| Démarche :
Sur la base de l'exemple de Ct 7,7b, nous allons
suivre pas à pas les différentes étapes de la critique
textuelle. Ensuite, vous effectuerez vous-même quelques exercices.
Etape 1 :
Le premier travail consiste à déchiffrer
l'apparat-critique de la BHS, avec l'aide des pages 41-74 de Römer/Macchi,
qui décrivent les sigles et abréviations de la BHS.
Pour Ct 7,7b, l'apparat-critique nous donne les
informations suivantes:
Cela signifie :
-
Dans la Bible d'Aquila (qui est une traduction grecque
de l'Ancien Testament, abrégée par a'
dans l'apparat-critique), on trouve les mots
la
fille des plaisirs à la place du mot bata"anûgîm
(plaisir) mentionné par la BHS.
Au v. 7b, la leçon de la Bible d'Aquila
contient donc : l'amour de la fille des plaisirs.
La leçon de la BHS dit : l'amour des plaisirs.
-
"l" signifie que l'éditeur nous invite à
lire bat ta"anûgîm (Le sigle "hpgr" veut dire qu'il
s'agit d'une haplographie, c'est-à-dire d'une lettre copiée
une fois au lieu de deux par un scribe. Ici, c'est le
dernière lettre du mot bat, qui a été manqué
par le scribe.
-
Cette lecture est confirmée par la version Syriaque
(ou Peshitta) : c'est ce que signifie la mention "cf S" à la fin
de la note.
Etape 2 :
Critique externe : à partir de ce que
l'on a lu dans l'apparat-critique, il faut se demander si telle ou telle
leçon est appuyée par beaucoup de manuscrits ou non. Il faut
également s'interroger sur la valeur de ces divers manuscrits. La
critique externe s'intéresse donc aux manuscrits.
Mais attention ! Ce n'est pas parce qu'un grand nombre
de manuscrits possèdent une certaine leçon que cette leçon
est forcément la meilleure ! En effet, une fois qu'une erreur a
été introduite dans un manuscrit, elle va se transmettre
de copiste en copiste. Il arrive donc souvent que les manuscrits les plus
nombreux comportent une erreur, alors que la leçon la meilleure
n'est attestée que dans quelques manuscrits.
C'est pourquoi il est encore plus important de
se demander de quelle famille textuelle proviennent les manuscrits mentionnés.
Si
une leçon n'est attestée que dans une seule famille textuelle,
il y a de forte chance pour qu'il s'agisse d'une erreur ou d'une variante
propre à cette famille-là, qui s'est répercutée
à travers les différentes copies. Par contre, si une leçon
est attestée dans plusieurs familles textuelles différentes,
il est plus probable qu'elle provienne d'un texte plus ancien.
Les p. 162-163
de Guillemette/Brisebois vous donnent trois règles ou critères
pour la critique externe.
-
Dans le cas de Ct 7,7b, la leçon qui contient
le mot bata"anûgîm est très largement appuyée,
puisque seules la Bible d'Aquila et la Peshitta (S) ont une autre leçon.
-
Toutefois, la Bible d'Aquila et la Peshitta dérivent
de deux familles textuelles différentes. Il n'est donc pas exclu
que le texte original y figure.
La critique externe va donc plutôt dans le
sens de bata"anûgîm, qui est attesté dans une
large majorité de manuscrits.
Etape 3 :
Critique interne : il s'agit maintenant de
comprendre comment la transformation a pu se faire. S'agit-il d'une variante
accidentelle ou délibérée ? Que s'est-il passé
lors de la copie pour arriver à tel ou tel lieu variant ?
Les p. 164-169
de Guillemette/Brisebois vous donnent à nouveau quelques règles
ou critères.
A propos du critère n°4, qui indique le
principe de la lectio difficilior probabilior (une leçon
plus difficile a une meilleure chance d'être primitive), il faut
être attentif au problème suivant :
-
S'il s'agit d'une variante délibérée,
il est effectivement plus vraisemblable que le scribe cherche à
simplifier le texte plutôt qu'à le rendre obscur. La leçon
la plus difficile a donc toutes les chances d'être la meilleure,
c'est-à-dire la plus ancienne.
-
Toutefois, si nous sommes en présence d'une variante
accidentelle, le texte peut très bien avoir été rendu
involontairement obscur lors de la copie. Dans ce cas, ce n'est pas la
leçon la plus difficile qui sera la meilleure.
Dans le cas de Ct 7,7b, il semble assez clair qu'un
scribe ait omis un entre
deux mots. Nous nous trouvons donc en présence de la règle
n°10 de Guillemette/Brisebois, et, plus précisément,
d'une haplographie.
Ici, le principe de la lectio difficilior probabilior
ne peut pas s'appliquer, puisqu'il s'agit plutôt d'une erreur de
copie. La leçon qui correspond le mieux au contexte du verset, donc
la leçon la plus facile, semble bien être la meilleure.
Etape 4 :
Pour terminer, il nous faut décider quelle
leçon nous allons considérer comme étant la plus ancienne,
en faisant la synthèse entre les étapes deux et trois, critique
externe et critique interne.
Pour Ct 7,7b, la critique externe appuyait plutôt
la leçon bata"anûgîm. Mais la critique interne
nous permet de comprendre comment a pu se produire le changement, et nous
amène donc à choisir la version de la Bible d'Aquila, plutôt
que le TM.
Faites maintenant cet exercice :
Exercice 1 :
Pour chacun de ces lieux variants, traduisez
le texte hébreu tel qu'il apparaît dans la BHS, puis effectuez
les quatre étapes de la démarche décrite ci-dessus.
1) Ez 1,3, note a
Solution
2) Nb 16,1a, note a
Solution
3) Am 6,12, note b
Solution
Ce tableau
vous indique quelles sont les différents stades de la procédure
diachronique. La critique textuelle représente donc le premier stade
de cette procédure. Elle nous permet d'accéder au texte "original"
à partir du texte de la BHS.
Solution exercice
1
1) Ez 1,3 :
-
Traduction : "Il y eu vraiment une parole de YHWH à Ezéquiel".
Sous cette forme, le texte insiste sur le verbe, en le mentionnant une
première fois à l'infinitif absolu (hâyoh), puis comme
verbe conjugué (hâyâh).
-
Etape 1 : l'apparat-critique indique que, à la place du
texte qui se trouve entre les deux notes a, il faut probablement
(prb) lire (l) hâyâh, c'est-à-dire supprimer le redoublement
du verbe. Selon l'éditeur, il s'agirait d'une dittographie (dttg)
: un scribe aurait copié le mot deux fois au lieu d'une. Cette hypothèse
est appuyée par la plupart, ou toutes les versions (traductions
en langues anciennes) du texte (Vrs).
-
Etape 2, critique externe : la leçon de la BHS est très
fortement appuyée par tous les textes hébreux, alors que
les versions traduites semblent ignorer l'insistance sur le verbe.
-
Etape 3, critique interne : les différentes traductions
de ce texte ont pu être effectuées par des gens qui ne connaissaient
pas bien l'hébreu. Il est également possible que la nuance
donnée par la présence de ces deux verbes, difficile à
rendre dans une autre langue, n'apparaisse pas dans les traductions.
-
Etape 4, synthèse : il semble donc qu'il soit préférable
de conserver le redoublement du verbe, contrairement à ce qu'indique
les éditeurs de la BHS.
2) Nb 16,1a
-
Traduction : "Coré, fils de..., prit, et Datân et
Abirâm, fils de...". Le problème de cette traduction est que
le verbe "il prit" n'a pas de complément.
-
Etape 1 : l'apparat-critique mentionne plusieurs variantes.
- Le texte de la LXX contient "il dit" au lieu de "il prit".
- La version Syriaque et les targums propose "il se divisa". Le
texte est noté en araméen (w'tplg) et est traduit en latin
(=et divisit se).
- La Vulgate traduit mais voilà que (ecce autem).
- L'éditeur se demande si le texte hébreu des hexaples
d'Origène ne se basait pas sur la leçon wyâqâm
(de la racine qwm), attestée par la traduction grecque il s'enorgueillit.
- L'éditeur propose enfin de lire wayoqah, de la racine
yqh, qui n'est pas attestée (a*) mais qui peut être
déduite du mot arabe waqiha (qui signifie avoir de l'audace).
Le mot proposé contient les mêmes consonne que le mot attesté
dans la BHS, seules les voyelles changent.
-
Etape 2, critique externe : on constate que toutes les traductions
anciennes comprennent ce mot différemment. Par contre, les manuscrits
hébreux contiennent tous la leçon qui figure dans la BHS.
-
Etape 3, critique interne : il est probable que les traducteurs
se soient tous trouvés devant un texte incompréhensible,
qu'ils ont cherché à faciliter. L'éditeur propose
de recourir à cette racine yqh, déduite de l'arabe.
Les divergences de traduction s'expliqueraient alors par le critère
n°8 de Guillemette/Brisebois : les traducteurs n'auraient pas compris
la signification de ce mot à cause de données linguistiques
qu'ils ne connaissaient pas.
-
Etape 4, synthèse : la version de la BHS est donc probablement
la plus ancienne, puisque tous les traducteurs ont cherché à
la modifier. Ici, le principe de la lectio difficilior probabilior s'applique.
3) Am 6,12 est traité dans Römer/Macchi,
à la page 38.
A propos de ce cas de critique textuelle, répondez à la
question du test.
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