient pas Ă B bien quâil le subisse : câest un freinage attribuĂ© au milieu, soit que celui-ci paraisse liquide soit quâil sâagisse de lâimpression diffuse dâun frottement des parois.
i II semble quâil y ait chez ce sujet une autre forme de compensation des effets verticaux. 11 nây a pas chez ce sujet de ralentissement Ă lâentraĂźnement parce que les deux mobiles forment alors bloc, tandis que le ralentissement en (1) porte sur B seul.
Â
(5) La situation 3 (contact prolongĂ© entre les mobiles) ne comporte pas dâimpression causale, le mobile B paraissant ainsi indĂ©pendant (en horizontal comme en vertical), donc actif dans les deux sens de la montĂ©e et de la descente. Mais cette activitĂ© est renforcĂ©e chez plusieurs sujets dans le sens de la montĂ©e. En outre lâimpression de freinage disparaĂźt, ce qui est intĂ©ressant et montre que le freinage est relatif Ă la poussĂ©e et ne se prĂ©sente pas pour un mobile indĂ©pendant. Nous avons contrĂŽlĂ© le fait en examinant le trajet dâun seul mobile (il suffit alors de cacher lâobjet A) : en ce cas les sujets Ă©prouvent bien une impression dâactivitĂ© sans freinage. Ces observations nous paraissent importantes pour lâinterprĂ©tation des effets dynamiques.
(6) Dans lâentraĂźnement descendant (4, 5 et 6 BH) on retrouve les mĂȘmes caractĂ©ristiques que pour le lancement vers le bas, câest-Ă -dire une impression de poussĂ©e mais au cours de laquelle le mobile B est freinĂ© comme dans le lancement (le mobile A, qui est toujours actif, ne donne jamais lâimpression de freinage, bien que sa vitesse soit en ce cas Ă©gale Ă celle de B).
(7) En mouvement vertical descendant, la majoritĂ© des rĂ©ponses consiste, contrairement au lancement ascendant, en impressions de poussĂ©e (passivitĂ© de B) Ă lâexception dâun seul sujet dont les rĂ©ponses sâaccompagnent dâailleurs toujours de rĂ©serves. On observe en outre des passages de la passivitĂ© Ă lâactivitĂ©, tĂ©moignant soit dâun court rayon dâaction soit dâune centration privilĂ©giĂ©e sur le mobile B.
(8) Enfin il a Ă©tĂ© fait plusieurs fois allusion Ă la force de lâagent, en mouvement ascendant (dans le lancement dâailleurs comme dans lâentraĂźnement), comme sâil avait une plus grande force Ă vaincre dans ce sens que dans lâautre pour pousser le patient.
En conclusion, il est de toute Ă©vidence que la verticalitĂ© des mouvements fait intervenir un effet de pesanteur, que lâaction de celle-ci donne lâimpression dâĂȘtre freinĂ©e par le milieu ou Ă vaincre par lâun ou lâautre des mobiles. Or il est remarquable que cette intervention nâapparaisse pas directement dans les expressions utilisĂ©es par les sujets, bien quâelles y soit impliquĂ©e. On peut remarquer Ă cet Ă©gard que, quoique notre corps rĂ©agisse constamment Ă la pesanteur, nous ne prenons pas conscience normalement (par opposition aux chutes) de ces rĂ©actions posturales Ă une force considĂ©rable dont nous sommes lâun des points dâapplication. Ce mutisme des sujets, tant quâon ne leur pose pas de questions sur les composantes dynamiques de la causalitĂ© perceptive, est de nature Ă nous rendre prudents en ce qui concerne les prĂ©sentations horizontales elles-mĂȘmes, dans lesquelles beaucoup dâimpressions de poids, etc., peuvent passer inaperçues. Un fait instructif parmi bien dâautres est Ă cet Ă©gard le suivant : un de nos sujets a dĂ©clarĂ© spontanĂ©ment ressentir dans son propre corps des impressions cĂ©nesthĂ©siques
Â
qui accompagnait ses perceptions visuelles de poussĂ©e. F. Bresson nous suggĂ©rait Ă ce propos une expĂ©rience quâil serait intĂ©ressant de faire : enregistrer Ă lâĂ©lectromyographe les rĂ©actions des sujets pendant quâils perçoivent visuellement les diffĂ©rents dispositifs dĂ©crits jusquâici.
§ 8. Le lancement avec ralentissement
A cĂŽtĂ© des impressions causales concordant avec la causalitĂ© physique, Michotte a Ă©tudiĂ© Ă plus dâune reprise diverses impressions « paradoxales » parce que discordantes relativement Ă cette causalitĂ© objective. Câest ainsi quâil signale1 la possibilitĂ© dâobtenir « une impression de lancement parfaite » (sans se prononcer dâailleurs sur sa gĂ©nĂ©ralitĂ©) au moyen dâun dispositif tel que lâagent A et le patient B soient tous deux en mouvement avant lâimpact (30 cm/s pour A et 15 pour B) et quâaprĂšs lâimpact A sâarrĂȘte tandis que la vitesse de B diminue de moitiĂ©.
11 nous a semblĂ© intĂ©ressant de reprendre cette expĂ©rience pour diverses raisons. Il sâagit dâabord dâĂ©tablir le degrĂ© de gĂ©nĂ©ralitĂ© de cet effet chez lâadulte. Il sâagit, dâautre part, de voir sâil augmente ou diminue avec lâĂąge, en ce dernier cas peut-ĂȘtre sous lâinfluence de lâexpĂ©rience acquise. En troisiĂšme lieu, cette configuration Ă©tant intermĂ©diaire, du point de vue des rapports de vitesse, entre celle du lancement-type et celle de lâarrĂȘt que nous Ă©tudierons au § 9 (A et B partent ensemble et sâarrĂȘtent tous deux Ă lâimpact), il Ă©tait utile dâexaminer de quelle maniĂšre enfants et adultes rĂ©agissent Ă cette situation paradoxale, notamment du point de vue de lâestimation des vitesses, Ă©tant entendu comme nous lâavons vu au § 6 quâil peut y avoir corrĂ©lation inverse entre la vitesse et le poids.
La technique utilisĂ©e est celle des expĂ©riences antĂ©rieures, avec des vitesses dont les rapports sont les mĂȘmes que ceux indiquĂ©s par Michotte (4 Ă 2 pour A et B avant lâimpact, et 2 Ă 7 pour B avant et aprĂšs lâimpact), mais en partant dâune vitesse absolue un peu infĂ©rieure (24 cm/s au lieu de 30). Mais Ă cette combinaison que nous appellerons I nous en avons ajoutĂ©e une autre (II) avec des rapports de 8 Ă 4 et de 4 Ă 1 (en partant cette fois de 30 cm/s pour A). Lâadjonction de cette combinaison II nous a paru utile, dĂšs les premiĂšres observations, pour rendre plus apparent le ralentissement de B aprĂšs lâimpact, ce qui rend lâimpression causale Ă©ventuelle dâautant plus paradoxale.
Voici le dĂ©tail des indications utiles : Dans les combinaisons I et 11 les trajets des objets sont les mĂȘmes, de 100 mm pour lâobjet A et de 50 mm pour B dans la premiĂšre phase, de mouvements simultanĂ©s. Dans la seconde B seul continue son mouvement sur un parcours de 50 mm et sâimmobilise. La distance des objets, au dĂ©part et Ă lâarrivĂ©e Ă©galement de 50 mm. Les 2 phases de mouvement sont prĂ©cĂ©dĂ©es et suivies de deux
1Op. cit., p. 66.
Â
phases dâimmobilisation dâenviron 300 ms. Les vitesses pour le rapport 4/2 : 1 sont de 24/12 :6 cm/s et dans le rapport 8/4 : 1 de 30/15 : 3,75. Ces combinaisons ont aussi Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©es en les inversant, donc en rapport croissant des vitesses, et sont dĂ©signĂ©es li pour 1 :2/4 et Ili pour 1 :4/8. Alors que les mobiles partent ensemble en I et 11 câest lâagent qui a la prioritĂ© en li et Ili, lâimpression se rapprochant dâun dĂ©clenchement (voir le schĂ©ma dans la technique).
Les sujets ont consistĂ© dâabord en deux groupes de 10 enfants. Le premier, dâĂąge moyen de 6 ans, nâa jamais passĂ© par une expĂ©rience de causalitĂ© perceptive. Le second, dâĂąge moyen de 7,5, appartient Ă la classe scolaire suivante ; certains des sujets ont dĂ©jĂ passĂ© lâannĂ©e dâavant par une expĂ©rience de causalitĂ©, mais sans souvenirs pouvant exercer une influence apprĂ©ciable. 11 sây ajoute un groupe de 20 adultes, Ă©tudiants en psychologie.
Les rĂ©sultats obtenus sont consignĂ©s dans le tabl. XVI en ce qui concerne les impressions causales et lâestimation des vitesses.
Tabl. XVI. Impressions causales et estimation des vitesses
dans le lancement paradoxal.
P = poussĂ©e ; NP - absence de poussĂ©e ; D = dĂ©clenchement ; les signes â , â ou + expriment que la vitesse de B est estimĂ©e plus petite, Ă©gale ou plus grande aprĂšs lâimpact quâavant ; les nombres entre parenthĂšses indiquent le nombre des rĂ©ponses avant lâachĂšvement de la structuration, donc les premiĂšres impressions Ă©prouvĂ©es.1
| Enfants | Adultes | |
| Impressions Vitesse (B) Impressions Vitesse (B) | ||
| â | = + â = + | |
|
1 P NP |
Ÿ8>l | 6(9) 0(4)  | 4(4) 14(14) 0(0) |
|
11 P NP |
Ÿ9j⣠19(16) | Ξ(3) Kl) 1Q(â ^ | 19(14) 1(5) 0(1) |
| li P | 3 | â 4 â |
| ou NP | 0 | â 0 â |
| Ili D | 10 | â 14 â |
1 Les sujets sont au nombre de 20 enfants et 20 adultes pour I et 11, de 18 adultes pour Ili (sans expĂ©rience li sur eux) et de 13 enfants pour li ou II i. Seuls 18 adultes Ă©galement ont Ă©tĂ© interrogĂ©s sur la vitesse de B dans la combinaison I. Il est Ă noter que les indications concernant les vitesses ne correspondent pas aux rubriques P et NP mais Ă lâensemble des rĂ©actions aux combinaisons I ou II.
4
Â
Les principaux résultats obtenus sont les suivants :
(1) Lâimpression « paradoxales » de lancement existe chez presque la moitiĂ© des sujets adultes pour les rapports (4/2-1) et un peu davantage (11 contre 9) pour les rapports (8/4-1).
(2) Mais 4 sur 18 sujets adultes seulement évaluent correctement la vitesse dans la combinaison I, tandis que ce nombre passe à 14-19 pour la combinaison II.
(3) Chez lâenfant lâimpression de lancement « paradoxal » est manifestement plus forte que chez lâadulte : 16 poussĂ©es contre 8 pour les rapports (4/2-1) et 19 contre 11 pour les rapports (8/4-1). 11 sâagit donc dâune impression qui diminue avec lâĂąge, comme on pouvait sây attendre.
(4) Par contre, une autre diffĂ©rence entre enfants et adultes est au premier abord plus surprenante : tandis que 19 sujets sur 20 (adultes et enfants) Ă©valuent correctement la vitesse de B comme infĂ©rieure aprĂšs lâimpact dans la combinaison II, il se trouve que 14 enfants contre 6 lâestiment correctement dans la situation I et que 4 adultes seulement y parviennent pour cette mĂȘme situation (14 Ă©galitĂ©s !). On constate en outre quâavant lâachĂšvement de la structuration 4 enfants annoncent une vitesse supĂ©rieure de B aprĂšs lâimpact, sans doute Ă cause de lâimplication entre « poussĂ©e » et « plus vite » mais corrigent cette fausse impression au cours de la structuration. Il est possible que les 14 estimations dâĂ©galitĂ© chez lâadulte soient influencĂ©es par des infĂ©rences (ou des prĂ©infĂ©rences) du mĂȘme ordre, mais qui durent jusquâĂ lâachĂšvement de la structuration.
A noter en outre que 7 enfants (dont 6 de 6 ans) ont commencé par juger la vitesse de B supérieure à celle de A. Mais sur nouvelle question ils se corrigent rapidement.
(5) Les combinaisons inverses li et Ili (qui ne sont pas lâidĂ©al mais ont Ă©tĂ© retenues par commoditĂ©) donnent une forte majoritĂ© de dĂ©clenchement tant chez lâenfant (10 contre 3) que chez lâadulte (14 contre 4). NĂ©anmoins quelques « poussĂ©es » subsistent Ă tous les Ăąges examinĂ©s.
Deux groupes de faits sont encore à noter, qui ne figurent pas dans le tableau mais se dégagent clairement des interrogations :
(6) Presque tous les adultes signalent rapidement et spontanĂ©ment (ou disent percevoir quand ils ne lâont pas notifiĂ© dâeux-mĂȘmes) un lĂ©ger recul de lâagent A lors de son impact avec le patient B. Deux enfants seulement par contre, disent lâavoir remarquĂ©, mais il nâest pas certain que le langage utilisĂ© ait Ă©tĂ© suffisant pour dĂ©gager tous les cas.
Cette impression de recul que nous nâavons pas relevĂ©e en dâautres situations semble donc propre aux combinaisons I et II examinĂ©es ici. On pourrait lâinterprĂ©ter comme due Ă un effet de contraste au moment
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oĂč le patient B ralentit sa marche, mais on ne sâexplique pas en ce cas la frĂ©quence de ces reculs chez les adultes dont la majoritĂ© (14 contre 4) annoncent une Ă©galitĂ© de vitesse de B avant et aprĂšs lâimpact, tandis que les enfants prĂ©sentent moins dâimpression de recul avec une estimation meilleure de ces vitesses. On pourrait songer aussi Ă un artefact dĂ» au redressement de la forme trapĂ©zoĂŻdale que A comporte pendant son mouvement, mais pourquoi en ce cas le phĂ©nomĂšne nâest-il pas gĂ©nĂ©ral en toutes les autres expĂ©riences ? Le recul apparent semble donc solidaire de lâensemble du processus cinĂ©matique et causal propre Ă ces situations et câest comme tel que nous aurons Ă le discuter ultĂ©rieurement.
(7) Il est utile enfin de signaler deux sortes dâenseignements fournis par lâexamen du langage enfantin, si malaisĂ© Ă interprĂ©ter en gĂ©nĂ©ral en ces sortes dâexpĂ©riences. Dâune part, ce sont certains enfants qui nous ont prĂ©sentĂ© la meilleure description sans doute de lâimpression produite par les combinaisons I et II lorsquâils disent de lâaction de lâagent A sur le patient B : « il rentre dedans », expression trĂšs populaire en cas dâaccident et qui, sauf erreur, nâa jamais Ă©tĂ© rencontrĂ©e pour les autres expĂ©riences. Mais, dâautre part, des termes courants comme « tamponne », « tape », restent trĂšs Ă©quivoques et câest en particulier le cas de « touche » qui peut signifier « pousse » et de « pousse » lui-mĂȘme qui peut ne signifier que « touche ». Seulement cette liaison difficilement dissociable chez lâenfant entre « touche » et « pousse » est prĂ©cisĂ©ment assez instructive en ce quâelle se rattache vraisemblablement au rĂŽle nĂ©cessaire du contact que nous avons notĂ© prĂ©cĂ©demment dans les impressions causales enfantines.
§ 9. Les impressions perceptives dâarrĂȘt 1
Michotte a montrĂ© que lâarrĂȘt dâun mobile par un objet immobile ne produit pas dâimpression causale perceptive chez lâadulte. Il restait Ă la vĂ©rifier chez lâenfant. Il restait Ă©galement Ă examiner le cas oĂč deux mobiles 2 de vitesses diffĂ©rentes et de mĂȘme direction sâarrĂȘtent simultanĂ©ment Ă lâimpact, expĂ©rience suggĂ©rĂ©e par Michotte lui-mĂȘme lors de lâun de ses passages Ă GenĂšve (deux mobiles de vitesse 3 : 1, A noir en arriĂšre et B rouge en avant sâarrĂȘtant au moment oĂč A rejoint B ; vitesses 5, 15, 30 et 60).
2 Dans cette expĂ©rience, lâune des premiĂšres que nous ayons faite, les mobiles A et B sont de 5Ă5 mm. La vitesse de A est de 22,5 cm/s (parcours 75 mm) et celle de B est de 75 cm/s (parcours 25 mm) pour une vitesse du disque de 30 tr/min (avec une durĂ©e de 333 ms pour la phase commune et de 780 ms pour la phase dâimmobilisation finale). Les autres valeurs (pour les vitesses de 5, 15, 60, etc. tr/min.) peuvent ĂȘtre dĂ©duites de celles-lĂ .
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Les rĂ©sultats obtenus sont difficiles Ă interprĂ©ter. Si lâon sâen tient aux affirmations spontanĂ©es des sujets, enfants comme adultes, il nây a pas dâimpressions causales nettes. Si lâon pose des questions comme cela a Ă©tĂ© fait pour le lancement sans contact on obtient certaines impressions que nous appellerons semi-causales, consistant chez une traction des adultes Ă voir que lâobjet B arrĂȘte A, tandis que dâautres adultes ne perçoivent rien de pareil. Chez les enfants par contre, il est intĂ©ressant de constater quâune bonne fraction de sujets disent alors voir lâobjet A (rapide) arrĂȘter B (lent) en le rejoignant. Les frĂ©quences sont consignĂ©es au tabl. XVII.
Tabl. XVII. Impressions semi-causales {provoquĂ©es) dâarrĂȘt :
Les enfants ne peuvent plus suivre les mobiles au-delĂ de 60-70 tr/min. Un adulte dĂ©clare « Si je veux, je peux avoir lâimpression que le rouge arrĂȘte le noir » et deux des cas indiquant « B arrĂȘte A » ont lâimpression quâ« il y a un obstacle invisible devant le rouge » ou « il y a quelque chose de cachĂ© qui arrĂȘte le rouge ». Notons enfin lâimpression Ă©trange quâont Ă©prouvĂ© simultanĂ©ment M1" Nicolas et lâadulte quâelle interrogeait, au moment oĂč elle a essayĂ© pour la premiĂšre fois une vitesse de 90 tr/min : ils ont brusquement « vu » tous deux le noir A arrĂȘter le rouge B, et, se lâapprenant ensuite lâun Ă lâautre, ont pu dĂ©terminer en reprenant les essais oue cette impression fugace apparaissait vers 70-80 tr/min ; aprĂšs quoi elle a disparu sans rĂ©apparaĂźtre, ni chez le sujet en question, ni chez dâautres, ni chez lâexpĂ©rimentatrice.
Bien entendu, on pourrait ĂȘtre tentĂ© de classer toutes ces rĂ©actions dans le domaine de lâinterprĂ©tation notionnelle. Mais outre les raisons que nous dĂ©velopperons au § 21 pour nous mĂ©fier de cette dichotomie, nous nous trouvons devant ce fait que beaucoup dâimpressions dâaction Ă distance ne se manifestent Ă©galement quâĂ la suite de questions : il est donc dĂ©licat dâaccepter les unes et dâĂ©carter les autres, et une posi-
| Vitesse tr/min | 5 | 15 | 30 | 60 | 80-120 |
| 21 Enfants (5-8) | |||||
| A arrĂȘte B . . | 8 | 8 | 8 | 12 | |
| B arrĂȘte A .. | 11 | 11 | 12 | 8 | |
| ArrĂȘt mutuel . | I | 1 | 1 | 1 | |
| Indépendance | 1 | 1 | 0 | 0 | |
| 10 Adultes | |||||
| B arrĂȘte A . . | 0 | 2(+2 ?) | 3(+3 ?) | 4(+l ?) | 2(+l ?) |
| ArrĂȘt mutuel . | 0 | 0 | 0 | 0 | 1 |
| Indépendance | 5 | 6 | 4 | 5 | 1 |
Â
tion plus nuancĂ©e sâimpose dans les deux cas. Dans celui de lâarrĂȘt, il est dâautant plus indiquĂ© dâadmettre une impression semi-causale (au sens que nous reprendrons et discuterons dans la partie II) que la causalitĂ© tactile connaĂźt certainement une action proprement causale dâarrĂȘt : lorsque lâon pousse une masse M qui vient heurter un butoir B, on Ă©prouve une impression de rĂ©sistance et non pas seulement de poussĂ©e infructueuse, et cette impression tactilo-kinesthĂ©sique est mĂȘme curieusement localisĂ©e Ă la frontiĂšre de M et de B et non pas seulement dans le bras ou la main qui actionnent cette masse M1 (cf. le phĂ©nomĂšne classique de la localisation du contact Ă lâextrĂ©mitĂ© dâune canne qui heurte le sol).
Mais ce nâest pas encore le moment dâinterprĂ©ter les faits. Bornons-nous donc Ă complĂ©ter notre description en fournissant quelques indications sur lâapprĂ©ciation des successions temporelles et des vitesses, qui relĂšvent Ă vrai dire dĂ©jĂ de la structuration dont il va ĂȘtre question au § 8, mais qui aident Ă comprendre les rĂ©actions semi-causales prĂ©cĂ©dentes. Nous avons questionnĂ© les sujets enfantins et quelques adultes sur les prioritĂ©s ou les simultanĂ©itĂ©s dâarrĂȘt et de dĂ©part ainsi que sur les vitesses. Les rĂ©actions des enfants sont consignĂ©es au tabl. XVIII.
Tabl. XVIII. PrioritĂ©s ou simultanĂ©itĂ©s (=) dâarrĂȘts ou de dĂ©part,
et vitesses (enfants)Â :
| ArrĂȘt en premier | DĂ©part en premier |
Vitesses A>B B>A A=B |
||||
| A | B | = | A | B | = | |
| A arrĂȘte B 0 | 10 | 25 | 2 | 13(14Â ?) | 20 | 32 2 1 |
| B » A 0 | 17 | 26 | 0 | 16 | 27 | 40 3 0 |
| Mutuels ⊠0 | 0 | 4 | 0 | 0 | 2 | 4 0 0 |
| Indépendants 0 | 0 | 2 | 0 | 0 | 4 | 1 1 0 |
Un des adultes a vu A partir avant B Ă 30 tr/min (simultanĂ©itĂ© Ă 5 et 15). Un dĂ©calage de 20 d. suffit mais est nĂ©cessaire pour compenser cette impression et Ă 40 d. câest B qui part le premier (il faut un dĂ©calage de 50 d. et abaisser la vitesse Ă 15 tr. pour supprimer lâimpression). Les vitesses sont donc responsables de tels effets perceptifs.
Chez les enfants on constate donc que B est frĂ©quemment perçu comme partant le premier (29-30 car sur 78) et comme sâarrĂȘtant le premier (27 cas sur 78) aussi bien quand A semble arrĂȘter B que dans le cas inverse. Dans le premier de ces deux cas on est donc en prĂ©sence de ce paradoxe que A semble freiner B quand bien mĂȘme B est dit sâarrĂȘter
1 Voir la recherche XXXIV sur ces variétés de causalité tactile.
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avant A ! Le paradoxe augmente quand on constate que dans presque chacune de ces rĂ©ponses il y a en plus impression de poussĂ©e de A sur B (il est vrai que chez lâenfant pousser peut signifier bien des choses). Mais il est bien vraisemblable quâen plus des effets perceptifs dus Ă la vitesse il intervient, ici comme ailleurs, une indiffĂ©renciation notionelle et verbale entre la prioritĂ© spatiale et la prioritĂ© temporelle. Le paradoxe dynamique nâen subsiste pas moins et il conviendra de chercher Ă lâinterprĂ©ter. Voici Ă titre de donnĂ©es le nombre des poussĂ©es, des chocs et des contacts sur 21 enfants (tabl. XVI) :
Tabl. XVIII bl,. Poussées, chocs et contacts sur 21 enfants :
On voit que si les contacts diminuent avec la vitesse, les chocs et les poussĂ©es augmentent par contre, le choc impliquant en gĂ©nĂ©ral le contact tandis que ce nâest pas le cas de la poussĂ©e.
§ 10. La structuration des configurations présentées
Comme on sâen est doutĂ© au cours de ces pages et comme on vient encore de le voir au terme du § prĂ©cĂ©dent, le grand problĂšme qui se pose Ă propos de chaque impression causale enfantine et mĂȘme adulte est de savoir Ă quel point la structuration des donnĂ©es perçues est achevĂ©e et par quelles Ă©tapes elle passe avant cet achĂšvement. Aussi avons-nous consacrĂ© un soin particulier Ă Ă©tudier les structurations chez lâenfant. Nous avons notamment tenu, pour chaque recherche Ă faire reproduire au moyen de cubes de bois et dâun matĂ©riel divers les mouvements perçus sur le dispositif, ce qui dâailleurs soulĂšve un nouveau problĂšme : celui de la coordination entre les mouvements perçus visuellement et ceux quâil sâagit dâexĂ©cuter pour imiter les donnĂ©es visuelles. NĂ©anmoins ce procĂ©dĂ© fournit dâutiles indications sur la structuration elle-mĂȘme.
Nous avons commencĂ© ces recherches par un sondage prĂ©liminaire, antĂ©rieur encore Ă celui du § 1 (tabl. I) oĂč nous avions repris tel quel le dispositif de Michotte dans son exp. n° 1 y compris ses figures carrĂ©es de 5X5 mm, que nous avons portĂ©es Ă 10X5 mm dans la suite pour les raisons quâon va voir, et ses vitesses de 1 : 1 (portĂ©es ensuite au rapport 3 : 1 que Michotte lui-mĂȘme indique comme meilleur). Or, avec ces deux conditions de figures de 5X5 mm et de vitesses 1 : 1 (avec trois durĂ©es de 0, 20 et 50 d. pendant lesquelles les objets restent en contact), nous avons constatĂ©, sur une vingtaine de sujets de 7 ;4 Ă 8 ;8 ans, quâau lieu
| Vitesses tr/min | 5 | 15 | 30 | 60 |
| â | â | â | â | |
| Contacts | 17 | 17 | 11 | 9 |
| Poussées | 5 | 6 | 15 | 14 |
| Chocs | 4 | 4 | 10 | 12 |
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de percevoir un lancement, la grande majorité des sujets avaient de tout autres impressions :
Le noir (4) pousse le rouge (B) et B pousse AÂ : ils se croisent.
B va vers A et aprĂšs on ne le voit plus. A va et vient.
B pousse A et sâen va avec.
A arrive vers B et B passe par-dessus AÂ : ils se poussent.
Idem, mais parfois A passe dessus B, dâautres fois lâinverse.
Idem, mais lâun passe derriĂšre lâautre (rare).
Idem, mais A change de couleur en passant par-dessus (ou par derriĂšre ou par devant). Ce changement de couleur peut intervenir sans ĂȘtre signalĂ©s de mĂȘme que, bien souvent, lâenfant ne parle pas de poussĂ©e et, quand on lui demande sâil en a eu lâimpression, rĂ©pond « Ah ! oui » comme si cela allait de soi.
Mouvements verticaux : « ils montent, ils descendent ».
On se trouve ainsi en prĂ©sence dâune dominance de lâintĂ©gration syncrĂ©tique sur la sĂ©grĂ©gation, avec plusieurs degrĂ©s dâinterprĂ©tation (couleurs, mouvements confondus, etc.), la sĂ©grĂ©gation nâĂ©tant jamais suffisante pour aboutir Ă la perception dâun lancement. En une phase initiale tout serait confondu, sauf en gĂ©nĂ©ral le sens global du mouvement, mais le mouvement rĂ©el resterait lui-mĂȘme indiffĂ©renciĂ© des mouvements apparents, plus frĂ©quents et se produisant en des conditions moins restrictives chez lâenfant que chez lâadulte. En une deuxiĂšme phase les prĂ©sentations successives sont moins liĂ©es et le mouvement rĂ©el lâemporte peu Ă peu, mais pas de façon constante. En une troisiĂšme phase les couleurs sont distinguĂ©es mais la sĂ©grĂ©gation des objets nâexiste pas encore : il y a mouvement unique dâun des objets. Une quatriĂšme phase, enfin permettrait de distinguer objets, couleurs et dĂ©placements tout en reliant ceux-ci, ce qui produirait les effets lancement et dĂ©clenchement pour les courts contacts et lâindĂ©pendance des deux mouvements pour les contacts plus longs.
En effet, Ă©tant donnĂ©es ces difficultĂ©s de sĂ©grĂ©gation, les passages par-dessus, etc. encore trĂšs frĂ©quents pour un contact de 0 Ă 20 d. font place quâau-delĂ au lancement proprement dit. Quant aux sujets de 12-13 ans examinĂ©s lors de ce sondage, ces phĂ©nomĂšnes dâintĂ©gration syncrĂ©tique subsistent encore dans le 50 % des cas. Ils sont naturellement renforcĂ©s par une vision pĂ©riphĂ©rique.
Une fois en possession de nos techniques dĂ©finitives, nous avons continuĂ© Ă nous occuper de la structuration des sujets et allons maintenant fournir quelques-uns des renseignements recueillis en les analysant par groupes dâĂąge.
I. Les sujets de 4-6 ans. â Outre les observations faites Ă propos de la manipulation des cubes destinĂ©s Ă la reproduction des mouvements perçus, nous avons dressĂ© sur 20 sujets un tableau des vitesses, prioritĂ©s
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temporelles et contacts Ă la phase terminale de structuration quâil a Ă©tĂ© possible dâobtenir, les phases en question correspondant chez les petits, avec les figures de 10x5 mm Ă ce que nous venons de dĂ©crire chez les sujets de 7-8 ans sur les figures de 5x5 mm.
Tabl. XIX. Résultats spatio-temporels et cinétiques
de la structuration sur 20 sujets de 4-5 ans .1
| Vitesse | DĂ©part en premier (A) (=) (B) | + 10 | +5 | Contact perçu 0 â 10 â 15 â 20 | â 30 | |||
| A>B | A=B | B>A | ||||||
| P . .. | 1 | 1 | 1 | 1 â 2 | 1 | â | â 1 1 â | 1 |
| C . .. | 1 | â | â | â 1 1 | â | â | â | |
| PC .. | 6 | 2 | 3 | 2â 3 | â | â | 2 5 2 2 | 1 |
| D . .. | â | â | 3 | 3 | â | 1 | â 1 â 2 | â |
| Total | 8 | 3 | 7 | 6 1 6 | 1 | 1 | 2 7 3 4 | 2 |
| 4-5 ans | 5-6 ans | |||||||
| (1) Structuration quasi-immédiate (perceptive et reproduite) | 3 | 2 | ||||||
| (2) Structuration progressive (déformations motrices persistantes) .. | 8 | 6 | ||||||
| (3) Structuration difficile ou partielle . . . | 6 | 2 | ||||||
| (4) Structuration non obtenue ou structure sans impression causale | 4 | 0 |
Dâautre part sur 31 sujets dont 21 de 4-5 ans Ă©galement (dont 14 figurent au tableau prĂ©cĂ©dent), et 10 de 5 ;10 Ă 6 ;8 nous avons pu effectuer le classement suivant qui, sans donner les dĂ©tails du tabl. XIX fournit une idĂ©e des difficultĂ©s de structuration et de reproduction motrice :
Tabl. XX. Variétés de structuration et de reproduction sur 21 enfants
de 4-5 ans et 10 de 5-6 ans :
Sous (4) est classĂ© entre autres un sujet rĂ©examinĂ© Ă deux reprises et qui, aprĂšs avoir atteint une bonne structuration, continue Ă ne pas voir de poussĂ©e. On est cependant parvenu Ă lui faire reproduire momentanĂ©ment une image de poussĂ©e en lui faisant entendre un « toc » Ă lâimpact. Mais il nâen est pas rĂ©sultĂ© dâimpression stable.
1 Abbréviations : P = poussée ; C = contact ; D = déclenchement.
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II. Les sujets de 6-8 ans. â La structuration est meilleure Ă ce second niveau dâĂąge, en ce sens que lâon parvient Ă obtenir une structuration correcte chez Ă peu prĂšs tous les sujets, les seules diffĂ©rences avec lâadulte (dâailleurs de degrĂ© et non pas de nature) tenant Ă la perception dâun contact apparent lorsquâil nâest pas objectivement donnĂ© (tabl. I, II, IV et IVb", V et VII), ainsi quâĂ lâestimation des vitesses relatives et des prioritĂ©s spatio-temporelles (tabl. XVIII). Mais si la structuration est meilleure quâĂ 4-5 ans, elle nâest pas immĂ©diatement correcte chez tous les sujets et lâon retrouve les mĂȘmes traits que prĂ©cĂ©demment, simplement plus vite attĂ©nuĂ©s. Par exemple, pour le lancement avec ou sans contact, les mouvements verticaux des objets sont signalĂ©s avant les mouvements horizontaux rĂ©els ; de mĂȘme une prioritĂ© inversĂ©e des mouvements, qui peut tenir Ă une prioritĂ© spatiale mais aussi, semble-t-il, Ă une inversion gĂ©nĂ©rale de la configuration. On observe Ă©galement des combinaisons de mouvements horizontaux et verticaux : par exemple A va frapper B qui part accompagnĂ© de A vers le haut. Une impression de poussĂ©e peut donc exister sans quâelle soit correctement structurĂ©e. On peut aussi se trouver en prĂ©sence dâune seule phase (la premiĂšre en gĂ©nĂ©ral), avec retour de A Ă son point de dĂ©part, seul ou accompagnĂ© de B, etc. ; ou de deux phases mais A accompagne B au lieu de rester immobile ; ou dâun mĂȘme accompagnement, mais avec mouvement de retour de A au centre ou Ă son point de dĂ©part, seul ou accompagnĂ© de B, etc. DĂšs quâune distance Ă lâimpact est perçue, elle a tendance Ă dĂ©former systĂ©matiquement la perception et la reproduction : les dĂ©placements des mobiles deviennent parallĂšles, synchrones, parfois prĂ©cĂ©dĂ©s par un embryon de configuration.
III. Les sujets de 12-14 ans et adultes. â   La structuration sâamĂ©liore de plus en plus avec lâĂąge, jusquâĂ ĂȘtre immĂ©diate chez la plupart des sujets de troisiĂšme niveau perceptif. Câest ainsi quâĂ comparer les trois groupes dâĂąge du tabl. VII on constate que les contacts apparents disparaissent pratiquement dĂšs le dĂ©calage de â 5 (et pour le niveau de 12-14 ans plus encore que chez lâadulte). Mais ce nâest pas Ă dire que la structuration soit parfaite dans tous les cas. Chez trois des douze adultes du tabl. IV les phĂ©nomĂšnes dĂ©crits plus haut chez les enfants de 6-8 ans (sous II) ont pu ĂȘtre retrouvĂ©s, mais au dĂ©but des prĂ©sentations. AprĂšs quoi ces dĂ©fauts de structurations disparaissent, semble-t-il, pour autant quâon se base sur la perception seule ; mais ils peuvent rĂ©apparaĂźtre (ce quâon remarque par les rĂ©ponses et ce que confirme la reproduction au moyen des objets modĂšles) quand il y a une diffĂ©rence sensible dans une configuration par rapport aux prĂ©cĂ©dentes. En gĂ©nĂ©ral, il semble que les dĂ©formations de la configuration relĂšvent soit de lâaccentuation de lâun de ses aspects, peut-ĂȘtre par une sorte dâinterprĂ©tation prĂ©alable aussi bien que par une perception dĂ©ficitaire (mais il peut y avoir interaction des deux), soit par une sorte dâinterfĂ©rence ou de chevauchement entre
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les phases, ou dâune fausse ordination. Par exemple, une fausse prioritĂ© telle que B parte en premier avec la vitesse de A et en sens inverse, rĂ©sulte du fait que la derniĂšre phase est prise pour origine, avec assimilation Ă la premiĂšre dans son aspect dynamique, le tout Ă©tant inversĂ© dans la direction du mouvement (il est possible que lâinversion ait alors Ă©tĂ© rĂ©elle, si elle a prĂ©cĂ©dĂ© ce mĂ©lange des phases en le favorisant).
Voici un exemple de ce qui peut se prĂ©senter encore chez un adulte pour le lancement, aprĂšs deux prĂ©sentations. Essai n" 3 (vitesses 20/120 donc rapport 6 :1, et intervalle de â 10 avec espace Ă lâimpact de 4 mm) : (1) A immobile et B mobile Ă gauche de A. (2) A et B se dĂ©placent simultanĂ©ment, B fait un plus grand chemin. (3) A et B se dĂ©placent en mĂȘme temps, mais A sâarrĂȘte avant B (estimation des longueurs : parcours de 3-4 cm, intervalle (entre les mobiles de 1 cm). (4) A et B non simultanĂ©s, reproduction correcte. Au total il a fallu 15 prĂ©sentations entrecoupĂ©es de cinq rĂ©cits. Câest au moment oĂč un contact durable de + 10 est Ă©tabli que le sujet remarque enfin la lenteur relative de B par rapport Ă A, alors quâil leur attribuait jusque lĂ une vitesse Ă©gale (pour un rapport de 6 :1 1). Le sujet est peu sensible Ă lâimpression causale et ne lâĂ©prouve que pour un dĂ©calage nul, en fixant trĂšs pĂ©riphĂ©riquement le A sans le suivre, ou bien Ă au moins 20 cm au-dessus de lâimpact.
Un autre adulte a prĂ©sentĂ© la mĂȘme dĂ©formation au dĂ©but, avec la mĂȘme combinaison mais pour un rapport de vitesses de 3 :1 seulement (mouvements simultanĂ©s de A et B). Mais en rĂ©duisant lâespace Ă 2 mm, la structuration correcte sâĂ©tablit « comme si (A) poussait quelque chose entre lui et (B) ». Dans presque tous ses essais le sujet ne perçoit que de la poussĂ©e ».
Il convient de retenir ces difficultĂ©s de structuration chez lâenfant et jusque chez quelques adultes exceptionnels, pour mieux comprendre ce que nous allons ĂȘtre conduits Ă soutenir des limites plus floues de la causalitĂ© perceptive enfantine et de la prĂ©cision moins grande des compensations qui la caractĂ©risent.
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Partie II.
Essai dâinterprĂ©tation
Pour mieux analyser les faits perceptifs eux-mĂȘmes, il convient de commencer par dresser un inventaire des interprĂ©tations connues de la causalitĂ© en gĂ©nĂ©ral, notionnelle comme perceptive, car il est utile dâavoir Ă lâesprit lâensemble de toutes les hypothĂšses possibles et non pas seulement celles que lâon dĂ©cide a priori devoir convenir seules Ă la perception.
§ 11. Les interprétations de la causalité en général
En un article prĂ©liminaire paru en 1941 1, Michotte distinguait trois interprĂ©tations du rapport causal : celle de Hume, celle de Maine de Biran et une troisiĂšme dont il faisait Ă lâun de nous lâhonneur de la lui attribuer, mais Ă tort car il sâagit simplement, en ce troisiĂšme cas, dâune variĂ©tĂ© de lâinterprĂ©tation rationaliste classique (Kant, etc.) selon laquelle le lien causal est le produit soit dâune dĂ©duction proprement dite (causa seu ratio disait dĂ©jĂ Descartes) soit en gĂ©nĂ©ral dâune action coordinatrice du sujet. AprĂšs quoi Michotte ajoutait la causalitĂ© perceptive conçue comme un quatriĂšme type possible dâexplication de la causalitĂ©.
En son ouvrage sur la causalitĂ© perceptive (1946) Michotte ramĂšne Ă deux les interprĂ©tations de la causalitĂ© antĂ©rieures Ă la sienne : celle de Hume et celle de Maine de Biran. La causalitĂ© selon « les Ă©tudes de Piaget » devient une variĂ©tĂ© rajeunie de la causalitĂ© biranienne. Câest donc, en fin de compte, Ă ces deux grands types dâinterprĂ©tation de la causalitĂ© que Michotte oppose la sienne Ă titre de troisiĂšme et derniĂšre variĂ©tĂ© possible.
Or, nous avons deux retouches Ă proposer Ă cette classification, retouches qui semblent nâengager Ă rien mais dont la suite montrera quâelles conduisent prĂ©cisĂ©ment Ă cet Ă©largissement du problĂšme de 1â« ampliation du mouvement » que nous annoncions dans notre introduction : la premiĂšre consisterait Ă rĂ©tablir lâinterprĂ©tation de la causalitĂ© fondĂ©e sur lâactivitĂ© coordinatrice du sujet ; et la seconde, qui est plus lourde de consĂ©quences, consisterait Ă considĂ©rer la causalitĂ© perceptive, non pas comme un quatriĂšme type dâexplication de la causalitĂ©
1 A. Michotte, La causalité physique est-elle une donnée phénoménale ? Pijdschrift voor Philosophie, t. III, pp. 290-328 (1941).
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mais comme un nouveau domaine de causalitĂ© auquel pourraient sâappliquer indiffĂ©remment les trois premiers types dâinterprĂ©tation, conçus comme les trois seuls possibles.
En effet, lâon ne saurait concevoir la connexion causale que de trois maniĂšres seulement, si lâon sâen tient Ă ses caractĂšres les plus gĂ©nĂ©raux. En premier lieu, ou bien cette connexion est perçue ou conçue comme ne correspondant Ă aucune productivitĂ© dans le rĂ©el, mais seulement Ă des successions temporelles rĂ©guliĂšres (sâexpliquant alors par le jeu des associations ou habitudes), ou bien elle correspond Ă une productivitĂ© perçue ou conçue comme rĂ©elle. DâoĂč une premiĂšre dichotomie : la causalitĂ© selon Hume et les autres formes dâinterprĂ©tation. En second lieu, si la causalitĂ© est perçue ou conçue comme correspondant Ă une productivitĂ©, ou bien le lien unissant lâagent au patient peut ĂȘtre atteint sous la forme dâun passage sensible (passage dâun mouvement, dâun flux, dâun courant, etc., traversant dâune maniĂšre visible ou audible, etc., soit lâespace, soit les frontiĂšres entre lâagent et le patient), ou bien on ne perçoit pas le passage comme tel mais on le compose ou on le recompose par un mĂ©canisme coordinateur inhĂ©rent au sujet (dĂ©duction, jeu de compensations perceptives, Gestalt, etc.). DâoĂč une deuxiĂšme dichotomie, qui oppose Maine de Biran Ă la causalitĂ© par coordination plus ou moins active du sujet.
DâoĂč le tableau :
I. Connexions temporelles objective sans productivitĂ© rĂ©elle âŠ. Hume II-III. ProductivitĂ© objective :
II Passage sensible dâun courant dâaction .. Maine de Biran III. Composition due Ă lâactivitĂ© coordinatrice du sujet
Reprenons une à une ces trois interprétations possibles :
1. Pour Hume, les seules donnĂ©es objectives sur lesquelles sâappuie la causalitĂ© consistent en successions temporelles rĂ©guliĂšres : lâĂ©vĂ©nement A prĂ©cĂšde toujours lâĂ©vĂ©nement B. Mais entre A et B on ne saurait percevoir aucun passage dâaction ni Ă©tablir aucune connexion objective : lâimpression causale selon laquelle A produit B est donc simplement le rĂ©sultat dâune association ou habitude acquises, dont la force donne lâillusion de la nĂ©cessitĂ©.
II. Lâeffort de Maine de Biran est au contraire de trouver au moins une situation privilĂ©giĂ©e dans laquelle on puisse atteindre Ă titre de donnĂ©e sensible le passage dâun courant dâaction entre A et B. Biran croit trouver cette situation dans le cas du mouvement volontaire, oĂč, le moi Ă©tant cause et lâeffet Ă©tant constituĂ© par un mouvement pĂ©riphĂ©rique le courant dâaction est perçu Ă titre de « sensation dâinnervation » ; cette sensation fournirait ainsi lâapprĂ©hension du passage lui-mĂȘme de A Ă B, sous la forme dâun courant nerveux effĂ©rent. Dans le cas choisi par
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Maine de Biran le « passage sensible » correspond seulement Ă une « sensation dâinnervation », mais rien ne lâempĂȘcherait de correspondre en dâautres cas Ă une impression visuelle, etc. (opinion Ă laquelle nous nâassimilerons pas, disons-le dâemblĂ©e, la thĂšse centrale de Michotte, mais des explications comme celles de Metzger ou de Duncker).
III. LâinterprĂ©tation du troisiĂšme type admet avec Maine de Biran contre Hume que le sujet parvient Ă percevoir ou Ă concevoir dans le lien causal une productivitĂ© objective, mais considĂšre que cette productivitĂ© nâest jamais donnĂ©e sous la forme dâun passage sensible : elle est construite et non pas donnĂ©e, câest-Ă -dire quâelle se prĂ©sente comme la rĂ©sultante dâune composition. En dâautres termes, la productivitĂ© inhĂ©rente au lien causal correspondrait, selon ce troisiĂšme point de vue, Ă une reconstitution plus ou moins rapide, immĂ©diate en certains cas, diffĂ©rĂ©e en dâautres. Sur le terrain de la causalitĂ© notionnelle, cette composition ou reconstitution est due Ă une coordination intelligente, consistant en lâĂ©tablissement dâun systĂšme de compensations. Câest ainsi que, au niveau des opĂ©rations logico-mathĂ©matiques, la causalitĂ© se rĂ©duit Ă un systĂšme de transformations telles que lâacquisition attribuĂ©e au patient B corresponde Ă une dĂ©perdition chez lâagent A : dans le cas du mouvement transitif, par exemple, lâĂ©nergie cinĂ©tique perdue par lâagent est acquise par le patient, sauf une fraction se dissipant en chaleur, etc. : la causalitĂ© apparaĂźt alors comme lâassimilation du processus donnĂ© Ă un systĂšme opĂ©ratoire dans lequel la composition des transformations laisse invariante une certaine quantitĂ© (dâĂ©nergie, etc.) transmise par lâagent au patient. Aux niveaux prĂ©opĂ©ratoires, la causalitĂ© consiste simplement en une assimilation des processus donnĂ©s Ă ceux de lâaction propre, mais cette situation, sans ĂȘtre identique Ă une assimilation Ă des structures opĂ©ratoires, lui est cependant analogue parceque les opĂ©rations ont leur source dans lâaction et que, avant les coordinations entre opĂ©rations existent des coordinations entre actions. On constate alors dĂ©jĂ lâexistence dâun systĂšme, quoique plus rudimentaire, de compensations : lâaction dĂ©pense un certain travail dont est bĂ©nĂ©ficiaire le mobile sur lequel elle a portĂ©.
Or, rien nâoblige ces trois types dâinterprĂ©tation de la causalitĂ© Ă se limiter au domaine des connexions causales conceptuelles ou reprĂ©sentatives. On constate au contraire que la causalitĂ© selon Hume fait appel Ă des mĂ©canismes dâassociation qui pourraient jouer dĂ©jĂ sur le plan sensori-moteur antĂ©rieurement Ă toute conceptualisation et que la causalitĂ© selon Maine de Biran invoque explicitement un facteur perceptif sous la forme dâune « sensation dâinnervation » (dâailleurs entiĂšrement hypothĂ©tique). Quant Ă la causalitĂ© par coordination compensatrice, elle pourrait ĂȘtre Ă©largie, comme nous allons le voir, dans la direction des compensations perceptives avec rĂ©gulations plus ou moins approchĂ©es.
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Le problĂšme qui se pose maintenant est de savoir si le fait dâinvoquer une causalitĂ© perceptive constitue Ă soi seul une quatriĂšme interprĂ©tation ou si nous allons retrouver sur le terrain de la perception les trois mĂȘmes et seules interprĂ©tations, qui toutes trois pourraient constituer des explications du phĂ©nomĂšne perceptif de 1â« ampliation du mouvement ».
Il nâest pas inutile de rappeler Ă cet Ă©gard que la plupart des notions physiques Ă©lĂ©mentaires, par opposition aux notions logico-arithmĂ©tiques, correspondent Ă des structures perceptives dĂ©terminĂ©es. 11 existe ainsi une perception de lâespace, du temps, de la vitesse, de lâobjet en gĂ©nĂ©ral, etc., comme il existe des notions dâespace, de temps, de vitesse et dâobjet. Or, cette correspondance entraĂźne Ă©galement un parallĂ©lisme des diffĂ©rents types dâinterprĂ©tation de ces structures sans que lâexistence de la perception constitue Ă soi seul une explication du mode de formation de la notion. Par exemple, lâexistence dâune perception de lâespace ne nous renseigne pas ipso facto sur le rĂŽle de lâexpĂ©rience ou des mĂ©canismes innĂ©s dans la constitution de lâespace, car, de mĂȘme quâil existe un apriorisme de lâespace conceptuel (cf. la position de PoincarĂ© sur la nature innĂ©e du « groupe des dĂ©placements ») et un empirisme de lâespace notionnel, de mĂȘme on peut interprĂ©ter les perceptions de lâespace sur le mode nativiste ou empiriste. Lâexistence de la perception correspondant Ă la notion considĂ©rĂ©e Ă©largit donc simplement le champ des problĂšmes, mais ne les rĂ©sout pas sans plus, puisque lâinterprĂ©tation du donnĂ© perceptif oscille entreâ les mĂȘmes grandes solutions possibles que celle de lâespace notionnel en gĂ©nĂ©ral.
La situation nous paraĂźt ĂȘtre exactement la mĂȘme en ce qui concerne la causalitĂ© notionnelle et perceptive. Câest un trĂšs grand progrĂšs, dont nous sommes redevables Ă Michotte, que dâavoir mis au point notre connaissance dâune causalitĂ© perceptive et dâen avoir dĂ©gagĂ© les lois jusquâĂ les rĂ©sumer en cette formule frappante de 1â« ampliation du mouvement ». Mais cette ampliation soulĂšve Ă son tour les mĂȘmes problĂšmes que la causalitĂ© conceptuelle, et cela, selon les mĂȘmes trois grands types dâinterprĂ©tation rappelĂ©s, qui sont les seuls possibles. En effet, selon quel mĂ©canisme le mouvement du patient B est-il rattachĂ© Ă celui de lâagent A ?
PremiĂšre alternative : ce rattachement sâexpliquerait par une simple rĂ©pĂ©tition, auquel cas il serait de nature associative, ou bien au contraire il tiendrait au jeu des facteurs intervenant dĂšs les premiĂšres prĂ©sentations de la configuration donnĂ©e, et relĂšverait donc dâune structure actuelle, indĂ©pendamment des rĂ©pĂ©titions ou associations. La premiĂšre branche de cette alternative sera dĂ©signĂ©e par I ; quant Ă la seconde, qui correspond aux solutions II et III, elle conduit Ă une seconde alternative : sâil y a structure actuelle, ou bien lâampliation est due au fait que lâon perçoit le passage sensible dâun courant dâaction ou dâun mouvement
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, etc., entre les mobiles A et B (solution II), ou bien on ne perçoit aucun passage de ce genre, mais lâaction de A sur B est perçue Ă titre de rĂ©sultante dâune composition proprement dite (solution III), pouvant reposer entre autres sur un jeu de compensations.
Examinons une à une ces trois possibilités :
1. On pourrait donc dâabord interpĂ©rter lâampliation du mouvement par un mĂ©canisme associatif, et cela en invoquant deux facteurs distincts et dâailleurs compatibles. (la) La rĂ©pĂ©tition au cours mĂȘme de lâexpĂ©rience : le seul fait de percevoir plusieurs fois de suite le mouvement de A prĂ©cĂ©der celui de B crĂ©erait une association entre eux, de telle sorte que le premier serait perçu comme cause du second. (1b) Mais dĂšs la premiĂšre perception du dispositif, la perception pourrait recevoir une signification causale par association avec les expĂ©riences antĂ©rieures (mouvement transitif des boules, etc.) : en ce second cas, lâampliation du mouvement se rĂ©duirait Ă une sorte de « Gestalt empirique » au sens de E. Brunswick, cette derniĂšre Ă©tant interprĂ©tĂ©e sur le mode associationniste (ce qui nâest nullement impliquĂ© dans la notion de « Gestalt empirique »).
IL La solution II, qui correspond par ses caractĂšres gĂ©nĂ©raux Ă celle de Maine de Biran (perception sensible dâun courant dâaction entre A et B) est non seulement concevable, mais encore a Ă©tĂ© soutenue explicitement. En effet, dans leurs travaux respectifs sur la causalitĂ© perceptive, Duncker et Metzger ont dĂ©fendu lâidĂ©e que le mouvement du patient B est rattachĂ© Ă celui de lâagent A parce que lâon percevrait le passage du mouvement lui-mĂȘme de A Ă B. Quant Ă Michotte il rejette pour son compte cette interprĂ©tation (p. 136) mais nous verrons que son idĂ©e dâune « mĂ©tamorphose » du mouvement de A en celui de B (p. 127) pourrait ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme orientĂ©e dans cette mĂȘme direction.
111. La solution III qui correspond, sur le terrain notionnel Ă la causalitĂ© par coordination dĂ©ductive, consiste alors Ă considĂ©rer lâampliation du mouvement comme le rĂ©sultat dâune composition : on percevrait ainsi, Ă proprement parler, la rĂ©sultante de cette composition et non pas un passage de A Ă B perçu en tant que passage sensible.
La différence entre les solutions II et III se réduit donc essentiellement au point suivant. Selon la solution II on peut distinguer trois phases dans le processus causal :
(1) Perception du mouvement de AÂ ;
(2) Perception dâun mouvement (ou dâun flux, etc.) passant de A Ă BÂ ;
(3) Perception du mouvement de B.
La causalitĂ© proviendrait alors de lâidentitĂ© perçue entre ces trois mouvements, puisque ce serait le mĂȘme mouvement qui animerait dâabord A, puis passerait sur B et lâanimerait enfin Ă son tour. Pour la
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solution III, au contraire, il nây aurait pas de phase (2) mais uniquement les phases (1) et (3), et, si le mouvement de B (phase 3) est perçu comme prolongeant le mouvement de A (phase 1), ce nâest pas parce que le sujet le « voit passer » de A en B mais parce que, en vertu dâun mode de composition restant Ă dĂ©terminer, et dont la notion dâ« ampliation » exprime simplement la prĂ©sence, le mouvement de B est rattachĂ© Ă lâaction de A lui-mĂȘme.
Autrement dit, pour la solution III, la phase (2) ne correspond pas Ă une perception distincte de celles des phases (1) et (3) mais Ă une composition inhĂ©rente aux activitĂ©s perceptives du sujet et reliant de façon directe les phases (1) et (3). Michotte se borne Ă affirmer que le mouvement de B (3) est « rattaché » ou est perçu comme « appartenant » au mouvement de A (1) sans que la phase (2) corresponde donc Ă une phase distincte. Nous prĂ©fĂ©rerions dire, pour notre part, que le sujet ne voit pas passer de mouvement de A Ă B, mais perçoit que le mouvement a passĂ©, ce qui nâest pas identique. Nous ne saurions pour le moment caractĂ©riser cette reconstitution immĂ©diate que par le terme de composition, voulant exprimer par lĂ le fait que la liaison causale nâest jamais perçue Ă titre de donnĂ©e sensible mais seulement de rĂ©sultante de lâensemble des donnĂ©es sensibles, dont aucune ne correspond au passage lui-mĂȘme de A Ă B 1.
La solution III converge ainsi avec la solution I en ce sens que toutes deux excluent la perception directe dâun passage entre lâagent et le patient et que toutes deux attribuent 1â« impression » de causalitĂ© (comme dit trĂšs justement Michotte en un sens qui nâimplique pas cette perception du passage comme tel) au sujet lui-mĂȘme. Mais, tandis que la solution I se borne, en ce qui concerne cette intervention du sujet, Ă invoquer un mĂ©canisme associatif rĂ©sultant de la rĂ©pĂ©tition des sĂ©quences temporelles, la solution III recourt Ă une structure actuelle, câest-Ă -dire Ă une activitĂ© proprement dite de composition ou de mise en relation. Les solutions II et III convergent donc en ce quâelles attribuent lâimpression de la causalitĂ© Ă une structure actuelle, câest-Ă -dire Ă lâensemble des donnĂ©es simultanĂ©ment perçues. Mais, tandis que la solution II rĂ©duit la causalitĂ© perceptive Ă une sorte dâenregistrement direct ou de simple lecture, comme si le lien causal correspondait Ă un passage sensible (= perçu Ă titre de donnĂ©e sensorielle distincte, quâelle soit apparente ou rĂ©elle) entre lâagent A et le patient B, la solution III consiste Ă considĂ©rer la perception dâun lien causal comme la rĂ©sultante
1 Nous ne considĂ©rons pour lâinstant que les deux figures ordinaires, lâagent A et le patient B. En cas dâintervalle entre A et B, certains sujets Ă©prouvent une impression de compression en percevant alors le milieu intercalaire comme occupĂ© par de lâair, de lâeau, etc. En ce cas, tout ce qui prĂ©cĂšde demeure inchangĂ©, sauf quâil faut distinguer deux actions successives : celle de lâagent A sur le milieu intermĂ©diaire Aâ et celle de Aâ sur le patient B. On ne perçoit alors aucun passage sensible de A Ă Aâ ou de Aâ Ă B, mais Ă nouveau une rĂ©sultante de chacun de ces deux effets.
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dâun mĂ©canisme de composition. Sur le terrain de la causalitĂ© notionnelle ou opĂ©ratoire, cette composition sâexplique aisĂ©ment par lâintervention de la dĂ©duction ou par une coordination intellectuelle de diffĂ©rents niveaux reliant en un jeu de compensations variĂ©es les transformations donnĂ©es. Par contre, sur le terrain de la causalitĂ© perceptive, sur lequel il ne saurait ĂȘtre question de faire intervenir des reprĂ©sentations ou des opĂ©rations inconscientes, tout le problĂšme et de dĂ©terminer en quoi peut consister la composition supposĂ©e.
§ 12. Le problĂšme de la transmission des actions de lâagent et la parentĂ© entre la causalitĂ© perceptive et les « constances » perceptives
Cherchons donc, en nous appuyant dâailleurs sur les analyses de Michotte autant que sur les faits observĂ©s par nous, Ă dĂ©terminer en quoi consiste la transmission apparente des actions de lâagent A au patient B :
1° Notons en premier lieu quâil nâest pas question dâun passage matĂ©riel entre A et B : on ne perçoit aucune particule traversant lâintervalle ou les frontiĂšres de A ou de B pour assurer le lien causal. Il ne sâagit que dâactions ou de mouvements et non pas dâobjets, de grandeurs, de formes, ou dâautres attributs matĂ©riels.
2° Michotte conteste (p. 136) que lâon voie passer un mouvement de A Ă B au sens de Duncker ou Metzger. On ne perçoit notamment aucun mouvement phi entre A et B. Nos faits confirment ces nĂ©gations, mĂȘme dans les cas dâimpressions de « compression » ou dâintermĂ©diaire Ă©lastique.
3° Michotte admet cependant (chap. VIII) quâen certains cas (un point lumineux mobile se rapprochant dâun disque rouge) on « puisse » voir le mouvement du mobile se dĂ©tacher de lui et passer derriĂšre lâobjet fixe (p. 132). Mais : (a) cette situation (exp. 47) ne comporte pas dâimpression causale ; et (b) on ne perçoit rien de pareil dans le cas des impressions causales typiques (lancement et entraĂźnement).
4° Au cours du mĂȘme trĂšs intĂ©ressant chap. VIII, oĂč il manifeste comme une sorte de regret Ă lâĂ©gard de lâhypothĂšse du passage sensible (de ce que nous avons appelĂ© au § 11 la solution II), Michotte assimile momentanĂ©ment la transmission causale Ă une « mĂ©tamorphose », entendant par lĂ le changement apparent de la forme dâun objet (par exemple une droite suivie immĂ©diatement dâune courbe, en prĂ©sentation tachistoscopique donne lâimpression dâĂȘtre « mĂ©tamorphosĂ©e » en cette courbe) : le mouvement de B (« écartement-rejet ») constitue, nous dit-il, « le prolongement mĂ©tamorphosĂ© du mouvement prĂ©existant de lâobjet moteur » (p. 127). Il revient plus loin sur cette idĂ©e en parlant de « la mĂ©tamorphose du rapprochement-choc en Ă©cartement-rejet » (p. 136).
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Notons dâemblĂ©e que Michotte nâinvoque plus cette mĂ©tamorphose dans ses conclusions 1 et se borne Ă recourir Ă la notion de lâampliation du mouvement sans plus chercher Ă expliquer le mĂ©canisme formateur de cette ampliation. Mais, si lâon Ă©tait tentĂ© de rendre compte de lâampliation par la mĂ©tamorphose elle-mĂȘme (ce qui consisterait donc Ă revenir sous une forme indirecte Ă la solution II), nous aurions deux objections Ă adresser Ă une telle interprĂ©tation :
(a) Si la notion de mĂ©tamorphose est claire dans le cas dâun objet qui change de forme (exp. 46 de Michotte) elle ne prĂ©sente plus de signification comparable dans le cas dâun mouvement qui change, non pas de forme, mais de support (= de mobile) ou de vitesse, de qualitĂ© activitĂ©-passivitĂ©, etc.
(b) On ne perçoit pas de mĂ©tamorphose dans le cas de lâimpression causale, tandis quâon la perçoit bien dans le cas dâune droite qui devient courbe et rĂ©ciproquement.
5° Renonçant ensuite, semble-t-il, Ă cette hypothĂšse dâune mĂ©tamorphose, Michotte dĂ©crit finalement la transmission de lâaction causale en termes plus gĂ©nĂ©raux, tels que « prolongement », « extension » et surtout « ampliation », dans le sens suivant : le mouvement de B est simultanĂ©ment perçu comme attachĂ© Ă B et comme Ă©manant de celui dont A Ă©tait animĂ© avant son action sur B.
PrĂ©cisons encore (ce qui nâest nullement une critique Ă lâĂ©gard de Michotte) que ces termes de prolongement, extension ou ampliation pourraient ĂȘtre pris en deux sens bien diffĂ©rents :
(a) Ils pourraient ĂȘtre interprĂ©tĂ©s comme dĂ©crivant le passage de lâaction causale de A Ă B en tant que ce passage est perçu durant une phase distincte du processus (cf. la phase 2 distinguĂ©e au § 1) et correspond Ă une donnĂ©e sensible. Or, ni Michotte ni nous nâavons jamais constatĂ© dâimpression de ce genre chez les sujets : on perçoit le mouvement de A et celui de B ainsi que divers effets de choc, de poussĂ©e, de compression, etc., mais tant ces mouvements que ces effets particuliers sont toujours perçus soit sur A soit sur B soit exceptionnellement sur des objets intercalaires Aâ perçus Ă titre de milieux solides ou surtout Ă©lastiques : on ne perçoit par contre jamais Ă titre de donnĂ©e sensible un mouvement ou un flux traversant lâespace vide entre A et B (ou entre A et Aâ ou Aâ et B) ou traversant les frontiĂšres (au sens de la frontiĂšre perceptive des figures, Ă©tudiĂ©e par Rubin) entre A et B (ou entre A et Aâ, etc.).
1 Par contre, au cours du chap. VIII, Michotte nous semble plus prĂšs quâil ne le croit de la solution II, tandis que les « études de Piaget », quâil interprĂšte comme un rajeunissement de la thĂšse biranienne, sont, du point de vue de leur auteur lui-mĂȘme, aux antipodes des tendances propres Ă Maine de Biran. Il faut croire quâon est toujours le biranien de quelquâun !
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(b) Les notions de prolongement, dâextension ou dâampliation peuvent, dâautre part, constituer les descriptions de diverses rĂ©sultantes, et câest nĂ©cessairement ce sens quâelles comportent si lâon exclut le recours Ă un passage sensible. Mais il reste alors Ă trouver le mĂ©canisme de la composition de ces rĂ©sultantes.
Or, dire que le mouvement de B est perçu comme prolongeant celui de A sans quâon lâait vu passer de A Ă B signifie donc quâil y a conservation de quelque chose dans la succession de ces mouvements. Michotte lui-mĂȘme insiste sur cet aspect de conservation lorsquâil compare la causalitĂ© perceptive Ă la causalitĂ© mĂ©canique (pp. 217-219, chap. XIV). Peut-ĂȘtre pourrait-on faire un pas de plus et classer la causalitĂ© perceptive dans lâensemble des phĂ©nomĂšnes de conservation perceptive habituellement dĂ©signĂ©s sous le nom de constances 1. Plus prĂ©cisĂ©ment, si nous dĂ©nommons « conservations perceptives » lâensemble de ces mĂ©canismes, y compris la causalitĂ©, nous serons conduits Ă distinguer deux sous-classes en cet ensemble : les conservations limitĂ©es aux transformations (apparentes ou rĂ©elles) dâun seul objet, donc les constances perceptives, et les conservations liĂ©es aux transformations simultanĂ©es ou successives de deux objets au moins donc la causalitĂ© perceptive :
Remarquons alors que, outre leur caractĂšre fondamental de conservation, ces divers phĂ©nomĂšnes prĂ©sentent en commun deux autres propriĂ©tĂ©s gĂ©nĂ©rales, qui sont dâailleurs peut-ĂȘtre spĂ©ciales, en leur conjonction, Ă cette grande catĂ©gorie dâeffets perceptifs.
De leur caractĂšre fondamental, qui est donc de constituer des processus de conservation, dĂ©coule directement, dâabord, ce premier caractĂšre subsidiaire que lâon peut dĂ©signer, selon le vocabulaire de Michotte, par les mots de dĂ©doublement phĂ©nomĂ©nal. En effet, chacun de ces processus comporte nĂ©cessairement un aspect de transformation et un aspect de conservation2 ; or, comme ces deux aspects sont perçus simultanĂ©ment, il en rĂ©sulte une impression de dĂ©doublement phĂ©no-
1 Il resterait alors Ă examiner si la causalitĂ© perceptive est Ă la causalitĂ© notionelle ou opĂ©ratoire (causa aequat effectue) comme les constances perceptives sont aux conservations opĂ©ratoires. Tel est peut-ĂȘtre le problĂšme central des relations entre la perception et la notion.
2 Nous disons nĂ©cessairement car la conservation dâune qualitĂ© sans la transformation des autres serait une pure identitĂ© et non pas une conservation :
| Conservations |
I. Transformations ) dâun mĂȘme < i objet I |
. Conservation des ⣠grandeurs, formes, J â couleurs, sons, etc. 1 | = Constances perceptives |
| perceptives | 111. Transformations ( | ||
| â simultanĂ©es ou | 1 Conservation ⣠| / = CausalitĂ© | |
| successives de | ; dynamique ( | j perceptive | |
| deux objets ( |
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mĂ©nal. Dans le cas de la constance des grandeurs, par exemple, on perçoit simultanĂ©ment la grandeur apparente (rĂ©sultant de la transformation projective due Ă lâĂ©loignement) et la grandeur rĂ©elle (rĂ©sultant de la conservation). Dans le cas de la constance de la forme, on perçoit simultanĂ©ment la forme apparente, due aux transformations perspectives, et la forme « rĂ©elle » correspondant Ă la conservation (perspective dans la position et Ă la distance usuelles de perception). Pour ce qui est de la constance de la couleur, on perçoit simultanĂ©ment la couleur apparente, dues aux transformations de la phanie et la couleur « rĂ©elle » due Ă la conservation de la leucie. Dans le cas de la constance du son, enfin, on perçoit Ă©galement Ă la fois lâintensitĂ© apparente (transformation due Ă la distance) et le son rĂ©el (conservation). Bref, en chaque constance il y a dĂ©doublement phĂ©nomĂ©nal dus aux effets rĂ©unis de la transformation et de la conservation.
Or, dans le cas de la causalitĂ© perceptive le dĂ©doublement phĂ©nomĂ©nal dĂ©crit par Michotte revient au mĂȘme : le mouvement de B est perçu simultanĂ©ment comme Ă©tant un dĂ©placement de B (transformation de son Ă©tat cinĂ©tique antĂ©rieur) et comme le prolongement du mouvement de A (conservation du mouvement). Ici encore, le dĂ©doublement phĂ©nomĂ©nal rĂ©sulte donc, comme dans les constances, de lâunion de la conservation et de la transformation, ou, plus prĂ©cisĂ©ment, du fait que lâon perçoit une qualitĂ© (qui est, dans le cas particulier, le mouvement ou plus prĂ©cisĂ©ment ses caractĂšres dynamiques) se conservant Ă travers la transformation.
Le second caractĂšre subsidiaire, commun Ă toutes les constances et liĂ© nĂ©cessairement aussi Ă la conservation est lâexistence de compensations assurant cette conservation.
Dans le cas de la constance des grandeurs, la diminution de la grandeur apparente est compensĂ©e par lâaugmentation de la distance. Le problĂšme est naturellement alors de comprendre par quel mĂ©canisme cette grandeur apparente, qui est Ă©valuĂ©e elle-mĂȘme dâune maniĂšre beaucoup plus grossiĂšre que la grandeur « rĂ©elle » (et selon une erreur moyenne qui augmente avec lâĂąge) peut ĂȘtre mise en relation avec la perception des distances, elle-mĂȘme assez imprĂ©cise Ă©galement, jusquâĂ donner un produit de compensation (la grandeur dite constante) souvent plus prĂ©cis que ses composantes. Cependant les expĂ©riences dâHastorf et Way (1952) ont bien montrĂ© le rĂŽle nĂ©cessaire de la connaissance perceptive des distances dans la constitution de la grandeur « rĂ©elle », et celui de la grandeur apparente ne saurait non plus faire de doute. Dâautre part, le jeu des compensations ne saurait, semble-t-il, se cons- on ne parle pas, par exemple, de conservation perceptive (constante) pour dĂ©signer la permanence des qualitĂ©s dâun objet proche immobile et sans changement de couleur, ni mĂȘme dâun objet animĂ© dâun mouvement ne le dĂ©formant pas.
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tituer selon un mĂ©canisme comparable Ă lâĂ©quilibre physique immĂ©diat de deux forces (Ă©galitĂ© des moments de sens contraire), mĂ©canisme qui excluerait lâintervention des activitĂ©s du sujet : en effet, si lâenfant prĂ©sente une lĂ©gĂšre sous-constance en moyenne, qui diminuĂ©e avec lâĂąge, lâadulte par contre prĂ©sente en moyenne une surconstance souvent assez forte 1, câest-Ă -dire une surcompensation relativement systĂ©matique. Il semble donc que la comparaison est assurĂ©e par un jeu de rĂ©gulations consistant Ă Ă©valuer les risques et introduisant une marge de sĂ©curitĂ© (surestimation de lâĂ©lĂ©ment rapetissĂ© par la perspective), qui croĂźt avec le dĂ©veloppement. En bref, ce que perd lâobjet Ă distance (grandeur apparente) est composĂ© par un gain proportionnel Ă la distance (estimation correcte), ou supĂ©rieur encore (surestimation par surcompensation).
Dans le cas de la constance de la forme, lâobjet est perçu dans une perspective qui le dĂ©forme, ce qui se traduit par une perte (de largeur, longueur, etc.), et la dĂ©formation est compensĂ©e par un rĂ©tablissement virtuel de la position normale qui se traduit par un gain Ă©galant approximativement la perte. Or, ici encore, des expĂ©riences comme celle de Langdon1 montrent que la compensation nâobĂ©it pas Ă des lois de simple Ă©quilibre physique (modĂšle gestaltiste) mais fait intervenir des activitĂ©s rĂ©gulatrices plus complexes.
Dans le cas des couleurs, la constance est Ă©galement le produit dâune compensation entre la couleur apparente et lâĂ©clairement, la connaissance perceptive de celui-ci Ă©tant indispensable Ă la constance et contrebalançant les gains ou les pertes que constituent la diffĂ©rence entre la couleur apparente et la couleur « rĂ©elle ».
Le problĂšme est alors dâĂ©tablir si la causalitĂ© perceptive, qui constitue une conservation de caractĂšre dynamique et non plus statique (puisquâelle porte sur une connexion entre deux objets et non plus sur les propriĂ©tĂ©s dâun seul objet), et qui prĂ©sente le mĂȘme caractĂšre de dĂ©doublement phĂ©nomĂ©nal que toutes les constances, ne reposerait pas Ă©galement sur un jeu de compensations : lorsque le mouvement dâun mobile A paraĂźt perceptivement constituer la cause du mouvement du patient B, ne pourrait-on pas admettre que, du point de vue des impressions perceptives elles-mĂȘmes, ce que perd en vitesse et en activitĂ© apparentes le mobile A par suite de son action sur B se retrouve sous la forme dâun gain de mouvement pour B.
LâintĂ©rĂȘt de cette hypothĂšse serait dâexpliquer pourquoi le mouvement du mobile B est rattachĂ© Ă celui de A. Le grand problĂšme de la causalitĂ© perceptive est, en effet, de comprendre pourquoi, en prĂ©sence de deux mouvements successifs (ou partiellement simultanĂ©s, mais avec
1 Voir Rech. XXIX.
1 J. Langdon, The perception of a changing Shape, Quart. J. exp. Psychol., vol. 3, pp. 157-65 et vol. 5, pp. 89-107 (cf. aussi vol. 7, pp. 19-36).
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prioritĂ© temporelle de A), le sujet ne perçoit pas une simple succession, mais voit dans le mouvement de B lâextension de celui de A alors quâaucun passage sensible nâassure la continuitĂ© causale entre ces deux dĂ©placements. LâhypothĂšse dâune simple association habituelle (Hume) ne saurait Ă©videmment expliquer les conditions spatio-temporelles et cinĂ©tiques si prĂ©cises et limitatives dâun tel effet. Dâautre part, la notion de 1â« ampliation du mouvement » dĂ©crit fort bien le phĂ©nomĂšne mais nâen atteint pas la raison puisque la question est prĂ©cisĂ©ment de savoir pourquoi le mouvement de B semble participer de celui de A, donc, pourquoi il y a ampliation. Le mĂ©canisme de la compensation fournirait par contre une explication suffisante de la conservation du mouvement de A (malgrĂ© lâarrĂȘt possible de ce mobile) et par consĂ©quent de son ampliation sur B (du fait que le mouvement de B soit rattachĂ© Ă celui de A).
Seulement cette hypothĂšse de la compensation semble se heurter Ă une difficultĂ© insurmontable : câest que, Ă sâen tenir aux seules donnĂ©es cinĂ©matiques des configurations perceptives prĂ©sentĂ©es, il nây a compensation quâexceptionnellement et justement pas dans les situations oĂč lâimpression causale est la meilleure. Il y a compensation prĂ©cise entre mouvements dans le lancement selon le rapport des vitesses 1 : 1 : en ce cas, mais en ce cas seulement, le mouvement gagnĂ© par B est exactement Ă©quivalent au mouvement perdu par A. Par contre, dans les cas des rapports 3 : 1 et surtout 6 : 1 (meilleurs au point de vue de lâimpression causale), B ne gagne quâun mouvement de vitesse bien infĂ©rieure Ă celui que perd A. Dans lâentraĂźnement, au contraire, A ne perd rien et B gagne un mouvement Ă©gal Ă celui de A. Au lieu de compensations, il semble donc y avoir perte absolue dans le lancement Ă rapport v1>v2et gain absolu dans lâentraĂźnement.
Si compensation il y a, elle doit donc ĂȘtre de nature dynamique et non pas exclusivement cinĂ©matique. Or, câest ici nous semble-t-il, quâest le vrai nĆud du problĂšme de la causalitĂ© perceptive ou de lâampliation. Michotte insiste prĂ©cisĂ©ment sans cesse, pour sa part, sur lâaspect dynamique et non pas purement cinĂ©matique, des impressions reçues par les sujets (ce que nous confirmons entiĂšrement), mais il tente dâexpliquer ce dynamisme par la seule notion dâampliation du mouvement, comme si le dĂ©doublement du mouvement de A suffirait Ă transformer les donnĂ©es cinĂ©matiques en impressions dynamiques. LâhypothĂšse de la compensation, au contraire, nâĂ©tant valable que sur le terrain dynamique, est obligĂ©e dâintroduire un ensemble de facteurs dynamiques dĂšs le dĂ©part, mais sous les deux formes complĂ©mentaires de lâactivitĂ© (force, choc, poussĂ©e, etc.) et de la passivitĂ© (lenteur donnant une impression de masse, de poids ou de rĂ©sistance ; vitesse donnant lâimpression de lĂ©gĂšreté ; etc.) : elle y gagne alors une comprĂ©hension accrue de la conservation comme telle du mouvement, donc de lâimpression causale elle-mĂȘme.
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Or, cette question centrale est Ă©troitement solidaire dâune question connexe Ă©galement essentielle : la vraie raison pour laquelle Michotte sâimpose la tĂąche difficile de faire Ă©merger les impressions dynamiques de donnĂ©es en fait cinĂ©matiques est quâil sâastreint Ă ne considĂ©rer, dans la causalitĂ© perceptive visuelle (et cela tout en Ă©voquant une causalitĂ© perceptive tactile, qui lui serait isomorphe), que des facteurs dâorigine visuelle. En examinant la causalitĂ© perceptive de lâenfant autant que celle de lâadulte, cette perspective gĂ©nĂ©tique nous a au contraire conduits Ă nous demander si la clef de lâinterprĂ©tation des facteurs dynamiques (dans les deux sens de la force et de la masse) nâĂ©tait pas Ă chercher dans le caractĂšre dâassimilation ou de correspondance polysensorielles (tactilo-kinesthĂ©tico-visuelles) des impressions causales perceptives, caractĂšre frappant chez lâenfant et qui sâattĂ©nue, mais sans disparaĂźtre, avec lâĂąge : en ce cas, lâhypothĂšse de la compensation ne serait nullement limitĂ©e par les frontiĂšres des Gestalt visuelles, frontiĂšres que Michotte sâest obligĂ© de ne pas franchir (du moins rĂ©pĂ©tons-le, lorsquâil traite, de la causalitĂ© perceptive visuelle), mais se placerait dĂšs le dĂ©part sur le terrain des correspondances polysensorielles.
§ 13. Les compositions propres a la causalité perceptives : Gestalt visuelle ou compensation avec correspondances et assimilations tactilo-kinesthético-visuelles
Une fois admise la solution 111, suivant laquelle lâimpression causale est due Ă une composition et non pas Ă un « passage sensible », le problĂšme nâest pas encore rĂ©solu car il reste Ă dĂ©terminer le mode de cette composition. Lâassimilation de la causalitĂ© perceptive Ă la classe des constances permet de faire un pas de plus, mais du point de vue des mĂ©canismes en jeu on peut encore hĂ©siter entre deux groupes de solutions : celles qui verront dans les compositions propres aux constances et Ă la causalitĂ© perceptives le rĂ©sultat dâune interaction immĂ©diate entre effets de champ (Gestalt) et celles qui invoqueront un jeu de compensations dues Ă des rĂ©gulations dans lesquelles le sujet prend une part plus active. Nous ne discuterons plus ici ce problĂšme Ă propos des constances, et nous bornerons Ă rappeler combien lâexistence des surconstances ou surcompensations parle en faveur de la seconde solution. Quant Ă la causalitĂ© perceptive, nous retiendrons entiĂšrement tout ce que dit Michotte de lâampliation du mouvement (sauf la « mĂ©tamorphose »), mais, sans rien enlever de ce tableau remarquable, nous serons conduits, en cherchant Ă expliquer lâampliation elle-mĂȘme par un mĂ©canisme de compensations, Ă ajouter simplement aux facteurs dynamiques dĂ©jĂ invoquĂ©s par Michotte, en ce qui concerne lâagent A, leur contrepartie naturelle relative au dynamisme surtout passif du patient B.
En effet, dans lâanalyse que Michotte nous propose de lâampliation en ne retenant que les facteurs exclusivement visuels, on comprend bien
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lâorganisation dâune forme dâensemble prĂ©gnante, mais on ne comprend pas pourquoi cette forme, spatio-temporelle et cinĂ©tique, acquiert Ă un moment donnĂ© des caractĂšres dynamiques. Autrement dit, on comprend bien la conservation du mouvement (et Metzger ainsi que Duncker Ă©taient dans la logique de lâinterprĂ©tation gestaltiste en cherchant Ă expliquer cette conservation par un passage sensible apparent), mais on ne comprend pas pourquoi ce mouvement semble se doubler dâune force et accomplir un travail. Plus prĂ©cisĂ©ment, on voit bien, dans chacun des faits dĂ©couverts par Michotte que le processus revĂȘt des aspects dynamiques (pp. 217-219), mais Ă sâen tenir Ă la seule ampliation du mouvement, on nâen saisit pas la raison.
AprĂšs avoir affirmĂ© que la causalitĂ© est essentiellement productivitĂ© et gĂ©nĂ©ration (pp. 212-3), Michotte se borne, en effet, Ă lâexpliquer comme suit : il y a apparition dâun fait nouveau, qui est le mouvement de B ; or, ce fait, quoique nouveau, est reliĂ© Ă un fait antĂ©rieur (le mouvement de A) et reliĂ© Ă lui par un lien de continuitĂ© et dâĂ©volution ; câest alors cette double nature du mouvement de B, mouvement Ă la fois nouveau et dĂ©rivĂ© de celui de A, qui expliquerait la productivitĂ© (p. 213). Tout cela est exact, mais on ne comprend toujours pas pourquoi cette productivitĂ© ne demeure pas alors entiĂšrement cinĂ©matique : si un mouvement se dĂ©double en deux autres mouvements, dont lâun est nouveau tandis que lâautre prolonge le premier, on devrait alors ne percevoir que des mouvements malgrĂ© le « devenir » invoquĂ© par Michotte ; comment donc expliquer que ces mouvements acquiĂšrent la qualitĂ© perceptive dâ« activité », se doublent de forces et accomplissent un travail ? Comment expliquer, autrement dit, que ces donnĂ©es purement spatio-temporelles et cinĂ©matiques aboutissent à « la perception du travail dâune force mĂ©canique » ? (p. 219 : expression empruntĂ©e au langage courant).
En rĂ©alitĂ©, Michotte nâest pas Ă©loignĂ© de la solution que nous allons proposer. Lorsquâil invoque des impressions de poussĂ©e et de choc, lorsque dans lâentraĂźnement il note lâimpression de « cueillir au vol » qui implique la lĂ©gĂšretĂ© du patient B, etc., etc., il est le premier Ă savoir que ce sont lĂ des impressions essentiellement tactilo-kinesthĂ©siques, dont la vision ne fournit quâune correspondance approchĂ©e. Pourquoi donc recule-t-11 devant la proposition qui fournirait lâexplication de ce dynamisme sinon mystĂ©rieux : quâil dĂ©rive directement du domaine spĂ©cifique des impressions de force et de rĂ©sistance, Ă savoir le domaine tactilo-kinesthĂ©sique ? La raison en est probablement quâil se mĂ©fie, autant que nous dâailleurs, de la notion vague dâEinfĂŒhlung ». Mais la correspondance ou lâassimilation entre les perceptions tactilo-kinesthĂ©siques et les perceptions visuelles peuvent sâexpliquer sans aucun recours Ă 1â« EinfĂŒhlung » et, quand un sujet Ă©prouve lâillusion de poids aprĂšs avoir anticipĂ© visuellement les poids respectifs des deux boĂźtes, il ne manifeste dâ« EinfĂŒhlung » ni dans cette anticipation visuelle ni au cours de la
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pesĂ©e. A propos dâobservations oĂč ses sujets semblent cependant tĂ©moigner dâimpressions musculaires, Michotte Ă©crit : « il serait vain de chercher dans cette impression proprioceptive lâexplication du caractĂšre causal de lâexpĂ©rience visuelle, car lâapparition de ce caractĂšre dans le domaine tactilo-kinesthĂ©sique pose exactement le mĂȘme problĂšme que sa manifestation visuelle. Et comme il nây a aucune raison a priori pour que les impressions rĂ©pondant Ă lâexcitation des terminaisons sensibles logĂ©es dans les muscles, les tendons et les articulations jouissent dâun privilĂšge quelconque par rapport aux autres impressions sensorielles, il est vraisemblable que le problĂšme doit ĂȘtre rĂ©solu de la mĂȘme maniĂšre » (p. 262). Certes il nâest aucune raison a priori de privilĂ©gier le domaine tactilo-kinesthĂ©sique, mais il est cependant cette raison a posteriori dây chercher lâorigine des impressions dynamiques que leur fonction ordinaire est prĂ©cisĂ©ment de nous renseigner sur les caractĂšres dynamiques de nos actions ainsi que des appuis et rĂ©sistances quâelles rencontrent dans les objets auxquels elles sâappliquent. Mais, de mĂȘme que le toucher nous permet Ă©galement de percevoir des formes et des grandeurs, en correspondance avec les impressions visuelles, rĂ©ciproquement la vision peut nous fournir des impressions dâĂ©lan, de force, de poussĂ©e, de choc, etc., mais aussi de poids et de masse rĂ©sistante, et tout cela en correspondance avec les impressions tactilo-kinesthĂ©siques.
En quoi consiste alors cette correspondance ? Sans aucun recours Ă 1â« EinfĂŒhlung », il est raisonnable dâadmettre que, ou bien de maniĂšre innĂ©e (hypothĂšse inutile, mais lĂ©gitime), ou bien surtout grĂące Ă un exercice continu et quotidien dĂ©butant dĂšs les coordinations de la vision et de la prĂ©hension (3 Ă 5 mois) et dĂšs lâacquisition de lâimitation (premiĂšre annĂ©e), une assimilation rĂ©ciproque permanente se constitue entre les impressions visuelles et tactilo-kinesthĂ©siques sur les terrains oĂč cette assimilation est possible. Quant au mĂ©canisme de cette assimilation, lâanalyse que lâun de nous a conduite avec J. Maroun sur la localisation de lâimpact dans la causalitĂ© perceptive tactilo-kinesthĂ©sique permet dâen constituer un modĂšle fort simple : il suffit dâadmettre, comme tout nous y porte aujourdâhui, que les perceptions rĂ©pĂ©tĂ©es sâorganisent en « schĂšmes » transposables et gĂ©nĂ©ralisables pour que lâon comprenne que, dans les cas oĂč un mĂȘme processus extĂ©rieur et objectif donne lieu simultanĂ©ment Ă des perceptions visuelles et Ă des perceptions tactilo-kinesthĂ©siques (ce qui se produit dĂšs 4-5 mois dans les actions de la main sur un objet avec coordination entre la vision et la prĂ©hension), certains schĂšmes puissent ĂȘtre communs aux deux claviers ; il sâensuit alors, avec la diffĂ©renciation, la multiplication et la coordination de tels schĂšmes, quâun ensemble de « traductions » ou assimilations rĂ©ciproques deviennent possibles, soit pour faire correspondre une impression visuelle Ă une impression tactilo-kinesthĂ©sique, soit lâinverse, par lâintermĂ©diaire de leurs schĂšmes communs. DâoĂč la facilitĂ©
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avec laquelle on parvient Ă Ă©prouver des impressions visuelles de contact, de poussĂ©e, de choc, de soliditĂ©, de rĂ©sistance, etc., impressions pouvant demeurer exclusivement visuelles en leur nature actuelle ou « synchronique » tout en relevant, du point de vue « diachronique » ou gĂ©nĂ©tique, dâune origine comportant de telles traductions ou assimilations entre les deux claviers visuel et tactilo-kinesthĂ©sique 1. En plus de lâisomorphisme des lois dâorganisations sur lequel insiste Michotte (causalitĂ© tactile isomorphe Ă la causalitĂ© visuelle et illusions gĂ©omĂ©triques communes aux deux domaines), et que nous ne nions nullement, il y aurait donc lieu de rĂ©server les possibilitĂ©s, ou dâune influence prĂ©pondĂ©rante de lâun des domaines sur lâautre lorsquâil y a prioritĂ© gĂ©nĂ©tique, ou dâune traduction rĂ©ciproque directe lorsquâil nây a pas prioritĂ©. Or, en ce qui concerne la causalitĂ© perceptive, il est clair que les impressions causales tactilo-kinesthĂ©siques prĂ©cĂšdent dans le temps les impressions visuelles et lâon peut se demander sâil existerait mĂȘme des impressions causales visuelles chez des individus nâayant jamais Ă©prouvĂ© les impressions causales tactiles.
Nous sommes donc conduits Ă cette alternative : ou bien lâampliation du mouvement nâest que la rĂ©sultante dâeffets de champ visuels (donc dâune Gestalt exclusivement visuelle) et alors ses effets dynamiques restent inexplicables si les composantes ne sont que des relations spatio-temporelles et cinĂ©tiques, ou bien lâon invoque des impressions dynamiques pour caractĂ©riser la rĂ©sultante de cette composition (et nous pensons que Michotte a complĂštement raison de le faire), mais alors il entre des facteurs dynamiques dĂšs les relations composantes, et il faut recourir Ă des correspondances tactilo-kinesthĂ©tico-visuelles, ce qui par surcroĂźt permet de concevoir lâampliation du mouvement comme due Ă un jeu de compensations. En ce dernier cas, il importe de complĂ©ter la liste des facteurs dynamiques dĂ©jĂ si bien dĂ©crits par Michotte par ceux qui se rapportent Ă la rĂ©sistance plus ou moins passive ou active du patient B et dont de nombreuses observations nous ont permis de constater lâimportance.
Ces facteurs relatifs Ă B ne se traduisent pas nĂ©cessairement par une impression consciente et formulĂ©e de rĂ©sistance. Notons dâailleurs que la formulation spontanĂ©e ne constitue pas un critĂšre dĂ©cisif ; peu de sujets expriment par exemple le fait que A et B sont vus comme des corps solides et rĂ©sistant au choc, alors que cette soliditĂ© est perçue par tous (dans les situations Ă©tudiĂ©es) : or, de la soliditĂ© Ă la rĂ©sistance (non seulement au choc, mais Ă la poussĂ©e), il y a peu dâĂ©cart. Lâimpression produite par B est surtout celle dâune masse plus ou moins rapidement dĂ©placĂ©e et solidairement plus ou moins lourde ou lĂ©gĂšre. Mais il sây
1 Sur cette assimilation rĂ©ciproque, voir le § 6 de la Recherche suivante : J. Piaget et J. Maroun, La localisation des impressions dâimpact dans la causalitĂ© perceptive tactilo-kinesthĂ©sique.
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ajoute, et câest ce qui nous paraĂźt important, que ces caractĂšres ne sont pas seulement relatifs Ă la vitesse de B, mais aussi Ă celle de A, donc essentiellement au rapport des deux vitesses : la formulation exacte des impressions du sujet serait donc que B est « plus ou moins aisĂ©ment dĂ©placé ». Ce caractĂšre dâĂȘtre « aisĂ©ment dĂ©placé » est maximum dans lâentraĂźnement, minimum Ă lâarrĂȘt et variable dans le lancement. Câest donc ce caractĂšre que nous traduirons mais en nĂ©gatif, par le terme de rĂ©sistance (R), que nous dĂ©finirons et prendrons exclusivement en ce sens subjectif et naturellement sans rĂ©fĂ©rence prĂ©cise au sens physique et objectif : nous dirons donc que R est minimum dans lâentraĂźnement, variable dans le lancement, etc.
Cela dit, pour prĂ©parer la discussion des faits particuliers et pour mieux montrer comment ces faits contenus dans les tabl. I-XX justifient les hypothĂšses prĂ©cĂ©dentes, nous allons essayer de construire le schĂ©ma des compensations possibles en jeu dans la causalitĂ© perceptive, selon les diverses configurations prĂ©sentĂ©es. Voici dâabord le symbolisme dont nous nous servirons :
I. ActivitĂ©s de lâagent (formulĂ©es en langage de pertes ou dĂ©penses puisquâelles cessent aprĂšs lâimpact). â ⹠Nous dĂ©signerons par A1 le mouvement de lâagent A (caractĂ©risĂ© par sa vitesse) avant lâimpact et par A2 le mouvement de lâagent (vitesse) aprĂšs lâimpact. Soit :
A1â A2 = perte de vitesse de lâagent Ă la suite de lâimpact
a = rayon dâaction (spatio-temporel) et ta = durĂ©e de lâaction
T = contact (rĂ©el ou apparent) de lâagent avec le patient, mesurĂ© Ă sa durĂ©e et donnant une impression dâaction tant que lâon a T †ta ; par contre T > ta donne une impression dâindĂ©pendance.
CÂ =Â choc
F = impression de poussĂ©e (force) ou simplement dâaction exercĂ©e sur B au moment de lâimpact (lancement, dĂ©clenchement, entraĂźnement), pouvant paraĂźtre rĂ©sulter dâun choc avec contact, auquel cas on a F(T, C) mais pouvant ĂȘtre aussi indĂ©pendants de tout contact et choc.
II. RĂ©actions du patient (formulĂ©es en langage de gain puisquâelles dĂ©butent avec lâimpact). â Si B1 et B2 sont les mouvements (vitesses) de B avant et aprĂšs lâimpact, on a :
B2â B1 â gain de vitesse de B Ă la suite de lâimpact
R = rĂ©sistance (au sens de « lentement ou malaisĂ©ment dĂ©placé ») Ă la poussĂ©e F, au moment du contact, dâoĂč R(F) avec ou sans contact, avec choc R(C) ou sans choc, dans la position initiale de B ou au cours de son mouvement B2.
LâĂ©quation gĂ©nĂ©rale de la causalitĂ© perceptive serait alors :
(1) (4iâ A2) + F(T,C) = (B2â Bi) + R(T,C)
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On voit ainsi que, mĂȘme quand la compensation nâest pas assurĂ©e par les facteurs purement cinĂ©matiques, donc mĂȘme lorsque lâon nâa pas (i41-A2) = (B2â B1), elle peut ĂȘtre rĂ©alisĂ©e dâune façon approchĂ©e par les facteurs dynamiques F et R, qui dĂ©pendent essentiellement du rapport des vitesses (outre bien entendu les prioritĂ©s spatiale et temporelle, la polarisation, etc.) et qui intĂ©ressent le patient autant que lâagent.
Cherchons maintenant à différencier cette égalité en fonction des divers cas possibles.
On aura dâabord, dans le cas de lâentraĂźnement type, (A1â j42 = 0 puisque le mouvement de lâagent demeure le mĂȘme aprĂšs lâimpact. On aura, dâautre part, (B2â Ba)=B2 si le patient part de 0 ou (B2â B1~)<B2si le patient est dĂ©jĂ en mouvement et se trouve seulement accĂ©lĂ©rĂ© par lâagent. Quand Ă lâactivitĂ© de A, on a C=0 puisquâon nâa pas lâimpression de choc, mais par contre F(T) puisque le contact demeure permanent et que A paraĂźt beaucoup plus fort que B. Le patient B semble, dâautre part, nâopposer aucune rĂ©sistance dâoĂč Râ0. Comme le contact dure autant que le mouvement B2 on peut donc Ă©crire F(T) â (B2â B1), exprimant simplement par lĂ le fait que la poussĂ©e exercĂ©e par lâagent A correspond Ă la vitesse acquise par B aprĂšs lâimpact. Soit :
(2) EntraĂźnement : 0+F(T)=(B2â B1~)+0
et, dans le cas oĂč Bl=0Â :
(2b") 0+F(T)=B2+0
La formule générale du lancement sera par contre :
(3) Lancement : A1+F(C,T)=B2+R(CiâT)
puisque A reste immobilisĂ© aprĂšs lâimpact, dâoĂč (Î1â A2) â   41, tandis que B2â B1=B2 quand B1=0, et puisquâon a ordinairement T>0 et C>0. Par contre, le fait que A sâarrĂȘte aprĂšs lâimpact (ou continue plus lentement) donne lâimpression que B oppose une rĂ©sistance, contrairement au cas de lâentraĂźnement oĂč le mouvement de A nâest modifiĂ© en rien. On a donc R(C, T)>0. 11 faut Ă cet Ă©gard distinguer deux possibilitĂ©s principales, B2<A et ÎČ2=rA :
(3b") Si 52<41 alors R(T, C)Â =Â (41-B2)+F(T, C)
Ce qui donne une forte impression causale puisque B paraĂźt rĂ©sister davantage que dans le cas suivant et A vaincre une grande rĂ©sistance1 (3 teQ si B2 = Îj alors R(T, C) = F(T, C)
1 11 va de soi que les termes F (force de la poussĂ©e ou de lâaction de A sur B au moment de lâimpact) et R (rĂ©sistance de B au moment et Ă partir de lâimpact) sont Ă prendre au sens relatif comme tout ce qui est perceptif. Par exemple, dans lâentraĂźnement quand A2 = A1 et B2 = An lâagent A paraĂźt plus fort relativement Ă B que dans le lancement oĂč ^B2<X^1 et A2 = 0 bien que A puisse paraĂźtre beaucoup moins fort absolument dans le premier cas que dans le second. NĂ©anmoins nous conservons aux Ă©quations leur forme additive Ă©tant donnĂ© que, perceptivement, la perte de mouvement de A (nulle
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En ce cas on peut encore Ă©prouver lâimpression de lancement, mais elle est attĂ©nuĂ©e du fait que la rĂ©sistance paraĂźt plus faible quâen (3b") puisque la vitesse de B est plus grande (cf. plus haut tabl. IX et X). A la limite on peut avoir R(T,C)âO dâoĂč lâimpression que F(T,C) tend Ă©galement vers 0. Certains sujets en viennent alors Ă une impression de dĂ©clenchement et non plus de lancement 1, parce que lâĂ©quation A1+0=B2+0 se rapproche de celle du dĂ©clenchement (on pourrait en ce cas Ă©crire â au lieu de =).
En effet, le dĂ©clenchement correspond Ă lâĂ©quation (oĂč le symboleâ signifie « tend vers) :
(4) DĂ©clenchement : A1+F(T, Câ0) < B2+0
LâinĂ©galité < (en faveur du gain de B par rapport aux pertes de A) exprime ainsi le fait que le dĂ©clenchement nâest plus une forme stricte de causalitĂ© (impliquant conservation donc Ă©galitĂ© entre pertes et gains) puisquâil attribue une plus grande activitĂ© au mobile B quâĂ lâagent A et que cette activitĂ© nâest alors plus perçue comme rĂ©sultant de lâaction de A). Il y a cependant Ă cela une exception trĂšs frappante (tabl. IV et IV â") lorsque lâadulte perçoit des lancements avec poussĂ©e sans contact pour des rapports de vitesses B2 > A1 : mais câest quâalors il y a impression de compression et la faible poussĂ©e F(C) est renforcĂ©e par celle du milieu intercalaire ; B cesse alors dâĂȘtre actif (avec autonomie) et semble expulsĂ© sans rĂ©sistance. Nous y reviendrons (§ 16).
Enfin lâarrĂȘt de A par B qui ne correspond pas non plus, du moins chez la plupart des adultes, Ă une impression causale nette, sâexprime par lâinĂ©galité :
(5) ArrĂȘt : A1+F(T, C) > O + R(T, C)
En effet, A perd son mouvement (A1â A2 = A1) et B reste immobile. On a dâautre part, R(T, C) â„ F(T, C) mais R est impossible Ă apprĂ©cier perceptivement puisque B ne se meut pas. Il en rĂ©sulte que la perte de mouvement de A1 paraĂźt plus forte que le gain de B, dâoĂč lâabsence dâimpression causale.
Un tel schĂ©ma permet alors dâexprimer les diffĂ©rents cas possibles dont il a Ă©tĂ© question dans la partie I ou publiĂ©s par Michotte mais que nous nâavons pas tous rĂ©examinĂ©s. On se rappelle le cas paradoxal citĂ© par Michotte (p. 66) oĂč A1=30 et A2=0 ; et B1 = 15 et B2=7,5,
ou de valeur A1â A2 = A1) et lâaction de A sur B au moment de lâimpact par choc, poussĂ©e etc., sont deux facteurs en partie indĂ©pendants, lâun cinĂ©tique lâautre dynamique, et que F peut mĂȘme tendre vers 0 comme dans le dĂ©clenchement (ce qui annulerait les deux facteurs, y compris la diffĂ©rence de vitesse A1â A2, en cas de produit multiplicatif).
1 M. Michotte nous a communiquĂ© verbalement quâil ne perçoit plus lui-mĂȘme que du dĂ©clenchement quand B2 = A. (rapport de vitesses 1 :1) aprĂšs avoir eu longtemps en ce cas lâimpression de lancement.
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câest-Ă -dire oĂč la rencontre de A avec un B dĂ©jĂ en mouvement ralentit B au lieu de lâaccĂ©lĂ©rer (expĂ©rience reprise au § 8 de notre premiĂšre partie). Si alors « on peut avoir une impression de lancement parfaite », comme dit Michotte, câest Ă©videmment que A semble provoquer une forte rĂ©sistance de B tout en modifiant son mouvement. On aura donc :
(6) A1-A2 (30â 0=30)+F(T,C=x) = B2-B1 (7,5â 15= â 7,5)+B(T, C)
OĂč R{T,C) vaut alors (A1â A2) â (B2â B1) + F(T,C) soit 37,5+x. MĂȘme en un tel cas, mĂ©caniquement absurde, une impression perceptive de compensation est donc possible, qui provoque lâimpression causale. Mais nous verrons au § 17 comment le caractĂšre approximatif de cette compensation explique la diminution de lâeffet avec lâĂąge.
Un autre cas remarquable dĂ©crit par Michotte (Exp. 18, p. 66-7) est celui oĂč A2=40 ; B1=29 et A1=7, 15,22,25 ou 27. Or, quand A1 = 27 ou dĂ©jĂ 25, lâeffet lancement fait place Ă lâentraĂźnement. On aura donc pour les extrĂȘmes :
(7) A1-A2 (40â 27=13) + F(T,C) = B2-B1 ( = 29)+B(T, C) et (7 °, ,) A1-A2 (40â 7=33) + F{T, C) = B2-B1 {=2Q)+R{T,C)
On constate alors que, en (7) on a F>R comme dans lâentraĂźnement (2 et 2 bis), ce qui est compatible avec R=0, tandis quâen (7bl") on a R>F (qui est incompatible avec F=0 car sâil y a rĂ©sistance il y a nĂ©cessairement poussĂ©e Ă lâimpact), ce qui est spĂ©cial au lancement.
Quant Ă la traction (exp. 57, p. 153-4), on peut la symboliser comme lâentraĂźnement (prop. 2). Michotte prĂ©cise dâailleurs que « les organisations structurales de ces deux formes dâimpression causale sont semblables » (p. 154).
Il convient enfin de noter que le mode de formulation impliquant la rĂ©sistance R et fondĂ© sur la compensation est seul apte Ă rendre compte de la belle expĂ©rience de H. E. Gruber sur un cas de causalitĂ© perceptive aussi coercitif (ou du mĂȘme ordre relatif de coercition) que les exemples classiques de Michotte, mais oĂč lâampliation du mouvement semble absente ou rĂ©duite Ă une forme assez dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e. Il sâagit dâune figure composĂ©e de deux Ă©lĂ©ments : un socle S ou pilier vertical supportant lâextĂ©mitĂ© dâune barre P (ou tablier dâun pont si lâon voit lĂ lâextrĂ©mitĂ© dâun pont). Dans la phase initiale, S semble donc soutenir P, puis S se dĂ©place dâun Ă©cart latĂ©ral de quelques cm, et P tombe aussitĂŽt en dĂ©crivant un angle de 35-45° en pivotant autour de son extrĂ©mitĂ© opposĂ©e Ă S. Or, il nâest que deux maniĂšres de dĂ©crire lâeffet causal perçu, mais dans chacune dâentre elles on est bien obligĂ© de rĂ©duire cet effet Ă la suppression dâune rĂ©sistance, ce qui dĂ©montre donc lâexistence de R. On peut Ă volontĂ© considĂ©rer le socle S comme lâagent A, cause du mouvement de la barre P (qui sera alors le patient B), ou considĂ©rer S
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comme le patient B qui Ă©chappe alors Ă lâaction de pression de lâagent P. On aura donc :
(8) M(A = S) â R(A=S) = M(B = P) â F(B=P)
oĂč M(A) = dĂ©part de S, â R(A) = suppression de la rĂ©sistance de S ; M(B) = chute de P et â F(B) = suppression de la pression de P.
ou (8 b",) M(A=P) â F(A = P) = M(B = S) â R(B=S)
oĂč M(A) = chute de P, â F(A) = suppression de la pression de P, M(B) = dĂ©part du socle S et â R(B) = suppression de sa rĂ©sistance.
On constate que dans les deux modes de formulation 8 et 8 bâ, on ne peut traduire lâeffet causal perceptif quâen faisant intervenir la suppression dâune rĂ©sistance, ce qui vĂ©rifie donc le caractĂšre nĂ©cessaire de ce facteur. Et par cela mĂȘme on aperçoit la gĂ©nĂ©ralitĂ© du schĂšme de la compensation, puisquâil permet dâinterprĂ©ter non seulement les exemples conformes Ă lâampliation du mouvement, mais encore lâeffet si diffĂ©rent imaginĂ© par H.E. Gruber (que lâon considĂšre cet effet comme incompatible ou comme compatible avec lâhypothĂšse de lâampliation).
Le schĂ©ma que nous proposons ne contredit donc nullement en lui-mĂȘme la thĂšse centrale de Michotte, mais ajoute simplement la considĂ©ration dâun facteur quâil a jugĂ© inutile de dĂ©gager parce quâil dĂ©sirait sâen tenir au maximum aux impressions dâorigine visuelle, tandis que les correspondances tactilo-kinesthĂ©tico-visuelles nous semblent rendre indispensable un tel complĂ©ment : il va de soi, en effet, que la rĂ©sistance joue un rĂŽle fondamental dans la causalitĂ© tactile, et, si la causalitĂ© visuelle emprunte dĂ©jĂ Ă la causalitĂ© tactile les impressions de soliditĂ©, de choc, de poussĂ©e, etc., il nâest aucune raison de leur refuser lâemprunt complĂ©mentaire de lâimpression de rĂ©sistance ou de poids, sous la forme dâune plus ou moins grande facilitĂ© ou difficultĂ© Ă ĂȘtre dĂ©placĂ©. Par exemple, dans le lancement Ă vitesses descendantes (rapport 3 : 1 ou 6 : 1), Michotte attribue simplement le renforcement de lâimpression causale à « une hiĂ©rarchie descendante des vitesses qui, en accentuant la dominance de lâobjet A doit accentuer en mĂȘme temps lâappartenance, contrepartie de la dite dominance » (p. 138). Mais selon les observateurs exercĂ©s il sây ajoute cette impression assez systĂ©matique que A fournit plus de travail dans la situation 3 : 1 que dans la situation 3 : 3 (et plus de travail dans le lancement que dans lâentraĂźnement, etc.). Or il est difficile dâĂ©prouver cette impression de « travail » sur laquelle Michotte lui-mĂȘme insiste volontiers, sans attribuer Ă ce travail, perceptivement comme mĂ©caniquement, la signification du dĂ©placement dâun poids. De mĂȘme quand Michotte lui-mĂȘme note Ă propos de lâentraĂźnement lâimpression que lâagent A « cueille au vol » le patient B, il est difficile dâĂ©prouver cette impression sans attribuer Ă B une certaine lĂ©gĂšretĂ©.
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La seule divergence rĂ©elle entre Michotte et nous tient donc Ă la question suivante : existe-t-il des impressions dynamiques dâorigine visuelle, ou bien les impressions de choc, poussĂ©e, force, travail, soliditĂ©, poids et rĂ©sistance sont-elles empruntĂ©es par la vision au domaine tactilo-kinesthĂ©sique grĂące Ă une correspondance assimilatrice ? Une telle correspondance est susceptible de jouer dans les deux sens avec rĂ©ciprocitĂ© (cf. les expĂ©riences de stĂ©rĂ©ognosie), dans tous les domaines communs au toucher et Ă la vue, tels que celui des formes et des grandeurs. Par contre, dans le cas dâune prioritĂ© gĂ©nĂ©tique comme est sans doute celle de la causalitĂ© tactile, esquissĂ©e dĂšs les mouvements fĆtaux, sur la causalitĂ© visuelle, la correspondance se ferait dans le sens tactilo-kinesthĂ©sique â visuel plus que lâinverse.
Câest cette hypothĂšse, dont une vĂ©rification dĂ©cisive ne pourrait naturellement se faire quâau niveau des premiers mois de lâexistence, que nous allons chercher maintenant Ă justifier, en la confrontant avec les rĂ©sultats consignĂ©s dans les tabl. 1 Ă XX. Il sâagira donc simplement dâen estimer en chaque cas la valeur probable, comparĂ©e Ă celle dâune interprĂ©tation purement « visuelle » (câest-Ă -dire fondĂ©e sur lâorganisation dâĂ©lĂ©ments empruntĂ©s Ă la vision seule) de lâampliation du mouvement.
§ 14. LâĂ©volution des impressions causales a distance
Lâimpression de contact est un premier exemple, dont lâimportance est dâailleurs fondamentale pour la causalitĂ© perceptive, dâune perception pouvant ĂȘtre interprĂ©tĂ©e soit comme dâorigine purement visuelle, soit comme englobant Ă titre de composantes des correspondants visuels dâĂ©lĂ©ments tactilo-kinesthĂ©siques. Câest ainsi que deux carrĂ©s juxtaposĂ©s sont en contact purement visuel tandis que la question se pose, dans le cas de deux figures auxquelles le sujet attribue une soliditĂ© et une masse (puisquâil peut Ă©prouver Ă leur endroit une impression de choc) si lâimpression de contact ne comporte pas de correspondants tactilo-kinesthĂ©siques (nous disons « correspondants » parce que la perception est toujours visuelle, mais donne une impression correspondant Ă une expĂ©rience tactilo-kinesthĂ©sique).
Or, lâun des rĂ©sultats les plus clairs de notre investigation gĂ©nĂ©tique est que les relations entre le contact et lâimpression causale ne sont pas les mĂȘmes chez lâenfant et chez lâadulte, et ceci Ă deux points de vue. En premier lieu, lâenfant perçoit encore des contacts apparents pour des dĂ©calages correspondant chez lâadulte Ă la perception dâun intervalle ; nous reviendrons sur ce problĂšme (§ 19), mais le rappelons dĂšs maintenant pour signaler quâil est souvent difficile de dĂ©cider si en ces cas lâenfant perçoit le contact parce quâil a une impression de poussĂ©e ou si lâordre est inverse, tant la poussĂ©e et le contact sont indissociablement liĂ©s pour lui. En second lieu, et câest lĂ ce qui nous importe pour lâinstant
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, lâenfant prĂ©sente en moyenne (sauf exceptions rares) une difficultĂ© systĂ©matique Ă Ă©prouver spontanĂ©ment une impression causale sans contact (rĂ©el ou apparent), et cela pour des raisons dont un examen minutieux et prolongĂ© nous a conduits Ă admettre quâelles Ă©taient bien dâordre perceptif et ne tenaient pas simplement Ă des facteurs dâinterprĂ©tation notionnelle. Ce besoin de contact pour toute impression causale perceptive est dâautant plus frappant chez lâenfant, que celui-ci tĂ©moigne en gĂ©nĂ©ral dâune marge de tolĂ©rance un peu plus grande ou du moins dâune limite moins diffĂ©renciĂ©e que celle lâadulte dans lâattribution de la causalitĂ© aux configurations perceptives prĂ©sentĂ©es. Il convient donc que nous rĂ©examinions ce problĂšme de lâaction sans contact chez lâenfant et chez lâadulte.
Mais il importe auparavant de rappeler la remarque quâavait dĂ©jĂ faite Yela et qui nous a constamment prĂ©occupĂ© nous-mĂȘmes : lorsque les sujets perçoivent une absence de contact entre les mobiles A et B, il arrive quâil puissent voir la surface blanche (du disque) occupant lâintervalle entre A et B comme un troisiĂšme solide le long duquel le choc est transfĂ©rĂ©. On peut Ă certains Ă©gards comparer une telle situation Ă ce que Michotte a appelĂ© la « causalitĂ© instrumentale », le solide intercalaire remplissant alors la « fonction outil » entre lâagent A et le patient B (et câest pourquoi nous avons cherchĂ© Ă favoriser chez les enfants la formation dâune impression causale sans contact direct entre A et B en leur offrant au prĂ©alable des modĂšles dâactions par lâintermĂ©diaire de tiges rigides ou de ficelles : (voir le § 5). Mais, plus gĂ©nĂ©ralement, on peut se demander, lorsque lâespace intercalaire nâest pas perçu comme un solide (ce qui est, pensons-nous, assez exceptionnel), sâil ne constitue pas nĂ©anmoins un troisiĂšme objet Aâ perçu Ă titre dâintermĂ©diaire Ă©lastique (air ou liquide) : nous avons vu que câest le cas en un grand nombre de rĂ©actions adultes (et exceptionnellement chez lâenfant). Lorsquâil en est ainsi il y a alors naturellement action causale de A sur Aâ et de Aâ sur B mais avec effets de compression, etc., et non plus de chocs ou de poussĂ©es directes.
Pour mettre en Ă©vidence lâexistence dâactions causales Ă distance (au sens strict du terme) et non plus grĂące Ă dâĂ©ventuels intermĂ©diaires solides, Yela a rĂ©alisĂ©, par un procĂ©dĂ© dâanaglyphes, une situation dans laquelle deux petits cercles gris de 1 cm paraissent se mouvoir dans un espace Ă trois dimensions (avec projection sur un Ă©cran de verre) : pour des vitesses de A 25 cm/s et de B 16 cm/s, cinq sujets exercĂ©s et quelques autres ont Ă©prouvĂ© de nettes impressions causales. Mais il faut ajouter quâen ce cas les objets paraissent flotter dans lâair et, malgrĂ© lâabsence de tout intermĂ©diaire solide ou « instrument », il pourrait se faire que les sujets perçoivent les choses « comme si » il intervenait un intermĂ©diaire Ă©lastique (air), ou plus simplement par analogie inconsciente avec les situations de ce genre.
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Dans ce qui suit, ce que nous appellerons indiffĂ©remment causalitĂ© sans contact ou Ă distance ne se rĂ©fĂšre donc quâĂ une absence de contact ou Ă une distance entre les termes extrĂȘmes A et B, sans que nous puissions dĂ©cider si cette impression causale est rĂ©ellement perceptible sans intermĂ©diaire Aâ comme pense lâavoir dĂ©montrĂ© Yela ou sâil intervient toujours, comme il nous semble plus probable, chez les sujets qui Ă©prouvent de telles impressions, un intermĂ©diaire solide ou Ă©lastique Aâ.
La question que nous allons discuter nâest donc pas celle-lĂ , mais une question qui nous semble plus importante dans la perspective de notre interprĂ©tation gĂ©nĂ©rale : que le sujet perçoive lâintervalle blanc Aâ comme un vide ou comme un intermĂ©diaire gazeux, liquide ou mĂȘme solide, il va de soi que la prĂ©sence dâun tel intervalle entre lâagent A et le patient B constitue une situation perceptive toute autre que le contact (rĂ©el ou apparent) entre A et B, du point de lâassimilation Ă©ventuelle des schĂšmes de la causalitĂ© perceptive visuelle Ă ceux de la causalitĂ© perceptive tactilo-kinesthĂ©sique. MĂȘme si le sujet est en possession des schĂšmes (ou « Gestalt ») empiriques fournis par lâexpĂ©rience tactilo-kinesthĂ©sique de la compression, etc. (dĂ»s, par exemple, au maniement des pompes Ă bicyclettes), ou de schĂšmes relatifs Ă des intermĂ©diaires solides (causalitĂ© instrumentale), lâassimilation dâune sĂ©quence sans contact entre A et B ou dâun intervalle blanc Ă de tels schĂšmes, comporte une transposition beaucoup plus complexe que lâassimilation de la sĂ©quence avec contact Ă une poussĂ©e (lancement ou entraĂźnement), etc. Câest donc essentiellement de ce point de vue de la traduction du tactilo-kinesthĂ©sique en visuel que nous allons conduire la discussion qui va suivre, les rĂ©sistances des enfants Ă percevoir une causalitĂ© sans contact pouvant ĂȘtre dues soit Ă lâabsence (pour eux) de schĂšmes tactilo-kinesthĂ©siques auxquelles cette situation visuelle pourrait ĂȘtre assimilĂ©e, soit aux difficultĂ©s dâune traduction tactilo-kinesthĂ©sique en visuel dans des conditions oĂč rien ne lâamorce du point de vue proprement visuel.
1. Les actions Ă distance chez lâenfant. â Les deux faits remarquables quâil sâagira dâexpliquer sont, en effet, (1) que lâimpression causale Ă distance est manifestement plus rare et plus difficile Ă obtenir chez les petits que chez lâadulte et (2) que, nĂ©anmoins, en leur faisant faire certaines manipulations prĂ©alables et en provoquant dans la mesure du possible un changement dâattitudes on parvient Ă obtenir dâeux en des proportions variant avec lâĂąge une impression dâaction par intermĂ©diaires (solides ou plus rarement gazeux).
Pour ce qui est du premier de ces problĂšmes on a vu, aux § § 2 Ă 4 (tabl. II-VI) la suite des essais et tĂątonnements par lesquels ont passĂ© les recherches de lâun de nous pour dĂ©celer ces actions Ă distance chez lâenfant. Or, malgrĂ© tous ses efforts, il reste Ă©vident que la grande majoritĂ© des sujets reste rĂ©fractaire Ă de telles impressions tant quâil sâagit des rĂ©actions spontanĂ©es (par opposition Ă provoquĂ©es). Chez les sujets
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de 6 Ă 7 ;6, par exemple, la perception dâune absence de contact semble annihiler toute possibilitĂ© de poussĂ©e entre un mobile et un autre. Ceux chez lesquels il y a encore impression causale sont ceux qui admettent un intermĂ©diaire, sauf un cas chez lequel, sans contact ni intermĂ©diaire « (71) pousse (B) quand mĂȘme » (ces derniers cas Ă©tant donc comparables aux rĂ©actions adultes). LâintermĂ©diaire est en gĂ©nĂ©ral « lâair » sans prĂ©cision sur les pouvoirs de ce souffle. Quant aux sujets (la grande majoritĂ©) qui ne voient pas de poussĂ©e sans contact, ils conservent la double impression du contact et de la poussĂ©e jusquâĂ de grands intervalles, mais il suffit quâils perçoivent lâespace vide une premiĂšre fois pour que leur seuil de perception de lâintervalle sâabaisse et que lâimpression causale disparaisse (mĂȘme pour les distances oĂč elle avait lieu Ă cause dâun contact apparent). Ce sont ces cas Ă propos desquels on peut se demander si câest la perception du contact qui entraĂźne celle de la poussĂ©e ou si une perception globale et poussĂ©e commande celle du contact. 11 est Ă noter, dâailleurs que lâon retrouve des faits du mĂȘme genre chez certains adultes exceptionnels, tant en ce qui concerne la nĂ©cessitĂ© du contact (par exemple pour Doâ 10 « Pas de poussĂ©e parce quâils ne se touchent pas ») quâen ce qui a trait Ă lâabaissement du seuil dans la perception de lâintervalle aprĂšs la perception du premier espace vide. Mais dans la grande majoritĂ© des cas lâopposition que nous venons de rappeler subsiste entre enfants et adultes.
Différentes hypothÚses sont alors possibles pour expliquer ces réactions en moyenne négatives :
(1) On pourrait dâabord supposer que la causalitĂ© perceptive de lâenfant comporte la tendance Ă chercher un « passage sensible » (au sens confĂ©rĂ© Ă ces mots au § 11) entre lâagent et le patient et que le contact constitue pour eux comme un symbole dâun tel passage. Mais nous nâavons rien constatĂ© en fait qui autorise une telle supposition et le contact peut servir de symbole au passage de lâaction causale en gĂ©nĂ©ral sans quâun tel passage soit nĂ©cessairement sensible : câest donc en faveur de la productivitĂ© causale et contre les pures sĂ©quences temporelles de Hume que joue le besoin de contact, mais non pas en faveur dâun passage sensible particulier.
(2) On peut en second lieu invoquer les attitudes du sujet. Comme nous lâavons vu au § 4, le sujet peut osciller entre plusieurs attitudes dont les extrĂȘmes sont : lâune rĂ©aliste consistant Ă prendre les objets A et B pour des objets rĂ©els, en particulier pour des objets actionnĂ©s par la machine dont lâexistence est supposĂ©e Ă lâintĂ©rieur du dispositif ; lâautre impressionniste et consistant Ă dĂ©crire simplement lâimpression ressentie (Ă©tant entendu que les figures perçues sont analogues Ă celles quâon voit au cinĂ©ma et ne sont Ă dĂ©crire quâen tant que figures). On pourra alors admettre que le manque dâimpression causale sans contact est dĂ» Ă lâattitude rĂ©aliste et que, aprĂšs manipulation des crochets, etc., lâenfant
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revoyant lâimage des dispositifs prenne une attitude plus impressionniste. Nous discuterons plus loin ce second point. Quant au premier, il reste Ă expliquer pourquoi le contact joue un rĂŽle aussi grand dans lâattitude rĂ©aliste des petits. MĂȘme en admettant quâau dĂ©but lâenfant perçoive les figures A et B comme actionnĂ©es par une machine mystĂ©rieuse cachĂ©e dans le dispositif, il devrait alors ĂȘtre disposĂ© Ă accepter toutes les combinaisons y compris lâaction Ă distance (la « machine » est souvent invoquĂ©e en termes dâ« électricité », etc., comme si elle Ă©tait capable de tout) : pourquoi sâen tient-il aux lancements, entraĂźnements, etc., avec contact et pourquoi lâintervalle, sitĂŽt perçu, provoque-t-il une telle rĂ©action antagoniste Ă lâimpression causale ? Lâattitude rĂ©aliste nâexplique la chose que par rĂ©fĂ©rence aux connexions entre les solides usuels, et non pas par rĂ©fĂ©rence Ă la machine cachĂ©e, ce qui revient donc Ă dĂ©placer le problĂšme et Ă le poser sous la forme suivante : pourquoi les impressions causales liĂ©es Ă la perception des objets rĂ©els comportent-elles chez lâenfant la nĂ©cessitĂ© dâun contact ?
(3) On pourrait alors invoquer en troisiĂšme lieu la part de lâexpĂ©rience acquise : ce serait faute de modĂšles empiriques connus (aimants, etc.) que lâenfant se refuserait Ă toute impression causale Ă distance, tandis que lâadulte mieux prĂ©parĂ© par une expĂ©rience perceptive plus riche serait plus accessible Ă ce genre dâimpressions. Nous croyons certes Ă lâaction dâun tel facteur : il est clair, en particulier que les effets de « compression » si frĂ©quents chez lâadulte ne peuvent constituer que des Gestalt empiriques et non pas des Gestalt gĂ©omĂ©triques. Mais ce facteur nâexplique pas tout : il est remarquable, en particulier, de voir combien peu nombreux sont les enfants qui utilisent le modĂšle des pompes Ă air, des actions de souffler sur une feuille de papier, etc., quâon leur prĂ©sente en cas de rĂ©sistance pour faciliter leur impression causale Ă distance. La nĂ©cessitĂ© du contact semble donc tenir en partie Ă des lois dâĂ©quilibre de la perception et ne pas rĂ©sulter uniquement des facteurs dâexpĂ©rience.
(4) La vraie raison de cette exigence de contact chez lâenfant semble alors que chez celui-ci la causalitĂ© perceptive visuelle serait moins diffĂ©renciĂ©e de la causalitĂ© perceptive tactilo-kinesthĂ©sique que chez lâadulte ; cette indiffĂ©renciation relative serait renforcĂ©e par lâattitude rĂ©aliste et par le rĂŽle des Gestalt empiriques, mais tiendrait en sa source au caractĂšre global et polysensoriel des perceptions enfantines. â En effet, le lancement, lâentraĂźnement et mĂȘme le dĂ©clenchement correspondent tous, lorsquâil sâagit dâactions avec contact, Ă des impressions causales aussi bien tactiles que visuelles. La poussĂ©e et le choc sont des perceptions tactiles bien avant de donner lieu Ă des impressions visuelles et ce que fournissent celles-ci consiste prĂ©cisĂ©ment Ă reconnaĂźtre visuellement les Ă©vĂ©nements qui se manifestent ordinairement de façon tactilo-kinesthĂ©sique. Toutes les impressions causales visuelles sont donc isomorphes
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Ă des impressions causales tactilo-kinesthĂ©siques sauf une seule exception : or, cette exception est prĂ©cisĂ©ment constituĂ©e par la causalitĂ© sans contact, car il nâexiste pas de causalitĂ© tactilo-kinesthĂ©sique Ă distance (dans la « compression », qui donne lieu Ă une impression tactile bien connue des cyclistes qui regonflent leurs pneus, il y a contact entre lâextrĂ©mitĂ© du piston et lâair qui se comprime). Le contact constitue ainsi Ă la fois le modĂšle de la relation soit tactilo-kinesthĂ©sique soit visuelle et la condition nĂ©cessaire dâune causalitĂ© tactilo-kinesthĂ©sique.
Or, il est clair que quand les sujets (adultes comme enfants) voient dans les figures A et B autre chose que des rectangles colorĂ©s mais des objets en mouvement, ils prĂȘtent Ă ces objets, sans avoir Ă le dire explicitement, tous les caractĂšres de lâobjet tactilo-visuel : une matiĂšre, et pas seulement une forme et une grandeur, donc de la soliditĂ©, de la duretĂ© ou impĂ©nĂ©trabilitĂ©, de la rĂ©sistance, etc. (Ă des degrĂ©s divers). On rĂ©pondra peut-ĂȘtre que le caractĂšre de rĂ©alitĂ© de ces objets pourrait tenir Ă leur voluminositĂ©. Nous pensons avec Michotte quâil faut distinguer la « croyance Ă la rĂ©alité » et 1â« impression ou caractĂšre de rĂ©alité », donc lâimpression perceptive 1. Or, Michotte a montrĂ© quâen certains cas le critĂšre habituel de manipulation possible nâest pas nĂ©cessaire pour confĂ©rer lâimpression perceptive de rĂ©alitĂ©, mais que celle-ci est fournie par lâorientation des lignes selon la troisiĂšme dimension, ce qui semble les faire sortir perpendiculairement du plan : dâoĂč lâimpression de la rĂ©alitĂ© des volumes. Mais, dans le cas des objets A et B, on ne perçoit pas que des volumes : on perçoit des solides, ce qui est autre chose, qui se touchent, se choquent et se poussent, trois caractĂšres oĂč le caractĂšre tactilo-kinesthĂ©sique intervient nĂ©cessairement quand il sâagit de solides impĂ©nĂ©trables.
Or, si ces propriĂ©tĂ©s tactilo-kinesthĂ©siques sont encore trĂšs nettes chez lâadulte, il est trĂšs probable quâelles sont encore plus fortement reprĂ©sentĂ©es chez lâenfant, dont on a souvent signalĂ© la nature polysensorielle des perceptions et notamment leur caractĂšre tactilo-kinesthĂ©tico-visuel relativement indiffĂ©renciĂ©. Le fait, si frappant chez les petits dâune exigence initiale de contact pour Ă©prouver une impression causale dĂ©riverait ainsi de lâindiffĂ©renciation relative entre la causalitĂ© tactile et la causalitĂ© visuelle chez lâenfant : la causalitĂ© perceptive visuelle des petits nâexprimerait que des liaisons tactilement rĂ©alisables (par opposition aux « influences » diverses qui dĂ©bordent naturellement ces frontiĂšres), tandis quâune diffĂ©renciation plus poussĂ©e permettra ultĂ©rieurement la formation de liaisons plus spĂ©cifiquement visuelles.
Ceci nous conduit à la solution du deuxiÚme problÚme que soulÚvent les réactions des petits : comment interpréter la forme perceptive
. 1 A. Michotte, LâĂ©nigme psychologique de la perspective dans le dessin linĂ©aire, Bull. Ac. roy. Belgique, Cl. des Lettres, 5 mai 1948, p. 280.
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dâaction Ă distance quâils finissent par accepter aprĂšs leurs manipulations alors quâils nâĂ©prouvaient pas dâimpressions analogue au dĂ©but (ceci naturellement sauf les deux ou trois cas dâimpressions causales authentiques et spontanĂ©es, constituant le pendant des quelques cas nĂ©gatifs adultes) ? Il faut tout dâabord se demander si le changement survenu sâest bornĂ© Ă rendre manifeste ou explicite une impression dĂ©jĂ possible antĂ©rieurement, mais simplement voilĂ©e par lâattitude rĂ©aliste, donc une impression prĂ©existant virtuellement au changement, ou si celui-ci sâest accompagnĂ© de la production dâune nouvelle impression causale Ă laquelle le sujet demeurait inapte jusque-lĂ . Or, le fait que le changement obtenu chez les petits fait passer les actions Ă distance de 173 cas1 Ă 244 sur 270 (tabl. VI), tandis que le changement obtenu Ă 12-14 ans ne modifie les 74 cas initiaux sur 120 quâen 79 sur 120 (alors que lâattitude rĂ©aliste est plus faible Ă ce second niveau dâĂąge que chez les petits) parle nettement en faveur de la seconde solution, câest-Ă -dire de la formation dâimpressions nouvelles et non pas de la simple actualisation dâune structure virtuelle. En quoi consiste alors cette impression nouvelle ? Sous lâinfluence des manipulations suggĂ©rĂ©es (blocs tirĂ©s ou poussĂ©s au moyen de crochets, camions et remorques, etc.), le sujet constate lâexistence de relations causales entre objets sĂ©parĂ©s dans lâespace et reliĂ©s par des intermĂ©diaires tĂ©nus. Ces manipulations ont alors un double rĂ©sultat. Lâun est de les habituer Ă considĂ©rer les images mouvantes du dispositif des disques comme des reprĂ©sentations symboliques dâobjets possibles et non pas comme des objets rĂ©els : dâoĂč la possibilitĂ© de dĂ©crire en termes de « comme si » les impressions quâils provoquent. Mais lâautre est de leur fournir un certain nombre de correspondants visuels de relations acceptables sur le plan indiffĂ©renciĂ© (tactilo-kinesthĂ©tico-visuel) de la manipulation : il leur suffit ensuite de revoir les images A et B qui ne comportent ni tiges ni fils ni intermĂ©diaires pour quâelles soient perçues Ă titre de cas limites dans lesquels les tiges et les fils ne sont plus visibles mais sont quand mĂȘme lĂ (4 et B se comportent « comme sâils » Ă©taient attachĂ©s par une tige, etc.) 2. Il est dâailleurs clair que ces deux processus, lâun de changement dâattitude et lâautre de schĂ©matisation visuelle de liaisons prĂ©cĂ©demment admises sur le plan de la manipulation, sont indissociables car ils rĂ©sultent tous deux dâun mĂȘme mĂ©canisme de diffĂ©renciation.
II. Les actions Ă distance chez lâadulte. â   Lâimpression causale Ă distance est notablement plus frĂ©quente chez lâadulte que chez lâenfant (nous avons mĂȘme vu un observateur rĂ©fractaire Ă lâimpression causale par
1 Rappelons que ces chiffres comprennent dĂ©jĂ un pour cent Ă©levĂ© de cas entraĂźnĂ©s par des manipulations Ă partir de la fin de la sĂ©rie I dâexpĂ©riences (sur cinq sĂ©ries).
2 Les modĂšles sans intermĂ©diaire solide sont beaucoup moins retenus. Rappelons que les petits restent peu sensibles aux dĂ©monstrations de pompes, dâactions dues au soufflet, etc.
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contact lâĂ©prouver brusquement Ă distance). Mais un grand nombre de sujets invoquent un intermĂ©diaire transparent (gazeux ou parfois liquide), avec une proportion importante dâeffets de compressions. Trois remarques sont Ă faire Ă cet Ă©gard.
En premier lieu les actions Ă distance tĂ©moignent vraisemblablement Ă la fois dâune diffĂ©renciation entre lâattitude impressionniste et lâattitude rĂ©aliste et dâune diffĂ©renciation complĂ©mentaire entre les impressions visuelles et les impressions globales tactilo-kinesthĂ©tico-visuelles. NĂ©anmoins il subsiste, en ces impressions visuelles, des correspondants dâimpressions tactilo-kinesthĂ©siques : telle est lâimpression de poids ou de plus ou moins grande rĂ©sistance attachĂ©e soit au patient B soit au milieu intercalaire lui-mĂȘme (lâeffet de compression est indissociable de certaines impressions de rĂ©sistance : par exemple, quand A se meut Ă une faible vitesse, par rapport Ă B, A suggĂšre un effort croissant de compression, Ă laquelle B finit par cĂ©der brusquement aprĂšs rĂ©sistance).
En second lieu, la frĂ©quence remarquable des impressions de compression (voir tabl. IV b1â : 76 cas pour 12 sujets dans les rapports de vitesses 1 :6 et 1 :3 contre 38 cas dans les rapports 6 :1 ou 3 :1) semblent attester que, en plus des formes gĂ©omĂ©triques, cinĂ©matiques ou dynamiques (ces derniĂšres par compensation) interviennent des formes empiriques, câest-Ă -dire influencĂ©s par lâexpĂ©rience acquise. Il est, en effet, difficile dâexpliquer le rĂŽle de lâair dans les impressions perceptives des sujets par des facteurs innĂ©s ou de simples lois dâĂ©quilibre, Ă©tant entendu cependant que câest en vertu du principe dâĂ©quilibre des compensations que le sujet puise dans son expĂ©rience cette impression dâair comprimĂ© situĂ© entre A et B (notamment, on vient de le rappeler, quand la vitesse de B dĂ©passe celle de A : nous y reviendrons au § 16).
En troisiĂšme lieu, quâil sâagisse de distance Ă travers lâespace vide ou dâaction par intermĂ©diaire Ă©lastique et transparent, on ne note pas la moindre trace dâun « passage sensible » : le sujet ne perçoit ni mouvement phi, ni ondulation, flux, etc. MĂȘme en de tels cas dâactions Ă distance, qui seraient spĂ©cialement favorables Ă la vĂ©rification de la solution II (§ 11), la causalitĂ© perceptive ne consiste quâen une pure composition de relations spatio-temporelles, cinĂ©matiques et dynamiques.
§ 15. La correspondance tactilo-kinesthético-visuelle dans les impressions de poids et leur rÎle dans le mécanisme de la compensation
Si la nĂ©cessitĂ© du contact pour lâimpression causale spontanĂ©e des petits constitue un indice en faveur de lâorigine tactilo-kinesthĂ©sique de la causalitĂ© visuelle, il reste Ă vĂ©rifier que les correspondances tactilo-kinesthĂ©tico-visuelles jouent encore un rĂŽle nĂ©cessaire dans les impressions causales de lâadulte. Il sâagit donc, Ă cet Ă©gard, de discuter et dâinterprĂ©ter les rĂ©sultats consignĂ©s au § 6, tabl. VIII-XIV, relatifs aux impressions de lĂ©gĂšretĂ© corrĂ©latives des vitesses apparentes, et au § 7 (prĂ©sentations verticales).
La question prĂ©alable qui se pose au sujet de ces rĂ©sultats du § 6 est naturellement de savoir si les impressions de poids sont bien de nature perceptive ou sâil sâagit dâinfĂ©rences reprĂ©sentatives implicites : lenteur implique poids et rapiditĂ© lĂ©gĂšretĂ©. Or, par le fait mĂȘme que nous avons posĂ© des questions aux sujets, il est naturellement impossible dâexclure une part non nĂ©gligeable dâinfĂ©rences reprĂ©sentatives donc dâinterprĂ©tation notionnelle (ce qui hĂ©las est une possibilitĂ© commune Ă tous les aspects de la causalitĂ© perceptive mĂȘme quand le sujet dĂ©crit spontanĂ©ment ses impressions). Mais de nombreux indices montrent que lâinfĂ©rence reprĂ©sentative nâexplique pas tout en ces attributions de poids au mobile B et que celles-ci comportent une part prĂ©pondĂ©rante dâimpression perceptive, en liaison avec les vitesses relatives des mobiles A et B ainsi quâavec lesâ facteurs spatio-temporels. Le principal de ces indices est que les modifications du poids apparent sont corrĂ©latives de modifications dans lâimpression causale elle-mĂȘme (tabl. VIII et XI). Dans la plupart des cas, la diminution du poids apparent du patient B va, en effet, de pair avec une augmentation de son autonomie (renforcement du dĂ©clenchement chez 6 sujets sur 11 et pour les vitesses 1 :3 du tabl. VIII diminution du lancement chez 6 sujets 6 sujets sur 11 pour les vitesses 3 : 1 du tabl. VIII, 2 lancements transformĂ©s en dĂ©clenchements au tabl. VIII et 4 sujets sur 10 non inscrits au tabl. XI), mais, quand le lancement subsiste, ou bien il est sans modification (2 sujets sur 11 au tabl. VIII et 4 ou 3 sur 10 au tabl. XI) ou bien il est « plus naturel », avec une poussĂ©e plus forte (1 sujet tabl. VII et 3 adultes tabl. XI). Or, lâune et lâautre de ces deux modifications se comprennent dâelles-mĂȘmes si lâon se rappelle que le poids apparent du patient B dans la prĂ©sentation avec masquage du point dâarrivĂ©e peut ĂȘtre comparĂ© soit Ă celui de B dans la prĂ©sentation sans masquage, soit au poids apparent de lâagent A avec ou sans masquage de lâarrivĂ©e de B (ces deux prĂ©sentations de A pouvant dâailleurs ĂȘtre comparĂ©es entre elles comme chez le sujet du tabl. VIII qui a vu A plus lourd avec masquage du point dâarrivĂ©e de B que sans masquage). Quand le sujet se borne Ă voir B plus rapide et plus lĂ©ger par rapport Ă lâautre B, lâautonomie renforcĂ©e du patient produit les modifications du premier type ; si au contraire B est vu plus rapide et plus lĂ©ger par rapport Ă A, celui-ci semble plus fort, B moins rĂ©sistant et la poussĂ©e est renforcĂ©e. Il est vrai que, en chacun de ces cas, lâimpression de lĂ©gĂšretĂ© va de pair avec celle de vitesse, ce qui semble laisser sans dĂ©cision la question des influences respectives de la perception et de lâinfĂ©rence : mais, prĂ©cisĂ©ment parce que toutes les impressions se modifient solidairement â vitesses, causalitĂ© et poids â il serait bien arbitraire dâĂ©tablir une
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coupure entre ce qui relĂšverait de lâimpression perceptive et de lâinterprĂ©tation notionnelle, en mettant la causalitĂ© et la vitesse en deçà de cette frontiĂšre et le poids ou la rĂ©sistance au-delĂ . Notons Ă ce propos que (tabl. XIII), quand le facteur causal est Ă©liminĂ© (deux variables simples Ă comparer au lieu de deux couples Ă liaison causale ou dâun couple causal et dâune variable simple), les modifications de vitesse et de poids apparents disparaissent chez lâadulte ; câest dâailleurs en cette suppression de ces modifications apparentes que pourrait prĂ©dominer lâinfluence de lâinterprĂ©tation infĂ©rentielle, plus que dans le cas de leur intervention.
Un second indice en faveur du caractĂšre perceptif de la liaison entre la vitesse et la lĂ©gĂšretĂ© est le fait que lâassociation entre ces deux caractĂšres reste « trĂšs significative » chez lâenfant comme chez lâadulte (tabl. X) bien que la notion enfantine du « lourd » soit synonyme de force active et souvent de vitesse (on trouve dâailleurs un 20 % chez lâenfant contre 0 chez lâadulte de cas qui relient â« plus vite » à « moins lĂ©ger »).
Admettant donc une part prĂ©pondĂ©rante dâimpression perceptive dans la relation entre la vitesse et la lĂ©gĂšretĂ© il convient maintenant de chercher Ă interprĂ©ter cette impression et Ă dĂ©terminer son rĂŽle dans le jeu de compensations Ă©ventuelles qui caractĂ©rise la causalitĂ© perceptive.
Rour ce qui est de son interprĂ©tation, nous nous trouvons en prĂ©sence de la mĂȘme question quâĂ propos de la nĂ©cessitĂ© du contact dans les impressions causales des petits, câest-Ă -dire du problĂšme des correspondances tactilo-kinesthĂ©tico-visuelles rendant compte de lâintervention de facteurs dynamiques en une configuration perçue par voie exclusivement visuelle. On se rappelle que Michotte, qui souligne sans cesse avec raison les caractĂšres de dynamisme et dâ« activité » de lâagent A, est portĂ© Ă ne caractĂ©riser le patient B que par sa seule « passivité ». Mais, si lâon peut accepter cette expression, il importe cependant de souligner le fait que la passivitĂ© est encore, si lâon peut dire, un comportement dynamique. Le mobile B ne saurait recevoir des chocs ni ĂȘtre lâobjet de poussĂ©es sâil ne consistait quâen un volume se dĂ©plaçant dans lâespace : pour autant que les sujets lui attribuent le rĂŽle dâun patient animĂ© par le mouvement de A, ils lui confĂšrent par cela mĂȘme des qualitĂ©s perceptives de soliditĂ© et de rĂ©sistance au choc. De plus, et indĂ©pendamment de toute infĂ©rence ou interprĂ©tation notionnelles, les sujets ne peuvent rĂ©agir de façon diffĂ©renciĂ©e, comme ils le font, aux diverses configurations prĂ©sentĂ©es, sans Ă©prouver lâimpression, non seulement que la poussĂ©e est plus ou moins forte selon les cas, mais encore que le patient B sây prĂȘte selon les degrĂ©s divers de « passivité » : par exemple, B est plus passif dans lâentraĂźnement que dans le lancement et moins passif encore dans le dĂ©clenchement, puisquâil devient « actif ». Or, le seul fait quâil existe des degrĂ©s dans la passivitĂ© oblige Ă analyser
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et Ă dĂ©composer cette impression perceptive, dâautant plus que ces degrĂ©s nâinterviennent pas seulement lors de la variation des rapports de vitesse, mais au cours mĂȘme du trajet parcouru par B : lâimpression nâest pas la mĂȘme, en effet, dans la rĂ©gion voisine de lâarrĂȘt de B que dans la zone dâaction de A partant du point dâimpact, et lâimpression causale est une rĂ©sultante de toutes ces impressions Ă la fois !
Si lâon analyse alors les degrĂ©s en question de passivitĂ© du mobile B, on sâaperçoit quâon ne saurait les sĂ©rier de façon unidimensionnelle, câest-Ă -dire en se contentant dâune seule ligne conduisant de la passivitĂ© maximum (entraĂźnement) Ă lâactivitĂ© maximum (dĂ©clenchement). Lâon peut bien, il est vrai, soutenir que B est plus actif dans le dĂ©clenchement que dans le lancement, et ordonner ainsi les intermĂ©diaires entre ces deux formes selon la dimension passivitĂ©-activité ; mais on ne saurait dire que B paraisse plus actif dans le lancement que dans lâentraĂźnement et cependant il est plus passif dans cette derniĂšre structure : la passivitĂ© prend donc ici une autre signification, et nous ne saurions mieux la dĂ©crire que par les termes dĂ©jĂ employĂ©s au § 13 de « plus facilement poussĂ© ou dĂ©placé ». En effet, la diffĂ©rence essentielle entre lâentraĂźnement et le lancement est que dans le second cas lâagent A sâarrĂȘte ou perd sa vitesse, tandis que dans le premier il poursuit son mouvement. Si B semble moins passif dans la seconde situation que dans la premiĂšre, cela ne signifie donc pas quâil soit plus actif (sauf Ă faire intervenir une action causale dâarrĂȘt, ce que le sujet ne perçoit pas, du moins dans ces cas), mais bien quâil est revĂȘtu dâune sorte de caractĂšre dynamique nĂ©gatif, que nous appelons « rĂ©sistance ».
Lâimpression du poids de B, solidaire du rapport des vitesses, nâest donc que la manifestation de ce caractĂšre dynamique nĂ©gatif attribuĂ© au patient et qui est le complĂ©ment indispensable du caractĂšre positif de force attribuĂ© Ă lâagent A (tandis que quand le sujet confĂšre un poids Ă A, ce qui lui arrive parfois spontanĂ©ment, câest en tant que complĂ©ment de lâimpression de force quâil produit). En bref, lâĂ©quivalence rapidité = lĂ©gĂšretĂ© que nous avons notĂ©e au § 6 nâest que lâun des aspects de la traduction continuelle du cinĂ©matique en dynamique Ă laquelle se livrent les impressions perceptives, quâelles soient causales ou parfois mĂȘme relatives Ă des mobiles isolĂ©s, et câest pourquoi lâon ne saurait comprendre le mĂ©canisme de la causalitĂ© perceptive, ou de lâampliation du mouvement qui la caractĂ©rise en gĂ©nĂ©ral, sans faire intervenir le dynamisme nĂ©gatif du patient B autant que le dynamisme positif de lâagent A.
La meilleure preuve de ce que nous avançons ainsi nous paraĂźt ĂȘtre fournie par la comparaison des impressions causales en prĂ©sentation horizontale et verticale, et, dans ce dernier cas par la comparaison des impressions Ă la montĂ©e et Ă la descente (§ 7). Comme nous lâavons vu
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en ce § 7, la pesanteur (qui se rapporte donc Ă la rĂ©sistance perceptive telle que nous lâentendons) joue alors un rĂŽle Ă©vident, que son action donne lâimpression dâĂȘtre freinĂ©e par le milieu ou Ă vaincre par lâun ou lâautre des mobiles. Or, un fait essentiel pour cette discussion est que, en ce cas aussi des prĂ©sentations verticales, ces effets dynamiques mĂȘme lorsquâils sont relatifs Ă B ne sâexpriment dans le langage du sujet quâen termes de passivitĂ© (Ă la descente) et dâactivitĂ© (Ă la montĂ©e), câest-Ă -dire de façon implicite et englobĂ©e en des termes plus gĂ©nĂ©raux. Câest pourquoi il est indispensable que nous les dĂ©gagions pour les formuler explicitement en nos Ă©quations symboliques, ce qui rĂ©tablit alors le jeu des compensations qui nous paraĂźt caractĂ©riser la causalitĂ© perceptive.
Cela dit, il semble bien difficile de rendre compte de ces impressions de poids ou de rĂ©sistance sans faire Ă nouveau appel Ă la correspondance tactilo-kinesthĂ©tico-visuelle que nous avons dĂ©jĂ invoquĂ©e Ă propos du rĂŽle du contact dans les impressions causales de lâenfant. Sans doute pourrait-on soutenir que, cette attribution dâun poids aux mobiles perçus Ă©tant constamment dĂ©pendante des vitesses, ce serait lâĂ©lĂ©ment cinĂ©matique visuel qui prĂ©dominerait en ce cas. Mais alors il faudrait attribuer de mĂȘme lâestimation visuelle des poids dans la phase initiale de lâillusion de poids (lorsque le sujet nâa pas encore touchĂ© les deux boĂźtes, mais sâapprĂȘte Ă les soupeser) Ă une pure Ă©valuation du volume en interprĂ©tant alors lâĂ©quivalence perceptive « gros = lourd » comme le produit dâune infĂ©rence notionnelle ou dâune association sortant des frontiĂšres de la perception. En rĂ©alitĂ©, pour ce qui est de lâassimilation du volume au poids comme pour celle de la rapiditĂ© Ă la lĂ©gĂšretĂ©, on ne saurait adopter une autre position que dans le cas de la perception visuelle du choc ou de la poussĂ©e : en toutes ces situations, la vision fournit des impressions que le sujet ne saurait, non pas seulement comprendre ou interprĂ©ter notionnellement, mais mĂȘme Ă©prouver perceptivement si elles nâĂ©taient dĂšs le dĂ©part assimilĂ©es par une correspondance, innĂ©e ou acquise mais relevant de la perception elle-mĂȘme, entre le domaine visuel et le domaine tactilo-kinesthĂ©sique. Cette correspondance assimilatrice ne consiste naturellement pas en une conjonction ou en une sĂ©quence telles que les impressions visuelles seraient accompagnĂ©es ou suivies par des impressions tactiles (comme dans les mouvements stroboscopiques entre excitants appartenant Ă des domaines sensoriels diffĂ©rents) : il sâagit simplement, comme lorsquâon perçoit visuellement une surface rugueuse ou lisse, de la lecture visuelle dâune qualitĂ© appartenant Ă un autre domaine sensoriel, mais sans que la relation entre deux implique lâintermĂ©diaire de la reprĂ©sentation. Or, comme la causalitĂ© tactilo-kinesthĂ©sique connaĂźt, de la maniĂšre la plus directe, les facteurs dynamiques nĂ©gatifs (rĂ©sistance) autant que les positifs (force), il est naturel que ces deux aspects retrouvent leurs correspondants dans la
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causalité visuelle, au sein de laquelle ils assurent alors, en liaison avec les facteurs cinématiques, le jeu des compensations qui rend compte de la conservation particuliÚre caractérisant cette structure si complexe de composition perceptive.
§ 16. Les cas paradoxaux de lancements
avec rapports ascendants de vitesses
Nous avons jusquâici vĂ©rifiĂ© sur deux exemples (§ 14 et 15) que les facteurs en jeu dans la composition des impressions causales ne sont pas exclusivement dâorigine visuelle et fournissent ainsi de quoi rendre compte dâune compensation entre les mouvements ou le dynamisme perçus sur A et les mouvements ou le dynamisme perçus sur B. Il convient maintenant de discuter trois exemples dâimpressions causales, lâune augmentant (§ 16) et les deux autres diminuant avec lâĂąge (§ 17) dans lesquelles les compensations dynamiques sont indispensables pour complĂ©ter lâampliation des mouvements comme tels.
Le premier de ces cas concerne le rapport des vitesses (tandis que lâautre est relatif Ă la direction des mouvements). Selon le schĂ©ma de lâampliation tout rapport de vitesses ascendant devrait ne donner lieu quâĂ des impressions de dĂ©clenchement : la vitesse de B Ă©tant alors supĂ©rieure Ă celle de A, le mouvement de A ne peut alors ĂȘtre conçu comme se conservant et celui de B ne peut ĂȘtre considĂ©rĂ© comme une « extension » ou un « prolongement » de celui de A, puisquâil lui ajoute de la vitesse.
Or, chez un certain nombre de sujets, quelques enfants mais un grand nombre dâadultes, on trouve pour les rapports de vitesse 1 :3 et mĂȘme 1 :6 des lancements et non pas des dĂ©clenchements. Si lâon examine par exemple le tabl. II pour le rapport 1 : 3, on trouve chez les enfants 13 poussĂ©es contre 34 dĂ©clenchements (5 poussĂ©es simples, 5 poussĂ©es par air et 3 par intermĂ©diaires solides), ce qui est peu significatif ; mais, chez lâadulte, tandis quâavec contact (+5) on nâa aucune poussĂ©e et 10 dĂ©clenchements, on trouve sans contact 23 poussĂ©es contre 9 dĂ©clenchements (ou indĂ©pendance). Dâautre part, 19 de ces 23 poussĂ©es Ă©tant des cas nets de compression, on voit donc que câest cet effet particulier qui est en gĂ©nĂ©ral responsable de lâinversion du dĂ©clenchement en lancement (Ă noter que chez certains sujets la poussĂ©e par intermĂ©diaire gazeux, perçue sans contact, influence ensuite lâimpression causale mĂȘme lorsquâil y a contact).1
Or, si ce lancement Ă vitesses ascendantes ne saurait sâexpliquer par lâampliation du mouvement seul, il sâinterprĂšte facilement dans un schĂ©ma
1 Il est Ă noter en outre que la poussĂ©e donne parfois lâimpression dâune accĂ©lĂ©ration de B, ce sur quoi nous allons revenir.
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de compensation. En effet, la diffĂ©rence entre la perte de vitesse de A, soit A1â A2 = A1 et le gain de vitesse de B soit B2â B1 = B2, diffĂ©rence qui est donc de B2â A1 = x>0, est compensĂ©e par le fait que A semble presser sur un milieu compressible dont la force explosive sâajoute Ă lâactivitĂ© de A : la vitesse supĂ©rieure de B donne alors lâimpression de lĂ©gĂšretĂ© et de manque de rĂ©sistance (Râ0) ; dâoĂč (si Pc = action due Ă la compression ou au soufle, etc.) :
(9) (A1-A2)+F(Pc)Â =Â (Br-B1)+(Râ0) donc
(9 ââ) A1+F(Pc)Â =Â B2(>A1)+(Râ0)
11 suffit par contre que F(Pc) ne soit pas perçu pour que lâinĂ©galitĂ© A1 < B2 confĂšre Ă B lâautonomie caractĂ©ristique du dĂ©clenchement (ce qui est le cas des 9 rĂ©ponses adultes du tabl. II opposĂ©es aux 23 rĂ©ponses du type de la prop. 9). On voit ainsi que les mĂȘmes donnĂ©es spatio-temporelles et cinĂ©matiques peuvent donner lieu Ă deux impressions fort diffĂ©rentes, selon les facteurs dynamiques attribuĂ©s Ă A et Ă B : lâorientation du sujet en un sens ou un autre dĂ©pend sans doute alors dâun jeu de probabilitĂ©s, peut-ĂȘtre liĂ©es Ă la centration sur tel ou tel objet ou point de la configuration prĂ©sentĂ©e.
De mĂȘme, en lâabsence dâeffet de compression mais alors avec contact, lâattribution dâune lĂ©gĂšretĂ© suffisante Ă B proportionnellement Ă A pourrait donner lâimpression que celui-ci, avançant lentement en liaison avec son poids imprime un mouvement plus rapide Ă B qui serait alors plus lĂ©ger : câest sans doute un phĂ©nomĂšne de ce genre qui explique les 4 poussĂ©es adultes sans compression du tabl. Il et qui permet Ă 3 des adultes du tabl. XI de percevoir une augmentation de poussĂ©e de A quand la vitesse de B paraĂźt croĂźtre. Mais ce type dâorganisation est sans doute moins probable que celui dans lequel, avec ou sans contact, on perçoit lâinĂ©galitĂ© A1<B2 comme lâexpression dâune autonomie de B, donc dâun dĂ©clenchement, ou que le type correspondant Ă la prop. (9) ; la raison de cette faible probabilitĂ© est sans doute quâil sâagit alors de confĂ©rer un poids relativement dĂ©terminĂ© Ă A et pas seulement Ă B. En bref, de telles compositions restent relativement indĂ©terminĂ©es sur le terrain de la causalitĂ© perceptive visuelle, tandis que dans le domaine de la causalitĂ© tactilo-kinesthĂ©sique oĂč les forces et les rĂ©sistances sont aussi bien perçues que les vitesses et les conditions spatio-temporelles, chacune de ces variĂ©tĂ©s serait univoquement dĂ©terminĂ©es par un jeu de compensations ou de non-compensations suffisamment perceptibles.
Sans contredire lâampliation du mouvement, qui reste le cas le plus gĂ©nĂ©ral, le lancement Ă vitesses croissantes montre donc la difficultĂ©
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de rendre compte de tous les cas par ce schĂ©ma Ă lui seul et la nĂ©cessitĂ© de faire appel, en plus des facteurs cinĂ©tiques et du dynamisme de lâagent A Ă des facteurs dynamiques intĂ©ressant le milieu intercalaire Aâ ainsi que le patient B, de maniĂšre Ă obtenir un schĂ©ma complet de compensation.
§ 17. LâinterprĂ©tation du lancement sans Ă©lan et du lancement avec ralentissement de B
Une seconde situation atypique montrant Ă©galement la nĂ©cessitĂ© dâun schĂ©ma de compensation est celle du lancement sans Ă©lan, sous une forme qui dâailleurs diminue dâimportance avec lâĂąge au lieu dâaugmenter en frĂ©quence comme lâeffet prĂ©cĂ©dent.
11 sâagit, on sâen souvient (§ 5), dâune situation dans laquelle B (rouge) apparaĂźt en premier, immobile au centre de la fente. Puis A (noir) apparaĂźt Ă sa gauche, le touchant, aprĂšs quoi B se dĂ©place Ă droite et disparaĂźt derriĂšre un volet. LâexpĂ©rience est donc analogue Ă lâexp. 73 de Michotte (p. 222), mais avec cette diffĂ©rence, essentielle que le mouvement qui accompagne lâarrivĂ©e de A nâest pas axial, donc orientĂ© dans la mĂȘme direction que celui de B, mais lui est perpendiculaire 1. 11 va donc de soi quâen ce cas le mouvement de B ne saurait ĂȘtre perçu comme « prolongeant » celui de A, puisque ce dernier surgit dâen bas (ou de lâarriĂšre plan). « Lâampliation, dit en effet Michotte, suppose un certain degrĂ© de similitude entre le mouvement de lâagent et le changement qui se manifeste dans le patient, sans quoi ce changement ne pourrait apparaĂźtre comme une « extension » du premier. Câest pourquoi il nây a pas impression causale lorsque les dĂ©placements effectuĂ©s par les deux objets se font dans des directions diamĂ©tralement opposĂ©es ou du moins fort diffĂ©rentes » (p. 210). Et encore : lâimpression causale « disparaĂźt totalement lorsque les directions sont perpendiculaires lâune Ă lâautre » (p. 219).
Or, les rĂ©sultats du § 5 (tabl. VII) montrent quâon trouve dans la situation dĂ©crite 100 % dâimpression causale Ă 6-7 ans dans les cas oĂč le contact a Ă©tĂ© perçu, 80 % Ă 12-14 ans et 50 % chez lâadulte ; lâimpression subsiste chez un ou deux sujets Ă chaque Ăąge lorsquâil y a perception dâune absence de contact.
LâinterprĂ©tation la plus simple consiste naturellement alors Ă attribuer cette causalitĂ© paradoxale Ă un effet de contact. Un adulte a eu par exemple lâimpression dâune boule de billard venant toucher la boule dĂ©jĂ en place et la chassant perpendiculairement avec immobilisation de la premiĂšre (ce qui est possible si les choses se passent contre la
i Voir dans la Technique les précautions prises à cet égard.
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bande et que la bande est parfaite). Mais, mĂȘme Ă admettre cette impression que le contact sâaccompagne dâun Ă©branlement lĂ©ger, il reste Ă expliquer comment, chez les sujets Ă©prouvant une impression causale, le mouvement de A peut se conserver en sâĂ©tendant Ă B alors que ces deux dĂ©placements rectilignes sont orientĂ©s selon un angle de 90°.
Or, en un tel cas, le seul avec le prĂ©cĂ©dent (§ 16) et avec lâeffet Gruber (§ 13 prop. 8), oĂč lâon ne puisse invoquer une ampliation proprement dite (puisquâil ne sâagit plus du mĂȘme mouvement) il semble clair que la conservation ne puisse ĂȘtre expliquĂ©e que par une compensation : dâune part, A perd un mouvement (en partie apparent, en partie rĂ©el mais sans que le sujet distingue subjectivement entre ces deux aspects) ; dâautre part, le lĂ©ger Ă©branlement produit par A, avec contact dans la grande majoritĂ© des cas, correspond Ă une rĂ©sistance presque nulle de B (nous reprĂ©senterons donc par le symbole â„ 0 cette faible action F de A et cette faible rĂ©sistance R de B), ce qui donne :
(10) [(A1-A2)>0] + [F(T)â„0] = [(ÎČ2-B1)=B2] + [R(T)œ0]
et rend compte ainsi des 50 % des réactions adultes.
Mais comme la longueur du trajet et la vitesse de A sont relativement indéterminées, et comme F et R peuvent tendre vers 0, on peut avoir aussi
A1Â +Â F(T)â0Â <Â B2+Râ0
ce qui est la formule du dĂ©clenchement coirespondant au 50 % des rĂ©actions adultes. Au total, la vitesse (apparente) de lâagent A Ă©tant relativement indĂ©terminĂ©e, la compensation avec le mouvement de B nâest que possible mais non nĂ©cessaire dâoĂč le caractĂšre non coercitif de la prĂ©sente impression causale : lorsque le sujet perçoit une Ă©galitĂ© entre A1 et B2 il y a alors compensation donc causalité ; mais si le mouvement de A nâest pas Ă©galĂ© Ă celui de B, il y a dĂ©clenchement ou indĂ©pendance.
On comprend alors pourquoi lâimpression causale diminue en ce cas avec lâĂąge. LâĂ©galisation A1=B2 Ă©tant relativement arbitraire, elle ne constitue quâune solution de simplicitĂ© et nâest la plus simple que pour des sujets peu exigeants en fait de compensation : dâoĂč le 100 % de lâimpression causale Ă 6-7 ans. Elle ne sâimpose au contraire quâavec une probabilitĂ© de 50 % si lâon part de lâalternative : Ă©galitĂ© ou inĂ©galitĂ©.
Au total, cette expĂ©rience fournit une bonne illustration de la vraie nature de lâampliation du mouvement. Si lâon attribue Ă cette expression un sens strict impliquant lâidentitĂ© qualitative du mouvement de A et de celui qui est reçu par B, ainsi que leur communautĂ© de direction, alors toute causalitĂ© perceptive nâest pas nĂ©cessairement fondĂ©e sur une ampliation du mouvement, bien que ce soit le cas dans la grande majo-
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JEAN PIAGET ET MARC LAMBERCIER
rite des situations : la prĂ©sente expĂ©rience constituerait alors comme le lancement Ă vitesses ascendantes (§ 16) une exception possible Ă la rĂšgle, dont lâeffet Gruber constitue mĂȘme une exception manifeste. Si lâon interprĂšte par contre simplement lâampliation dans le sens dâune conservation au travers des transformations, celles-ci pouvant comporter alors des rĂ©sistances diverses et ne pas impliquer nĂ©cessairement une communautĂ© de direction, en ce cas la prĂ©sente situation rentre dans la rĂšgle. Mais dans ces diffĂ©rents cas, la vraie raison de lâimpression causale, autrement dit de lâampliation au sens Ă©troit ou Ă©largi, est la compensation entre les activitĂ©s dĂ©pensĂ©es par A et les gains ou rĂ©actions de B (gain et mouvement et rĂ©action en rĂ©sistance Ă©ventuelle), ces activitĂ©s et ces rĂ©actions Ă©tant toujours perçues Ă lâoccasion de mouvements proprement dits, quâils soient rĂ©els ou simplement apparents.
Une troisiĂšme situation nous paraĂźt Ă©galement exiger un schĂ©ma de compensation, mais pour des raisons diffĂ©rentes : câest lâexpĂ©rience paradoxale imaginĂ©e par Michotte dâun lancement au cours duquel lâagent A rattrappe le patient B dĂ©jĂ en marche et agit sur lui en le ralentissant au lieu de lâaccĂ©lĂ©rer. En lui-mĂȘme cet effet, contrairement aux prĂ©cĂ©dents, relĂšve bien de lâampliation des mouvements et câest comme tel que la prĂ©sente avec raison Michotte. Mais la difficultĂ© est ici que cette impression, réétudiĂ©e par nous au § 8, diminue notablement avec lâĂąge (16 et 19 sur 20 Ă 6-7 ans et seulement 8 et 11 sur 20 chez lâadulte, pour les deux combinaisons 4 :2-1 et 8 :4-1). Or, si lâampliation Ă©tait seule en jeu on ne comprendrait pas cet affaiblissement de lâimpression : dire quâelle diminue Ă cause de lâexpĂ©rience acquise (puisquâelle est contraire Ă la majoritĂ© des effets quotidiens) ne suffirait pas Ă rĂ©soudre la question, car il resterait Ă montrer pourquoi et surtout comment lâexpĂ©rience peut tenir en Ă©chec un effet dâampliation conçu sur le mode gestaltiste, alors quâelle agit Ă peine sur les illusions gĂ©omĂ©triques.
Dans lâhypothĂšse du poids attribuĂ© Ă B ou de sa rĂ©sistance perceptive (câest-Ă -dire, par dĂ©finition, sa moindre facilitĂ© Ă ĂȘtre poussĂ©), il est aisĂ© de formuler lâeffet de compensation (cf. prop. 6 du § 13), mais en attachant Ă B une forte rĂ©sistance, accrue par lâimpact. On comprend alors que cette rĂ©sistance accrue soit facilement acceptĂ©e par lâenfant (qui est par ailleurs peu exigeant en fait de compensations) : lorsque nos sujets de 6-7 ans ont, par exemple, lâimpression que A ralentit B parce quâil lui est « rentrĂ© dedans » (terme dĂ©signant les accidents de la route), on ne peut que leur donner raison, car une auto rapide « entrant dans » une autre la ralentira certainement. Par contre lâadulte chez qui de telles assimilations anthropomorphiques sont en baisse (sans disparaĂźtre pour autant) ne parviendra Ă un jeu de corn-
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pensations entre le mouvement de A et la résistance de B que plus malaisément.
Or, une telle interprĂ©tation ne relĂšve pas dans le cas particulier de lâhypothĂšse pure. Outre les expressions verbales citĂ©es, qui sont dĂ©jĂ significatives, deux faits intĂ©ressants sont Ă invoquer conjointement pour la justifier : lâeffet de recul, perçu sur A par presque tous les adultes, et la tendance de ceux-ci (plus forte que chez lâenfant) Ă attribuer Ă B une vitesse aussi grande aprĂšs lâimpact quâavant dans la combinaison I. Ce recul, spĂ©cial semble-t-il Ă de telles situations, ne saurait sâexpliquer par les seules combinaisons de vitesse (contraste dĂ» au ralentissement de B) puisque prĂ©cisĂ©ment celles-ci sont mal structurĂ©es. MĂȘme en lâattribuant Ă une « subception » exacte (ou perception inconsciente), il reste quâil y a lĂ une double tendance : celle Ă structurer les vitesses comme dans le lancement ordinaire (rapport de vitesses 1 : 1) et celle Ă percevoir quelque chose dâanormal se manifestant par une sorte de choc en retour de B sur A, ce qui nous ramĂšne au poids ou Ă la rĂ©sistance de B, conçue, rĂ©pĂ©tons-le, non pas comme un rapport physique objectif mais comme une difficultĂ© Ă le « pousser », perçue globalement et corrĂ©lative Ă la perte de vitesse. On comprend alors, dans lâhypothĂšse de la compensation, pourquoi cette situation peut encore engendrer un 50 % environ de « lancements » chez lâadulte, mais aussi pourquoi lâimpression nâest pas plus frĂ©quente Ă©tant donnĂ© le caractĂšre trĂšs approximatif de cette compensation.
§ 18. LâinterprĂ©tation des impressions semi-causales dâarrĂȘt
Notre interprĂ©tation de la causalitĂ© ne diffĂšre donc de celle de Michotte que par lâaddition des deux facteurs suivants : dâune part, les facteurs dynamiques liĂ©s au patient B, notamment lâimpression quâil donne dâĂȘtre plus ou moins aisĂ©ment ou malaisĂ©ment dĂ©placĂ© (rĂ©sistance) ; dâautre part, la continuelle correspondance assimilatrice tactilo-kinesthĂ©tico-visuelle, avec libĂ©ration ou diffĂ©renciation progressive des sĂ©quences visuelles avec lâĂąge, mais sans que lâarriĂšre plan tactilo-kinesthĂ©sique fasse jamais dĂ©faut puisquâil se traduirait (dans notre interprĂ©tation) par lâaspect dynamique dâun processus qui, sâil Ă©tait purement visuel, se rĂ©duirait aux sĂ©quences cinĂ©matiques et spatio-temporelles.
Or, de ce point de vue, comme dâailleurs tout autant de celui de Michotte (lequel, sans recourir aux correspondances tactilo-kinesthĂ©tico-visuelles sur le plan de la causalitĂ© perceptive visuelle admet cependant explicitement un isomorphisme entre la causalitĂ© perceptive visuelle et la causalitĂ© perceptive tactile), les impressions perceptives dâarrĂȘt soulĂšvent une question dĂ©licate. Il nây a pas de doute, en effet, que sur le terrain de la causalitĂ© perceptive tactilo-kinesthĂ©sique (indĂ©pendamment des facteurs visuels), on Ă©prouve une sorte dâimpression causale lors-
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quâune masse rĂ©sistante arrĂȘte le mouvement dâun solide qui vient buter contre elle : si lâon recule des mains sa table de travail, par exemple, et quâelle se heurte Ă la paroi de la chambre, on ne perçoit seulement un dĂ©placement vers la paroi ou une poussĂ©e contre cette paroi ; on Ă©prouve bel et bien lâimpression que la paroi rĂ©siste et arrĂȘte le mouvement de la table que lâon meut. La paroi nâest donc pas en ce cas la cause dâun mouvement, mais elle lâest dâun arrĂȘt, et elle semble mĂȘme lâĂȘtre parfois avec un soupçon de malignitĂ© latente ! La question est alors de savoir sâil existe de mĂȘme une impression causale visuelle dâarrĂȘt, et cette question se pose mĂȘme dâune maniĂšre particuliĂšre dans lâhypothĂšse qui est la nĂŽtre et selon laquelle le dynamisme propre aux impressions causales visuelles est lâexpression dâune correspondance avec les facteurs tactilo-kinesthĂ©siques.
Câest pourquoi nous avons tenu, comme on lâa vu au § 9, Ă rĂ©examiner la question des impressions perceptives dâarrĂȘt, en choisissant une situation dans laquelle B nâest pas constamment en arrĂȘt, mais dans laquelle A et B partent ensemble et sâarrĂȘtent ensemble au point oĂč A, de vitesse supĂ©rieure, rattrappe B. Or, le rĂ©sultat obtenu, qui est dâun certain intĂ©rĂȘt thĂ©orique, demande une analyse soigneuse.
Le premier point Ă retenir est que, comme Michotte lâa dĂ©jĂ mis clairement en Ă©vidence, lâimpression visuelle dâarrĂȘt nâest pas une impression causale comparable Ă celles du lancement ou de lâentraĂźnement : aucun sujet ne dĂ©crit spontanĂ©ment une impression quâil Ă©prouverait Ă titre coercitif et qui reviendrait Ă la formule « B arrĂȘte A ». La raison en est claire dans le schĂ©ma de lâampliation au sens strict, puisque A ne tĂ©moigne dâaucun mouvement qui serait le prolongement de celui de B et que B ne manifeste pas de mouvement polarisĂ© sur A. Dans le schĂ©ma ordinaire de la compensation, cette absence de causalitĂ© stricte sâexplique Ă©galement, puisque lâarrĂȘt de A par B signifierait que le dynamisme nĂ©gatif de B se transformerait en dynamisme positif, câest-Ă -dire que la « rĂ©sistance » deviendrait « activité ».
Mais il nâen reste pas moins que, sitĂŽt la question Ă©noncĂ©e, une partie des adultes et presque tous les enfants reconnaissent lâimpression que lâun des mobiles arrĂȘte lâautre. La question se pose naturellement alors de savoir sâil ne sâagit lĂ que dâinterprĂ©tation notionnelle ou sâil y a bien une part au moins dâimpression perceptive. Or, on peut rĂ©pondre dâabord que les rĂ©ponses obtenues varient quelque peu avec les vitesses (tabl. XVII), ce qui est lâindice dâune dĂ©pendance Ă lâĂ©gard des facteurs perceptifs : aucun adulte nâĂ©prouve ainsi lâimpression dâarrĂȘt par B Ă la vitesse 5 tandis quâune fraction lâadmet Ă partir de la vitesse 10. En second lieu, la nĂ©cessitĂ© dâun questionnement sâest imposĂ©e pour tant dâautres impressions relevant de prĂšs ou de loin de la causalitĂ© perceptive quâil serait erronĂ© de se fier Ă une correspondance simple et univoque entre les spontanĂ©itĂ© des rĂ©ponses et leur caractĂšre perceptif ainsi
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quâentre lâintervention indispensable des questions et le caractĂšre notionnel des rĂ©ponses : la correspondance nâest valable quâen gros. En troisiĂšme lieu, on assiste Ă une Ă©volution des rĂ©ponses avec lâĂąge, puisque la moitiĂ© environ des enfants ont lâimpression que A arrĂȘte B (contre une autre moitiĂ© acceptant que B arrĂȘte A, mais ceci Ă nouveau en fonction de la vitesse), tandis quâaucun adulte ne perçoit lâarrĂȘt de B comme se produisant sous lâinfluence de A : sans doute cette Ă©volution pourrait-elle ĂȘtre aussi le fait dâune interprĂ©tation notionnelle, mais, mĂȘme si câĂ©tait le cas, la diffĂ©rence des conceptualisations de lâexpĂ©rience quotidienne aboutirait alors Ă la formation de « gestalt empiriques » dissemblables chez lâenfant et chez lâadulte (comme on lâa dĂ©jĂ vu Ă propos de la compression).
Bref, on peut admettre quâil intervient une part dâimpression perceptive dans les rĂ©actions des sujets Ă lâarrĂȘt. Il sâagit donc dâinterprĂ©ter cette impression qui nâest, rĂ©pĂ©tons-le, pas strictement causale, mais qui demeure semi-causale, en un sens Ă prĂ©ciser maintenant.
Dans lâimpression causale normale A prĂ©sente deux activitĂ©s productives : il se meut (A1â A2) et il pousse (F), tandis que B acquiert un mouvement (B2â B1) et devient le siĂšge dâune activitĂ© non productive ou rĂ©action (R). Or, dans la situation de lâarrĂȘt, A ne communique aucun mouvement Ă B et la rĂ©action de B est plus forte que lâaction de poussĂ©e de A. Câest cette rĂ©action plus forte qui est alors perçue comme cause de lâarrĂȘt de A, mais au prix dâun double paradoxe : la rĂ©action devient activitĂ© et cette activitĂ©, au lieu dâenrichir A, entraĂźne la perte de son mouvement. Le lien causal est ainsi doublement inversĂ© et câest cette inversion double que nous appellerons « semi-causalité » 1. En langage de gains et perte, A perd son mouvement et sa force de poussĂ©e, tandis que B ne gagne aucun mouvement et perd sa rĂ©action sans aucun gain pour A. On aura donc lâinĂ©galité :
(11) [(A1-A2)=3-0] + F(T)Â >Â [(B2-B1)=0-â]+B(T)
car mĂȘme si R(T) â„ F(T) on a A1 > (B2â B1) = 3>(â 1)
On comprend alors pourquoi il y a non seulement ni causalitĂ© mais encore ni semi-causalitĂ© spontanĂ©e nette. Mais, Ă la suite des questions consistant Ă demander si A semble arrĂȘter B ou lâinverse, ou si les mouvements et arrĂȘts respectifs sont indĂ©pendants les uns des autres, le sujet peut voir une compensation dans la mesure oĂč il attribue Ă la rĂ©action de B, soit R(T), une valeur assez forte pour Ă©galer (A1-A2)+F(T). Le signe de lâĂ©galitĂ© (=) ainsi substituĂ© Ă lâinĂ©galitĂ© (>) dans la prop. (11), autrement dit la compensation des actions et rĂ©actions suffit alors Ă provoquer cette impression de ce que nous qualifions
1 Dans lâeffet Gruber (prop. 9), il y a par contre causalitĂ© complĂšte, car la suppression de lâarrĂȘt de B (suppression de R) entraĂźne un mouvement de A (si B = P et A = S).
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de semi-causalitĂ© chez un certain nombre de sujets ; mais comme une telle compensation est relativement arbitraire et non coercitive, elle nâest alors perçue que par une partie de ceux-ci. Il suffit nĂ©anmoins, en cette situation comme en celle du lancement sans Ă©lan, que la compensation soit possible quoique arbitraire, pour quâelle soit acceptĂ©e par une fraction des sujets oscillant autour de 50 %.
Quant Ă la curieuse impression Ă©prouvĂ©e par une importante fraction des enfants, suivant laquelle câest A qui arrĂȘte B (impression augmentant avec les vitesses absolues), et cela indĂ©pendamment des prioritĂ©s temporelles (tabl. XVIII), elle dĂ©pend comme suit des chocs et poussĂ©es (tabl. XVIII bl,) : tandis que dans les cas oĂč B arrĂȘte A, il y a 24 impressions avec choc ou poussĂ©e de A, contre 19 sans lâun ni lâautre, dans les cas oĂč A arrĂȘte B, il y a 26 impressions avec choc ou poussĂ©e de A, contre 9 sans lâun ni lâautre (soit environ 3 fois plus). On ne saurait donc expliquer cette derniĂšre impression que comme une sorte dâinfluence dynamique ou animiste, exercĂ©e par A sur B (A arrĂȘte B comme un coureur en arrĂȘte un autre dans un jeu), et cela sans exigence freinatrice dâune compensation exacte. Avec lâĂąge au contraire, cette impression disparaĂźtrait sous lâeffet des exigences de la compensation, qui aboutissent soit Ă la suppression de toute action mĂȘme semi-causale, soit Ă une impression de semi-causalitĂ© (selon le sens dĂ©fini plus haut). On peut considĂ©rer cette exigence progressive de compensation comme une sorte de logique de la perception, qui se refuse Ă voir en un arrĂȘt le produit dâun choc, de mĂȘme que, dans le dĂ©clenchement, elle se refuse Ă voir en un dĂ©placement plus rapide la prolongation dâun mouvement moins rapide.
§ 19. Les diffĂ©rences entre les impressions causales de lâenfant et celles de lâadulte
Les diffĂ©rences entre enfants et adultes (Ă©tant entendu quâil sâagit de diffĂ©rences moyennes et quâon trouve des enfants exceptionnels avancĂ©s et des adultes exceptionnels conservant les mĂȘmes caractĂšres que lâenfant) se rĂ©duisent Ă deux principales, probablement solidaires lâune de lâautre : (a) les facteurs tactilo-kinesthĂ©siques et les facteurs visuels de la causalitĂ© perceptive sont Ă la fois plus indiffĂ©renciĂ©s et en moins bonne correspondance entre eux chez lâenfant que chez lâadulte ; (b) ne parvenant quâĂ une structuration approchĂ©e ou moins aisĂ©e que lâadulte, lâenfant Ă©prouve des impressions causales un peu moins diffĂ©renciĂ©es, un peu plus Ă©tendues, et moins exigeantes du point de vue de la compensation des composantes cinĂ©matiques et dynamiques.
L LâinterprĂ©tation des difficultĂ©s de la structuration chez lâenfant. â   Pour juger des donnĂ©es relatives Ă la structuration chez lâenfant, il convient
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dâabord de se dĂ©faire de deux prĂ©suppositions gratuites. La premiĂšre consisterait Ă concevoir les rapports de la structuration avec lâimpression causale Ă laquelle elle conduit sur le modĂšle dâun ajustement prĂ©alable permettant dâapercevoir un tableau existant indĂ©pendamment de lui (par exemple lâajustement de lunettes dâapproche conduisant, sitĂŽt terminĂ©e la mise au point, Ă la dĂ©couverte dâun horizon lointain jusque-lĂ indistinct). En rĂ©alitĂ© lâenfant introduit dĂ©jĂ , Ă chacune des Ă©tapes de sa structuration, des « activitĂ©s », des influences et mĂȘme des liaisons causales diverses, dont lâĂ©tape finale peut hĂ©riter en partie ; et, lors de cette phase finale, il peut y avoir encore (et chez lâadulte comme chez lâenfant), mutuelle dĂ©pendance entre la structuration et lâimpression causale : il est, par exemple, impossible de dĂ©cider si un enfant perçoit un contact apparent parce quâil Ă©prouve une impression de poussĂ©e ou si câest le contact perçu qui dĂ©termine la poussĂ©e, car lâimpression causale est une rĂ©sultante de tous les facteurs de la structuration, qui rejaillit sur ces composantes et peut les modifier en retour.
La seconde prĂ©supposition dont il convient de se mĂ©fier consisterait Ă considĂ©rer les reproductions motrices dont nous nous servons pour juger de la structuration (reproduction au moyen de plots dĂ©placĂ©s Ă la main des Ă©vĂ©nements perçus visuellement sur le dispositif) comme demeurant Ă©trangĂšres Ă la structuration elle-mĂȘme. Certes cette reproduction est souvent symbolique et sâattache davantage Ă rendre lâimpression globale reçue (prise naturellement pour lâexpression de la rĂ©alitĂ©) quâĂ analyser terme Ă terme les sĂ©quences visuelles. Mais ce langage gestuel, aussi Ă©quivoque souvent que le langage verbal qui accompagne les descriptions, est rĂ©vĂ©lateur dans ses lacunes autant que dans ses rĂ©ussites : il fournit, en effet, une indication prĂ©cieuse sur le degrĂ© de correspondance existant chez lâenfant (degrĂ© souvent trĂšs faible) entre la motricitĂ© manuelle, dâune part, avec son clavier tactilo-kinesthĂ©sique particulier, et la perception visuelle, dâautre part, comportant une solidaritĂ© Ă©troite entre la lecture des indices perceptifs et une adaptation plus ou moins poussĂ©e de la motricitĂ© occulaire aux mouvements perçus.
Or, Ă commencer par lĂ , un des rĂ©sultats les plus instructifs des reproductions manuelles que nous avons demandĂ©es aux enfants a Ă©tĂ© prĂ©cisĂ©ment de nous montrer combien est difficile chez les petits la traduction motrice des sĂ©quences visuelles : au lieu dâune correspondance terme Ă terme entre les Ă©lĂ©ments des deux domaines bien diffĂ©renciĂ©s, on se trouve en prĂ©sence dâune indiffĂ©renciation ou dâune dĂ©pendance mutuelle relatives, qui fait obstacle simultanĂ©ment Ă lâanalyse et Ă la correspondance dĂ©taillĂ©es. Il existe, il est vrai, une difficultĂ© prĂ©alable chez les plus jeunes sujets, qui est de transfĂ©rer les mouvements perçus au plan horizontal de la table sur laquelle sont placĂ©s les plots servant Ă la reproduction : aussi arrive-t-il que les petits prĂ©fĂšrent garder les
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plots en lâair, dans lâalignement des stimuli, en les faisant monter et descendre. Dâautres les alignent sur la table sans les dĂ©placer, ou se contentent de dĂ©placements minimes ou au contraire occupent toute la largeur de la table. Plusieurs cas ne font pas revenir les plots au mĂȘme endroit, comme dans la prĂ©sentation visuelle, mais les dĂ©placent au fur et Ă mesure. Mais une fois vaincues ces difficultĂ©s prĂ©alables, le grand obstacle Ă la structuration est constituĂ© par les mouvements stroboscopiques parasites, encore trĂšs frĂ©quents Ă 4-5 ans Ă la vitesse moyenne de 30 tr/min, qui donnent lieu Ă des reproductions motrices comme les mouvements rĂ©els. RĂ©ciproquement, la motricitĂ© comme telle impose ses tendances, par exemple une prĂ©fĂ©rence assez systĂ©matique pour la symĂ©trie des dĂ©placements. Or on est surpris de constater quâaprĂšs une reproduction correcte, ces tendances de nature motrice rĂ©apparaissent et font rĂ©gresser la structuration (aidĂ©es en cela par les mouvements apparents). La perception visuelle et la motricitĂ© ne semblent ainsi pas encore entiĂšrement indĂ©pendantes. Des tendances Ă©galement frĂ©quentes dans la reproduction consistent Ă nĂ©gliger la seconde phase ou Ă reproduire le lancement comme un entraĂźnement avec accompagnement de B par A ; ou encore Ă faire partir B seul mais avec retour de A Ă son point de dĂ©part ; ou enfin Ă admettre que A accompagne B sur un court espace (comme un rayon dâaction concrĂ©tisĂ©), ce qui lui « donne un petit Ă©lan », etc. En tous ces cas on retrouve Ă des degrĂ©s divers une interfĂ©rence des facteurs visuels et moteurs.
On comprend alors les faits consignĂ©s au § 10 ainsi que dans les tabl. XIX-XX. Pour structurer correctement la configuration prĂ©sentĂ©e il faut ĂȘtre Ă mĂȘme de suivre du regard chacun des deux mobiles, de les comparer entre eux, de les sĂ©grĂ©ger en assurant Ă chacun son identitĂ©, donc de les localiser lâun par rapport Ă lâautre, et enfin dâestimer les espaces intercalaires variables (diminuant dans le rapprochement et augmentant dans lâĂ©cartement). A ces conditions seulement peuvent ĂȘtre repĂ©rĂ©s les indices spatiaux, temporels et cinĂ©tiques du systĂšme, qui se doubleront alors des caractĂšres dynamiques positifs (actions de A) et nĂ©gatifs (rĂ©actions de B). Les obstacles Ă la structuration sont, par consĂ©quent, le caractĂšre global de la perception enfantine, qui sâoppose Ă la sĂ©grĂ©gation et Ă lâanalyse des positions, et lâinadaptation relative des mouvements oculaires (en vitesse et en ajustement) 1, qui contrecarre lâanalyse des dĂ©placements, dont Ă©galement des positions, et la sĂ©grĂ©gation. Ces deux obstacles du syncrĂ©tisme et de lâinsuffisante mobilitĂ© oculaire se rĂ©duisent dâailleurs Ă un seul facteur gĂ©nĂ©ral : des activitĂ©s perceptives insuffisamment dĂ©veloppĂ©es, tant du point de vue de lâexploration (dâoĂč le syncrĂ©tisme) que de celui des transports et comparaisons Ă distance. On comprend immĂ©diatement alors que, en un domaine oĂč interfĂšrent les facteurs visuels et les
1 Voir la Rech. XIII (Effet Auersperg-Buhrmester).
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facteurs tactilo-kinesthĂ©siques (ces derniers Ă©tant Ă lâorigine des impressions de choc, de poussĂ©e, dâactivitĂ© et de rĂ©sistance), les conditions dâune activitĂ© perceptive suffisant Ă la structuration des donnĂ©es ne se rĂ©duisent pas Ă celles dâune simple analyse visuelle, mais englobent nĂ©cessairement la possibilitĂ© dâune reproduction motrice. Une telle reproduction ne joue pas seulement en ce cas le rĂŽle dâune traduction : elle consiste, en effet, ce qui constitue une fonction beaucoup plus importante, Ă conduire le sujet aux sources tactilo-kinesthĂ©siques dâune partie de ses impressions visuelles et Ă lui permettre dâinstituer un Ă©change entre les donnĂ©es visuelles et les donnĂ©s motrices jusquâĂ la constitution dâune structure susceptible dâengendrer les impressions causales. Câest pourquoi lâindiffĂ©renciation relative que nous notions Ă lâinstant entre les Ă©lĂ©ments tactilo-kinesthĂ©siques et moteurs, dâune part, et les Ă©lĂ©ments visuels, dâautre part, constitue simultanĂ©ment un obstacle Ă la structuration et un obstacle Ă cette correspondance terme Ă terme entre domaines diffĂ©renciĂ©s qui est nĂ©cessaire Ă la causalitĂ© perceptive.
Au contraire, au fur et Ă mesure de la diffĂ©renciation entre les deux domaines, le sujet perçoit visuellement sur le dispositif prĂ©sentĂ© ce quâil est capable de reproduire manuellement sous une forme tactilo-kinesthĂ©sique et motrice, et cette correspondance terme Ă terme constitue Ă la fois un adjuvant pour la structuration, puisque le regard analyse dâautant mieux les sĂ©quences correspondant Ă une recomposition manuelle possible, et un facteur de production des impressions causales, puisque celles-ci comportent un jeu de compensation entre des actions et des rĂ©actions, dont une bonne partie des Ă©lĂ©ments nâont de signification quâen rĂ©fĂ©rence aux expĂ©riences tactilo-kinesthĂ©siques intervenant par ailleurs dans la reproduction. On voit ainsi quâil nâĂ©tait pas exagĂ©rĂ© de considĂ©rer la structuration comme la phase dâorganisation prĂ©alable de la causalitĂ© perceptive et non pas comme un simple ajustement permettant de repĂ©rer la prĂ©sence de liaisons lui prĂ©existant toutes faites. Câest ce que nous allons contrĂŽler dans le cas particulier de la structuration du contact.
II. Les diffĂ©rences relatives Ă la perception du contact et Ă son rĂŽle dans lâimpression causale. â   Lâun des rĂ©sultats les plus nets et les plus gĂ©nĂ©ralement constants de notre recherche a Ă©tĂ© que les enfants perçoivent plus facilement que lâadulte un contact apparent pour des dĂ©calages nĂ©gatifs (de â 5 Ă â 40) et quâils perçoivent plus facilement aussi un contact rĂ©el pour les dĂ©calages de 0 Ă +10 (voir Ă ce sujet les tabl. I Ă V et VII). Il sâagit maintenant de chercher Ă expliquer ce double phĂ©nomĂšne.
Michotte attribue le retard de la perception du contact rĂ©el chez lâadulte Ă la « montĂ©e des excitations », câest-Ă -dire au temps que prend une excitation sensorielle pour influencer la perception correspondante. Mais, si ce facteur joue certainement un rĂŽle, il est difficile
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de le croire suffisant pour lâensemble des faits observĂ©s. Les adultes que nous avons examinĂ©s nâĂ©tant point ĂągĂ©s mais consistant en jeunes psychologues, il est douteux que la montĂ©e des excitations soit systĂ©matiquement plus lente chez eux que chez les enfants de 4 Ă 8 ans (surtout en ce qui concerne les plus jeunes qui ont besoin de vitesses absolues trĂšs faibles pour que la structuration soit possible). Lâexplication proposĂ©e, qui serait suffisante si le phĂ©nomĂšne Ă©tait le mĂȘme Ă tout Ăąge se heurte donc Ă une difficultĂ© gĂ©nĂ©tique et il convient de trouver dâautres raisons qui puissent rendre compte Ă la fois du retard des adultes et lâavance des enfants.
On pourrait invoquer en second lieu lâacuitĂ© visuelle, mais elle semble suffisante dâaprĂšs les quelques contrĂŽles effectuĂ©s. Un troisiĂšme facteur pourrait ĂȘtre la persistance sensorielle, lors du mouvement du regard reliant A Ă B : mais alors, si lâon comprend que lâenfant puisse voir un contact avant quâil ne se soit produit, cela nâexplique pas le retard des adultes.
Il est donc probable quâil faut faire intervenir lâinsuffisance de prĂ©cision dans lâajustement du regard aux objets en mouvement et le jeu des centrations soit sur les mobiles soit sur les espaces vides : le problĂšme du contact serait ainsi Ă poser en termes de dĂ©localisation comme lorsquâil y a suppression de lâespace intercalaire entre les positions successives du carrĂ© dans lâeffet Auersperg-Buhrmester (stade de la croix simple)1. Autrement dit, le contact apparent (en lâabsence de contact rĂ©el) proviendrait dâune dĂ©localisation de A qui serait collĂ© Ă B par suppression de lâintervalle non centrĂ©, tandis que lâabsence de perception dâun contact rĂ©el rĂ©sulterait dâune dĂ©localisation de B (ou de A ou des deux) provenant elle-mĂȘme dâune centration sur lâintervalle non encore effacĂ©e au moment oĂč, en fait, A a dĂ©jĂ rejoint B.
En fait, le fond sur lequel se dĂ©tachent les mobiles A et B peut ĂȘtre rĂ©parti en cinq espaces, dans lâordre de succession de gauche Ă droite : (1) lâespace extĂ©rieur Ă gauche de A ; (2) lâespace intercalaire dĂ©croissant entre A et B avant lâarrĂȘt de A ; (3) lâespace intercalaire fixe entre A et B, Ă lâarrivĂ©e de A si les mobiles nâentrent pas en contact ; (4) lâespace intercalaire croissant entre A immobile et B sâĂ©loignant de lui ; (5) lâespace extĂ©rieur Ă droite de B. On ne voit jamais simultanĂ©ment que 1, 2, 5 ou 1, 3, 5 ou 1, 4, 5 et nous appellerons i lâespace intercalaire pouvant prendre ainsi les formes 2, 3 ou 4.
Or, ces espaces, dont la perception est nĂ©cessaire Ă la localisation de A et de B et sans doute aussi Ă lâestimation de leur vitesse (raccourcissement de 2 et allongement de 4) peuvent ĂȘtre fixĂ© de diverses façons, dont certaines privilĂ©giĂ©es, ou ne pas ĂȘtre fixĂ©s Ă cause de la centration sur A ou sur B. Lâespace Ă©tant caractĂ©risĂ© par ses frontiĂšres il pourra
1 Voir la Recti. XIII.
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ĂȘtre fixĂ© au milieu ou plus prĂšs de lâune des frontiĂšres que de lâautre, avec, Ă la limite, fixation sur le cĂŽtĂ© du mobile qui le borne. On aura donc un grand nombre de possibilitĂ©s de fixations pouvant se succĂ©der ou sâĂ©liminer avec modifications continuelles quand A et B sont en mouvement, et câest de ces centrations que dĂ©pendront non seulement les localisations de ces mobiles mais encore certains effets liĂ©s Ă lâintervalle (comme les compressions, etc., en cas dâintervalle perçu ou la poussĂ©e avec contact apparent en cas de suppression de lâintervalle).
Dâun tel point de vue, le retard de lâadulte dans la perception des contacts pourrait donc sâexpliquer par un effort de localisation aboutissant Ă valoriser (par centration directe ou par attention) lâintervalle i dĂ©croissant, dâoĂč surestimation de lâespace (3) quand il y a intervalle fixe momentanĂ©, et ralentissement de lâextinction de lâespace (2) en cas de contact rĂ©el (ce mĂ©canisme nâexcluant pas le facteur de la montĂ©e de lâexcitation, mais le favorisant au contraire).
Quant aux petits, dont la structuration gĂ©nĂ©rale prĂ©sente dĂ©jĂ les difficultĂ©s que lâon a vues, leur intĂ©rĂȘt est moins portĂ© sur la localisation des mobiles que sur leur activitĂ©, dans le sens notamment du point dâarrivĂ©e de A ou du but vers lequel il tend (comme dans les estimations de la vitesse ou de la longueur des trajets en gĂ©nĂ©ral, dans lesquelles le point dâarrivĂ©e joue un rĂŽle privilĂ©giĂ©) 1. Sautant alors dâune centration sur A Ă une centration sur B ils nĂ©gligent lâespace intercalaire (2) et surtout (3) au point de ne plus percevoir ce dernier, dâoĂč le phĂ©nomĂšne du contact apparent.
Mais il faut insister sur le fait que ce mĂ©canisme dâordre visuel est Ă©troitement solidaire, chez lâenfant, de lâexpĂ©rience motrice ou tactilo-kinesthĂ©sique correspondante : le mouvement de A polarisĂ© sur B est dâemblĂ©e perçu en termes dâĂ©lan et dâĂ©lan dirigĂ©, de telle sorte que le contact avec B ou la poussĂ©e sur B constituent dĂšs le dĂ©part une composante essentielle de ce mouvement, perçu visuellement, mais Ă titre de lecture dâune expĂ©rience dynamique familiĂšre. Câest pourquoi lâon peut Ă juste titre se demander en bien des cas si câest la perception du contact apparent qui engendre lâimpression de poussĂ©e ou si câest au contraire cette impression, esquissĂ©e au cours mĂȘme du mouvement de A qui favorise lâillusion du contact. En de tels cas la seule rĂ©ponse valable est sans doute le recours Ă un cercle reliant les deux facteurs lâun Ă lâautre en une interdĂ©pendance, dont lâexistence est dâautant plus probable que, comme nous lâavons vu, toute la structuration (et non pas seulement celle du contact) tĂ©moigne de telles interfĂ©rences entre les facteurs visuels et les facteurs tactilo-kinesthĂ©siques ou moteurs.
On comprend alors sans peine pourquoi les mĂȘmes sujets de 4 Ă 8 ans ont tendance Ă subordonner leurs impressions causales Ă la per-
1 Cf. J. Piaget, Les notions de mouvement et de vitesse chez lâenfant, Paris (P.U.F.).
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ception dâun contact, apparent ou rĂ©el : cette exigence du contact et la frĂ©quence des contacts apparents ne constituent, au total, que les deux aspects insĂ©parables dâun mĂȘme phĂ©nomĂšne dont les racines sont donc Ă chercher dans lâindiffĂ©renciation relative des domaines visuel et tactilo-kinesthĂ©sique.
III. La plus grande activitĂ© attribuĂ©e aux mobiles et lâindiffĂ©renciation relative des diverses formes de causalitĂ©. â On pourrait croire, au premier abord, que les difficultĂ©s de la structuration chez lâenfant et les exigences dâun contact pour la constitution dâune impression causale aboutissent Ă une limitation du domaine de la causalitĂ© par rapport aux rĂ©actions des niveaux dâĂąge supĂ©rieurs. Il nâen est rien et les mĂȘmes facteurs dâindiffĂ©renciation tactilo-kinesthĂ©tico-visuelle qui sont sans doute responsables des phĂ©nomĂšnes prĂ©cĂ©demment rappelĂ©s, engendrent au contraire Ă la fois une sorte dâextension du domaine de la causalitĂ© enfantine (Ă part les actions sans contact) et une indiffĂ©renciation relative des formes de cette causalitĂ©, mais avec, en retour, une moindre exigence dans lâestimation des compensations entre lâaction et la rĂ©action.
En effet, selon divers indices dont nous allons faire la critique, les jeunes enfants semblent Ă©prouver lâimpression que les mobiles A et B ont une activitĂ© lĂ©gĂšrement supĂ©rieure Ă celle que nous percevons dans les mĂȘmes situations. Si cela Ă©tait vrai, cela signifierait que, dans le lancement, le patient B est un peu plus actif, ce qui aboutirait Ă rapprocher quelque peu lâimpression enfantine du lancement de celle du dĂ©clenchement ; dâautre part lâagent A Ă©tant lui-mĂȘme plus actif, il acquiert ainsi en certains cas un rĂŽle voisin de celui quâil joue dans lâentraĂźnement. Le rĂ©sultat de cette plus grande activitĂ©, si notre interprĂ©tation est exacte, serait donc : (1) que les trois impressions typiques dâentraĂźnement, de lancement et de dĂ©clenchement seraient un peu moins diffĂ©renciĂ©es chez lâenfant que chez nous et (2) quâen chacune des trois pourrait se produire en certain cas une sorte dâaction rĂ©ciproque entre A et B sans que le premier soit seul actif comme câest le cas dans les deux premiĂšres de ces impressions causales.
Aucune mesure exacte ne permet malheureusement de dĂ©cider, chez lâenfant, du degrĂ© de diffĂ©renciation de ces trois impressions, car il est nĂ©cessaire de passer par lâintermĂ©diaire du langage : or, le langage enfantin soulĂšve, comme on sâen doute, les plus graves difficultĂ©s dâinterprĂ©tation en un domaine aussi dĂ©licat que celui de la causalitĂ© perceptive oĂč il sâagirait de dissocier constamment ce qui est perçu en fait et ce qui est simplement interprĂ©tĂ©e par la reprĂ©sentation. NĂ©anmoins le langage lui-mĂȘme de lâenfant constitue un premier indice en vertu des classifications quâil utilise en propre et qui diffĂšre souvent singuliĂšrement de celles dont nous nous servons. On pourrait faire en particulier toute une Ă©tude sur les divers sens du mot « pousser », qui vont du choc
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Ă la traction ou Ă lâaction dâarrĂȘter et de la pression matĂ©rielle Ă la simple influence, cette indiffĂ©renciation sĂ©mantique correspondant sans doute (mais cela nâest pas certain et pourrait tenir Ă lâexpression seule) Ă une moins grande diffĂ©renciation perceptive. Mais il y a, dâautre part, tout ce qui nâest pas exprimĂ©.
Voici par exemple un enfant qui dit : « Ils {A et B) marchent ensemble, ils se disent au revoir, lâautre part chez lui. Le noir arrive vers le rouge, il part et le rouge rentre chez lui. » Quand on lui demande sâil le pousse, il rĂ©pond « Oh ! Oui », comme si cela allait de soi, mais il ne lâa pas dit spontanĂ©ment. Il y a alors deux interprĂ©tations possibles : (1) le sujet Ă©prouve une impression perceptive bien diffĂ©renciĂ©e de lancement, mais il la traduit en un langage animiste qui reste pure affaire dâexpression ou Ă la rigueur de conceptualisation ; (2) lâenfant perçoit bien du lancement, mais, en prĂȘtant Ă lâagent A au moins autant dâactivitĂ© que nous le ferions, il attribue au patient B un peu plus dâactivitĂ© que nous et Ă©prouve donc une impression causale moins diffĂ©renciĂ©e du dĂ©clenchement que ce nâest le cas chez lâadulte. Or, ces deux interprĂ©tations possibles sont celles entre lesquelles on hĂ©site constamment, mĂȘme quand les enfantĂ© emploient spontanĂ©ment le mot « pousse » ou un Ă©quivalent.
Voici quelques-unes des expressions spontanĂ©es employĂ©es par les enfants de 4-5 ans au cours de la structuration et avant son achĂšvement : « Ils viennent et ils sâen vont, ils sâamusent, ils se balladent, ils nagent comme sur lâeau, ils sâamusent au petit train, ils roulent et se poussent, ils se courent aprĂšs, ils se tapent, ils se rencontrent, ils se tapent lâun contre lâautre, ils se cognent, lâun bouge lâautre (5 ; 11), le noir cogne le rouge et le fait partir (5 ; 10). » On constate que, Ă part ces deux derniĂšres actions unilatĂ©rales de poussĂ©e, toutes les autres expressions traduisent des mouvements indĂ©pendants mais actifs, des influences diverses, des actions mutuelles et des actions intermĂ©diaires entre le lancement et le dĂ©clenchement. Il convient donc de remarquer que les dĂ©fauts de centration et dâestimation de la vitesse des transports, sur lesquels nous avons insistĂ© Ă propos de la structuration (I et II), loin dâĂȘtre contradictoires avec la plus grande activitĂ© prĂȘtĂ©e par lâentant aux mobiles en constituent au contraire et paradoxalement un des facteurs : en effet, le fait de sauter plus ou moins irrĂ©guliĂšrement dâun mobile Ă lâautre avec un ajustement moteur insuffisant pour suivre le dĂ©tail aboutit Ă prĂȘter Ă ces mobiles divers mouvements spontanĂ©s et diverses activitĂ©s (sans reparler des mouvements stroboscopiques que ce manque dâanalyse favorise), tandis que des centrations mobiles plus adaptĂ©es favorisent la causalitĂ© mĂ©canique en opposant les rĂ©ctions passives de B aux mouvements actifs de A. Or, comme nous lâavons dĂ©jĂ notĂ©, il est fort peu probable que lâimpression causale finale rĂ©sultant dâune structuration achevĂ©e nâhĂ©rite pas dâune partie des impressions
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Ă©prouvĂ©es au cours mĂȘme de cette structuration et soit exactement de mĂȘme nature que quand elle sâimpose dĂšs le dĂ©part. Etant prĂ©cĂ©dĂ©e par des impressions multiples dâactivitĂ©s (mouvements indĂ©pendants, poursuites, rencontres, actions mutuelles, etc.), il est peu vraisemblable quâune fois atteint lâeffet de lancement, il ne subsiste rien des perceptions antĂ©rieures. Lorsque cet effet est obtenu dĂšs le dĂ©part, A est seul actif et B subit passivement la poussĂ©e, avec impression de simple rĂ©sistance (mais en rĂ©cupĂ©rant souvent un dĂ©but dâactivitĂ© dans la seconde moitiĂ© du trajet une fois en dehors du rayon dâaction). Mais lorsque A et B ont Ă©tĂ© perçus comme des mobiles indĂ©pendants avant lâimpression que A pousse B, il est probable que B conserve quelque chose de son activité : entre la poussĂ©e imprimĂ©e par une simple masse en mouvement sur une autre masse et la poussĂ©e quâun ĂȘtre vivant peut exercer sur un autre, il existe de nombreux intermĂ©diaires perceptifs.
Un second indice Ă retenir est que, mĂȘme au terme ou au moment optimum de sa structuration, lâenfant voit souvent 1, pour des vitesses de rapport 3 :1, le mouvement B comme sâil Ă©tait plus rapide que le mouvement A. Par exemple, des 18 sujets de 4-5 ans interrogĂ©s sur la vitesse dans le tabl. XIX, 8 seulement voient A plus rapide, tandis que 7 attribuent une plus grande vitesse Ă B et 3 perçoivent les vitesses Ă©gales. Dâautres recherches ont donnĂ© des rĂ©sultats voisins. Or, le fait de voir B plus rapide que A quand leurs relations cinĂ©tiques sont de 1 Ă 3 semble Ă©videmment indiquer quâune certaine activitĂ© est prĂȘtĂ©e Ă B, sâorientant vers le dĂ©clenchement.
En troisiĂšme lieu, et ceci est lâessentiel, on constate souvent, en plus des indices prĂ©cĂ©dents liĂ©s au langage et Ă la structuration, que des situations donnant lieu Ă un lancement typique chez lâadulte, provoquent une impression de dĂ©clenchement chez lâenfant. Par exemple, pour la combinaison 40/120 du tabl. II (rapport des vitesses 3 :1), aucun adulte sur 12 (48 rĂ©ponses distinctes) ne perçoit de dĂ©clenchement, tandis que 13 enfants sur 17 (31 rĂ©ponses sur 51) ont prĂ©sentĂ© cette structure. Il y a lĂ un fait assez caractĂ©ristique qui tĂ©moigne Ă nouveau dâune certaine indiffĂ©renciation et dâune plus grande activitĂ© prĂȘtĂ©e Ă B.
En quatriĂšme lieu, si les indices prĂ©cĂ©dents suggĂšrent une plus grande activitĂ© prĂȘtĂ©e Ă B, donc une indiffĂ©renciation relative entre le lancement et le dĂ©clenchement, il reste, du point de vue de lâactivitĂ© de A et des relations entre le lancement et lâentraĂźnement, les faits curieux rĂ©vĂ©lĂ©s par la reproduction motrice de certains de nos sujets, dans laquelle lâagent A est reprĂ©sentĂ© comme accompagnant sur un parcours donnĂ© le patient B. Ces faits ne sont, il est vrai, pas relatifs Ă la perception elle-mĂȘme mais Ă la symbolique gestuelle qui traduit cette per-
1 Rappelons que parfois lâadulte lui-mĂȘme a lâimpression (en partie reprĂ©sentative) que la poussĂ©e de A entraĂźne la rapiditĂ© de B, du moins lors des premiĂšres rĂ©ponses.
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ception et soulĂšve par consĂ©quent des difficultĂ©s analogues Ă celles du langage : lâaccompagnement serait donc un symbole de lâactivitĂ© de A par rapport Ă B. Mais, mĂȘme interprĂ©tĂ© ainsi, il reste Ă expliquer pourquoi lâaccompagnement est choisi comme symbole dâaction, plutĂŽt que le choc, imitĂ© par dâautres sujets, etc. : Or, lâaccompagnement est le symbole de lâaction qui dure comme sâil y avait entraĂźnement, et câest en ce sens que lâon peut y voir Ă nouveau un signe de lâindiffĂ©renciation relative entre deux formes dâimpression causale que nous nâaurions pas eu lâidĂ©e de symboliser lâune par lâautre. Câest en tous cas, de mĂȘme que les autres symboles gestuels, un indice du renforcement de lâactivitĂ© de A.
Au total, il semblerait que, pour le jeune enfant, tous les mouvements engendrent une impression de plus grande activitĂ© que chez lâadulte : B reste actif dans le lancement et est souvent perçu en Ă©tat de dĂ©clenchement quand le rapport objectif correspond au lancement ; et A est symbolisĂ© par lâentraĂźnement quand il y a eu perception de lancement. Câest pourquoi on peut supposer quâil y a davantage dâaction rĂ©ciproque dans la causalitĂ© perceptive de lâenfant que dans celle qui, plus tard, sera assujettie Ă des rĂ©gulations plus strictes.
IV. Les limites plus larges de la causalitĂ© et les compensations moins rĂ©glĂ©es. â Si les impressions causales de lâenfant sont moins diffĂ©renciĂ©es que celles de lâadulte Ă cause dâune plus grande activitĂ© attribuĂ©e aux mobiles il doit vraisemblablement sâensuivre que le domaine de la causalitĂ© perceptive doit ĂȘtre un peu plus large chez lâenfant, et Ă frontiĂšres plus floues, ce qui indiquerait en retour une moins grande prĂ©cision dans les rĂ©gulations assurant la compensation entre les actions et les rĂ©actions.
Cette hypothĂšse dâun domaine de causalitĂ© un peu plus large chez lâenfant quâaux niveaux ultĂ©rieurs semble il est vrai contredite par deux cas â les seuls que nous ayons rencontrĂ©s â oĂč lâimpression causale augmente avec lâĂąge. Le premier est celui du lancement sans contact. Mais, dâune part nous avons supposĂ© aux exigences dâun contact chez lâenfant des origines tactilo-kinesthĂ©siques qui rendent naturel quâavec la diffĂ©renciation des impressions visuelles et motrices en fonction de lâĂąge les actions sans contact se dĂ©veloppent avec lâĂąge. Dâautre part, la majeure partie des actions Ă distance de lâadulte sont dus Ă des effets de compression et ce dernier effet, qui constitue assurĂ©ment une « Gestalt empirique », doit donc sa formation Ă des expĂ©riences acquises tardivement. Le second cas dâimpression causale augmentant avec lâĂąge est celui des lancements paradoxaux pour des rapports de vitesses 1 : 6 ou 1 : 3 (voir § 16) : Or, ici encore, ces cas sont dus pour la plupart aux mĂȘmes effets de compression. En outre, on ne saurait considĂ©rer comme un accroissement de causalitĂ© avec lâĂąge la substitution du lancement au dĂ©clenchement, puisque chez les petits les deux formes sont plus indiffĂ©renciĂ©es
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et la seconde souvent prĂ©fĂ©rĂ©e en tant quâattribuant une plus grande activitĂ© au mobile B.
Ces exceptions apparentes ainsi motivĂ©es, nous avons rencontrĂ© au moins deux situations dans lesquelles lâenfant semble plus accessible Ă lâimpression causale que lâadulte. Câest dâabord le lancement sans Ă©lan (§ 5) dans lequel le rĂŽle du contact semble prĂ©dominant et qui passe (chez les sujets percevant un contact rĂ©el ou apparent) du 100 % Ă 6-7 ans au 80 oâo Ă 12-14 ans et au 50 % chez lâadulte. La seconde situation, qui relĂšve, avons-nous vu, dâune liaison semi-causale plus quâauthentiquement causale, est celle de lâeffet dâarrĂȘt. Sur ce point, les rĂ©actions des enfants se sont montrĂ©es non seulement sensiblement plus riches que celles de lâadulte, mais encore diffĂ©rentes en qualitĂ© et non pas uniquement en degrĂ©. En effet, tandis quâaucun adulte, dans la situation dĂ©crite au § 5, nâa vu le mobile A arrĂȘter B en le rattrappant, la moitiĂ© environ des enfants ont prĂȘtĂ© Ă A ce pouvoir Ă©trange, sans doute inspirĂ© par la pratique de certains jeux oĂč un coureur en arrĂȘte un autre en le touchant aprĂšs lâavoir rejoint. Ici Ă nouveau lâenfant semble donc prĂȘter aux mobiles une plus grande activitĂ© que lâadulte, jusquâĂ leur prĂȘter des « influences » difficilement perceptibles pour nous sinon Ă titre trĂšs exceptionnel.
Or, les raisons de cette extension un peu plus large de la causalitĂ© perceptive enfantine semblent les mĂȘmes que celle de lâindiffĂ©renciation relative entre les diverses formes que peut prendre cette causalité : dans les deux cas il sâagit sans doute dâune activitĂ© plus gĂ©nĂ©rale et plus grande prĂȘtĂ©e aux mobiles par le fait mĂȘme de lâinsuffisante diffĂ©renciation des facteurs visuels et des facteurs tactilo-kinesthĂ©siques, qui chez lâenfant, interfĂšrent en partie au lieu de se correspondre simplement en tant que domaines distincts et isomorphes. Ce caractĂšre polysensoriel, comme on lâa parfois appelĂ©, de la perception enfantine joue sans doute un rĂŽle essentiel dans la formation des notions animistes, etc., dans lesquelles il y a assimilation constante des processus physiques Ă lâactivitĂ© propre. Or, cette structuration notionnelle de la rĂ©alitĂ© ambiante ne va pas sans doute sans sâaccompagner de la formation de « gestalt empiriques » anthropomorphiques ou biomorphiques qui renforcent par action en retour ce caractĂšre dâactivitĂ© prĂȘtĂ© aux objets perçus dans les cas oĂč interfĂšrent dĂšs le dĂ©part les facteurs visuels et tactilo-kinesthĂ©siques.
Mais si la causalitĂ© perceptive enfantine est ainsi Ă la fois un peu plus large et un peu moins diffĂ©renciĂ©e que chez lâadulte on ne saurait, par le fait mĂȘme, sâattendre Ă trouver dans les structures causales perceptives de lâenfant un jeu de compensations entre les actions et les rĂ©actions assurĂ© par des rĂ©gulations aussi Ă©laborĂ©es que chez nous.
Pour nous lâimpression causale est forte dans la mesure, non seulement oĂč lâagent A produit davantage de changements dans le comportement du patient B, mais encore oĂč les changements peuvent ĂȘtre mieux rattachĂ©s Ă lâactivitĂ© de A par un processus de conservation. Câest pourquoi
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il intervient nĂ©cessairement, en plus de lâampliation du mouvement (et Ă la source mĂȘme de cette ampliation) un mĂ©canisme de compensations entre les gains de B et les dĂ©penses A. Câest ainsi que dans lâentraĂźnement oĂč B semble tout gagner et A ne rien perdre, lâimpression causale nâest possible quâĂ la condition de percevoir en B un objet trĂšs lĂ©ger (relativement) et trĂšs peu rĂ©sistant et en A un objet beaucoup plus fort tel que sa poussĂ©e Ă©quivale Ă une dĂ©pense aussi minime quâest la rĂ©sistance de B. Câest ainsi, dâautre part, que le lancement Ă rapports de vitesse 3 : 1 ou 6 : 1 est meilleur quâĂ rapport 1 : 1 parce que la rĂ©sistance apparente de B conduit Ă attribuer un travail supĂ©rieur Ă A en 3 : 1 ou 6 : 1 quâen 1 : 1. Câest ainsi, enfin, que lâimpression de lancement avec rapport 1 : 3 ou 1 : 6 nâest possible que grĂące Ă lâattribution dâune sorte de force explosive au milieu gazeux intercalaire, sans quoi lâabsence de compensation nâaboutirait quâĂ du dĂ©clenchement.
Mais de telles compensations supposent une estimation relativement adĂ©quate des vitesses en jeu (sans parler des conditions spatiales et temporelles) ainsi que des poids ou rĂ©sistances, etc. Or, avec leurs structurations imparfaites et laborieuses, les enfants ne parviennent pas (suivis dâailleurs en cela par un certain nombre dâadultes perceptivement peu adaptĂ©s) Ă une Ă©valuation suffisante des vitesses et encore moins des rĂ©sistances. Le problĂšme est alors de comprendre comment des compensations insuffisantes, relevant de rĂ©gulations encore mal Ă©quilibrĂ©es du point de vue de la perception des donnĂ©es spatio-temporelles, des vitesses et des rĂ©sistances, aboutissent cependant Ă la formation dâune causalitĂ© perceptive dâextension au moins Ă©gale et sans doute un peu plus large que celle de lâadulte ?
La rĂ©ponse est Ă©videmment que les mĂȘmes raisons dont relĂšvent le retard de structuration et par consĂ©quent lâinsuffisance des compensations sont celles qui contribuent par ailleurs Ă donner aux mobiles une apparence de plus grande activitĂ© (ces raisons tenant dâabord Ă lâindiffĂ©renciation relative des facteurs tactilo-kinesthĂ©tico-visuels, et ensuite Ă la frĂ©quence des mouvements apparents, Ă lâirrĂ©gularitĂ© des centrations mobiles, ce qui renforce la spontanĂ©itĂ© des objets perçus, bref Ă lâinadaptation de la motricitĂ© oculaire sâajoutant Ă lâindiffĂ©renciation rappelĂ©e Ă lâinstant). Il sâensuit alors que si la causalitĂ© perceptive enfantine est plus large, mais les compensations plus lĂąches, câest essentiellement Ă cause du fait que la frontiĂšre est plus floue chez lâenfant que chez nous entre les simples « activitĂ©s » (au sens de Michotte) et la causalitĂ© elle-mĂȘme. Or, il est clair quâentre deux mobiles douĂ©s dâ« activité » tous les deux le rapport des gains et des pertes est autre quâentre un solide en mouvement et une masse dâabord inerte, tous deux plus ou moins conformes Ă des modĂšles mĂ©caniques. La causalitĂ© entre ĂȘtres vivants appartient essentiellement au type du dĂ©clenchement, ce qui nâexclut nullement lâintervention de compensations mais ce qui confĂšre Ă celles-ci un caractĂšre plus souple : dans la mesure oĂč A semble
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vivant, son activitĂ© dâautant plus grande se manifeste, en effet, de façon plus variable sans que les rĂ©sultats obtenus sur B correspondent univoquement au mĂȘme effort dĂ©pensĂ© F, puisquâils sont en gĂ©nĂ©ral supĂ©rieurs ; quant Ă la rĂ©sistance de B, si elle se produit, ce ne peut ĂȘtre quâune rĂ©sistance active, bien diffĂ©rente de celle dâune masse inerte ou dâun poids (le poids lui-mĂȘme Ă©tant souvent perçu en termes de force). Bref, on ne peut soutenir quâil nây a pas compensation entre les mouvements et actions de A et les rĂ©actions et mouvements de B, mais le jeu des possibilitĂ©s est si large que peu de ces formes sâavĂšrent prĂ©gnantes comme câest le cas des quelques compensations simples qui seront retenues presquâexclusivement dans la causalitĂ© perceptive de lâadulte, lorsque les mobiles seront perçus en tant quâobjets physiques plus quâĂ titres de personnages (ce qui est dâailleurs compatible avec un langage anthropomorphique).
§ 20. Les stades de la causalité perceptive et la nature
de la causalité perceptive visuelle
Contrairement aux effets perceptifs primaires qui demeurent qualitativement constants et ne donnent donc pas prise Ă la constitution de stades, il semble que lâon puisse, Ă titre de schĂ©ma provisoire Ă vĂ©rifier par de nouvelles expĂ©riences durant les 12 ou 18 premiers mois, rĂ©partir les faits connus de causalitĂ© perceptive (en gĂ©nĂ©ral) selon les trois stades suivants. Le premier en date serait celui de la causalitĂ© perceptive tactilo-kinesthĂ©sique, dont il semble difficile de ne pas admettre son caractĂšre primitif par opposition Ă la causalitĂ© visuelle : par exemple le nourrisson dĂ©place des objets de la main avant de coordonner cette prĂ©hension avec la vision ; quant Ă la vision, qui fonctionne dĂšs la naissance, il est dâune probabilitĂ© trĂšs faible quâelle donne lieu Ă des impressions causales avant cette coordination avec la prĂ©hension (4 mois â en moyenne) puisque, plus tard encore, le bĂ©bĂ© reste insensible aux liaisons causales extĂ©rieures Ă son action (lorsquâon tambourine des doigts sur un couvercle mĂ©tallique le bĂ©bĂ© de 6-7 mois ne cherche pas, en cas dâarrĂȘt, Ă rĂ©tablir le contact entre la main dâautrui et le couvercle, comme il le fera plus tard, mais simplement Ă agir globalement sur lâensemble de ce tableau) 1. Ce stade initial constituĂ© par la causalitĂ© tactilo-kinesthĂ©sique consiste, dâautre part, il va de soi, et par la nature mĂȘme du domaine sensoriel quâelle fait intervenir en un stade au cours duquel la causalitĂ© perceptive est liĂ©e Ă lâaction propre, en tant que la cause est toujours un mouvement ou une poussĂ©e, etc., des pieds, des mains ou de la tĂȘte, etc., tandis que lâeffet est constituĂ© par le dĂ©placement dâun solide extĂ©rieur.
i Cf. J. Piaget, La construction du rĂ©el chez lâenfant, Obs. 134, p. 246, par opposition Ă lâobs. 144, p. 262.
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Le second stade, dont nous apercevons sans doute les formes terminales vers 4-6 ans (mais avec des rĂ©sidus plus tardifs, tels que lâexigence de contact qui dure jusque chez certains adultes) serait caractĂ©risĂ© par la constitution dâune causalitĂ© perceptive visuelle, mais par correspondance assimilatrice graduelle entre les donnĂ©es visuelles et les donnĂ©es tactilo-kinesthĂ©siques. Cette correspondance assimilatrice dĂ©bute dĂšs la coordination entre la vision et la prĂ©hension puisquâalors en dĂ©plaçant un objet dans le champ visuel, lâenfant de 5-6 mois dĂ©jĂ apprend Ă faire correspondre telle impression tactile Ă tel tableau visuel et rĂ©ciproquement. Mais il sâagit encore de causalitĂ© liĂ©e Ă lâaction propre. Avec la spatialisation et lâobjectivation de la causalitĂ© que nous avons dĂ©crites dans la seconde moitiĂ© de la premiĂšre annĂ©e et au cours de la seconde 1, cette causalitĂ© tactilo-kinesthĂ©tico-visuelle de lâaction propre est dĂ©lĂ©guĂ©e Ă une sĂ©rie toujours plus grande dâobjets : en tirant une couverture sur laquelle est situĂ©e lâobjectif dĂ©sirĂ© (mais hors de la portĂ©e directe de la main), ou en le dĂ©plaçant avec un bĂąton, lâenfant de 10 Ă 18 mois dĂ©lĂšgue les effets dâentraĂźnement (ou traction) et de lancement aux liaisons entre la couverture ou le bĂąton et lâobjectif, sans les limiter comme prĂ©cĂ©demment aux liaisons entre sa main et la couverture ou le bĂąton. La causalitĂ© perceptive visuelle propre Ă ce second stade est donc caractĂ©risĂ©e non seulement par une correspondance assimilatrice tactilo-kinesthĂ©tico-visuelle (qui est une assimilation directe des liaisons visuelles Ă lâaction propre), mais encore par une suite indĂ©finie de dĂ©lĂ©gations assimilatrices, qui sont des assimilations indirectes Ă lâaction propre tout en dĂ©tachant relativement la causalitĂ© visuelle de celle-ci. Mais ce dĂ©tachement est loin dâĂȘtre immĂ©diat et de nombreuses interfĂ©rences entre le domaine tactilo-kinesthĂ©sique ou moteur et le domaine visuel en compliquent la marche progressive. Lâexigence si frappante du contact que nous avons notĂ©e dans les impressions causales visuelles des enfants nâest sans doute que la derniĂšre forme prise par de tels processus avant la libĂ©ration dĂ©finitive de la causalitĂ© visuelle.
Le troisiĂšme stade serait alors caractĂ©risĂ© par une diffĂ©renciation suffisante entre les domaines visuels et tactilo-kinesthĂ©sique, avec correspondance entre leurs Ă©lĂ©ments mais sans interfĂ©rences perturbatrices : lâisomorphisme avec sĂ©paration entre la causalitĂ© visuelle et la causalitĂ© tactile succĂ©derait ainsi aux correspondances assimilatrices avec interfĂ©rence.
Si provisoire et sommaire que soit un tel schĂ©ma il nous aidera tout au moins Ă poser maintenant en termes gĂ©nĂ©tiques le problĂšme de la nature de la causalitĂ© perceptive visuelle. La question centrale nous paraĂźt Ă cet Ă©gard ĂȘtre constituĂ©e par celle des connexions entre les structures tactilo-kinesthĂ©siques et les structures visuelles. Selon que
1 Cf. J. Piaget, La construction du rĂ©el chez lâEnfant, chap. III, § 3 et 4.
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lâon conçoit une telle correspondance comme en partie innĂ©e et dĂ©pendant de la maturation interne ou que lâon y voit le rĂ©sultat dâun apprentissage au cours duquel les expĂ©riences acquises jouent un rĂŽle prĂ©pondĂ©rant, il est clair que les impressions de contact, de choc, de poussĂ©e, dâĂ©branlement, etc. (sans parler des impressions de lĂ©gĂšretĂ© ou de rĂ©sistance, etc.) qui accompagnent les effets de lancement, dâentraĂźnement et de dĂ©clenchement, seront interprĂ©tĂ©es ou comme de bonnes formes liĂ©es aux connexions hĂ©rĂ©ditaires du systĂšme nerveux ou comme comportant une part apprĂ©ciable de « gestalt empiriques ».
Il convient seulement de remarquer que, si lâhypothĂšse de lâinnĂ©itĂ© (avec maturation plus ou moins rapide) est toujours lĂ©gitime, Ă©tant donnĂ© notre ignorance, elle nâest nullement nĂ©cessaire car on assiste dĂšs 3-5 mois Ă un apprentissage (constituant un facteur au moins partiel mais qui pourrait ĂȘtre total) des correspondances tactilo-kinesthĂ©tico-visuelles /dĂ©butant avec la coordination de la prĂ©hension et de la vision (coordination qui en tant que telle dĂ©pend sans doute de la maturation du faisceau pyramidal comme lâa supposĂ© Tournay1), cette correspondance continue de se construire avec lâexercice de lâimitation, et au cours de presque toutes les activitĂ©s de lâenfant. Or, si une telle correspondance nâest pas innĂ©e, cela entraĂźnerait naturellement cette consĂ©quence que tous les effets dynamiques en jeu dans la causalitĂ© visuelle (choc et poussĂ©e, mais aussi contact entre solides, masse, poids et rĂ©sistance) seraient Ă considĂ©rer comme des effets perceptifs dus Ă lâexpĂ©rience acquise. Comme cela est dĂ©jĂ Ă©vident des effets de compression et de tous ceux qui comportent un intermĂ©diaire gazeux entre A et B (air, etc.), cela signifierait donc simplement que les facteurs dynamiques de la causalitĂ© visuelle rĂ©sultent dâune correspondance acquise, Ă diffĂ©rents niveaux de dĂ©veloppement : au cours du second stade pour ce qui est de la correspondance tactilo-kinesthĂ©tico-visuelle et au cours du troisiĂšme pour ce qui est des Gestalt empiriques plus complexes.
Mais cela ne signifie encore nullement que la causalitĂ© perceptive, tactile ni mĂȘme visuelle, soit dâorigine empirique parce que les composantes dynamiques de la causalitĂ© visuelle le seraient : il convient, en effet, de distinguer entre les composantes dâune composition perceptive et sa forme ou structure. Pour ce qui est encore des composantes, il reste les liaisons spatiales (intervalles et successions) et temporelles (durĂ©es et successions) ainsi que les vitesses, câest-Ă -dire les perceptions spatio-temporelles et cinĂ©tiques, qui ne posent pas de problĂšmes particuliers dans le domaine de la causalitĂ© puisquâon les retrouve sous les mĂȘmes formes dans les configurations non causales (ce qui ne signifie nullement quâon en connaisse tous les mĂ©canismes, notamment en ce qui concerne la vitesse).
1Journal de Psychol., 1923, p. 759 et 1924, p. 433.
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Pour ce qui est par contre de la forme de la composition engendrant la causalitĂ©, câest-Ă -dire la conservation de lâaction de A au cours dâun changement productif se manifestant en B, le problĂšme est alors tout autre quâen ce qui concerne les composantes, car cette forme ou structure causale, qui constitue donc la rĂ©sultante et non plus lâune des composantes de la composition, nâest plus elle-mĂȘme le produit dâune correspondance avec la causalitĂ© tactile, mais rĂ©sulte dâune composition nouvelle et actuelle dâĂ©lĂ©ments issus simultanĂ©ment de la vision et du domaine tactilo-kinesthĂ©sique (mais traduits en termes visuels). Or, cette forme de la composition, ou structure de la rĂ©sultante, ne saurait ĂȘtre rĂ©duite Ă des facteurs empiriques pour cette raison quâelle constitue une forme dâĂ©quilibre relevant de lois de probabilitĂ© qui sont indĂ©pendantes Ă la fois des facteurs innĂ©s et acquis puisquâelles les dominent tous deux : cette forme nâest pas autre chose, en effet, que le mĂ©canisme de la compensation entre lâaction de A et la rĂ©action de B, compensation qui assure la conservation de lâaction au travers du changement.
Le problĂšme est donc dâinterprĂ©ter le mĂ©canisme de cette compensation, lequel par hypothĂšse ne saurait donc rĂ©sulter de lâexpĂ©rience acquise, mais constituerait le produit des activitĂ©s coordinatrices du sujet percevant, autrement dit le produit dâune activitĂ© perceptive rĂ©gulatrice analogue Ă celles qui sont Ă lâĆuvre dans les compensations propres aux constances perceptives en gĂ©nĂ©ral (cf. § 12).
Nous manquons malheureusement de tout renseignement sur le mĂ©canisme des compensations en jeu dans les constances perceptives. Il faut donc nous contenter dâen fournir une traduction abstraite avec lâespoir de lâexprimer tĂŽt ou tard en un modĂšle probabiliste susceptible de vĂ©rification. Or, il est frappant de constater quâil existe Ă cet Ă©gard des analogies Ă©troites entre les quatre formules de constances rappelĂ©es au § 10 et la causalitĂ© perceptive elle-mĂȘme. Dans ces cinq cas, en effet, on est en prĂ©sence : (1) dâune qualitĂ© « transformante », qui modifie le caractĂšre habituel de lâobjet (2) dâune qualitĂ© « transformĂ©e » ou apparente, rĂ©sultant de lâaction de (1) ; (3) dâune qualitĂ© « constante », produit de la compensation entre (1) et (2) ; et finalement (4) dâune activitĂ© perceptive capable de retrouver la qualitĂ© constante (3) en partant de la qualitĂ© transformĂ©e (2) et en compensant lâaction de la qualitĂ© transformante (l)1.
1 Dans une analyse des isomorphismes partiels entre les structures logiques et les structures perceptives (« Etudes dâĂ©pistĂ©mologie gĂ©nĂ©tique », Paris, P.U.F., vol. VII, chap. II), nous avons prĂ©sentĂ© les mĂȘmes compositions sous une forme multiplicative qui Ă©quivaudrait, dans le langage employĂ© ici Ă la composition : « qualitĂ© transformante (1) » Ă « qualitĂ© transformĂ©e (2) â « qualitĂ© constante (3) ». Nous avons alors insistĂ© sur la difficultĂ© Ă retrouver (2) Ă partir de (3) en annulant (1), tandis quâici nous insistons sur la possibilitĂ© en partant de (2) de trouver (3) en compensant la transformation en jeu dans (1). Or, cette double prĂ©sentation nâest diffĂ©rente quâen apparence (et montre simplement que sâil y a isomorphisme partiel entre la perception et lâopĂ©ration, il nâest que partiel et nâaboutit jamais ni Ă une multiplication exacte ni Ă son inverse exact) : en effet, ce que nous appelions « multipli-
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Dans le cas de la constance de la grandeur, la qualitĂ© transformante est la distance, dont on sait que son estimation joue un rĂŽle essentiel dans lâĂ©valuation de la grandeur rĂ©elle ; la qualitĂ© transformĂ©e (2) est la grandeur apparente, rĂ©sultat de la transformation donc de lâĂ©loignement ; la qualitĂ© constante (3) est la grandeur rĂ©elle. Quant Ă lâactivitĂ© perceptive (4) on peut la concevoir comme une sorte de transport axial consistant Ă agrandir la grandeur apparente en fonction de la distance, ce qui revient Ă retrouver la grandeur rĂ©elle. On sait, en effet, que toute modification dans lâestimation de la distance entraĂźne instantanĂ©ment une nouvelle Ă©valuation de la grandeur rĂ©elle : par exemple un oiseau pris pour un moineau ou une hirondelle volant dans la brume et estimĂ© proche prend brusquement la taille dâun corbeau ou dâun faucon quand lâapparition dâun fil Ă©lectrique servant de rĂ©fĂ©rence permet de constater que la distance est plus grande. Le freinage dont nous parlons nâest pas autre chose que cette capacitĂ© de situer lâimage apparente Ă une distance variable, ce qui permet alors de lui restituer la grandeur rĂ©elle quâelle aurait dans lâespace proche.
Dans le cas de la constante de la forme, la qualitĂ© transformante (1) est lâangle de la rotation que lâon a imprimĂ© Ă la figure Ă partir de sa position normale (dans le cas, par exemple, dâun cercle prĂ©sentĂ© comme une ellipse) ; la qualitĂ© transformĂ©e (2) est la forme apparente et la qualitĂ© constante (3) est la forme rĂ©elle. Quant Ă lâactivitĂ© perceptive (4), elle consiste ici en un transport par rotation rĂ©tablissant virtuellement la position normale et fournissant ainsi la forme rĂ©elle : en prĂ©sence dâun cube vu de 3/4, on sâefforce, en effet, de « voir » lâobjet comme sâil Ă©tait de face, ce qui signifie quâon se livre Ă un transport angulaire.
Dans le cas de la constance du son la situation est la mĂȘme que pour celle des grandeurs, puisque câest Ă nouveau lâĂ©loignement qui constitue la qualitĂ© dĂ©formante (1). Lâobservation courante a montrĂ© Ă lâun de nous quâune modification imposĂ©e brusquement par les donnĂ©es extĂ©rieures dans lâĂ©valuation de la distance transforme de façon soudaine le son rĂ©el correspondant au mĂȘme son apparent, comme câest le cas dans les changements instantanĂ©s de jugements sur la grandeur rĂ©elle.
De mĂȘme, en ce qui concerne la constance des couleurs, la qualitĂ© transformante (1) est constituĂ©e par lâĂ©clairement, la qualitĂ© transformĂ©e (2) est la couleur apparente, la qualitĂ© constante (3) est la couleur rĂ©elle et lâactivitĂ© perceptive (4) consiste sans doute en une modification virtuelle de lâĂ©clairement ou en un dĂ©placement virtuel de lâobjet dans la direction de lâĂ©clairement habituel. Nous ne possĂ©dons aucune cation » dans cet article Ă©quivaut naturellement Ă ce que nous appelons ici « compensation » puisque multiplier la grandeur apparente par la distance revient, en fait, Ă compenser la diminution apparente de cette grandeur en fonction de lâaccroissement de la distance.
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indication Ă cet Ă©gard sinon que la perception de lâĂ©clairement est nĂ©cessaire Ă celle de la constance de la couleur, mais câest lĂ dĂ©jĂ une donnĂ©e instructive puisquâelle montre Ă nouveau la nĂ©cessitĂ© dâune relation active entre les termes (1) et (2) pour dĂ©terminer la constance (3).
Si nous en revenons maintenant Ă la causalitĂ© perceptive, nous retrouvons les quatre mĂȘmes Ă©lĂ©ments, ce qui nous renseigne en partie sur le mĂ©canisme de la compensation. La qualitĂ© constante (3) est Ă©videmment le mouvement A1 de A tel quâil se prolongerait sans la rencontre avec B et tel quâil se prolongerait sur B lui-mĂȘme, par « ampliation » exacte, sâil nâĂ©tait pas transformĂ©. La qualitĂ© transformante (1) est donc constituĂ©e en ce cas par les impressions dynamiques liĂ©es Ă la rencontre avec B soit F{T, C)+R(T, C). La qualitĂ© transformĂ©e (2) nâest alors autre que le mouvement B2 du patient B. Quant Ă lâactivitĂ© perceptive (4) en jeu dans la composition causale, son rĂŽle est de retrouver la qualitĂ© constante (3), soit le mouvement A1 sous la qualitĂ© transformĂ©e (2), donc sous le mouvement B2, autrement dit dâassurer la conservation du mouvement de A dans la perception du mouvement de B (ce qui correspond exactement Ă 1â« ampliation du mouvement »). Il est alors clair que cette activitĂ© (4) comporte comme dans les cas prĂ©cĂ©dents deux aspects complĂ©mentaires : (4 a) un simple « transport » prolongeant celui qui Ă©tait nĂ©cessaire Ă la perception du mouvement Ai de A, et le prolongeant aprĂšs lâarrĂȘt Ă©ventuel de A et au cours mĂȘme du mouvement de B ; (4 b) une mise en relation entre (2) et (1) pour retrouver (3), donc entre le mouvement B2 et les facteurs dynamiques F+R pour retrouver A1. Or cette mise en relation semble aisĂ©e Ă expliquer dans le cas particulier : le mouvement de A Ă retrouver sous celui de B correspondant donc Ă un transport virtuel qui prolonge le transport rĂ©el ayant accompagnĂ© la perception initiale de A1, et le mouvement B2 de B Ă©tant lui-mĂȘme perçu grĂące Ă un transport rĂ©el qui accompagne la marche de B, les qualitĂ©s F(T, C) et R(T, C) (rĂ©sultant elles-mĂȘmes dâune correspondance, que nous avons supposĂ©e acquise, avec les facteurs tactilo-kinesthĂ©tiques) correspondent alors directement Ă la diffĂ©rence entre le transport virtuel prolongeant le mouvement de A et le transport rĂ©el accompagnant celui de B : par exemple, dans un lancement de rapport de vitesses Ï 1 > v2 (6 :1 ou 3 :1) ce serait la diffĂ©rence1 TpvA1â TpB2, autrement dit le freinage mĂȘme du transport, qui dĂ©clencherait les impressions dynamiques, sous une forme visuelle, mais en dĂ©clenchant par cela mĂȘme leur assimilation avec les Gestalt empiriques connues par la correspondance ordinaire tactilo-kinesthĂ©tico-visuelle. Les impressions de rĂ©sistance et de poids trouveraient ainsi, en particulier, une sorte dâĂ©quivalent visuel, dans le freinage des vitesses de transport, câest-Ă -dire dans les activitĂ©s mĂȘmes du sujet et non pas exclusivement dans les qualitĂ©s de lâobjet perçu ce qui faciliterait leur
1Tp = transport et Tpv = transport virtuel.
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correspondance avec les Gestalts empiriques antérieurement acquises et relatives aux qualités des objets (rapports de vitesses, etc.).
On entrevoit de cette maniĂšre en quoi peut consister le mĂ©canisme de la compensation : (A1â A2)+F(T, C) = (B2â B1â)+R(T, C). En effet, si A1 et B2 correspondent Ă des transports rĂ©els, F(T, C) Ă lâinterruption du transport de A et R(T, C) au ralentissement ou freinage du transport de B succĂ©dant Ă celui de A, la force de lâimpression causale proviendra non seulement de la correspondance entre les donnĂ©es spatio-temporelles et cinĂ©tiques fournies par la configuration objective et la coordination des transports de A et de B (lâun devenant virtuel au moment oĂč lâautre dĂ©bute rĂ©ellement) dans les activitĂ©s du sujet, mais encore de la prĂ©cision avec laquelle le sujet pourra conserver le transport virtuel du mouvement de A tout en suivant le mouvement de B. Cette prĂ©cision sera alors fonction des rĂ©gulations qui interviennent dĂšs la structuration (estimation des prioritĂ©s spatio-temporelles et des vitesses) mais qui conservent un rĂŽle essentiel dans lâĂ©tablissement des compensations, puisque lâapprĂ©ciation des qualitĂ©s dynamiques F et R, nĂ©cessaires Ă la compensation, dĂ©pend de la dynamique des transports et pas seulement des correspondances tactilo-kinesthĂ©tico-visuelles antĂ©rieurement acquises. On comprend en outre par cela mĂȘme que, chez lâenfant dont le jeu des centrations et des transports est moins bien rĂ©glĂ© que chez lâadulte, on observe simultanĂ©ment une causalitĂ© plus large parce que moins diffĂ©renciĂ©e des « activitĂ©s » simples et des compensations moins Ă©quilibrĂ©es.
§ 21. Les relations entre la perception et la notion de causalité
Nous voici enfin en mesure de reprendre le problĂšme auquel nous faisions allusions dans notre introduction et Ă propos duquel Michotte a bien voulu se livrer Ă une rĂ©interprĂ©tation des travaux de lâun de nous.
Lâexcellente formule de Michotte (utilisĂ©e par lui non pas dans son ouvrage, mais en plusieurs essais ultĂ©rieurs), suivant laquelle la perception constituerait une « prĂ©figuration de la notion », soulĂšve deux sortes de questions, en apparence bien distinctes et en rĂ©alitĂ© solidaires : celle des diverses significations possibles que peut revĂȘtir lâhypothĂšse de la prĂ©figuration ; et celle de la prioritĂ© chronologique de la perception et de la posibilitĂ© dâintermĂ©diaires sâintercalant entre la perception et la notion.
En ce qui concerne la premiĂšre de ces deux questions, il est au moins deux significations trĂšs diffĂ©rentes du terme de la « prĂ©figuration » quâil importe de confronter lâune Ă lâautre. (1) La premiĂšre interprĂ©tation est issue de la tradition propre Ă lâabstraction aristotĂ©licienne : la perception nous fournit une connaissance directe et Ă©lĂ©mentaire des objets et lâintelligence, grĂące au jeu combinĂ© de lâabstraction
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et de la gĂ©nĂ©ralisation, tire de cette connaissance directe un systĂšme de notions. De ce premier point de vue la causalitĂ© notionnelle tirerait donc sans plus ses origines de la causalitĂ© perceptive, quitte Ă enrichir la perception naĂŻve de la causalitĂ© par dâautres donnĂ©es, dâailleurs Ă©galement perceptives en leur source mais tirĂ©es dâobservations plus exactes ou dâexpĂ©riences scientifiques. (2) Mais on peut concevoir une seconde interprĂ©tation : la perception de la causalitĂ© prĂ©figurerait la notion correspondante en ce sens que les mĂ©canismes formateurs du lien causal seraient analogues dans les deux cas, et que le mode de composition en jeu dans la perception de la causalitĂ© constituerait le point de dĂ©part dâune construction se continuant (par Ă©tapes discontinues ou de façon ininterrompue ; ceci relĂšve du second de nos deux problĂšmes) de la perception Ă la notion elle-mĂȘme. En ce second sens, on ne pourrait plus dire que la notion de causalitĂ© soit tirĂ©e par abstraction de la perception de la causalitĂ©, puisque la notion constituerait lâachĂšvement dâune construction dĂ©butant simplement, soit avec la perception elle-mĂȘme, soit avec lâensemble des mĂ©canismes sensori-moteurs dont la perception ne reprĂ©sente quâun secteur, mais dâune construction relevant de mĂ©canismes indĂ©pendants de la perception et dont la rĂ©alisation perceptive nâest quâun cas particulier parmi dâautres.
DâoĂč le second problĂšme : faut-il se borner Ă opposer lâune Ă lâautre perception et notion, ou faut-il envisager plusieurs plans distincts dans le domaine perceptif et un nombre plus grand encore de niveaux en ce qui concerne la notion ? Et, en ce cas, les niveaux infĂ©rieurs de la perception sont-ils nĂ©cessairement antĂ©rieurs aux niveaux les plus primitifs de formation de la notion (les niveaux sensorimoteurs, par exemple, antĂ©rieurs Ă la reprĂ©sentation mais essentiels pour la formation de lâintelligence ultĂ©rieure), ou au contraire y a-t-il synchronisme au dĂ©part et simplement Ă©volution plus rapide sur les plans perceptifs que dans les domaines reprĂ©sentatifs ?
Pour revenir au premier de nos deux problĂšmes, lâanalyse qui prĂ©cĂšde ne nous paraĂźt laisser aucun doute quant au sens Ă attribuer au terme de « prĂ©figuration » : la perception de la causalitĂ© prĂ©figure bien la notion de cause, mais dans lâexacte mesure seulement oĂč la composition perceptive fait intervenir, sur le terrain qui est le sien, un mĂ©canisme de conservation jouant Ă travers les transformations, autrement dit un mĂ©canisme de compensations entre les actions et les rĂ©actions, isomorphe en gros au mĂ©canisme de conservation et de compensation que lâon retrouvera Ă un niveau bien supĂ©rieur sur le terrain de la causalitĂ© opĂ©ratoire et notamment de la causalitĂ© mĂ©canique. Mais cet isomorphisme relatif nâentraĂźne nullement cette consĂ©quence que la causalitĂ© opĂ©ratoire soit tirĂ©e, par abstraction, de la causalitĂ© perceptive : il prouve exclusivement (mais ce rĂ©sultat, que nous devons en fait aux travaux de Michotte, nâest est pas moins remarquable), que partout oĂč sâimpose un lien causal stable en ce qui concerne le mouvement
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transitif, il repose sur un mode semblable de composition, encore rudimentaire quand les instruments en sont les rĂ©gulations perceptives, raffinĂ© et prĂ©cis quand les instruments en sont les opĂ©rations logico-mathĂ©matiques, mais analogue en sa forme gĂ©nĂ©rale. Bien entendu, si le lien causal ne constituait pas une simple rĂ©sultante, produit dâune composition entre facteurs cinĂ©matiques et dynamiques, mais reposait sur lâapprĂ©hension directe dâun « passage sensible » entre lâagent et le patient (cf. § 11-12), la situation serait autre : en ce cas, mais en ce cas seulement, la notion devrait ĂȘtre conçue comme tirĂ©e de la perception. Seulement, Michotte pas plus que nous, nâa rien observĂ© de semblable, et son « ampliation du mouvement » comme les compensations cinĂ©to-dynamiques au moyen desquelles nous cherchons Ă lâexpliquer, ne sont que les rĂ©sultantes de compositions complexes, exactement comme lâest la causalitĂ© rationnelle sur le terrain des compositions qui sont les siennes.
Ceci nous conduit au second de nos deux problÚmes : celui des niveaux distincts de perception et de conceptualisation et de leurs chronologies relatives.
I. En ce qui concerne, dâabord, la perception, il est clair que nous ne saurions nous contenter de cette dĂ©signation globale, puisque, sur le seul terrain de la causalitĂ© perceptive, nous avons dĂ©jĂ Ă©tĂ© conduits Ă distinguer au moins trois niveaux distincts (les seuls que nous retiendrons ici, bien que la liste nâen soit nullement exhaustive)1 :
I 1). Le niveau de la lecture immĂ©diate des donnĂ©es de dĂ©part interdĂ©pendantes ou « effets de champ » : formes et dimensions des objets, mouvements, prioritĂ©s spatiales et temporelles et peut-ĂȘtre vitesses.
I 2). Le niveau des formes perceptives empiriques, câest-Ă -dire influencĂ©es par lâexpĂ©rience antĂ©rieure : tels sont, sur le terrain des impressions causales perceptives, les effets dynamiques, pour autant que les correspondances tactilo-kinesthĂ©tico-visuelles que nous avons notĂ©es sont effectivement acquises et non point innĂ©es 2
I 3). Le niveau des compositions faisant intervenir des activitĂ©s perceptives (transports, compensations, etc.). Il existe des compositions immĂ©diates relevant des niveaux (1) et (2), mais nous ne parlons ici que des compositions comportant une certaine activitĂ© prĂ©alable. Or, la lenteur de la structuration chez lâenfant et le fait que la plupart des adultes doivent attendre quelques prĂ©sentations du couple A + B pour parvenir Ă une impression causale nette suffiraient Ă montrer (indĂ©pendamment des analyses qui prĂ©cĂšdent) que cette impression constitue
1 Nous ne parlons ici que de niveaux hiérarchiques et non pas des stades à la causalité perceptive dont il a déjà été question au § 20.
2 Câest Ă ces niveaux (1) ou (2) quâappartiendraient les « passages sensibles » sâils existaient. A leur dĂ©faut, lâimpression causale comme telle nâappartient quâau niveau (3).
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non seulement une rĂ©sultante, mais encore la rĂ©sultante dâactivitĂ©s complexes.
II-III. Si nous en venons maintenant Ă la conceptualisation de la causalitĂ©, la sĂ©rie des paliers de construction serait beaucoup plus longue. Contentons-nous donc des principaux stades gĂ©nĂ©tiques sans insister sur les niveaux hiĂ©rarchiques subsistant dans les conduites de chaque stade. Mais soulignons le fait quâaucune notion fondamentale, telles que lâespace, le temps, le mouvement, lâobjet, etc., pas plus que la causalitĂ©, ne dĂ©butent avec la reprĂ©sentation et le langage, mais que toutes sont issues dâune construction dĂ©butant dĂšs la pĂ©riode sensori-motrice prĂ©verbale. Or, entre la construction sensori-motrice (II) et la construction reprĂ©sentative ou symbolique (III) il nây a pas continuitĂ© simple, mais reconstruction prĂ©alable sur le nouveau plan quâest celui de la reprĂ©sentation, des connexions dĂ©jĂ acquises dans lâaction sur le terrain sensori-moteur :
II 1). CausalitĂ© sensori-motrice initiale dans laquelle la cause est une action du sujet et lâeffet un Ă©vĂ©nement extĂ©rieur contigu ou distant.
II 2). DĂ©buts puis achĂšvement dâune causalitĂ© sensori-motrice objectivĂ©e et spatialisĂ©e oĂč cause et effet peuvent ĂȘtre extĂ©rieurs au corps propre mais impliquent un contact spatial.
III 1). CausalitĂ© reprĂ©sentative prĂ©opĂ©ratoire par assimilation des sĂ©quences observĂ©es Ă lâaction propre (animisme, etc.).
III 2). CausalitĂ© reprĂ©sentative opĂ©ratoire, par composition de facteurs cinĂ©tiques et dynamiques indĂ©pendants de lâaction propre.
Il sâagirait donc dâabord dâĂ©tablir si la causalitĂ© perceptive I 3 prĂ©cĂšde ou non les formes sensori-motrices de causalitĂ© II 1 ou mĂȘme II 2. Pour ce qui est de la causalitĂ© tactile, cela est possible mais non certain, et ce nâest vraisemblablement pas le cas de la causalitĂ© perceptive visuelle. Mais, quâil y ait prioritĂ© chronologique ou non, le vrai problĂšme, en prĂ©sence de ces formes I 3 et II 1-2 de causalitĂ© apparaissant au mĂȘme niveau approximatif de dĂ©veloppement, est de savoir si la causalitĂ© sensori-motrice ne repose que sur des impressions causales perceptives ou si, dĂšs le dĂ©part, la causalitĂ© sensori-motrice comporte un Ă©largissement des compositions tel que, tout en englobant des Ă©lĂ©ments perceptifs, cette causalitĂ© fasse intervenir une schĂ©matisation dĂ©passant la causalitĂ© perceptive. Or, câest ce qui semble bien ĂȘtre le cas. Il est trĂšs frappant Ă cet Ă©gard, de constater que, si le contact entre lâagent et le patient est indispensable Ă la causalitĂ© perceptive tactile, et si elle demeure nĂ©cessaire en moyenne Ă la causalitĂ© perceptive visuelle de lâenfant jusquâassez tard comme nous y avons suffisamment insistĂ© plus haut (§ § 2-5, 14 et 19), la causalitĂ© sensorimotrice initiale du type II 1 est prĂ©cisĂ©ment caractĂ©risĂ©e, contrairement aux
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formes ultĂ©rieures groupĂ©es sous II 2, par un Ă©tonnant dĂ©tachement Ă lâĂ©gard des contacts spatiaux (raison pour laquelle nous lâavons appelĂ©e â magico-phĂ©nomĂ©niste â) : câest ainsi que les gestes (y compris les rĂ©actions posturales) de secouer la main, de se cambrer et de se laisser retomber, de tirer un cordon pendant du toit du berceau, etc., sont utilisĂ©s aussi bien pour secouer le berceau, sa toiture et les jouets suspendus Ă cette derniĂšre, que pour agir sur des objets perçus visuellement Ă quelques mĂštres ou mĂȘme pour faire continuer un son entendu, etc. 1. MĂȘme si (ce qui est possible mais non certain) de telles liaisons comportent au point de dĂ©part une impression causale perceptive bien dĂ©limitĂ©e de type tactilo-kinesthĂ©tico-visuel complet (avec connexion actuelle des deux domaines sensoriels) et de forme (A1â A2)+F(T, C) = B2â B1+R(T, C), le contact Ă©tant globalement perçu, il est clair que lâextension immĂ©diate de la causalitĂ© Ă des actions sans contact suppose un mĂ©canisme de composition et de compensation dans lequel ce que nous avons appelĂ© lâĂ©lĂ©ment 4 au § 20 nâest plus constituĂ© seulement par une activitĂ© perceptive de transport rĂ©el ou virtuel, mais quâil sây ajoute dĂ©jĂ une assimilation par schĂšmes sensori-moteurs ; de mĂȘme la perception de lâagent (qui est un geste relevant de lâaction propre avec ou sans prolongement sur un objet intermĂ©diaire), du patient (le rĂ©sultat objectif global), des mouvements et des facteurs dynamiques, est alors aussitĂŽt englobĂ©e dans des assimilations par schĂšmes du mĂȘme type. En dâautres termes, il nây a pas abstraction Ă partir de la perception, mais substitution dâun mode plus large de composition au mode perceptif, que celui-ci constitue la source de celui-lĂ , ou quâil ait Ă©tĂ© dĂšs lâorigine englobĂ© dans celui-lĂ , ou encore quâil en dĂ©rive par diffĂ©renciation et spĂ©cialisation progressives (de nouvelles recherches sont nĂ©cessaires pour Ă©tablir cette filiation).
Câest ainsi que, dĂšs le niveau sensori-moteur et Ă©tapes par Ă©tapes, de nouveaux modes de composition se substituent les uns aux autres par dĂ©rivations successives jusquâĂ la causalitĂ© opĂ©ratoire dans laquelle lâagent, le patient et leurs caractĂšres cinĂ©matiques ainsi que dynamiques sont tous assimilĂ©s Ă un systĂšme de relations logico-mathĂ©matiques, tel que le mĂ©canisme de la conservation au travers des transformations (donc le jeu des compensations) soit assurĂ© par les opĂ©rations elles-mĂȘmes. Câest pourquoi la causalitĂ© opĂ©ratoire ne dĂ©rive pas de la causalitĂ© perceptive malgrĂ© leur isomorphisme relatif remarquable, ou, si elle en dĂ©rive indirectement, ce nâest pas en abstrayant le lien causal du lien perceptif mais en substituant lâopĂ©ration Ă une activitĂ© perceptive qui en serait la source. Mais rien ne prouve actuellement que lâopĂ©ration tire ses origines des activitĂ©s perceptives et il est bien plus probable quâelle procĂšde des activitĂ©s sensori-motrices en gĂ©nĂ©ral dont les
1 Voir La naissance de lâintelligence chez lâenfant, chap. III, § 4 et La construction du rĂ©el chez lâenfant, chap. III, § 2.
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activitĂ©s perceptives ne constitueraient quâune spĂ©cialisation particuliĂšrement adaptĂ©e Ă des champs sensoriels restreints.
Au total, la causalitĂ© notionnelle apparaĂźt bien comme constituant dâabord une assimilation des sĂ©quences extĂ©rieures aux schĂšmes de lâactivitĂ© propre et ensuite une assimilation aux mĂ©canismes opĂ©ratoires. Quant Ă la causalitĂ© perceptive, elle ne semble pas Ă©chapper Ă cette loi gĂ©nĂ©rale de dĂ©centration (ce terme Ă©tant pris ici au sens large et non spĂ©cifiquement perceptif) : si vraiment elle dĂ©bute par des formes spĂ©cifiquement tactilo-kinesthĂ©siques pour nâacquĂ©rir ses formes visuelles que secondairement et par lâintermĂ©diaire de correspondance assimilatrices tactilo-kinesthĂ©tico-visuelles dont nous avons constatĂ© la prĂ©sence encore trĂšs vivante dans les impressions causales des enfants, on peut soutenir que, elle aussi, dĂ©bute par une assimilation aux facteurs perceptifs de lâaction propre avant de constituer, avec les formes visuelles, une assimilation Ă des modes de composition relativement indĂ©pendantes de lâaction musculaire.